Courir après le temps…

Jean-Christophe Giuliani

Le temps est au cœur de nos préoccupations quotidiennes. Nous passons notre temps à dire que nous manquons de temps, qu’il nous faut plus de temps, etc. Selon une étude menée par Viavoice, 71% des salariés disent manquer de temps, notamment pour profiter de leurs proches ou avoir plus de loisirs. L’individu et le temps étant étroitement liés dans l’action qui se vit au présent, dans l’optique d’une réflexion sur les conditions d’un changement de mode de vie individuel, il apparaît nécessaire de le prendre en considération. Pour cela, je commencerai par quantifier le temps libre dont dispose un individu sur sa durée de vie active, une semaine et une journée. Ensuite, je tenterai de trouver les moyens qu’il a sa disposition pour retrouver du temps libre. Pour finir, en m’appuyant sur des exemples d’emplois du temps professionnel, je tâcherai de démontrer que l’aménagement du temps a un impact direct sur le mode de vie et la qualité de vie d’un individu.

  • Le temps, une ressource immatérielle limitée.

Sur le plan individuel, le temps est une ressource immatérielle limitée qui peut être quantifiée par l’horloge sous la forme d’heures, de minutes et de secondes. Étant donné qu’une année comprend 8 760 heures et qu’en 2013 l’espérance de vie moyenne d’un français était de 78 ans, chaque individu dispose d’une durée de vie moyenne de 683 280 heures, de 409 968 000 minutes ou de 2 459 808 000 secondes. S’écoulant seconde après seconde au rythme de la trotteuse, le temps de vie d’un individu ne peut pas être stocké. En effet, à l’inverse de l’argent, du pétrole et des matières premières, il est impossible de stocker une heure, une journée, un mois ou une année pour l’utiliser ultérieurement, la donner ou la vendre. Le seul moyen d’augmenter son temps de vie est d’augmenter sa durée de vie.

En ce qui concerne le temps libre, son accroissement ne relève pas exclusivement de l’augmentation de la durée de vie. Pour le démontrer, il est nécessaire de le quantifier. Mais avant de le quantifier, il apparaît pertinent de le définir.

  • Comment définir le temps libre ?

Le temps libre est souvent défini en opposition au temps contraint du travail. Le temps peut être considéré comme libre, lorsque le choix de son usage n’est plus soumis aux nécessités de la vie et à des activités plus ou moins contraintes. En effet, sept jours par semaine, un individu doit dormir et effectuer un certain nombre de tâches quotidiennes qui lui prennent plus ou moins de temps : hygiène personnelle, préparer le petit déjeuner et le repas du soir, faire la vaisselle, etc. Cinq jours par semaine, il prend sa voiture pour se rendre sur son lieu de travail. À midi, il prend un temps de pause pour se détendre et déjeuner. Étant donné que le temps de trajet et la pause sont inhérents à l’activité professionnelle, je considère qu’ils font partie du temps de travail. La journée de travail terminée, une nouvelle commence. En effet, chaque jour, l’individu est plus ou moins contraint d’effectuer un certain nombre de tâches domestiques : faire les courses et le ménage, laver et repasser le linge, remplir des documents administratifs, etc. S’il est marié et qu’il a des enfants, il doit leur consacrer du temps pour les nourrir, les couchers, les aider à faire leurs devoirs, les accompagner à l’école, etc. L’individu dispose donc d’un temps réellement libre lorsqu’il a fini de dormir, de travailler et d’effectuer ses tâches quotidiennes et domestiques. N’étant plus soumis à la nécessité, ce temps libre, il peut le consacrer à se détendre, à se divertir, à pratiquer des activités personnelles ou le partager avec son conjoint, ses enfants ou ses amis. Encore faut-il qu’il dispose de temps libre.

  • Comment quantifier le temps libre dont dispose un individu ?

Le temps libre étant défini, il est possible de le quantifier. Pour quantifier le temps libre dont dispose un individu, je calculerai la part des grands blocs de temps qui structurent le rythme de son existence sur la journée, la semaine et 40 années de vie active. Étant donné que la durée de travail d’un employé et d’un cadre n’est pas la même, pour effectuer ces calculs, je prendrai les exemples de Pierre et de Paul. Pierre est un agent de la fonction publique. Il est gestionnaire-conseil allocataires à la caisse d’allocations familiales. Étant chef de secteur, Paul est cadre dans la grande distribution. Ils sont tous les deux mariés et ont deux enfants. La durée de vie active de Pierre et de Paul est de 40 années, soit 350 mille heures. Tandis que Pierre travaille 7 h par jour, soit 35 heures par semaine, Paul travaille 10 h, soit 50 heures. Ayant droit à 5 semaines de congés payés, 11 jours fériés et 2 jours de repos hebdomadaire, Pierre travaille en moyenne 224 jours par an. Étant au forfait jour depuis la loi du 20 août 2008, Paul travaille 235 jours par an. Même si le sommeil est un besoin vital, les heures consacrées à dormir ne permettent pas de pratiquer d’autres activités. Je calculerai donc la part des blocs de temps consacrés à l’activité professionnelle, aux tâches quotidiennes et domestiques, ainsi qu’au temps libre sur la durée de vie éveillée. Pour effectuer ces calculs, j’utiliserai le tableau de regroupement des activités journalières de l’Insee publié dans les enquêtes sur l’emploi du temps.

