Emploi du temps professionnel et mode de vie

Jean-Christophe Giuliani

Bien que les activités personnelles que pratique un individu soient étroitement liées au temps libre dont il dispose, c’est l’aménagement de son emploi du temps professionnel qui détermine celles qu’il pourra pratiquer. Pour l’aider à améliorer sa qualité de vie et à changer son mode de vie, il est donc nécessaire d’étudier les enjeux de l’aménagement du temps de travail. Le calendrier et l’horloge permettent de décomposer, de mesurer et de quantifier le temps en unité stable, homogène et régulière. Tandis que le calendrier répartit une année sur 12 mois, 52 semaines et 365 jours, l’horloge décompose une journée en 24 heures, une heure en 60 minutes et une minute en 60 secondes. Ils procurent des repères temporels communs qui permettent à l’individu de planifier dans son agenda ou son emploi du temps des rendez-vous, des activités, des tâches domestiques, des réunions, des colloques, des fêtes, des vacances, etc…, sur la journée, la semaine, le mois et l’année. L’emploi du temps professionnel, qui est souvent présenté sur la journée ou la semaine, fait apparaître des plages horaires de travail et de temps libre.

Comme le fait remarquer Christophe Dejours :

« Le travail n’organise pas que cette partie de votre vie qui est le temps de travail. Il a un rôle majeur dans l’organisation de toutes vos activités hors travail. »[1]

Le travail étant central, l’accès à un temps libre de qualité dépend de la stabilité de l’emploi du temps professionnel. Le temps libre peut contribuer à améliorer la qualité de vie et à changer le mode de vie d’un individu, s’il lui permet de planifier des projets, ainsi que des activités familiales, sociales, citoyennes et personnelles sur la semaine, le mois et l’année. Plus l’emploi du temps professionnel est stable, plus l’individu peut planifier d’activité sur le long terme, plus il peut se projeter dans le futur pour orienter et donner un sens à sa vie. Par conséquent, « maîtriser son emploi du temps, c’est maîtriser sa vie. » À l’inverse, l’absence de stabilité et de maîtrise de l’emploi du temps peut provoquer des pathologies temporelles[2].

Même si elle est nécessaire, la hausse du temps libre ne suffira pas à elle seule à changer le mode de vie et à améliorer la qualité de vie d’un individu. Pour qu’il ait les moyens de pratiquer de nouvelles activités personnelles, il doit également disposer de plages horaires de temps libres (journées, matinées, après midis et quelques heures en fin d’après-midi), qui soient stables sur l’année. Les activités qu’un individu peut pratiquer durant son temps libre sont déterminées par les plages horaires dont il dispose sur la journée. Les plages horaires du matin (9 h à 12 h) et du début d’après-midi (14 h à 17 h) sont propices aux tâches domestiques, aux démarches administratives et à la pratique d’activités individuelles. Les activités individuelles peuvent prendre la forme de loisirs marchands (shopping, cinéma, fitness, etc…) ou de pratiques qui ne nécessitent pas de planifications collectives (courir, lire, écrire, TV, Internet, jeux vidéos, etc…). Les plages horaires situées en fin d’après-midi (17 h 30 à 19 h 30) et en début de soirée (19 h 30 à 22 h 30) sont favorables aux loisirs marchands (cinéma, théâtre, concert, bar, etc…), aux activités individuelles et surtout, à la pratique d’activités collectives. Les activités collectives peuvent prendre la forme de pratiques associatives amateurs (clubs de sports, ateliers théâtre et philosophique, cours de musique, conférences, etc…), sociales et politiques (militant, conseiller municipal et conseil de quartier, etc…). L’activité professionnelle étant centrale et dominante, la plupart des activités collectives sont planifiées après la journée de travail. En effet, à part quelques exceptions (université du temps libre, etc…), durant la semaine les activités amateurs, sociales et politiques sont plus souvent organisées après 17 h 30 et le week-end. Rares sont celles qui sont organisées dans la matinée et en milieu d’après-midi.

Le mode de vie d’un individu sont étroitement liés à son emploi du temps professionnel. Afin de l’illustrer, je propose d’étudier les exemples de Pierre, Julie, Marthe, Marie et Vincent.

