La croissance du PIB épuiserait-elle les ressources naturelles ?

Les ressources naturelles (eau, air et sol) étant les supports de la vie et de la reproduction des ressources biologiques, ils sont indispensables à la survie de l’espèce humaine. Pour que la croissance du PIB soit envisageable, elle ne doit pas épuiser les stocks de ressources naturelles de la planète. Contrairement aux matières premières, ce ne sont pas les stocks qui sont menacés, mais leurs qualités qui se dégradent à cause de la pollution, des rejets et des déchets.

  • Quelles sont les conséquences de la pollution de l’air ?

La survie et le développement des espèces vivantes et donc, de l’Homme dépendent de la respiration d’un air chargé en oxygène. L’air que nous respirons au quotidien est composé d’oxygène et d’autres particules plus ou moins nocives pour la santé. L’activité industrielle, les transports, l’agriculture et le chauffage résidentiel rejettent du monoxyde de carbone (CO), de l’oxyde de soufre (SO2), de l’oxyde d’azote (NO2) et d’autres particules fines (PM2,5, PM1,0 et carbone suie). Ces rejets, qui contribuent à détériorer la qualité de l’air, ont un point en commun, ils sont dangereux pour la santé. L’augmentation des affections bénignes (fatigue, nausées, irritation des yeux et de la peau) et des maladies graves (asthme, allergies, cancers, maladies cardio-vasculaires, etc.) dues à la pollution de l’air sont les signes de sa dégradation. Un rapport de l’OMS datant de l’année 2000 montrait que l’exposition permanente aux particules fines provoquait chaque année environ 350 mille décès prématurés en Europe, dont 42 mille en France[1].

De 1973 à 2013, les rejets de CO de la France ont diminué de 71 %, ceux de SO2 de 94 % et ceux de NO2 de 45,4 %. En ce qui concerne les particules fines, de 1991 à 2013, les rejets de PM2,5 ont diminué de 59,5 %, ceux de PM1,0 de 64,9 % et ceux de carbone suie de 50,6 %[2]. Même si ces rejets ont diminué sur l’ensemble du territoire national, ils sont toujours élevés à proximité des zones de circulation routière. Le parc automobile français de 2013 étant composé à 63,8 % de véhicules diesels, plus de 80 % du carbone suie mesuré à proximité du boulevard périphérique parisien provient, pour l’essentiel, de la combustion de ces véhicules (camions et voitures)[3].

Même si les réglementations et les mesures prises (favoriser le vélo en ville, limiter la circulation, réduire la vitesse, filtres pour les usines et les véhicules diesels, etc.) ont permis de réduire ces rejets sur l’ensemble du territoire, ils sont toujours élevés et la pollution de l’air est l’une des principales préoccupations des grandes agglomérations urbaines.

Le graphique ci-dessous présente la qualité de l’air en nombre de jours de la région parisienne en fonction des zones de fort ou de faible trafic routier en 2012.

Qualité de l’air en région parisienne dans les zones à fort ou à faible trafic routier

Qualité de l'air

-Source : Airparif, qualité de l’air en Ile de France en 2012, mars 2013.

Ce graphique, qui concerne la région parisienne, met en évidence que la qualité de l’air dépend de la zone d’habitation : zone à fort ou à faible trafic routier. En 2012, les populations situées dans les zones de faible trafic (zone rurale, forêt de Fontainebleau et de Rambouillet, Fréminville, Bois-Herpin, etc.) bénéficiaient d’un air de bonne qualité 236 jours, de qualité moyenne 108 jours et de mauvaise qualité 21 jours par an. En revanche, celles situées dans les zones à fort trafic routier (boulevard périphérique, autoroute A1 au niveau de St Denis, RN2 Pantin, Avenue des champs Élysée, Paris Centre, RN6 Melun, etc.) étaient exposées à un air de qualité moyenne 211 jours et de mauvaise, voir de très mauvaise qualité 150 jours par an.