–  Source : Insee, Temps sociaux et temps professionnels au travers des enquêtes Emploi du temps[1].
–  Sommeil*: En moyenne, les hommes y consacrent 8 h 23 et les femmes 8 h 37.

Les trois graphiques ci-dessous présentent la répartition des ressources temporelles éveillées de Pierre et de Paul sur la journée, la semaine et 40 années de vie active. Qu’il soit un employé ou un cadre, la durée d’une journée est toujours de 24 heures.

Considérant ces chiffres dans l’absolu, Pierre et Paul dorment 8 h 30 par jour. Étant plus ou moins contraints d’effectuer 5 h 03 de tâches quotidiennes et domestiques, ils consacrent 32,6 % de leur journée éveillée à effectuer des tâches qui ne sont pas du temps libre. Travaillant 7 h, prenant 2 h de pause à midi et perdant 1 h dans les trajets, Pierre consacre 10 heures, soit 64,5 % de sa journée éveillée à travailler. À la fin de sa journée, Pierre dispose de seulement 33 minutes de temps libre, soit 2,9 % de ses 15 h 30 de vie éveillée. Travaillant 10 h, prenant 2 h de pause à midi et perdant 1 h dans les trajets, Paul consacre 13 heures, soit 82,8 % de sa journée éveillée à travailler. À la fin de sa journée, Paul ne dispose pas d’un excédent, mais d’un déficit de 2 h 33, soit -16,5 % de sa vie éveillée. Avant de se détendre, de penser un peu à lui, de pratiquer des activités personnelles ou de consacrer du temps à ses enfants, à sa femme ou à ses amis, il doit donc commencer par combler ce déficit de temps.

Un emploi du temps étant souvent planifié sur la semaine, il apparaît nécessaire de calculer le temps libre hebdomadaire dont disposent Pierre et Paul. Qu’il soit un employé ou un cadre, la durée d’une semaine est toujours de 168 heures.

Considérant toujours ces chiffres dans l’absolu, Pierre et Paul dorment 60 heures par semaine. Étant plus ou moins contraints d’effectuer 36 heures de tâches quotidiennes et domestiques, ils consacrent 32,7 % de leur semaine de vie éveillée à effectuer des tâches qui ne sont pas du temps libre. Travaillant 50 heures, Pierre consacre 46,3 % de sa semaine éveillée à travailler. Pierre dispose donc de 23 heures de temps libre, soit 21,4 % de ses 108 heures de vie éveillée. Travaillant 65 heures, Paul consacre 60,2 % de sa semaine éveillée à travailler. Paul dispose donc de seulement 8 heures de temps libre, soit 7,5 % de sa semaine éveillée.

Après avoir calculé le temps libre sur une journée et une semaine, il apparaît pertinent de calculer le temps libre dont disposent Pierre et Paul sur une durée de vie active éveillée de 40 ans.

Considérant toujours ces chiffres dans l’absolu, Pierre et Paul consacrent 124 mille heures de leurs 40 années de vie active à dormir. Étant plus ou moins contraints d’effectuer 73 mille heures de tâches quotidiennes et domestiques, ils consacrent 32,6 % de leurs 226 mille heures de vie active éveillée à des tâches qui ne sont pas du temps libre. Travaillant 89 mille heures (travail + pause + trajet), Pierre consacre 39,6 % de sa durée de vie active éveillée à travailler. Pierre dispose donc de 62 mille heures de temps libre, soit 27,8 % de sa vie active éveillée. Travaillant 122 mille heures, Paul consacre 54 % de sa durée de vie active éveillée à travailler. Paul dispose donc de 30 mille heures de temps libre, soit 13,4 % de sa vie active éveillée.

Que ce soit pour Paul ou pour Pierre, le temps de travail est le bloc de temps social dominant sur la journée, la semaine et les 40 années de vie active éveillée. Tandis que, pour Pierre, le temps libre apparaît comme le second bloc de temps social, pour Paul, il disparaît derrière les tâches quotidiennes et domestiques. Afin d’en retrouver, Paul est donc obligé de trouver des solutions pour réduire le temps qu’il leur consacre.

  • Comment retrouver du temps libre ?

La quantification du temps sur 40 années de vie active, la semaine et la journée met en évidence que la ressource la plus précieuse et la plus rare est le temps libre. Le temps libre apparaît donc comme une ressource immatérielle, dont la valeur ne cesse d’augmenter en fonction de sa rareté. La préoccupation que partagent les entreprises avec les ménages et les individus est donc la course contre le temps. Disposant de très peu de temps libre, si l’employé ou le cadre souhaite se reposer, se divertir, consacrer du temps à ses enfants, à sa famille ou à ses amis ou pratiquer de nouvelles activités librement choisies, il est obligé de réduire le temps qu’il consacre à l’activité professionnelle, ainsi qu’aux tâches quotidiennes et domestiques.

Le tableau ci-dessous présente les moyens à la disposition de Pierre et de Paul pour retrouver du temps libre.