Julie est conseillère commerciale dans une boutique SFR et Pierre est gestionnaire-conseil allocataires à la caisse d’allocations familiales. Ils sont mariés et ont deux enfants de 5 et 7 ans. Ils travaillent 35 heures, ont des horaires stables et disposent de la même durée de temps libre.

Pierre commence sa journée de travail à 8 h et la finit à 16 h. Sa pause de midi étant de 1 h, il consacre peu de temps à déjeuner. La durée du trajet pour se rendre au travail étant de 30 min, son temps libre commence après 16 h 30. Tandis que sa femme conduit les enfants à l’école au matin, Pierre les récupère en fin d’après midi. Disposant de nombreuses plages de temps libres après 16 h 30, Pierre peut planifier dans son emploi du temps des activités domestiques, personnelles, familiales et citoyennes sur le long terme. Le lundi, lorsque sa femme rentre du travail à 18 h, Pierre va faire les courses pour la semaine au supermarché. Le mardi, après 16 h 30, il planifie des démarches administratives et, en début de soirée, participe à un atelier théâtre qui débute à 19 h 30. Le mercredi, après s’être occupé de ses enfants, il participe à un conseil de quartier qui débute à 18 h 30. Le jeudi, il assiste à des conférences qui commencent à 18 h 30 ou participe à des activités militantes. Le vendredi, Pierre passe la soirée avec sa femme ou avec des couples d’amis. Le samedi matin, seul ou avec des amis, Pierre fait une sortie en vélo. Son après-midi et sa soirée, il peut la passer avec sa famille ou ses amis. Le dimanche, après avoir effectué quelques tâches domestiques ou son jogging matinal, Pierre peut consacrer sa journée à des activités familiales. Les activités familiales, personnelles et citoyennes que pratique Pierre durant son temps libre lui permettent de se socialiser et de nourrir l’estime qu’il a de lui.

En ce qui concerne Julie, elle commence sa journée de travail à 10 h pour la terminer à 19 h. Sa pause de midi étant de 2 heures, elle prend 1 heure de plus pour déjeuner. La durée du trajet pour se rendre sur son lieu de travail étant de 30 min, son temps libre commence après 19 h 30. Comme sa journée commence à 10 h, Julie peut s’occuper de ses enfants et les conduire à l’école au matin. Son mari les récupérera en fin d’après-midi. Comme la plupart des activités collectives débutent entre 18 h et 19 h 30, Julie aura beaucoup de difficultés à les planifier dans son emploi du temps après sa journée de travail. Étant donné qu’elle rentre épuisée, elle n’a qu’une envie : se détendre en se vidant la tête devant la télévision. Comme elle travaille le samedi, Julie ne dispose pas d’un week-end de 2 jours consécutifs pour consacrer plus de temps à sa famille et à ses amis. Elle peut uniquement leur consacrer du temps après 19 h 30, en allant au cinéma ou au restaurant. Le dimanche, après avoir fait son jogging matinal, elle peut consacrer toute sa journée à sa famille. Son second jour de repos étant le lundi, elle planifie des tâches domestiques : s’occuper des enfants, faire les courses pour la semaine, laver le linge et le repasser, effectuer les démarches administratives, etc… À cause de ses horaires de travail, Julie aura tendance à favoriser ses collègues de travail, sa vie de famille et ses amis pour se socialiser et à pratiquer des activités individuelles (regarder la télévision, faire du jogging, etc…) pour nourrir l’estime qu’elle a d’elle-même. Même si Julie a un tempérament plus extraverti que Pierre, son emploi du temps professionnel l’incite davantage à se replier sur sa cellule familiale et professionnelle. Ces deux exemples illustrent de manière concrète comment l’aménagement de l’emploi du temps professionnel peut déterminer la qualité de vie et le mode de vie d’un individu.

Même si elle est prépondérante, la qualité de vie et le mode de vie d’un individu ne dépendent pas exclusivement de la quantité de temps libre dont il dispose. Elles sont également déterminées par la stabilité de son emploi du temps et des blocs de temps libre dont il dispose. Marie est vendeuse au rayon littérature à la FNAC et Marthe est caissière dans un hypermarché. Elles sont toutes les deux séparées, sans enfants.

