Gains de productivité

Jean-Christophe Giuliani

Les gains de productivité sont générés par le progrès technique et l’organisation du travail. Ces innovations provoquent une transformation des moyens et des méthodes de production, des produits, des marchés et des structures de l’économie.

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L’origine des créatifs culturels

Jean-Christophe Giuliani

Après la seconde guerre mondiale, le partage équitable de la valeur ajoutée et des gains de productivité provoqués par le Front populaire et la mise en œuvre du programme du CNR ont provoqué une mutation sociale profonde. En se combinant entre eux, la journée de 8 heures, les 2 jours de repos hebdomadaire, les congés payés, le développement économique, le progrès technique, l’amélioration du niveau de confort matériel, la protection sociale et l’élévation du niveau d’éducation ont favorisé l’émergence d’un nouveau groupe culturel : les créatifs culturels.

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Historique de la régulation et de la dérégulation des prix

Jean-Christophe Giuliani

Le contrôle et la régulation des prix des subsistances sont plus anciens que la liberté du commerce. Ayant une origine biblique, la régulation des prix des grains est inscrite dans la loi depuis l’apparition de notre civilisation. Dans son ouvrage « La vie chère et le mouvement social sous la terreur », l’historien Albert Mathiez faisait remarquer que « Nos ancêtres ont vécu pendant des siècles dans la crainte obsédante de la disette. Assurer la subsistance du peuple était alors le premier devoir des gouvernants. »[1] Le premier devoir d’un Roi ou d’un gouvernant était donc de garantir la subsistance du peuple. Le Roi était lié au peuple par un contrat implicite : le peuple obéit tant que le Roi assure les subsistances. S’il ne remplit plus son devoir, le peuple n’est plus tenu de lui obéir. Étant indispensables aux subsistances, les grains n’étaient pas une marchandise comme les autres.

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La réduction du temps de travail : un choix de société !

Jean-christophe Giuliani

Depuis la loi Aubry sur les 35 heures, la réduction du temps de travail ne fait plus l’objet de débats. Que ce soit au PS ou à l’UMP, s’ils parlent de la durée du travail, c’est pour abroger les 35 heures ou l’augmenter. En ce qui concerne le MEDEF, il considère la réduction du temps de travail comme un frein à la compétitivité des entreprises françaises et donc, la cause du chômage. Le fait que les élites économiques et politiques évitent d’ouvrir ce débat est probablement dû au fait que la réduction de la durée légale du temps de travail n’est pas un choix économique, mais un choix de société. Afin de l’ouvrir à nouveau, je commencerai par expliquer pourquoi la réduction du temps de travail est un choix de société.

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Réduction du temps de travail

Jean-Christophe Giuliani

La réduction du temps de travail, qui c’est arrêté en 1936, a longtemps été le moteur de l’histoire et de la transformation sociale. En m’appuyant sur la dynamique des temps sociaux de Rogers Sue[5], je vais tenter de montrer comment les réductions successives du temps de travail ont favorisé l’émergence de nouveaux temps sociaux et donc, les conditions d’une transformation sociale qui est actuellement en cours. Pour démontrer cette thèse, je me servirai de l’historique des lois sur la réduction de la durée légale du temps de travail. Ces lois me serviront de fils conducteurs à un récit historique et me permettront de calculer l’évolution du temps de travail d’un point de vue quantitatif.

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Anatomie des processus révolutionnaires

Crane Brinton à réaliser une anatomie de la révolution, à partir de l’analyse de la révolution anglaise, française, américaine et soviétique, qui met en évidence « quelques généralisations provisoires » des processus révolutionnaires[1].

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La croissance contribuerait-elle à la hausse des déchets ?

Jean-Christophe Giuliani

La croissance du PIB pourra être une solution envisageable pour en finir avec le chômage, si elle ne contribue pas à la hausse des déchets. Chaque jour, les ménages et les entreprises rejettent des milliers de tonnes de déchets domestiques et industriels. En 2012, tandis qu’un français rejetait en moyenne 521 kg/hab de déchets municipaux[1], un américain en rejetait 725 kg/hab, soit 39 % de plus[2]. Le graphique ci-dessous présente la croissance des déchets domestiques par types et en kilogramme par habitant à Paris de 1940 à 2004.

–  Source : Preisser Pierre et Haddag Lyes, Expliquer la production de déchets ménagers parisiens sur la période 1949-2004[3].

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La servitude douce et paisible du peuple

Alexis de Tocqueville

Extrait de : De la Démocratie en Amérique, vol II (Quatrième Partie : Chapitre VI) (1840) de Alexis de Tocqueville

Lorsque je songe aux petites passions des hommes de nos jours, à la mollesse de leurs mœurs, à l’étendue de leurs lumières, à la pureté de leur religion, à la douceur de leur morale, à leurs habitudes laborieuses et rangées, à la retenue qu’ils conservent presque tous dans le vice comme dans la vertu, je ne crains pas qu’ils rencontrent dans leurs chefs des tyrans, mais plutôt des tuteurs. Je pense donc que l’espèce d’oppression dont les peuples démocratiques sont menacés ne ressemblera à rien de ce qui l’a précédée dans le monde; nos contemporains ne sauraient en trouver l’image dans leurs souvenirs. Je cherche en vain moi-même une expression qui reproduise exactement l’idée que je m’en forme et la renferme; les anciens mots de despotisme et de tyrannie ne conviennent point. La chose est nouvelle, il faut donc tacher de la définir, puisque je ne peux la nommer.