Bilan 2015 airparif par les-crises

Tandis que les limites à ne pas dépasser pour préserver sa santé sont de 40 μg/m3 annuelles et de 18 fois 200 μg/m3 journalières, le rapport de Airparif de 2013[4] montrait que plus de 3 millions de Franciliens sont régulièrement exposés à des valeurs de NO2 qui atteignaient 40 μg/m3. À cause des particules fines rejetaient par les véhicules diesels, 11,7 millions de Parisiens[5] sont confrontés à des teneurs en particules fines PM2,5 de 30 μg/m3, voire parfois de 50 μg/m3. Ces teneurs sont largement supérieures à la limite annuelle à ne pas dépasser pour préserver sa santé qui est de 27 μg/m3. Ce qui est vrai pour les zones à fort trafic routier de la région parisienne l’est également pour les grandes agglomérations françaises (Lyon, Marseille, Lille, Nantes, Nice, etc.) et étrangères.

Étant donné que les rejets augmentent au rythme du développement économique, si ce processus se poursuit, l’oxygène de l’air, qui répond à un besoin vital, sera progressivement remplacé par des particules nocives pour la santé. La pollution de l’air étant étroitement liée à l’activité économique et donc, à la croissance du PIB, pour préserver la santé et la qualité de vie, sa relance ne semble pas une solution pertinente et envisageable.

  • Quelles sont les conséquences de la pollution des sols ?

Épaisse de 30 cm en moyenne, la couche de terre qui recouvre les sols abrite d’intenses échanges biologiques et physico-chimiques. Elle fournit les éléments indispensables à la croissance des végétaux, filtre l’eau, contrôle l’alimentation des nappes phréatiques, régule le cycle du carbone et de l’azote et constitue l’habitat de près de 80 % de la biomasse. L’agriculture, dont l’homme dépend pour son alimentation, nécessite l’exploitation de terres arables, c’est-à-dire de terres pouvant être labourées et cultivées. Dans un rapport de décembre 2015, l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) affirmait qu’un tiers des terres arables de la planète étaient menacées de disparaître[6]. La disparition de la biodiversité, de mauvaises pratiques agricoles, l’urbanisation et le réchauffement climatique provoquent l’appauvrissement, l’érosion, le tassement, l’acidification, la pollution et la salinisation des sols. À cause de l’épuisement des sols, 33 millions d’hectares de terres sont détruits chaque année au niveau mondial. Ce rythme est désormais supérieur à celui de la pédogenèse, c’est-à-dire celui de la régénération et de la formation des sols.

L’exploitation intensive des sols, la monoculture (blé, soja, betterave, maïs, colza, etc.), qui est pour l’essentiel destinée à nourrir le bétail, les cultures inadaptées aux écosystèmes et aux climats locaux et l’usage intensif d’engrais chimique azoté et de pesticides accélèrent l’épuisement et la dégradation des terres. En perturbant la vie souterraine et les échanges biochimiques, les labours profonds réduisent la fertilité des sols. En appauvrissant la teneur en nutriment, en humus et en matières organiques, qui constituent l’engrais naturel des plantes, la surexploitation agricole les appauvrit et les épuise également. À cause de la surexploitation, 40 % des surfaces agricoles françaises présentent des risques d’épuisement irréversibles. La baisse des rendements provoquée par l’épuisement des sols nécessite un usage croissant d’engrais chimique. Le graphique ci-dessous présente l’évolution des quantités d’azote vendues ramenées à la surface fertilisable[7].

Évolution des quantités d’azote vendues par surface fertilisable.

Consommation d'engrais de 1973 à 2012

De 1974 à 2013, à cause de la baisse des rendements agricoles provoquée par l’exploitation intensive, la quantité d’azote vendu par hectare a augmenté de 45 %. Malgré l’usage intensif d’engrais chimique, la baisse de la productivité des sols ne s’inverse pas. À l’échelle mondiale, les rendements agricoles ont augmenté de 3 % de 1950 à 1984 et de 1 % de 1984 à 1995. Depuis, ils ont stagné ou se sont réduits. Dans certaines régions du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord, le rendement des zones d’exploitation intensives est passé de 5 à 0,5 tonne à l’hectare. La chute des rendements provoquera à terme la hausse des prix des produits alimentaires ainsi que des famines.

