La croissance du PIB peut-elle supprimer le chômage ?

Jean-Christophe Giuliani

Depuis le milieu des années 70, la croissance du PIB est présentée par les décideurs économiques et politiques comme la seule solution envisageable pour inverser la courbe du chômage et favoriser le progrès social. En effet, puisque l’augmentation du nombre de demandeurs d’emploi est étroitement liée aux taux de croissance des gains de productivité et aux partages des bénéfices générés par ces gains, la hausse du chômage est pour l’essentiel provoquée par la faiblesse du taux de croissance. La croissance de la productivité horaire étant illimitée, pour inverser la courbe du chômage, la croissance du PIB doit l’être également.

Même s’ils affirment qu’il faut relancer la croissance, les économistes et les politiques ne proposent pas un taux de croissance qui permettrait d’en finir avec ce fléau. Puisqu’ils n’en proposent pas, je commencerai donc par calculer le taux de croissance qui permettrait d’en finir avec le chômage des 7 millions d’actifs sans emploi. Étant donné que la croissance est corrélée à la consommation des ménages et aux dépenses de l’État, je proposerai ensuite des solutions pour atteindre ce taux.

Quel est le taux de croissance du PIB qui supprimera le chômage ?

La relance de la croissance du PIB est souvent présentée comme la seule solution envisageable pour inverser la courbe du chômage. Avant de proposer une équation qui permettra de calculer ce taux de croissance, je propose d’étudier son mode de calcul.

  • Quel est le mode de calcul du produit intérieur brut ?

Le produit intérieur brut (PIB) est l’indicateur quantitatif le plus utilisé pour mesurer la performance économique d’un pays. La formule qui permet de le calculer est la suivante :

PIB = Sommes des valeurs ajoutées + TVA + droits de douane

Le PIB mesure la somme des valeurs ajoutées générée par les unités économiques résidantes, à laquelle sont ajoutés la somme des taxes sur la valeur ajoutée (TVA) et les droits de douane. Il est calculé à partir de l’enregistrement comptable de toutes les transactions économiques soumises à la TVA, matérialisées par une facture et un ticket de caisse. Le mode de calcul du PIB défini, je propose de calculer le taux de croissance qui permettra d’en finir avec le chômage.

  • Comment calculer le taux de croissance du PIB qui supprimera le chômage.

Malgré leurs affirmations, les décideurs économiques et politiques ne proposent pas un taux de croissance du PIB qui permettrait d’en finir avec le chômage. Afin d’y remédier, je propose une équation qui permet de calculer le taux de croissance qui procurera une activité professionnelle aux 7 millions d’actifs sans emploi. Pour cela, il est nécessaire de calculer le nombre moyen d’heures de travail annuel effectué par un salarié à temps plein, la productivité horaire et le taux de conversion entre le PIB en valeur et la valeur ajoutée en volume.

L’équation ci-dessous permet de calculer le nombre moyen d’heures de travail annuel effectué par un salarié à temps plein.

– Soit, VHtb est le volume total heures travaillées par branche : 40 271 480 379 heures[1].
– « , PAe est la population active occupe emploi temps plein : 25 589 586 hab.
– « , HTa est le nombre moyen heure travail par branche équivalent temps plein .

En 2013, les 25,5 millions d’actifs à temps plein ayant effectué 40,2 milliards d’heures, le HTa était de 1 574 heures.

Le nombre moyen d’heures de travail annuel effectué par un salarié à temps plein étant défini, je propose de calculer la productivité horaire du travail, dont la formule est la suivante :

– Soit, VAvol est le montant VA en volume : 1 855 854 249 000 €[2].
– « , PH est la productivité horaire travail.

En 2013, étant donné qu’une VAvol de 1 855 milliards € a été générée par 40,2 milliards d’heures de travail, la PH était de 46 €. En moyenne, une heure de travail génère 46 € de valeur ajoutée.

La productivité horaire ayant été calculée, il est nécessaire de calculer le taux de conversion entre le PIB en valeur et la valeur ajoutée en volume.

– Soit, PIBval est le montant PIB en valeur : 2 113 687 000 000 €[3].
– « , Tc est le taux conversion entre PIB en valeur et VA en volume.

