La croissance du PIB épuiserait-elle les sols ?

Épaisse de 30 cm en moyenne, la couche de terre qui recouvre les sols abrite d’intenses échanges biologiques et physico-chimiques. Elle fournit les éléments indispensables à la croissance des végétaux, filtre l’eau, contrôle l’alimentation des nappes phréatiques, régule le cycle du carbone et de l’azote et constitue l’habitat de près de 80 % de la biomasse. L’agriculture, dont l’homme dépend pour son alimentation, nécessite l’exploitation de terres arables, c’est-à-dire de terres pouvant être labourées et cultivées. Dans un rapport de décembre 2015, l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) affirmait qu’un tiers des terres arables de la planète étaient menacées de disparaître[1]. La disparition de la biodiversité, de mauvaises pratiques agricoles, l’urbanisation et le réchauffement climatique provoquent l’appauvrissement, l’érosion, le tassement, l’acidification, la pollution et la salinisation des sols. À cause de l’épuisement des sols, 33 millions d’hectares de terres sont détruits chaque année au niveau mondial. Ce rythme est désormais supérieur à celui de la pédogenèse, c’est-à-dire celui de la régénération et de la formation des sols.

L’exploitation intensive des sols, la monoculture (blé, soja, betterave, maïs, colza, etc.), qui est pour l’essentiel destinée à nourrir le bétail, les cultures inadaptées aux écosystèmes et aux climats locaux et l’usage intensif d’engrais chimique azoté et de pesticides accélèrent l’épuisement et la dégradation des terres. En perturbant la vie souterraine et les échanges biochimiques, les labours profonds réduisent la fertilité des sols. En appauvrissant la teneur en nutriment, en humus et en matières organiques, qui constituent l’engrais naturel des plantes, la surexploitation agricole les appauvrit et les épuise également. À cause de la surexploitation, 40 % des surfaces agricoles françaises présentent des risques d’épuisement irréversibles. La baisse des rendements provoquée par l’épuisement des sols nécessite un usage croissant d’engrais chimique. Le graphique ci-dessous présente l’évolution des quantités d’azote vendues ramenées à la surface fertilisable.

–  Source : Unifa, enquête sur les livraisons d’engrais en France Métropolitaine – SSP, statistique annuelle agricole. Traitements : SOSeS, 2015[2]

De 1972 à 2013, malgré une diminution de 11 % des surfaces fertilisables, la baisse des rendements agricoles provoquée par l’exploitation intensive a occasionné une augmentation des ventes d’engrais azotées par hectare de 49 %. Malgré l’usage intensif d’engrais chimique, la baisse de la productivité des sols ne s’inverse pas. À l’échelle mondiale, les rendements agricoles ont augmenté de 3 % de 1950 à 1984 et de 1 % de 1984 à 1995. Depuis, ils ont stagné ou se sont réduits. Dans certaines régions du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord, le rendement des zones d’exploitation intensives est passé de 5 à 0,5 tonne à l’hectare. La chute des rendements provoquera à terme la hausse des prix des produits alimentaires ainsi que des famines.

Actuellement, 70 % des terres agricoles produisent du colza, du soja, du blé, du maïs, de l’avoine, etc., destinés à nourrir du bétail[3]. Ces matières premières agricoles étant cotées en bourse, ce marché très spéculatif contribue à générer des profits. Pour que la sécurité alimentaire ne soit pas compromise par l’élevage intensif et la spéculation, il est nécessaire de changer les habitudes alimentaires et de favoriser un modèle vivrier. En encourageant la consommation de protéines végétales (lentille, haricot, quinoa, spiruline, etc.), il sera possible de réduire la taille des troupeaux et donc, la surface des terres destinées à nourrir le bétail. En favorisant l’agriculture biologique et maraîchère, ainsi que la culture de plantes légumineuses et en réhabilitant les semis directs, les haies, l’assolement, la rotation des cultures et les jachères, il sera possible d’assurer la sécurité alimentaire en respectant l’activité biologique et microbienne des sols. Avec les récoltes issues de l’agriculture biologique et maraîchère, la terre retrouvera sa fonction nourricière.

Jean-Christophe Giuliani

 

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Pour accéder aux pages suivantes :

– La croissance du PIB serait-elle responsable du réchauffement climatique ?

– La croissance du PIB épuiserait-elle les stocks de matières premières ?

– La croissance du PIB épuiserait-elle les ressources biologiques ?

[1] FAO, Les sols sont en danger, mais la dégradation n’est pas irréversible, [En ligne] (consulté le 10 novembre 2016), http://www.fao.org/news/story/fr/item/357221/icode/

[2] Ministère de l’environnement, de l’énergie et de la mer, L’utilisation des engrais azotés en France, [En ligne] (consulté le 10 novembre 2016), http://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/lessentiel/ar/2396/0/lutilisation-engrais-azotes-france.html

[3] Viande.info, Elevage et sous-alimentation, [En ligne] (consulté le 29 décembre 2016), https://www.viande.info/elevage-viande-sous-alimentation