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Pourquoi travailler toujours plus rendrait-il plus bête ?

Jean-Christophe Giuliani

Une étude britannique parue dans le monde.fr de 2009 a fait apparaître que le travail rend bête . Afin de donner une explication à ce phénomène, nous l’aborderons à partir de l’étude de Michaël Ballé sur « le moindre effort mental » .

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Mode positionnel ou mode personnel : un choix de société

Jean-Christophe Giuliani

Le maintien des peuples dans un état de « servitude volontaire » ne s’obtient pas exclusivement par l’emploi de la force. En effet, comme l’affirmait Talleyrand « On peut tout faire avec des baïonnettes sauf s’asseoir dessus »[1]. Celui qui emploie la force pour asseoir son autorité ne peut se maintenir qu’en faisant régner un climat de peur et d’insécurité. Dès que la bride se relâche, les frustrations, les amertumes et la haine accumulées conduisent les dominés à se révolter et à remettre en question l’ordre établi. De ce fait, afin de légitimer leur autorité hiérarchique, les dominants utilisent une stratégie beaucoup plus subtile qui consiste à instrumentaliser le mode d’incitation des familles.

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J’ai besoin d’amour ou j’aime…

Jean-Christophe Giuliani

Étant la source de gratification la plus agréable et la plus profonde, l’amour, qu’il est aussi possible de traduire sous la forme de l’amitié ou d’une relation authentique à l’autre, est indispensable à l’émancipation des facultés de l’individu. Selon Erich Fromm, l’amour peut se vivre, souvent de manière inconsciente, sous la forme d’un manque « l’amour manque », de « l’amour avoir » ou de « l’amour Être ». Comme ils s’éprouvent à travers des pratiques quotidiennes, ces modes relationnels ne sont pas de simples concepts abstraits.

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Le travail aliéné

Karl Marx (1844)
Okonomisch philosophische manuskripte 1844, MEGA ½, p 364-366
Manuscrits économico-philosophiques de 1844, Vrin, p 117-119.
Nous partons d’un fait actuel de l’économie nationale

Le travailleur devient d’autant plus pauvre qu’il produit plus de richesse, que sa production croît en puissance et en volume. Le travailleur devient une marchandise d’autant plus vile qu’il crée davantage de marchandises. La dévalorisation du monde des hommes augmente en raison directe de la valorisation du monde des choses. Le travail ne produit pas seulement des marchandises ; il se produit lui-même, et le travailleur avec lui, en tant que marchandise, et cela dans la mesure même où il produit de façon générale des marchandises.

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Pourquoi le revenu universel menacerait-il la satisfaction des besoins essentiels ?

Jean-Christophe Giuliani

Au premier abord, le revenu universel apparaît comme une solution pertinente aux problèmes du chômage, de la pauvreté et des inégalités. Au lieu de me focaliser sur le montant de ce revenu et les moyens de le financer, je me suis intéressé aux conditions de production des biens et services destinés à satisfaire les besoins essentiels. Cette analyse fait apparaître, qu’au lieu de garantir et de sécuriser la satisfaction des besoins essentiels, ce revenu risque de rendre la satisfaction de ces besoins plus aléatoire.

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Eloge de l’oisiveté

Bertrand Russell

Avant de lire la suite, je vous invite à regarder la pièce de Dominique Rongvaux intitulée « Éloge de l’oisiveté »

 Bertrand Russell : traduit par M. Parmentier

Ainsi que la plupart des gens de ma génération, j’ai été élevé selon le principe que l’oisiveté est mère de tous vices. Comme j’étais un enfant pétris de vertu, je croyais tout ce qu’on me disait, et je me suis ainsi doté d’une conscience qui m’a contraint à peiner au travail toute ma vie. Cependant, si mes actions ont toujours été soumises à ma conscience, mes idées, en revanche, ont subi une révolution. En effet, j’en suis venu à penser que l’on travaille beaucoup trop de par le monde, que de voir dans le travail une vertu cause un tort immense, et qu’il importe à présent de faire valoir dans les pays industrialisés un point de vue qui diffère radicalement des préceptes traditionnels. Tout le monde connaît l’histoire du voyageur qui, à Naples, vit 12 mendiants étendus au soleil (c’était avant Mussolini), et proposa une lire à celui qui se montrerait le plus paresseux. 11 d’entre eux bondirent pour venir la lui réclamer : il la donna donc au 12e. Ce voyageur était sur la bonne piste.

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Perspective économique pour nos petits enfants

John Maynard Keynes : Extrait de l’essai, « Traité de persuasion », de 1931

I

Nous souffrons actuellement d’une mauvaise épidémie de pessimisme économique. Il est courant d’entendre dire que la période de grands progrès économiques qui caractérisa le XIXe siècle est close; que l’amélioration rapide de la vie va maintenant marquer un ralentissement – du moins en ce qui concerne la Grande-Bretagne; et que la prospérité va plutôt diminuer qu’aug­menter dans la décade qui commence.

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