Même si Marie travaille 38 heures, son emploi alimentaire lui permet de disposer de quatre plages horaires de temps libre d’une demi-journée chaque semaine : le lundi et le mercredi, elle commence à 13 h pour finir à 20 h et le mardi et le jeudi, elle commence à 9 h pour finir à 13 h. Ses pauses de midi, qui ne concernent que le vendredi et le samedi, sont de 2 h. Les autres jours, Marie déjeune avant ou après le travail. La durée du trajet pour se rendre sur son lieu de travail étant de 30 min, son temps libre du vendredi commence après 20 h 30 et du samedi après 19 h 30. Même si Marie travaille 3 heures de plus que Pierre, elle dispose de plus de temps libre de qualité. Son emploi du temps étant stable, elle peut planifier des activités sociales et personnelles sur l’année. Le lundi, en début d’après-midi, Marie planifie des démarches administratives, ses courses pour la semaine et d’autres tâches domestiques. De 16 h 30 à 18 h, Marie est bénévole dans une association qui fait de l’aide au devoir. À 19 h, elle participe à un atelier d’écriture. Le mercredi après-midi, elle fait du fitness dans une salle de sport et en fin d’après-midi participe à un atelier théâtre qui commence à 19 h. Le mardi et le jeudi, Marie consacre ses matinées à l’activité qui répond à sa vocation : écrire un roman. Ces deux soirées, elle les passe à regarder un DVD, à lire des romans ou à écrire lorsque l’inspiration lui vient. Comme elle travaille le samedi, Marie ne dispose pas de deux jours de repos consécutifs. Elle consacre ses soirées du samedi à aller au cinéma, au théâtre, au café ou au restaurant avec ses amis. Le dimanche, après avoir fait son jogging matinal, Marie peut consacrer toute sa journée à écrire son roman ou à rendre visite à sa famille. Les activités personnelles, familiales et sociales qu’elle pratique lui permettent de se socialiser, de nourrir l’estime qu’elle a d’elle-même et de s’accomplir.

Comme Marthe travaille à temps partiel « subi », ses horaires sont éclatés sur la journée de manière aléatoire. Ses horaires étant flexibles, son emploi du temps professionnel change chaque semaine au rythme des saisons et de l’activité du magasin. Tandis que sa journée de repos du dimanche est stable, sa seconde est flexible. Malgré le fait qu’elle travaille seulement 24 heures par semaine, Marthe dispose de moins de temps libre de qualité que Marie, Julie et Pierre. Ne maîtrisant pas son emploi du temps, Marthe a beaucoup de difficulté à structurer son existence et à planifier des activités individuelles et collectives sur son temps libre. En effet, la flexibilité de son emploi du temps professionnel ne lui permet pas de planifier sur l’année un atelier théâtre qui a lieu tous les mardis à 19 h.

Ayant perdu le contrôle de son emploi du temps et donc, de son existence, Marthe risque d’être victime de la « pathologie du temps présent ». Au lieu d’être un temps d’émancipation, son temps libre peut devenir un temps vide nuisible à son bien-être et à son équilibre psychique. Ne pouvant se référer au passé et se projeter dans l’avenir pour lui donner un sens, la vie quotidienne de Marthe est réduite à l’immédiateté de l’instant présent qui englobe toute son existence. N’ayant pas la maîtrise de son temps, et donc de son avenir, Marthe ne peut pas différer la satisfaction de ses désirs qu’elle doit satisfaire « tout de suite ». Pour fuir son angoisse existentielle, Marthe peut se réfugier dans la pratique d’activités addictes et compulsives qui ne nécessitent pas de planification (sexe, shopping, jeux vidéo, télévision, Internet, etc…). Si cette situation se prolonge, Marthe risque de sombrer dans une dépression qui pourrait être liée au refoulement du passé, au désespoir face à l’avenir qu’elle ne maîtrise pas ou au rejet du présent qu’elle ne contrôle plus.