Concernant, l’activité professionnelle, Pierre et Paul peuvent réduire leur temps de travail. En utilisant l’article L 3123-5 du Code du travail[2], Paul a le droit de déposer une demande de travail à temps partiel auprès de son employeur. Son souhait de travailler 4 jours par semaine risquerait d’être perçu comme un signe de démotivation et de désengagement. À cause de cette demande, il pourrait voir sa carrière stagner ou être remplacé par un autre qui ne compterait pas ses heures. En étant plus productif, Paul pourrait également réduire son temps de travail à 9 ou à 8 heures par jours. Étant donné qu’il est payé pour être toujours plus productif, son efficacité n’est pas destinée à réduire son temps de travail, mais s’impliquer davantage. Si Paul souhaite évoluer ou conserver son emploi, il lui sera donc conseillé de travailler au minimum 10 h par jour. Pour retrouver du temps libre, il ne lui reste plus que deux solutions : utiliser sa voiture pour se rendre sur son lieu de travail au plus vite et limiter le temps de sa pause de midi à 1 h par jour.

Étant donné que Pierre est un agent de la fonction publique, des décrets lui donnent le droit de travailler à temps partiel ou d’organiser son temps de travail sur l’année[3]. En utilisant le décret n° 2000-815 du 25 août 2000 relatif à l’aménagement et à la réduction du temps de travail, il a le droit de travailler 17 h 30, soit 2,5 jours par semaine. En utilisant le décret n° 2002-1072 du 7 août 2002 relatif au temps partiel annualisé, Pierre à également le droit d’organiser ses 807 heures de travail annuelles en travaillant uniquement 6 mois dans l’année. Son temps de travail étant divisé par deux, sa rémunération sera également divisée par deux. Sa rémunération étant annualisée, qu’il travaille ou pas, il percevra le même revenu chaque mois. Lorsqu’il travaillera, pour gagner du temps, il pourra également utiliser sa voiture et prendre 1 h de pause à midi.

Concernant les tâches quotidiennes et domestiques, le couple de Pierre et de Paul peut mettre en œuvre diverses stratégies pour retrouver du temps libre. Si Pierre a uniquement besoin de dormir 6 h par nuit, il gagnera 2 h 30 de temps libre par jour. Même s’il est marié et qu’il a deux enfants, il dispose de nombreux moyens pour retrouver du temps libre. Au lieu de perdre 1 h 30 à dîner en famille, il peut y consacrer 30 min. Comme le temps consacré à ce repas contribue à renforcer le lien entre les membres de la famille, sa réduction risque d’affaiblir la cellule familiale. Concernant les 2 h 48 destinées aux tâches domestiques, Pierre peut les déléguer à sa femme et à ses enfants. Afin d’éviter de perdre du temps avec ses enfants, il peut en déléguer la charge à sa femme ou les laisser regarder la télévision, jouer aux jeux vidéos, surfer sur Internet ou traîner dans la rue. En réduisant son temps de sommeil, en déléguant ses tâches domestiques et en limitant le temps qu’il consacre à sa famille et à sa pause de midi, Pierre pourrait disposer de 7 h 45 de temps libre par jours au lieu de 27 min et de 72 heures par semaine au lieu de 23 heures. Encore faut-il que sa femme accepte de se charger des tâches domestiques et de l’éducation des enfants. Étant donné que les femmes travaillent également, elles n’acceptent plus de se sacrifier pour le bien-être de la famille. Le partage équitable des tâches quotidiennes et domestiques apparaît donc comme une cause de tensions et de conflits au sein du couple. Au même titre que, dans les entreprises, la cellule familiale est devenue un champ de lutte pour la conquête du temps libre.

La différence entre le revenu d’un couple d’employé et de cadre apparaît avec les tâches domestiques. Comme Paul est également marié avec une cadre, son couple dispose d’un revenu suffisant pour externaliser les tâches domestiques à des entreprises de services aux particuliers.

Si Paul a besoin de dormir 6 h par nuit, il gagnera 2 h 30 de temps libre par jour. Même s’il est marié et qu’il a deux enfants, il dispose également de nombreux moyens de retrouver du temps libre. Au lieu de perdre 1 h 30 à dîner en famille, il peut y consacrer 30 min. En lui consacrant moins de temps, il risque d’affaiblir les liens qu’il tisse avec sa femme et ses enfants. La différence entre Pierre et Paul apparaît avec les 2 h 48 destinées aux tâches domestiques et à l’heure consacrée à la préparation du petit déjeuné et du repas quotidien, ainsi qu’à la vaisselle. Étant donné que le couple de Paul dispose d’un revenu plus élevé, il a les moyens d’externaliser les tâches domestiques et la charge des enfants à des entreprises de services aux particuliers, à des domestiques et à une nourrice. Par exemple, ils peuvent externaliser le soutien scolaire à une entreprise d’aide au devoir. S’ils souhaitent aller au théâtre ou passer une soirée avec des amis, ils peuvent payer une baby-sitter pour s’occuper de leurs enfants. Malgré un déficit de temps de 2 h 33, en cumulant les gains de temps gagné sur le sommeil, la pause de midi, le repas du soir et l’externalisation des tâches, Paul et sa femme pourraient disposer de 4 h 45 de temps libre par jour et de 57 heures par semaine.