Le PIBval étant de 2113 milliards € et la VAvol étant de 1 855 milliards €, le Tc était de 13,9 %.

Le HTa, la PH et le Tc étant définis, avec l’aide de l’équation ci-dessous, il est possible de calculer le taux de croissance du PIB qui permettra d’en finir avec le chômage.

– Soit, PIBval est le montant PIB en valeur : 2 113 687 000 000 €.
– « , HTa est la moyenne heure travail par branche équivalent temps plein : 1 574 heures.
– « , PAc est la population active sans emploi : 7 031 013 actifs sans emploi.
– « , PH est la productivité horaire du travail : 46,08 €.
– « , Tc est le taux conversion entre PIB en valeur et VA en volume : 13,9%.
– « , TCPIB est le taux croissance PIB supprimera chômage.

En 2013, si les 7 millions d’actifs sans emploi avaient travaillé 1 574 heures avec une PH de 46 €, ils auraient généré une VAvol de 509 milliards €. Le Tc étant de 13,9 %, le PIBval supplémentaire aurait été de 580 milliards €. Le PIBval de 2013 étant de 2 113 milliards €, le PIB qui aurait permis d’en finir avec le chômage aurait été de 2 694 milliards €, soit un TCPIB de 27,5 %. En 2013, pour en finir avec le chômage, le taux de croissance devrait être de 27,5 %.

Comme il est impossible de générer un taux de croissance du PIB de 27,5 % en une seule année, à productivité horaire constante, je propose de soutenir un taux de 5,5 % par an étalé sur 5 ans.

Comment relancer la croissance du PIB ?

Étant donné que la croissance du PIB ne se décrète pas, pour en finir avec le chômage, il est nécessaire de proposer des solutions capables de soutenir un taux de 5,5 % par an pendant 5 ans. Depuis 1984, comme les bénéfices sont redistribués en faveur des actionnaires et des placements financiers, la France a beaucoup de difficulté à soutenir un taux supérieur à 2 % par an[4]. En 2013, les dépenses des ménages et de l’État contribuaient au PIB à hauteur de 77,4 %[5]. Afin d’atteindre 5,5 % par an, je propose de les augmenter en redistribuant ces bénéfices en leur faveur. Mon but étant de créer 7 millions d’emplois, je tiens à préciser, d’une part, que comme les ultralibéraux, je ferai preuve de bon sens et de pragmatisme en ne m’embarrassant pas de considérations éthiques et morales, et, d’autre part, que certaines propositions sont incompatibles avec mes convictions et l’alternative que je présenterai ensuite.

  • Élargir l’offre de biens et de services marchands destinée aux ménages.

En 2013, les dépenses de consommation des ménages représentaient 53,3 % du PIB. La classe moyenne étant la principale contributrice, pour soutenir un taux de 5,5 % par ans pendant 5 ans, il est nécessaire qu’elle consomme toujours plus de biens et de services marchands.

Afin d’inciter la classe moyenne à consommer toujours plus de biens marchands, il est nécessaire d’augmenter la fréquence de ses actes d’achats en élargissant l’offre, en accélérant le processus de destructions/créations des innovations et de la mode vestimentaire et en utilisant l’obsolescence programmée. Tandis que le marketing étudie le comportement du consommateur pour lui proposer une offre qui répond à ses « besoins », la R&D et les designers produisent des innovations qui permettent d’y répondre (réfrigérateur, lave-linge, voiture, télévision, téléphone, ordinateur, iPhone, iPad, Internet, etc…). Afin de conquérir des niches de consommateurs toujours plus étroites, le marketing, la R&D et les designers élargissent toujours plus la largeur et la profondeur de l’offre d’un même produit qui se distinguent par sa technologie, sa qualité, ses options et son niveau de prestige. En proposant un modèle par segment de marché (A urbaines 108, B polyvalentes 208 C compacts 308, D berlines 508, etc…) et niveau de finition (Like, Active, GTI, etc…), Peugeot cherche à conquérir des niches toujours plus étroites de consommateurs. Le prix et le prestige des différentes marques du groupe Volkswagen (Skoda, VW, Audi, Porche, Lamborghini, Bentley, etc…) permettent de se distinguer et d’affirmer sa réussite sociale. Le marketing et la R&D l’incitent également à consommer toujours plus en multipliant les moyens de satisfaire un même besoin. De multiples outils techniques (ordinateur de bureau ou portable, téléphone fixe ou mobile, etc…) et abonnements (fixe, mobile, Internet, etc…) permettent d’échanger via la parole, des SMS, des E-mails, des photos, des vidéos, etc… ou via des réseaux sociaux (Facebook, Twiter, etc…).

