Les enjeux de l’aménagement du temps de travail et du temps choisi

La réduction de la durée légale de la semaine de travail à 3 jours nous invite à questionner les enjeux du partage et de l’aménagement du temps de travail. L’aménagement du temps de travail concerne tous les acteurs économiques (salariés, entrepreneurs, dirigeants d’entreprises, professions libérales, agriculteurs, artisans, commerçants, etc.). La semaine de travail de toutes les entreprises sera planifiée sur 6 jours au lieu de 5 actuellement. Les charges fixes annuelles et les amortissements seront donc répartis sur 312 jours au lieu de 260.

Un poste ou une unité de travail sera partagé entre deux salariés ou deux équipes qui se succéderont tous les 3 jours.

tableau-attpar-equipe

Ne nécessitant pas une expertise particulière, la plupart des emplois sont parfaitement adaptés à la semaine de 3 jours. Par exemple, le personnel d’un hypermarché comprend un directeur, des chefs de secteurs, des responsables de rayons, des conseillers de ventes, des logisticiens, des hôtesses de caisse, ainsi que des employés au service livraison, SAV, sécurité, comptabilité, administrative, etc. Du directeur aux services administratifs, les effectifs du magasin seront multipliés par deux pour constituer deux équipes distinctes. Tandis que les salariés de l’équipe n 1 prendront en charge l’activité du magasin du lundi matin au mercredi soir, ceux de la n 2 s’en chargeront du jeudi matin au samedi soir. Afin d’assurer la qualité du travail, ainsi que la transition et la continuité entre l’équipe n°1 et n°2, des consultants en organisation auront la mission d’aménager le temps de travail en mettant en œuvre des méthodes et des procédures d’organisation. Étant donné qu’ils savent déjà organiser les 3/8 (trois salariés qui travaillent 8 heures par jour sur un même poste), aménager un poste de travail entre deux salariés, qui travailleront successivement 3 jours sur 6, ne devrait pas poser de problèmes.

Il est important de préciser que le fait de multiplier par deux les effectifs ne provoquera pas la multiplication par deux des heures de travail et donc, des charges salariales. En effet, en remplaçant un salarié qui travaille 7 heures sur 5 jours, soit 35 heures par semaine, par deux salariés qui travailleront chacun 24 heures, soit 48 heures, la masse salariale augmentera de 37 %. Ces 37 % correspondent à plus d’une journée de travail et donc, de chiffre d’affaires supplémentaire.

En fonction des impératifs de leurs missions, de leurs niveaux de responsabilité et de leurs projets de vie, tous les salariés auront également la liberté de choisir d’aménager leur emploi du temps en heures ou en jours sur le mois, le trimestre, le semestre ou l’année.

tableau-amenagement-temps-travail

Qu’elle soit en jours ou en heures, l’aménagement du temps de travail permettra de multiples formes d’organisation. Par exemple, à la fin de l’année n-1, les deux directeurs d’un même magasin de la grande distribution pourraient décider de travailler un semestre par an. Suite à accord signé, l’année n, le directeur de l’équipe n 1 effectuera ses 141 jours le premier semestre et celui de la n°2 les effectuera le second. Suite à une négociation et à un accord signé en fin d’année n-1 entre les deux équipes d’un même magasin, ils pourraient décider de se succéder chaque trimestre. Tous les salariés de l’équipe n°1 effectueront 624 heures le premier trimestre et 624 heures le troisième, tandis que tous ceux de la n°2 les effectueront le second et le quatrième. La rémunération étant annualisée, qu’ils travaillent ou pas, tous les salariés percevront le même salaire chaque mois. Étant donné que les agents de la fonction publique ont déjà le droit au temps partiel annualisé, sa généralisation aux salariés du privé ne relève pas d’une utopie mais d’un choix politique[1].

Certains métiers nécessitent des connaissances et des compétences techniques spécifiques (ingénieur, médecin, chercheur, etc.) et d’autres imposent un suivi du projet (chef de projets, chef de chantiers, consultant, etc.). L’aménagement du temps de travail pourra également être modulé en fonction des missions et des niveaux de responsabilité. Par exemple, un chef de projet qui devra assurer une mission de 6 mois aura la possibilité d’effectuer ses 141 jours de travail durant cette mission. Sa mission terminée, au lieu d’en remplir une nouvelle, il disposera de 6 mois de temps libre consécutif. Sa rémunération étant annualisée, il percevra le même salaire chaque mois.