L’externalisation des tâches domestiques est à l’origine du développement du secteur des services aux particuliers. À la fin des années 80, en étudiant la trajectoire des États-Unis, André Gorz en a prédit les conséquences sociales. « La société […] continuera inévitablement à se scinder. Cette scission aura (et a déjà) pour raison la répartition très inégale des économies de temps de travail : les uns, de plus en plus nombreux continueront d’être expulsés du champ des activités économiques ou seront maintenus à sa périphérie. D’autres, en revanche, travailleront autant ou même plus que présentement et, en raison de leurs performances ou de leurs aptitudes, disposeront de revenus et de pouvoirs économiques croissants. Répugnant à se dessaisir d’une partie de leur travail et des prérogatives et pouvoir lié à leur emploi, cette élite professionnelle ne peut accroître ses loisirs qu’en chargeant des tiers à lui procurer du temps disponible. Elle va donc demander à des tiers de faire à sa place tout ce que n’importe qui peut faire, en particulier tout le travail dit de “reproduction”. Et elle va acheter des services et des équipements permettant de gagner du temps même lorsque ces services et équipements demandent plus de temps pour être produits qu’ils n’en économiseraient à un usager moyen. Elle va donc développer des activités qui, sans rationalité économique à l’échelle de la société, puisqu’elles demandent plus de temps de travail à ceux qui les assurent qu’elles n’en font gagner à ceux qui en bénéficient, correspondent seulement à l’intérêt particulier de cette élite professionnelle capable d’acheter du temps à un prix très inférieur au prix auquel elle-même peut le vendre. Ces activités sont des activités de serviteur, quels que soient d’ailleurs le statut et le mode de rémunération de ceux et de celles qui les accomplissent. »[4] La principale activité d’une entreprise de services aux particuliers n’est pas de vendre un service, mais de transformer le temps en marchandise. En vendant du temps libre, elle transforme le temps en argent. En effet, l’entreprise achète une heure de travail au SMIC, qu’elle revend entre 20 et 30 € à un particulier pour qu’il puisse disposer d’une heure de temps libre. Pour que cette heure soit rentable, l’article L241-11 du code de la sécurité sociale[5] exonère les employés de ce secteur des cotisations sociales patronales. Étant donné que pour accéder à ces services un ménage doit disposer d’un revenu minimum de 5 500 € nets par mois, ils sont uniquement accessibles aux cadres et aux classes moyennes supérieures. Pour que les classes moyennes aient les moyens d’y accéder, l’article 199 sexdecies[6] accorde un crédit d’impôt compris entre 12 000 et 15 000 € par an. L’État subventionne donc ce secteur d’activité à auteur de 10 milliards € par an. Pour que ce secteur se développe, les cadres et les classes moyennes ne doivent plus avoir le temps d’effectuer leurs tâches domestiques. La loi du 20 août 2008 a fait passer le forfait jour des cadres de 218 à 235 jours par an. Pour retrouver du temps libre, ils sont donc contraints d’externaliser leurs tâches domestiques. Les interventions de l’État ont permis l’émergence du marché du temps libre, dont les effectifs ont augmenté de 89,3 % de 1990 à 2010[7]. Ce secteur d’activité fait apparaître une fracture sociale entre ceux qui travaillent beaucoup pour un revenu élevé et ceux qui travaillent à temps partiel pour un revenu qui leur permet à peine d’assurer leur subsistance. Employant des salariés peu qualifiés, au SMIC et à temps partiel « subi », les entreprises de services aux particuliers sont donc en partie responsables de l’augmentation des travailleurs pauvres.

Après avoir quantifié le temps libre dont dispose un individu et proposé des solutions pour en retrouver, il apparaît pertinent d’étudier l’impact de l’aménagement du temps de travail sur sa qualité de vie et son mode de vie.

  • L’emploi du temps aurait-il un impact sur la qualité du temps libre ?

Bien que les activités personnelles que pratique un individu soient étroitement liées au temps libre dont il dispose, s’est l’aménagement de son emploi du temps professionnel qui détermine celles qu’il pourra pratiquer. Pour aider l’individu à améliorer sa qualité de vie et à changer son mode de vie, il apparaît donc pertinent d’étudier les enjeux de l’aménagement du temps de travail. Le calendrier et l’horloge permettent de décomposer, de mesurer et de quantifier le temps en unité stable, homogène et régulière. Tandis que le calendrier répartit une année sur 12 mois, 52 semaines et 365 jours, l’horloge décompose une journée en 24 heures, une heure en 60 minutes et une minute en 60 secondes. Ils procurent des repères temporels communs qui permettent à l’individu de planifier dans son agenda ou son emploi du temps des rendez-vous, des activités, des tâches domestiques, des réunions, des colloques, des fêtes, des vacances, etc., sur la journée, la semaine, le mois et l’année. L’emploi du temps professionnel, qui est souvent présenté sur la journée ou la semaine, fait apparaître des plages horaires de travail et de temps libre.