La hausse de la consommation passe également par l’accélération des processus de destruction/création des innovations techniques. En s’accélérant, le processus de destruction/création des ordinateurs, des télévisions, des voitures, des smartphones, etc… incite le consommateur à accélérer le rythme et la fréquence de ses actes d’achats. Les innovations apportées au téléphone mobile (SMS, photo, Bluetooth, 3G, MP3, jeux, traitement de texte, E-mail, Internet, TV, iPhone, GPS, androïde, 4G, etc…) illustrent parfaitement ce processus. Pour rester à la pointe de la technologie, le consommateur est motivé à remplacer son vieil iPhone 5, qu’il a acheté six mois auparavant, par le nouvel iPhone 6. Un vêtement est un marqueur social qui permet de montrer son statut et sa réussite. Pour inciter le consommateur à renouveler sa garde-robe plus souvent, le rythme et la fréquence de la mode vestimentaire se sont également accélérés. En produisant 12 000 designs par ans, la marque Zara propose des nouveaux modèles toutes les 2 semaines[6]. La publicité et les médias sont chargés de motiver et d’inciter la classe moyenne à acheter ces nouveaux produits ostentatoires, dont elle n’a pas réellement besoin.

La société de consommation n’aurait pas pu se développer sans l’obsolescence programmée. L’obsolescence programmée consiste à programmer une panne ou la date de désuétude d’un produit dès sa conception (défaut fonctionnel, obsolescence indirecte, incompatibilité, absence de pièces détachées, etc…). Malgré des brevets qui permettraient à une ampoule d’atteindre une durée de vie de 100 000 heures, elle est maintenue à 1 000 heures par les ingénieurs. Ce processus s’est généralisé à de nombreux produits techniques (lave-linge, imprimante, portable, mobile, etc…) et à des produits de consommation courants. En concevant des produits dont la durée de vie est limitée, la R&D contraint le consommateur à accélérer la fréquence de ses actes d’achat.

Pour générer un taux de croissance de 5,5 % par an pendant 5 ans, il est également nécessaire d’élargir l’offre des services marchands. Avant d’en proposer des nouveaux, il est nécessaire d’effectuer l’inventaire des activités qui n’y contribuent pas. Pour qu’une transaction y contribue, elle doit être matérialisée par une facture ou un ticket de caisse qui fera l’objet d’un enregistrement comptable. N’étant pas matérialisés par une facture, le bénévolat, le travail au noir, le travail domestique de la femme au foyer, ainsi que la prostitution et les trafics (drogues, armes, organes, etc…) n’y contribuent pas. Afin de relancer la croissance, il apparaît donc nécessaire d’envisager autrement la prise en charge et la légalité de ces activités pour qu’elles y contribuent.

Les tâches domestiques (soins des enfants, aide au devoir, ménage, repassage, courses, etc…), qui sont effectuées par la femme au foyer ou « au noir » par une femme de ménage ou une étudiante, ne contribuent pas à la croissance du PIB. Pour qu’elles y contribuent, il est nécessaire de les transformer en services marchands. Les chèques emploi service universel[7] et les entreprises de services aux particuliers permettent à ces tâches d’y contribuer également. De 1990 à 2010, les effectifs de ce secteur d’activité ont augmenté de 89,3 %[8]. Employant des salariés peu qualifiés, au Smic et à temps partiel « subi », il est en partie responsable de l’augmentation des travailleurs pauvres. La principale activité de ces entreprises n’est pas de vendre un service, mais du temps libre. En effet, elle achète une heure de travail au Smic, qu’elle revend entre 20 € et 30 € à un particulier pour qu’il puisse disposer de temps libre. En 2012, le taux horaire du Smic était à 9,40 €[9]. La productivité horaire de ce secteur d’activité étant de 10,1 €[10], pour qu’il soit rentable l’État l’exonère de cotisations sociales patronales. Pour avoir les moyens de financer ces services, un couple sans enfant doit disposer d’un revenu minimum de 5 500 € par mois. Ces services sont donc uniquement accessibles aux cadres, à la classe moyenne supérieure et à l’élite. Afin de permettre à la classe moyenne d’y accéder, l’État octroie un crédit d’impôt compris entre 12 000 € et 15 000 € par an. En cumulant les exonérations de cotisations sociales patronales et les crédits d’impôt, l’État subventionne ce secteur à auteur de 10 milliards € par an. Pour qu’il se développe, non seulement le pouvoir d’achat de la classe moyenne doit augmenter, mais surtout, elle ne doit plus disposer de temps libre.