Actuellement, 70 % des terres agricoles produisent du colza, du soja, du blé, du maïs, de l’avoine, etc., destinés à nourrir du bétail[8]. Ces matières premières agricoles étant cotées en bourse, ce marché très spéculatif contribue à générer des profits. Pour que la sécurité alimentaire ne soit pas compromise par l’élevage intensif et la spéculation, il est nécessaire de changer les habitudes alimentaires et de favoriser un modèle vivrier. En encourageant la consommation de protéines végétales (lentille, haricot, quinoa, spiruline, etc.), il sera possible de réduire la taille des troupeaux et donc, la surface des terres destinées à nourrir le bétail. En favorisant l’agriculture biologique et maraîchère, ainsi que la culture de plantes légumineuses et en réhabilitant les semis directs, les haies, l’assolement, la rotation des cultures et les jachères, il sera possible d’assurer la sécurité alimentaire en respectant l’activité biologique et microbienne des sols. Avec les récoltes issues de l’agriculture biologique et maraîchère, la terre retrouvera sa fonction nourricière.

  • Quelles sont les conséquences de la pollution de l’eau ?

Les stocks d’eau de la planète sont estimés à 1,39 milliard de km3 (1 km3 = 1 milliard de m3). Tandis que 97,6 % des stocks sont situés dans les océans, 2,4 % sont situés dans les calottes glaciaires, les eaux souterraines, l’eau douce superficielle et la vapeur d’eau atmosphérique. Pour se développer, les espèces vivantes, l’Homme, l’agriculture et l’industrie ont besoin d’une eau douce et potable, c’est à dire, qui ne soit pas salée et polluée. Étant donné que les eaux souterraines abritent 0,54 % des stocks, 98 % des eaux utiles à l’irrigation des terres agricoles, à l’usage industriel et à la consommation domestique ne représentent que 7,5 millions de km3.

Un rapport du Sénat datant de juin 2016 « Eau : Urgence déclarée » fait apparaître que les stocks d’eau souterraine de la France[9] sont estimés à 2 000 km3, soit 2 000 milliards de m3. Les stocks d’eau utiles étant limités, il est nécessaire de les préserver. Avant de proposer des solutions pour les préserver, je propose d’identifier ceux qui en consomment le plus. Chaque année la France prélève entre 32 et 35 milliards de m3 d’eau pour assurer ses activités économiques et domestiques. Le graphique ci-dessous présente les consommations d’eau par secteur d’activité en 2015.

Consommation d’eau par secteur d’activité en 2015.

Prélévement d'eau par secteur d'activité

-Source : Sénat, (consulté le 24 novembre 2016), Eau : Urgence déclarée, rapport d’information n 616, déposé le 19 mai 2016, [En ligne]. Adresse URL : http://www.senat.fr/rap/r15-616/r15-616_mono.html.

Tandis que les usages domestiques représentent 24 % de la consommation d’eau, les usages à caractère économiques destinés à l’agriculture (48 %), à l’industrie (6 %) et au refroidissement des centrales nucléaires (22 %) consomment 76 % des 32 milliards de m3 d’eau utilisés par an. Étant utilisée à tous les stades de la production de métaux, de plastiques, du raffinage du pétrole, de la fabrication de papier, etc., l’eau est l’une des principales matières premières de l’industrie. En effet, la production d’un kilo d’acier nécessite entre 300 et 600 litres d’eau et celle d’un kilo de papier 500 litres. Les eaux rejetaient par l’industrie étant polluées, elles ne peuvent plus être utilisées pour l’agriculture, l’usage domestique et encore moins la consommation d’eau du robinet.

Étant donné que les plantes ont besoin d’eau pour se développer, l’agriculture en est le principal consommateur. La surexploitation de certaines régions agricoles, telle que l’Andalousie, menace les réserves d’eau qui y sont déjà limitées. Dans d’autres régions, ce n’est pas la quantité, mais la qualité qui est menacée. Étant donné que l’agriculture intensive utilise toujours plus d’engrais chimiques et de pesticides, elle pollue et détériore la qualité des nappes phréatiques. En Bretagne, à cause de l’agriculture et de l’élevage de porc intensif, l’eau du robinet n’est plus potable. Étant indispensable à l’agriculture, l’eau est une ressource stratégique dont le contrôle peut être une cause de tensions politiques et de conflits. Le territoire d’Israël étant en grande partie aride, l’eau est une ressource stratégique majeure. Le contrôle de la vallée du Jourdain et donc, de l’eau est l’une des causes du conflit qui oppose les Israéliens aux Palestiniens. La surexploitation, la sécheresse et la pollution des stocks utiles risquent de provoquer à terme une pénurie d’eau, dont les conséquences seront une hausse des prix de l’eau, une baisse des rendements agricoles et donc, une augmentation des famines, des émeutes et des guerres. Afin de limiter son gaspillage, le ministère de l’Écologie finance des campagnes à destination des ménages. Étant donné que c’est l’agriculture qui en consomme le plus, c’est à ce secteur que l’État devrait s’adresser.