Comme le fait remarquer Christophe Dejours, « Le travail n’organise pas que cette partie de votre vie qui est le temps de travail. Il a un rôle majeur dans l’organisation de toutes vos activités hors travail. »[8] Le travail étant central, l’accès à un temps libre de qualité dépend de la stabilité de l’emploi du temps professionnel. Le temps libre peut contribuer à améliorer la qualité de vie et à changer le mode de vie d’un individu, s’il lui permet de planifier des projets, ainsi que des activités familiales, sociales, citoyennes et personnelles sur la semaine, le mois et l’année. Plus l’emploi du temps professionnel est stable, plus l’individu peut planifier d’activité sur le long terme, plus il peut se projeter dans le futur pour orienter et donner un sens à sa vie. Par conséquent, « Maîtriser son emploi du temps, c’est maîtriser sa vie. » À l’inverse, l’absence de stabilité et de maîtrise de l’emploi du temps peut provoquer des pathologies temporelles[9].

Même si elle est nécessaire, la hausse du temps libre ne suffira pas à elle seule à changer le mode de vie et à améliorer la qualité de vie d’un individu. Pour qu’il ait les moyens de pratiquer de nouvelles activités personnelles, il doit également disposer de plages horaires de temps libres (journées, matinées, après midis et quelques heures en fin d’après-midi), qui soient stables sur l’année. Les activités qu’un individu peut pratiquer durant son temps libre sont déterminées par les plages horaires dont il dispose sur la journée. Les plages horaires du matin (9 h à 12 h) et du début d’après-midi (14 h à 17 h) sont propices aux tâches domestiques, aux démarches administratives et à la pratique d’activités individuelles. Les activités individuelles peuvent prendre la forme de loisirs marchands (shoping, cinéma, fitness, etc.) ou de pratiques qui ne nécessitent pas de planifications collectives (courir, lire, écrire, TV, Internet, jeux vidéos, etc.). Les plages horaires situées en fin d’après-midi (17 h 30 à 19 h 30) et en début de soirée (19 h 30 à 22 h 30) sont favorables aux loisirs marchands (cinéma, théâtre, concert, bar, etc.), aux activités individuelles et surtout, à la pratique d’activités collectives. Les activités collectives peuvent prendre la forme de pratiques associatives amateurs (clubs de sports, ateliers théâtre et philosophique, cours de musique, conférences, etc.), sociales (Rotary Club, Lion’s Club, etc.) et politiques (militant, conseiller municipal et conseil de quartier, etc.). L’activité professionnelle étant centrale et dominante, la plupart des activités collectives sont planifiées après la journée de travail. En effet, à part quelques exceptions (université du temps libre, etc.), durant la semaine, les activités amateurs, sociales et politiques sont plus souvent organisées après 17 h 30 et le week-end, qu’en matinée et en milieu d’après-midi.

Les emplois du temps de Pierre, Vincent, Julie, Marthe et Marie permettent d’appréhender les enjeux de l’aménagement du temps de travail sur la qualité de vie et le mode de vie d’un individu. Julie est conseillère commerciale dans une boutique de téléphonie mobile SFR et Pierre est gestionnaire-conseil allocataires à la caisse d’allocations familiales. Ils sont tous les deux mariés et ont deux enfants de 5 et 7 ans. Ils travaillent 35 heures, ont des horaires stables et disposent de la même durée de temps libre.

Pierre commence sa journée de travail à 8 h et la finit à 16 h. Sa pause de midi n’étant que de 1 h, il ne perd pas de temps pour le déjeuner. La durée du trajet pour se rendre au travail étant de 30 min, son temps libre commence après 16 h 30. Tandis que sa femme conduit les enfants à l’école au matin, Pierre les récupère et s’en occupe après 16 h 30. Disposant de nombreuses plages de temps libres stables après 16 h 30, Pierre peut planifier dans son emploi du temps des activités domestiques, personnelles, familiales et citoyennes sur le long terme. Le lundi, lorsque sa femme rentre du travail à 18 h, Pierre va faire les courses pour la semaine au supermarché. Le mardi, après 16 h 30, il planifie des démarches administratives et, en début de soirée, participe à un atelier théâtre qui débute à 19 h 30. Le mercredi, après s’être occupé de ses enfants, il participe à un conseil de quartier qui débute à 18 h 30. Le jeudi, il assiste à des conférences qui commencent à 18 h 30 ou participe à des activités militantes. Le vendredi, Pierre passe la soirée avec sa femme ou avec des couples d’amis. Le samedi matin, seul ou avec des amis, Pierre fait une sortie en vélo. Son après-midi et sa soirée, il peut la passer avec sa famille ou ses amis. Le dimanche, après avoir effectué quelques tâches domestiques ou son jogging matinal, Pierre peut consacrer sa journée à des activités familiales. Les activités familiales, personnelles et citoyennes que pratique Pierre durant son temps libre lui permettent de se socialiser et de nourrir l’estime qu’il a de lui.

