Comment préserver son pouvoir d’achat en travaillant 3 jours par semaine ?

Pour que la réduction du temps de travail soit envisageable, elle doit garantir et sécuriser la capacité de se nourrir, de se loger, de s’habiller, de payer ses factures d’eau, de gaz et d’électricité, de bénéficier d’une protection sociale et d’assurer un minimum de conforts matériel. Le pouvoir d’achat des ménages est étroitement lié au temps de travail, au taux horaire et aux prix. Le graphique ci-dessous compare la part du SMIC net mensuel allouée à l’alimentation et au logement pour un salarié dont la durée du temps de travail était de 40 heures en 1973, de 39 heures en 1982 et de 35 heures en 1998 et un autre dont la durée aurait été de 35 heures en 1973, de 32 heures en 1982 et de 24 heures en 1998.

Part du SMIC net mensuel allouée à l’alimentation et au logement
pour un salarié sans RTT et avec RTT de 1959 à 2013

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-Source : Insee, 2.201 Consommations effectives par fonction à prix courants, comptes nationaux, base 2010. (Montant consommation / population moyenne / 12 mois).
-Source : Insee, 1.115 Produit intérieur brut et revenu national brut par habitant, comptes nationaux, base 2010.
-Source : Insee, Salaire minimum (brut, net, coût salarial) et durée légale mensuelle depuis 1951, législation sociale, France métropolitaine.
-Source : Insee, Montant du salaire minimum interprofessionnel de croissance (SMIC), ministère du Travail, de l’Emploi, de la Formation professionnelle et du Dialogue social, France.

Ce graphique permet de suivre l’évolution de la part du SMIC alloué à l’alimentation et au logement. Les données qui concernent la consommation sont à prix courants[1]. Les dépenses de consommation moyenne mensuelle par habitant ont été obtenues en divisant les dépenses de consommation annuelle par la population moyenne sur douze mois. Le revenu de référence est le SMIC net mensuel d’un salarié à temps plein. J’ai choisi le SMIC net mensuel, car, d’une part, c’est le revenu que le salarié reçoit réellement à la fin du mois, et, d’autre part, les évolutions de son taux horaire et des prix ont un impact immédiat et visible sur le pouvoir d’achat.

De 1959 à 2013, les dépenses consacrées à l’alimentation et au logement sont passées de 16 € à 578 €. Tandis que la part du salarié au SMIC sans RTT est passée de 41 % à 51,6 %, soit une hausse de 10,5 points, la part de celui avec RTT serait passée de 41 % à 82,8 %, soit une hausse de 41,8 points. À taux horaire constant, le pouvoir d’achat des salariés qui auraient bénéficié de la RTT aurait fortement diminué. Afin d’éviter la baisse du pouvoir d’achat, les syndicats et les partis de gauche proposent de réduire le temps de travail à salaire égal. Si, en travaillant 24 heures, un salarié au SMIC percevait le même salaire qu’en travaillant 35 heures, son taux horaire passerait de 9,43 € à 15,22 €, soit une hausse de 61,4 %. Tandis qu’un taux horaire trop bas serait insuffisant, un supérieur à la productivité horaire provoquerait une hausse du coût de production unitaire et donc, des prix. Afin d’éviter une hausse des prix, il est donc nécessaire d’envisager autrement le pouvoir d’achat. En effet, ce n’est pas le pouvoir de consommer toujours plus, mais la capacité à assurer les subsistances et un minimum de conforts matériels qui doit déterminer le montant du revenu. Pour que la réduction du temps de travail soit envisageable, il est donc nécessaire d’intervenir sur les salaires et le prix des subsistances.

Pour que la semaine de 3 jours soit envisageable, je commencerai par calculer le montant d’un revenu optimal et maximum. Après avoir analysé les causes de la hausse des prix, je proposerai ensuite des solutions concrètes pour réguler les prix de l’alimentation et du logement.

Jean-Christophe Giuliani

Pour accéder aux pages suivantes :

– Quel sera le revenu des salariés qui travailleront 3 jours par semaine ?

– Comment subvenir aux besoins essentiels en gagnant 1 040 € par mois ?

[1] Les prix courants sont les prix tels qu’ils sont indiqués à une période donnée, ils sont dits en valeur nominale. D’une année à l’autre, les prix varient en fonction du phénomène d’inflation. La variation entre deux dates d’une grandeur économique mesurée au moyen des prix sera donc perturbée par l’inflation. Pour estimer la variation réelle de cette grandeur, on conserve les prix à un niveau inchangé : on fixe alors une année, dite de référence, et on fait comme si les prix restaient constants chaque année et égaux aux prix mesurés au cours de cette année de référence, en ne tenant pas compte de l’inflation. On peut alors évaluer les évolutions réelles de la production, c’est-à-dire les évolutions en volume, et non pas en valeur..

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