L’agriculture étant le plus gros consommateur d’eau, avant de proposer des solutions pour la réduire, il est nécessaire d’identifier les secteurs agricoles qui en consomment le plus. Le graphique ci-dessous présente le nombre de litres d’eau nécessaire pour produire un kilogramme de nourriture.

Litre d’eau nécessaire pour produire un kilogramme de nourriture

Consommation d'eau pour 1 kg de nourriture

– Source : Sénat, (consulté le 24 novembre 2016), Eau : Urgence déclarée, rapport d’information n 616, déposé le 19 mai 2016, [En ligne]. Adresse URL : http://www.senat.fr/rap/r15-616/r15-616_mono.html

– Source : FAO, (consulté le 24 novembre 2016), Chapitre trois – L’utilisation de l’eau en agriculture, [En ligne]. Adresse URL : http://www.fao.org/docrep/007/y4683f/y4683f07.htm

Ce graphique montre que la production d’un kilogramme de viande de bœuf, d’agneau et de volaille nécessite entre 6 000 et 13 500 litres d’eau, que celle d’un kilogramme de blé, de légumineuse (haricot, lentille, soja, poids, etc.), de pomme de terre et de maïs nécessite entre 500 et 1 000 litres et que celle d’un kilogramme de salades et de tomates nécessite entre 20 et 100 litres. Étant donné que c’est la production d’un kilogramme de viande qui consomme le plus d’eau, si les Occidentaux assuraient leurs apports quotidiens de protéines avec des protéines végétales issues d’une alimentation à base d’haricot, de lentille, de soja et de quinoa, il serait possible de réduire considérablement la consommation d’eau. La baisse de la consommation de viande provoquera la réduction de la taille des exploitations et donc, du nombre de bêtes. Étant donné qu’il y aura moins de bêtes à nourrir, il sera possible, d’une part, de réduire les surfaces agricoles, d’en finir avec la surexploitation des sols et la destruction des forêts, et, d’autre part, de réduire la consommation d’eau et les rejets de méthane (gaz à effet de serre) provoqués par la flatulence des animaux. En préservant les sols et les stocks d’eaux utiles, l’agriculture biologique et maraîchère assurera une qualité de vie à l’ensemble de la population à moyen et long terme.

En revanche, au nom du profit et de la croissance à court terme, l’agriculture et l’élevage intensifs qui sont étroitement liés à l’industrie agroalimentaire et qui nécessitent de grandes exploitations, l’usage intensif d’eau, de pesticides et d’engrais chimiques, menacent les conditions de la vie. N’étant pas viable à moyen et long terme, la relance de la croissance du PIB ne peut donc pas être la solution pour créer des emplois.

  • Quelles sont les conséquences de la pollution et des déchets ?

Chaque jour, les ménages et les entreprises rejettent des milliers de tonnes de déchets domestiques et industriels. En 2012, tandis qu’un ménage français rejetait en moyenne 521 kg/hab de déchets domestiques, un ménage américain en rejetait 725 kg/hab, soit 39 % de plus[10]. Le graphique ci-dessous présente la croissance des déchets domestiques par types et en kilogramme par habitant à Paris de 1940 à 2004.