En ce qui concerne Julie, elle commence sa journée de travail à 10 h pour la terminer à 19 h. Sa pause de midi étant de 2 h, elle perd 1 h pour déjeuner. La durée du trajet pour se rendre sur son lieu de travail étant de 30 min, son temps libre commence après 19 h 30. Comme sa journée commence à 10 h, Julie peut s’occuper de ses enfants et les conduire à l’école au matin. Son mari les récupérera en fin d’après-midi. Comme la plupart des activités collectives débutent entre 18 h et 19 h 30, Julie aura beaucoup de difficultés à en planifier dans son emploi du temps après sa journée de travail. Étant donné qu’elle rentre épuisée, elle n’a qu’une envie : se détendre en se vidant la tête devant la télévision. Comme elle travaille le samedi, Julie ne dispose pas d’un week-end de 2 jours consécutifs pour consacrer plus de temps à sa famille et à ses amis. Elle peut uniquement leur consacrer du temps après 19 h 30, en allant au cinéma ou au restaurant. Le dimanche, après avoir fait son jogging matinal, elle peut consacrer toute sa journée à sa famille. Son second jour de repos étant le lundi, elle planifie des tâches domestiques : s’occuper des enfants, faire les courses pour la semaine, laver le linge et le repasser, effectuer les démarches administratives, etc. À cause de ses horaires de travail, Julie aura tendance à favoriser ses collègues de travail, sa vie de famille et ses amis pour se socialiser et à pratiquer des activités individuelles (regarder la télévision, faire du jogging, etc.) pour nourrir l’estime qu’elle a d’elle-même. Même si Julie a un tempérament plus extraverti que Pierre, son emploi du temps professionnel l’incite davantage à se replier sur sa cellule familiale et professionnelle. Ces deux exemples illustrent de manière concrète comment l’aménagement de l’emploi du temps professionnel peut déterminer la qualité de vie et le mode de vie d’un individu.

Même si elle est prépondérante, la qualité de vie et le mode de vie d’un individu ne dépendent pas exclusivement de la quantité de temps libre dont il dispose. Elles sont également déterminées par la stabilité de son emploi du temps et des blocs de temps libre dont il dispose. Marie est vendeuse au rayon littérature à la FNAC et Marthe est caissière dans un hypermarché. Elles sont toutes les deux séparées, sans enfants.

Même si Marie travaille 38 heures, son emploi alimentaire lui permet de disposer de quatre plages horaires de temps libre d’une demi-journée chaque semaine : le lundi et le mercredi, elle commence à 13 h pour finir à 20 h et le mardi et le jeudi, elle commence à 9 h pour finir à 13 h. Ses pauses de midi, qui ne concernent que le vendredi et le samedi, sont de 2 h. Les autres jours, Marie déjeune avant ou après le travail. La durée du trajet pour se rendre sur son lieu de travail étant de 30 min, son temps libre du vendredi commence après 20 h 30 et du samedi après 19 h 30. Même si Marie travaille 3 heures de plus que Pierre, elle dispose de plus de temps libre de qualité. Son emploi du temps étant stable, elle peut planifier des activités sociales et personnelles sur l’année. Le lundi, en début d’après-midi, Marie planifie des démarches administratives, ses courses pour la semaine et d’autres tâches domestiques. De 16 h 30 à 18 h, Marie est bénévole dans une association qui fait de l’aide au devoir. À 19 h, elle participe à un atelier d’écriture. Le mercredi après-midi, elle fait du fitness dans une salle de sport et en fin d’après-midi participe à un atelier théâtre qui commence à 19 h. Le mardi et le jeudi, Marie consacre ses matinées à l’activité qui répond à sa vocation : écrire un roman. Ces deux soirées, elle les passe à regarder un DVD, à lire des romans ou à écrire lorsque l’inspiration lui vient. Comme elle travaille le samedi, Marie ne dispose pas de deux jours de repos consécutifs. Elle consacre ses soirées du samedi à aller au cinéma, au théâtre, au café ou au restaurant avec ses amis. Le dimanche, après avoir fait son jogging matinal, Marie peut consacrer toute sa journée à écrire son roman ou à rendre visite à sa famille. Les activités personnelles, familiales et sociales qu’elle pratique lui permettent de se socialiser, de nourrir l’estime qu’elle a d’elle-même et de s’accomplir.

Étant à temps partiel « subi », les horaires de travail de Marthe sont éclatés sur la journée de manière aléatoire. Ses horaires de travail étant flexibles, son emploi du temps professionnel change chaque semaine au rythme des saisons et de l’activité du magasin. Tandis que sa journée de repos du dimanche est stable, sa seconde est flexible. Malgré le fait qu’elle travaille seulement 24 heures par semaine, Marthe dispose de moins de temps libre de qualité que Marie, Julie et Pierre. Ne maîtrisant pas son emploi du temps, Marthe a beaucoup de difficulté à structurer son existence et à planifier des activités individuelles et collectives sur son temps libre. En effet, la flexibilité de son emploi du temps professionnel ne lui permet pas de planifier sur l’année un atelier théâtre qui a lieu tous les mardis à 19 h.

Ayant perdu le contrôle de son emploi du temps et donc, de son existence, Marthe risque d’être victime de la « pathologie du temps présent ». Au lieu d’être un temps d’émancipation, son temps libre peut devenir un temps vide nuisible à son bien-être et à son équilibre psychique. Ne pouvant se référer au passé et se projeter dans l’avenir pour lui donner un sens, la vie quotidienne de Marthe est réduite à l’immédiateté de l’instant présent qui englobe toute son existence. N’ayant pas la maîtrise de son temps, et donc de son avenir, Marthe ne peut pas différer la satisfaction de ses désirs qu’elle doit satisfaire « tout de suite ». Pour fuir son angoisse existentielle, Marthe peut se réfugier dans la pratique d’activités addictes et compulsives qui ne nécessitent pas de planification (sexe, shopping, jeux vidéo, télévision, Internet, etc.). Si cette situation se prolonge, Marthe risque de sombrer dans une dépression qui pourrait être liée au refoulement du passé, au désespoir face à l’avenir qu’elle ne maîtrise pas ou au rejet du présent qu’elle ne contrôle plus.