N’étant pas matérialisés par une facture, la prostitution et le trafic de cannabis ne font pas l’objet d’un enregistrement comptable. Pour que ces secteurs d’activités contribuent à la croissance, il est donc nécessaire de les légaliser. En considérant la prostitution comme une activité économique à part entière, l’Allemagne et la Belgique ont relancé la croissance et créé des emplois de services à la personne. En légalisant le commerce des drogues douces (cannabis, herbes, etc…), les Pays-Bas ont également stimulé la croissance et créé des emplois. Au nom de la liberté et du libre marché, les ultralibéraux souhaitent légaliser l’exploitation sexuelle des femmes et les drogues dites récréatives. Si la France légalisait la prostitution et le cannabis, elle aurait les moyens de relancer la croissance, de créer des emplois, d’augmenter ses recettes fiscales (TVA, cotisations sociales salariales et patronales, impôts, etc…) et de lutter contre le crime organisé.

Les moyens d’élargir l’offre de biens et de services marchands sont quasiment illimités. La difficulté des entreprises n’est donc pas de l’élargir, mais de trouver des consommateurs solvables avides de consommer. Pour soutenir un taux de croissance de 5,5 % par ans pendant 5 ans, il apparaît donc nécessaire d’augmenter le pouvoir d’achat de la classe moyenne.

  • Comment augmenter le pourvoir d’achat de la classe moyenne ?

À eux seuls, la hausse de l’offre marchande et des budgets publicitaires ne parviendront pas à augmenter considérablement la consommation des ménages. Afin de soutenir un taux de croissance du PIB de 5,5 % par an pendant 5 ans, je propose d’augmenter le pouvoir d’achat de la classe moyenne en relevant le Smic, en augmentant le temps de travail et en régulant les prix du logement.

Pour inciter la classe moyenne à consommer toujours plus, les salaires doivent augmenter. De 1983 à 2013, la part de la valeur ajoutée versée aux salariés est passée de 73,1 % à 66,3 %[11]. En provoquant une baisse de 5,8 points, la doctrine ultralibérale a provoqué la stagnation du pouvoir d’achat de la classe moyenne. À l’inverse de l’idée répandue par cette doctrine idéologique, ce n’est pas le coût du travail, mais la hausse du carnet de commandes qui motive un chef d’entreprise à recruter du personnel. Pour que les entreprises soient incitées à investir, à innover et à recruter, elles ont donc besoin de consommateurs solvables et de perspectives de développement. Durant les années 30, Henri Ford avait compris que pour vendre ses voitures à ses salariés, il devait les augmenter. La société de consommation n’aurait pas émergé, si les salaires n’avaient pas suivi le rythme de l’offre marchande. En relevant le taux horaire du Smic, l’État provoquera une hausse du pouvoir d’achat, qui se traduira par une relance de la consommation, de l’activité économique et donc, de la croissance. Pour faire face à la hausse de la demande, les entreprises seront incitées à investir et à recruter du personnel.