Sous prétexte de prôner la réalisation de soi, les entreprises exigent de leurs cadres qu’ils s’impliquent sans compter, quitte à sacrifier leur vie de familiale, sociale et personnelle. Ne parvenant pas, faut de temps, à organiser leurs vies de manière équilibrée et épanouissante, ils risquent d’être victime d’un burn-out. L’aménagement du temps de travail permettra aux cadres de s’impliquer à nouveau au service de l’intérêt des entreprises. Si, durant sa mission, le chef de projet n’a pas le temps de se consacrer à ses enfants, à ses amis ou à ses activités personnels, lorsqu’elle sera terminée, il disposera de 6 mois pour rattraper le temps perdu. Étant moins soumis à la culpabilité, aux tiraillements intérieurs et aux pressions familiales, lorsqu’il sera en mission, il aura les moyens de s’impliquer sans compter et donc, de réellement se réaliser dans son travail.

Même si la durée légale de la semaine travail sera de 3 jours, elle n’empêchera pas ceux qui le souhaiteront de travailler davantage. En effet, pour une minorité de salariés, leur métier correspond à une véritable vocation (médecin, chercheur, ingénieur, enseignant, agriculteur, etc.). Comme ils se réalisent en travaillant, il est normal qu’ils aient le droit de s’investir autant qu’ils le souhaitent. Étant donné que ce choix reposera sur un engagement libre et volontaire, ceux qui souhaiteront travailler davantage seront réellement motivés à s’impliquer et à mener à bien leurs missions. En revanche, lorsqu’ils souhaiteront se consacrer à d’autres activités pour décompresser et enrichir leur personnalité, ils auront également le droit de bénéficier de l’aménagement de leur temps de travail.

L’aménagement du temps de travail ne concerne pas que les salariés. En effet, les entrepreneurs, les chefs d’entreprises, les professions libérales (avocat, médecin, etc.), les agriculteurs, les artisans (boulanger, plombier, garagiste, etc.) et les commerçants ont également le droit d’accéder à une meilleure qualité de vie. En effet, bien souvent, pour assurer la survie ou le développement de leur activité, rembourser leurs emprunts ou tout simplement gagner plus, ils sont plus ou moins contraints de sacrifier leur vie familiale, sociale ou personnelle. En consacrant tout leur temps à travailler, ils limitent leur existence à l’activité professionnelle. Ayant une personnalité atrophiée par le travail, ils n’ont plus que de l’argent à partager avec leurs proches. S’ils le souhaitent, ils auront également le droit de s’associer avec un autre membre de leur profession pour aménager leurs emplois du temps sur la semaine, le semestre ou l’année. En s’associant, deux entrepreneurs auront la possibilité de se succéder à la direction d’une même entreprise tous les semestres ou tous les ans. Afin d’accompagner l’aménagement du temps de travail et d’assurer un partage équitable des bénéfices entre les deux associés, l’État mettra à leur disposition des consultants en organisation et des experts comptables. Ainsi, qu’ils travaillent ou pas, ils percevront la même rémunération.

Non seulement l’association de la semaine de 3 jours avec l’aménagement du temps de travail permettra d’en finir avec le chômage, mais en plus, elle permettra d’améliorer considérablement la qualité de vie des dirigeants de PME, des entrepreneurs, des professions libérales, des agriculteurs, des artisans, des commerçants, des cadres et de tous les salariés. Cette nouvelle forme d’organisation du travail étant bénéfique pour tous les acteurs économiques, il est indispensable d’en faire la promotion auprès des responsables du MEDEF, des DRH, des consultants en organisation et en management, des cadres, des politiques et des classes moyennes.

Si, pour en finir avec le chômage, la durée légale du temps de travail hebdomadaire avait été réduite à 35 heures en 1973, à 32 heures en 1982 et à 24 heurs en 1998, à salaire égal, elle aurait provoqué la baisse du pouvoir d’achat. Pour que la semaine de 3 jours soit envisageable, elle ne doit pas provoquer la baisse du pouvoir d’achat des ménages.

Jean-Christophe Giuliani

Pour accéder aux pages suivantes :

– Comment préserver son pouvoir d’achat en travaillant 3 jours par semaine ?

 


[1]Ministère de la fonction publique, (page consulté le 28 décembre 2016), Guide du temps partiel des fonctionnaires et des agents non titulaires des trois fonctions publiques, [en ligne]. Adresse URL : http://www.fonction-publique.gouv.fr/files/files/IMG/Guide_temps_partiel_FPE-2.pdf

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.