Croissance des déchets domestiques à Paris de 1940 à 2004 par types et en kg/hab

Déchets domestiques

-Source : Preisser Pierre et Haddag Lyes, (consulté le 30 novembre 2016), Expliquer la production de déchets ménagers parisiens sur la période 1949-2004, [En ligne]. Adresse URL : http://www.memoireonline.com/05/07/449/production-dechets-menagers-parisiens-1949-2004.html

Ce graphique montre que de 1940 à 2004, le kilogramme de déchets par habitant de la ville de Paris est passé de 239 à 566 kg/hab, soit une hausse de 137 %. Cette augmentation est en grande partie due à la hausse de la part de certains déchets qui ont suivi le rythme de l’ère du jetable et du gaspillage de la société de consommation. En effet, de 1950 à 2004, la part du papier, du carton, du verre, du plastique et du métal est passée de moins de 15 % à plus de 60 % des déchets. La multiplication des déchets domestiques est due à l’usage croissant de conserves et de canettes métalliques, ainsi que de bouteilles et de canettes en verre, à la généralisation de cartons et de papiers d’emballage, à l’augmentation de l’offre de produits alimentaires transformés, au conditionnement du lait et de l’eau dans des packs et des bouteilles en plastique et à la distribution croissante de prospectus dans les boites aux lettres. L’essor de la grande distribution, qui a favorisé l’usage de produits associés à des marques identifiables au détriment de produits en vrac, a également contribué à la croissance des emballages cartonnés.

Afin de réduire la production de déchets, le gouvernement met en place des politiques incitatives et des campagnes de sensibilisation destinées aux ménages. Au lieu de remettre en question la croissance du PIB et la société de consommation, il fait la promotion du tri sélectif et du recyclage. Même si les produits et les emballages sont censés être recyclés, seule une partie infime de ces déchets le sont réellement. Les meilleurs déchets étant ceux qui ne sont pas produits, pour en réduire l’accumulation il est donc nécessaire d’encourager un changement des habitudes de consommation. Par exemple, acheter des produits en vracs sans emballage, favoriser les circuits courts et la production locale et manger des produits frais plutôt que des produits transformés par l’industrie agroalimentaire. Étant donné que le gaspillage et la hausse des déchets domestiques sont favorables à la croissance du PIB et donc, à la création d’emplois, le gouvernement ne fait pas la promotion de ce modèle de consommation plus sobre et respectueux de l’environnement.

Il n’y a pas que les ménages qui rejettent des déchets. En 2012, l’ensemble de l’activité économique de la France rejetait 338 millions de tonnes de déchets, soit 5 161 kg/hab par habitant[11]. Le graphique ci-dessous présente la part de la production de déchets par secteur d’activité.

Part de la production de déchets par secteurs d’activités en France en 2012

Production de déchets par secteur d'activité

Ce graphique montre que ce ne sont pas les ménages (4 %), mais l’industrie (14 %), la construction et le BTP (33 %), ainsi que l’agriculture et l’élevage (49 %) qui rejettent 96 % des déchets. Les déchets de l’industrie sont composés d’une grande variété de produits chimiques, de substances toxiques et de métaux lourds (mercure, cadmium, etc.) qui polluent l’air, les sols, les fleuves, les cotes et les mers. Les forages pétroliers, le dégazage des bateaux et l’enfouissement de déchets toxiques, chimiques et radioactifs contribuent à détériorer l’état des océans. Les déchets liés à la construction et aux BTP sont composés à 72 % de déchets inertes (pavés, gravats, béton, carrelage, faïence, etc.), à 26 % de déchets non dangereux (métaux, bois non traités, papiers, cartons, isolants, etc.) et à 2 % de déchets dangereux pour l’environnement et la santé (peintures, goudrons, amiante, hydrocarbures, emballages souillés, terres polluées, etc.)[12]. Étant donné que 98 % de ces déchets sont recyclables, ils feront peut-être l’objet de revalorisation. En ce qui concerne les déchets dangereux, même si les entreprises qui les ont produits doivent les emballer et les étiqueter pour qu’ils ne nuisent pas à la santé et à l’environnement, au nom des profits et de la création d’emplois, ces déchets seront stockés à moindres frais. L’exemple des boues rouges de l’usine Alteo de Gardanne en est une parfaite illustration[13]. Depuis 1967, au nom de la préservation de l’emploi, les élus locaux et la préfecture de la région Provence-Alpe-Côte d’Azure (PACA) autorisent cette usine à rejeter des métaux lourds (arsenic, fer, mercure, silice, titane, etc.) dans la méditerranée, à quelques kilomètres des Calanques de Cassis, au détriment de la préservation de l’environnement écologique et des risques sanitaires pour la population.