Afin de relancer la consommation, le temps de travail doit augmenter. Actuellement, le secteur des services aux particuliers survit grâce aux aides accordées par l’État. Pour que ce secteur se développe, l’État doit augmenter le temps de travail de la classe moyenne. En supprimant 1 journée de repos hebdomadaire et en fixant la durée légale de la journée de travail à 8 heures, la durée légale de la semaine de travail sera de 48 heures. En couplant la hausse des salaires avec la semaine de 48 heures, il sera possible d’augmenter considérablement le pouvoir d’achat des ménages. Ne disposant plus de temps libre, pour en retrouver, la classe moyenne sera contrainte d’externaliser ses tâches domestiques à des entreprises de services aux particuliers. N’ayant plus le temps de s’occuper de ses enfants et de pratiquer des activités personnelles plus épanouissantes, elle exprimera ses manques et sa frustration par toujours plus de consommation. La hausse de la consommation de biens et de services marchands stimulera l’activité économique qui provoquera la relance de la croissance et donc, la création d’emplois.

Pour augmenter le pouvoir d’achat de la classe moyenne, il est également nécessaire de réguler les prix du logement. De 2000 à 2010, tandis que le revenu des ménages augmentait de 25 %[12], l’indice des prix du logement augmentait de 107 %[13]. Selon une enquête de l’observatoire du logement datant d’avril 2012, qu’ils soient locataires ou propriétaires, 55 % des Français déclaraient consacrer un tiers de leur budget à se loger[14]. Si les loyers et le prix du logement augmentaient au même rythme que le pouvoir d’achat, la hausse des salaires et du temps de travail ne contribueraient pas à relancer la consommation. La hausse des prix du marché de l’immobilier étant due à la spéculation, pour provoquer sa baisse, l’État doit le réguler. En le régulant, il augmentera le pouvoir d’achat de la classe moyenne sans pénaliser la compétitivité des entreprises.

La hausse des salaires, l’augmentation du temps de travail et la régulation des prix du logement permettront d’augmenter considérablement le pouvoir d’achat de la classe moyenne. Pour faire face à la hausse de la demande générée par l’augmentation de la consommation, les entreprises seront plus ou moins contraintes d’augmenter leurs effectifs et donc, de créer des emplois. Même si la consommation des ménages est le principal contributeur à la croissance du PIB, elle ne sera pas capable à elle seule de soutenir un taux de 5,5 % pendant 5 ans.

  • Augmenter les dépenses de l’État.

En 2013, les dépenses des administrations publiques ont contribué à 24,1 % du PIB[15]. Pour soutenir un taux de croissance de 5,5 % pendant 5 ans, l’État doit augmenter les dépenses allouées aux budgets de la sécurité intérieure et de la défense.

L’État peut relancer la croissance du PIB en augmentant les dépenses allouées au budget de la sécurité intérieure.

Pour justifier la hausse de ces dépenses auprès de l’opinion publique, il peut exploiter le climat de peur et d’insécurité provoqué par des images de violences, de crimes, de réfugiés et d’attentats terroristes. Sous prétexte, d’une part, de protéger la population, les biens et la propriété, et, d’autre part, de défendre les institutions, l’ordre public, la cohésion sociale et la liberté, l’État peut renforcer son arsenal juridique et matériel. En votant la loi ALLOPI 2 et l’état d’urgence, le gouvernement s’est donné les moyens d’anticiper, de prévenir, d’intervenir et de lutter contre les menaces terroristes, les mouvements radicaux, le crime organisé, les trafics, l’émigration clandestine, la petite délinquance et la délinquance routière. En installant des caméras de vidéosurveillance, des portiques de sécurité dans les aéroports et des radars fixes et mobiles, en se dotant de matériel de prise d’empreintes génétiques et en commandant des gilets pare-balles, etc…, l’État a augmenté ses dépenses en faveur des entreprises du secteur de la sécurité. Pour permettre aux entreprises et aux particuliers de se protéger, il a également légalisé l’usage d’entreprises privées de sécurité, de surveillance et de gardiennage.

Sous prétexte d’améliorer le fonctionnement du système pénitencier, l’État a délégué à des entreprises privées la construction de prisons, la restauration, l’entretien, la blanchisserie, la maintenance, etc… En augmentant les dépenses allouées à la sécurité, l’État relance la croissance du PIB et donc, la création d’emplois.