Comme 18,4 %[10] de salariés qui travaillent à temps partiel « subi » dans la restauration, l’hôtellerie, les services à la personne, etc., Marthe est victime de la flexibilité du temps de travail. Étant peu qualifiés, ces emplois sont souvent payés au SMIC. Étant donné que Marthe travaille 24 heures, elle perçoit environ 780 € nets par mois. Ce revenu lui permet à peine de se nourrir, de payer son loyer, ses factures d’eau, de gaz et d’électricité et d’assurer ses frais de portable et de transports, qui sont nécessaires pour trouver et garder un emploi. Déconsidérés et mal payés, ces emplois contribuent davantage à la désintégration sociale des salariés qu’à leur insertion.

Le cas de l’emploi du temps des cadres diffère de celui des employés. Vincent est responsable de rayon textile dans la grande distribution. Il est séparé, sans enfants. N’ayant pas à pointer, il est responsable de la gestion et de la planification de son emploi du temps. En règle générale, Vincent commence sa journée à 8 h pour la finir au minimum à 19 h. À midi, il prend une pause de 1 h pour déjeuner et se reposer. Dans la culture française, l’implication et la motivation d’un cadre sont mesurées par le temps qu’il consacre à l’entreprise. Bien que nul ne soit contraint de travailler plus de 50 heures par semaine, même si Vincent est compétent et productif, s’il souhaitait réduire son implication, il risquerait de stagner dans sa carrière ou d’être remplacé par un nouveau qui ne compterait pas ses heures. En effet, étant rémunéré pour sa compétence, il est normal qu’il soit productif. Sa productivité n’est donc pas destinée à réduire son temps de travail, mais à intensifier son rythme de travail.

Consacrant plus de 60 % de sa durée de vie éveillée hebdomadaire à travailler, Vincent dispose de très peu de temps libre pour construire un équilibre harmonieux entre sa vie professionnelle et personnelle. Dans la plupart des cas, il sacrifie sa vie personnelle au profit de « sa carrière ». La durée du trajet pour se rendre sur son lieu de travail étant de 30 min, son temps libre commence à partir de 19 h 30. Le début de la plupart des activités collectives étant programmé entre 18 h et 19 h 30, Vincent a beaucoup de difficultés à en planifier dans son emploi du temps après sa journée de travail. Étant donné qu’il rentre épuisé, il n’a qu’une envie, se détendre en se vidant la tête devant la télévision ou en jouant à des jeux vidéos. Le samedi soir, malgré sa fatigue, Vincent profite un peu de la vie en allant au cinéma, au café ou en boite de nuit avec ses amis. Le dimanche, au lieu de faire du sport, il passe sa matinée à dormir. L’après-midi, il le passe en famille ou il joue à des jeux vidéos. Son jour de repos, qui peut varié selon les semaines en fonction de l’activité du magasin et de la saison, Vincent le consacre à faire ses courses pour la semaine, ses tâches domestiques et ses démarches administratives. À terme, Vincent risque d’être dépendant de son activité professionnelle et de la croissance du chiffre d’affaires de son rayon pour se socialiser et nourrir l’estime qu’il a de lui-même.

À cause de l’intensification de son rythme de travail, Vincent ne maîtrise plus le rythme de sa vie. À terme, il risque d’être victime de la « pathologie du présent ». Pour fuir son angoisse et le vide de son existence, il peut s’étourdir dans l’activisme professionnel et la consommation. Des études en psychologie ont fait apparaître qu’un individu qui ne maîtrise pas son emploi du temps consomme davantage sur un mode impulsif que celui qui le maîtrise. Pour stimuler la consommation, il suffit donc de maintenir les cadres dans un état d’urgence et d’instabilité et de leur procurer un revenu au-delà de la nécessité. Étant donné que Vincent ne maîtrise pas son emploi du temps, il consomme plus fréquemment sur un mode impulsif. Son salaire étant de 2 500 € par mois, il a largement les moyens de financer ses besoins essentiels et de transférer une part de ses revenus vers la consommation de biens et de services ostentatoires. Cette forme de consommation apparaît donc comme le symptôme d’un malaise social profond et de la compensation d’une vie gâchée à travailler. À terme, cette fuite dans le travail ou la consommation peut aboutir à une dépression ou à un burn-out[11].

Comme de nombreux cadres, entrepreneurs et chefs d’entreprises, Vincent est victime de l’intensification de ses heures de travail. Pour réussir et s’élever dans la hiérarchie, ils sont plus ou moins contraints de sacrifier leur vie familiale et sociale, ainsi que leurs aspirations personnelles. Même s’ils ont réussi sur le plan professionnel, ils n’ont plus que de l’argent, des biens matériels et des voyages à partager avec leurs enfants et leurs proches. Mais surtout, ils sont totalement dépendants de leur activité professionnelle et de leur argent pour exister socialement, construire leur identité et nourrir l’estime qu’ils ont d’eux-mêmes.