Les déchets agricoles sont composés pour l’essentiel de biodéchets, ainsi que de cadavres d’animaux, de films plastiques usagés, d’emballages vides de produits phytosanitaires et de produits phytosanitaires non utilisés. Les biodéchets, qui correspondent aux déchets organiques issus des récoltes et aux déjections des animaux (fumiers, lisiers, etc.), dégradent et polluent l’état des sols, des nappes phréatiques et des cotes. En Bretagne, l’épandage de lisier issu de l’élevage intensif de porcs provoque l’augmentation des nitrates. Ces nitrates contribuent à la pollution des nappes phréatiques, à la prolifération d’algues toxiques et de végétaux aquatiques qui épuisent l’oxygène des mers. Tous ces rejets, qui dépassent les capacités d’absorption des sols, des fleuves et des océans, contribuent à l’épuisement et donc, de la disparition de la biodiversité.

La dégradation de la qualité de l’air, de l’eau et des sols est due aux rejets de déchets domestiques et industriels. Étant donné que ces rejets progressent au rythme de la croissance du PIB, la croissance a des conséquences néfastes pour la santé et la qualité de vie à court, moyen et long terme. Une fois de plus, la volonté de soutenir un taux de croissance du PIB de 5,5 % pendant 5 ans n’apparaît donc pas comme une solution envisageable pour en finir avec le chômage.

Non seulement la qualité de l’eau, de l’air et des sols est indispensable à la survie de l’espèce humaine, mais en plus, elle est nécessaire au renouvellement des ressources biologiques.

Jean-Christophe Giuliani

Pour accéder aux pages suivantes :

– La croissance du PIB serait-elle responsable du réchauffement climatique ?

– La croissance du PIB épuiserait-elle les stocks de matières premières ?

– La croissance du PIB épuiserait-elle les ressources biologiques ?

 


[1] CITEPA, (consulté le 21 octobre 2016), Polluants atmosphériques et gaz à effet de serre, [En ligne]. Adresse URL http://www.citepa.org/fr/air-et-climat/polluants/poussieres-en-suspension.

[2] Ibid

[3] Airparif, (consulté le 9 novembre 2016), Le carbone suie : enjeu présent et futur, [En ligne]. Adresse URL http://www.airparif.asso.fr/actualite/detail/id/127

[4] Ibid

[5] Ibid

[6] FAO, (consulté le 10 novembre 2016), Les sols sont en danger, mais la dégradation n’est pas irréversible, [En ligne]. Adresse URL : http://www.fao.org/news/story/fr/item/357221/icode/

[7] Ministère de l’Environnement, de l’Énergie et de la Mer, (consulté le 10 novembre 2016), L’utilisation des engrais azotés en France, [En ligne]. Adresse URL : http://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/lessentiel/ar/2396/0/lutilisation-engrais-azotes-france.html

[8] Viande.info, (consulté le 29 décembre 2016), Elevage et sous-alimentation, [En ligne]. Adresse URL : https://www.viande.info/elevage-viande-sous-alimentation

[9] Sénat, (consulté le 24 novembre 2016), Eau : Urgence déclarée, rapport d’information n 616, déposé le 19 mai 2016, [En ligne]. Adresse URL : http://www.senat.fr/rap/r15-616/r15-616_mono.html

[10] OCDE (consulté le 30 novembre 2016), Déchets municipaux Total, Milliers de tonnes, 1975 – 2014, [En ligne]. Adresse URL : https://data.oecd.org/fr/waste/dechets-municipaux.htm

[11] OCDE (consulté le 30 novembre 2016), Production de déchets par secteur, Milliers de tonnes, 1990 – 2012, [En ligne]. Adresse URL : http://www.oecd-ilibrary.org/environment/data/statistiques-de-l-ocde-sur-l-environnement/dechets-primaires-par-secteur_data-00674-fr

[12] FFB.com (consulté le 30 décembre 2016), Déchets de chantier, les réponses aux questions que vous vous posez, [En ligne]. Adresse URL : http://www.dechets-chantier.ffbatiment.fr/res/dechets_chantier/PDF/Dechets_QR_231014_V5protege.pdf

[13] Le Monde.fr (consulté le 30 décembre 2016), Boues rouges de Gardanne : quand l’Etat accorde des permis de polluer, [En ligne]. Adresse URL : http://www.lemonde.fr/planete/article/2016/02/01/permis-de-polluer_4856881_3244.html