Pour relancer la croissance du PIB, l’État peut également augmenter le budget de la défense. Afin de justifier la hausse de ces dépenses, il peut utiliser la guerre froide, les guerres et les attentats terroristes. De 1945 à 1990, la guerre froide a permis aux États-Unis d’augmenter le budget de la défense au profit du complexe militaro-industriel[16]. Après l’effondrement de l’Union Soviétique, ce complexe n’avait plus d’ennemis pour justifier la hausse de son budget. « Le choc des civilisations » de Samuel Huntington lui en donna un nouveau. L’attentat du 11 septembre 2001, attribué au groupe terroriste Al-Quaida, a permis d’augmenter à nouveau le budget de la défense. De 2001 à 2010, au nom de la défense de la nation, de la liberté, de « notre mode de vie » et de la guerre contre le terrorisme, ce budget est passé de 392 à 707 milliards $, soit une hausse de 80,3 %[17]. Sa hausse a profité aux marchands d’armes (Carlyle, Boeing, Lockheed Martin, General Dynamics, etc…), aux sociétés privées de mercenaires (Black Water, etc…) et aux entreprises de logistiques (Halliburton, etc…), au détriment de la population. En effet, pour financer la hausse de ce budget, le gouvernement de George W Bush a réduit les dépenses publiques et sociales.

La hausse de ces dépenses nécessite d’augmenter les recettes fiscales de l’État.

  • Comment augmenter les recettes fiscales de l’État ?

Afin d’augmenter les budgets de la sécurité et de la défense, l’État doit augmenter ses recettes fiscales. La hausse du pouvoir d’achat de la classe moyenne étant destinée à la consommation, il doit trouver d’autres sources de financement. Il peut les augmenter, d’une part, en augmentant les taux et les tranches d’imposition et en rétablissant l’impôt sur la fortune (ISF) des contribuables les plus aisés, et, d’autre part, en supprimant les niches fiscales, les abattements fiscaux et les autres moyens légaux de s’y soustraire.

Dans un rapport publié en 2018, le syndicat Solidaires Finances publiques estimait que la fraude fiscale s’élèverait à 100 milliards €[18] pour la France. Afin d’augmenter ses recettes fiscales, l’État doit donc également lutter contre la fraude et les pratiques d’optimisation fiscale qui permettent aux multinationales d’échapper « légalement » à l’impôt. Puisque le taux d’impôt sur les sociétés diffère d’un pays européen à l’autre, les multinationales installent leur siège social dans ceux qui ont le plus bas (Irlande, Luxembourg, etc…). Afin d’en finir avec le dumping fiscal, il serait nécessaire d’harmoniser ce taux au sein de l’Union européenne. L’optimisation fiscale repose également sur la pratique des « frais de transfert ». Pour échapper à l’impôt, une multinationale, dont le siège social est situé en France, peut réaliser l’essentiel de ses bénéfices dans une filière installée dans un paradis fiscal. En facturant des frais de gestion, des prestations de services (marketing, communication, etc…) et des royalties (brevets, algorithmes, marques, etc…), la filière augmente ses bénéfices au détriment du siège. L’essentiel des bénéfices étant réalisé par sa filière, la multinationale échappe légalement à l’impôt. Afin d’en finir avec la fraude fiscale, le ministère des Finances devra interdire et sanctionner lourdement les pratiques d’évasions et d’optimisations fiscales. L’État devra donc recruter des contrôleurs des impôts, dont la mission sera de contrôler et de sanctionner, avec des amendes et des redressements fiscaux exemplaires, les banques, les avocats d’affaires et les entreprises qui favorisent, conseillent et pratiquent la fraude fiscale. Puisqu’un contrôleur rapporte plus qu’il ne coûte, plus il y en aura, plus il y aura de redressements, plus la fraude et l’optimisation fiscale augmenteront les recettes de l’État.

En légalisant le cannabis et la prostitution, en augmentant le taux d’imposition des contribuables les plus aisés, en recrutant des contrôleurs des impôts et en sanctionnant lourdement les pratiques d’évasions et d’optimisations fiscales, l’État augmentera ses recettes fiscales. Il aura donc les moyens d’augmenter les budgets de la sécurité et de la défense sans réduire ceux de la culture, de l’éducation, des sports, de la santé et des services sociaux qui contribuent au progrès social.

La hausse de la consommation de la classe moyenne et des dépenses de l’État permettront de stimuler un taux de croissance de 5,5 % pendant 5 ans. En stimulant l’activité des entreprises et en encourageant l’investissement, ce processus vertueux permettra la création de 7 millions d’emplois et donc, d’en finir avec le chômage.