Ces cinq exemples démontrent que la qualité du temps libre ne repose pas exclusivement sur la durée du travail. En effet, de ces cinq salariés, seuls Pierre et Marie disposent de plages horaires de temps libre suffisamment stable pour planifier de nouvelles pratiques de socialisation et d’expression en dehors de leur activité professionnelle. À l’inverse, Marthe et Vincent risquent d’être victimes de pathologies temporelles qui sont les symptômes d’une crise sociale du rapport à la temporalité des pays industrialisés. À partir de ces constats, la réduction de la durée légale du temps de travail ne doit donc plus être pensée en heures, mais en jours.

L’existence de l’individu étant étroitement liée à ses pratiques temporelles, pour l’aider à changer son mode de vie, tout en améliorant sa qualité de vie, il est nécessaire de lui procurer du temps libre. Pour que ce temps libre soit de qualité, l’aménagement de l’emploi du temps doit être stable et reposer sur des plages horaires d’une demi-journée, voire d’une journée. Afin de favoriser un changement de mode de vie individuel plus sobre, désirable et respectueux de l’environnement, il sera donc préférable de réduire le temps de travail en jours plutôt qu’en heures.

Après avoir étudié les enjeux du temps libre et de son aménagement sur un plan individuel, il apparaît pertinent d’aborder les enjeux du temps sur un plan collectif.

Jean-Christophe Giuliani

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Pour accéder aux pages suivantes :

Les enjeux du temps et du rapport à la temporalité

L’apogée et le déclin du temps religieux en faveur du temps économique

– La réduction du temps de travail : un choix de société !

[1] Insee, Temps sociaux et temps professionnels au travers des enquêtes Emploi du temps, Économie et Statistiques, n° 352-353 de 2002

[2] Codes et lois.fr, article-l3123-5, [en ligne] (consulté le 28 septembre 2017), http://www.codes-et-lois.fr/code-du-travail/article-l3123-5

[3] Ministère de la fonction publique, Guide du temps partiel des fonctionnaires et des agents non titulaires des trois fonctions publiques, [en ligne] (consulté le 28 décembre 2016), http://www.fonction-publique.gouv.fr/files/files/IMG/Guide_temps_partiel_FPE-2.pdf

[4] Gorz André, Métamorphoses du travail : critique de la raison économique, Paris, Galilée, 1988, page 20

[5] Légifrance, Article L241-11 du code de la sécurité sociale, [En ligne] (consulté le 15 Août 2017), https://www.legifrance.gouv.fr/affichCodeArticle.do?cidTexte=LEGITEXT000006073189&idArticle=LEGIARTI000006741946&dateTexte=&categorieLien=cid

[6] Légifrance, , Article 199 sexdecies, [En ligne] (consulté le 28 septembre 2017), https://www.legifrance.gouv.fr/affichCodeArticle.do?cidTexte=LEGITEXT000006069577&idArticle=LEGIARTI000033813202&dateTexte=&categorieLien=id

[7] Insee, 6.209 Emploi intérieur total par branche en nombre d’équivalents temps plein, Op.Cit.

[8] Dejours Christophe, Souffrance en France : banalisation de l’injustice sociale, Paris, Ed du Seuil, 1998.

[9] La pathologie du présent caractérise le comportement quotidien d’un individu qui vit ses actes au temps présent, sans se référer à son passé et se soucier des conséquences de ses actes pour le futur. L’existence du sujet se ramenant au seul moment présent, l’immédiateté du temps englobe toute sa conscience. Ne pouvant se projeter dans l’avenir, sa vie n’a plus de sens. Comme il ne peut différer ses actions, elles doivent être réalisées « tout-de-suite ». Son existence quotidienne étant enfermée dans le moment présent, le sujet est confronté au vide et à l’angoisse existentielle. Pour fuir l’angoisse, il peut s’étourdir dans l’activisme, la consommation compulsive ou diverses activités addictes. Elle peut aboutir à une dépression dont l’origine est à la fois liée au refoulement du passé, au désespoir face à l’avenir et au rejet du présent que l’individu ne contrôle plus. La pathologie du passé concerne les formes de mélancolie résultant de la permanence d’un état de conscience attaché au passé. Étant exclusivement confronté à des souvenirs et expériences passées, le sujet se trouve dans l’impossibilité de vivre au présent et de se projeter dans l’avenir. Par exemple, le péché originel qui doit être perpétuellement racheté illustre ce symptôme. La pathologie du futur correspond à l’attitude de celui qui rejette plus ou moins consciemment son passé et son présent pour trouver le sens de son existence uniquement dans un futur désiré et idéalisé. Cette pathologie s’apparente aux utopies de certaines croyances idéologiques (ascension hiérarchique = réalisation de soi).

[10] Insee, T403:Emploi et part dans l’emploi selon la quotité de temps de travail, par sexe et âge regroupé, en moyenne annuelle, [En ligne], (consulté le février 2017), https://www.insee.fr/fr/statistiques/1992572?sommaire=2008058

[11] Baumann François, Burn out : quand le travail rend malade, Paris, Josette Lyon, 2006.

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