Après avoir proposé des solutions pour relancer la croissance du PIB, il apparaît pertinent de se demander si elle est réellement la condition du progrès social.

Pour accéder aux pages suivantes :

La croissance du PIB contribue-t-elle au bien-être ?

 

[1] Insee, 6.213 Volume total d’heures travaillées par branche, Op.Cit.

[2] Insee, 6.202 Valeur ajoutée brute par branche en volume aux prix de l’année précédente chaînés, Op.Cit.

[3] Insee, 1.115 Produit intérieur brut et revenu national brut par habitant, Op.Cit.

[4] Insee, 1.101 Le produit intérieur brut et ses composantes à prix courants, Op.Cit.

[5] Ibid.

[6] Lipovetsky Gilles, Op Cit, page 96

[7] Le chèque emploi service universel, couramment connu sous l’acronyme CESU, est un moyen de paiement et de déclaration utilisé dans les emplois de services à la personne en France.

[8] Insee, 6.209 Emploi intérieur total par branche en nombre d’équivalents temps plein, Op.Cit.

[9] Insee, Salaire minimum interprofessionnel de croissance (Smic) en 2018, Données annuelles de 1980 à 2018, [En ligne] (consulté le 4 décembre 2018), https://www.insee.fr/fr/statistiques/1375188

[10] Insee, 6.202 Valeur ajoutée brute par branche en volume aux prix de l’année précédente chaînés / 6.213 Volume total d’heures travaillées par branche,Op-Cit.

[11] Insee, 7.101 Compte des sociétés non financières (S11), Op-Cit.

[12] Friggit J (2010), Le prix du logement sur le long terme, CGEDD, [En ligne] (consulté le 25 février 2017), http://www.cgedd.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/evolution-prix-immobilier-friggit_cle0c611b.pdf

[13] Friggit J, (2015), Les prix du logement à Paris de 1200 à 2015 et sa prospective organisation, CGEDD, [En ligne] (consulté le 25 février 2017), http://www.cgedd.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/prix-immobilier-paris_cle6f1be3.pdf

[14] Le Parisien.fr, Le budget logement explose, [En ligne] (consulté le 10 octobre 2012), http://www.leparisien.fr/espace-premium/actu/le-budget-logement-explose-04-04-2012-1938246.php

[15] Insee, 1.101 Le produit intérieur brut et ses composantes à prix courants, Op.Cit.

[16]. Cliotexte, Discours d’adieu prononcé par le Président Dwight David Eisenhower, le 17 janvier 1961, [En ligne] (consulté le 5 décembre 2011), http://icp.ge.ch/po/cliotexte/deuxieme-moitie-du-xxe-siecle-guerre-froide/discours.eisenhower.html

[17] Mampaey Luc (2012), Dépenses militaires, production et transferts d’armes, compendium 2012, GRIP, [En ligne] (consulté le 3 décembre 2018), http://archive.grip.org/fr/siteweb/images/RAPPORTS/2012/Rapport%202012-4.pdf

[18] Levy Emmanuel (2018), Exclusif – La fraude fiscale explose et atteints les 100 milliards d’euros !, Marianne.net, [En ligne] (consulté le 25 novembre 2018), https://www.marianne.net/economie/exclusif-la-fraude-fiscale-explose-et-atteint-les-100-milliards-d-euros

2 réflexions sur « La croissance du PIB peut-elle supprimer le chômage ? »

  1. Nous avons actuellement environ six millions de chômeurs et nous ne manquons de rien. Si nos six millions de chômeurs se mettaient à produire que ferions-nous de leur production? L’amélioration dans tous les domaines de la productivité a créé un déséquilibre. Pour que notre économie fonctionne nous avons à présent besoin de plus de consommateurs que de producteurs. Il faut choisir entre se cotiser pour payer les chômeurs à ne rien faire ou se cotiser pour les payer à travailler dans des services nouveaux et d’autres *disparus et un peu dans la production puisqu’ils vont consommer. Notre gouvernement a choisi d’en payer mal 50% et de laisser les autres sur le carreau. *métiers disparus: concierge, pompiste, receveur dans les bus, paysan…

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