Comme 18,4 %[3] de salariés qui travaillent à temps partiel « subi » dans la restauration, l’hôtellerie, les services à la personne, etc…, Marthe est victime de la flexibilité du temps de travail. Étant peu qualifiés, ces emplois sont souvent payés au Smic. Puisque Marthe travaille 24 heures, elle perçoit environ 780 € nets par mois. Ce revenu lui permet à peine de se nourrir, de payer son loyer, ses factures d’eau, de gaz et d’électricité et d’assurer ses frais de portable et de transports, qui sont nécessaires pour trouver et garder un emploi. Déconsidérés et mal payés, ces emplois contribuent davantage à la désintégration sociale des salariés qu’à leur insertion.

Le cas de l’emploi du temps des cadres diffère de celui des employés. Vincent est responsable de rayon textile dans la grande distribution. Il est séparé, sans enfants. N’ayant pas à pointer, il est responsable de la gestion et de la planification de son emploi du temps. En règle générale, Vincent commence sa journée à 8 h pour la finir au minimum à 19 h. À midi, il prend une pause de 1 h pour déjeuner et se reposer. Dans la culture française, l’implication et la motivation d’un cadre sont mesurées par le temps qu’il consacre à l’entreprise. Bien que nul ne soit contraint de travailler plus de 50 heures par semaine, même si Vincent est compétent et productif, s’il souhaitait réduire son implication, il risquerait de stagner dans sa carrière ou d’être remplacé par un nouveau qui ne compterait pas ses heures. En effet, comme il est rémunéré pour sa compétence, sa productivité n’est pas destinée à réduire son temps de travail, mais à intensifier son rythme de travail.

Consacrant plus de 60 % de sa durée de vie éveillée hebdomadaire à travailler, Vincent dispose de très peu de temps libre pour construire un équilibre harmonieux entre sa vie professionnelle et personnelle. Dans la plupart des cas, il sacrifie sa vie personnelle au profit de « sa carrière ». La durée du trajet pour se rendre sur son lieu de travail étant de 30 min, son temps libre commence à partir de 19 h 30. Comme les activités collectives débutent entre 18 h et 19 h 30, Vincent a beaucoup de difficultés à en planifier une dans son emploi du temps après sa journée de travail. Étant donné qu’il rentre épuisé, il n’a qu’une envie, se détendre en se vidant la tête devant la télévision ou en jouant à des jeux vidéo. Le samedi soir, malgré sa fatigue, Vincent profite un peu de la vie en allant au cinéma, au café ou en boite de nuit avec ses amis. Le dimanche, au lieu de faire du sport, il passe sa matinée à dormir. L’après-midi, il le passe en famille ou il joue à des jeux vidéos. Son jour de repos, qui peut varier selon les semaines en fonction de l’activité du magasin et de la saison, Vincent le consacre à faire ses courses, ses tâches domestiques et ses démarches administratives. À terme, Vincent risque d’être dépendant de son activité professionnelle et de la croissance du chiffre d’affaires de son rayon pour se socialiser et nourrir l’estime qu’il a de lui.

À cause de l’intensification de son rythme de travail, Vincent ne maîtrise plus le rythme de sa vie. À terme, il risque d’être victime de la « pathologie du présent ». Pour fuir son angoisse et le vide de son existence, il peut s’étourdir dans l’activisme professionnel et la consommation. Des études en psychologie ont fait apparaître qu’un individu qui ne maîtrise pas son emploi du temps consomme davantage sur un mode impulsif que celui qui le maîtrise. Pour stimuler la consommation, il suffit donc de maintenir les cadres dans un état d’urgence et d’instabilité et de leur procurer un revenu au-delà de la nécessité. Puisque Vincent ne maîtrise pas son emploi du temps, il consomme plus fréquemment sur un mode impulsif. Percevant un salaire de 2 500 € par mois, il a les moyens d’assurer ses subsistances et de transférer une part de ses revenus vers la consommation de biens et de services ostentatoires. Cette forme de consommation apparaît donc comme le symptôme d’un malaise social profond et de la compensation d’une vie gâchée à travailler. À terme, cette fuite dans le travail ou la consommation peut aboutir à un burn-out[4].

Comme de nombreux cadres, entrepreneurs et chefs d’entreprises, Vincent est victime de l’intensification de ses heures de travail. Pour réussir et s’élever dans la hiérarchie, ils sont plus ou moins contraints de sacrifier leur vie familiale, personnelle et sociale. Même s’ils ont réussi sur le plan professionnel, ils n’ont plus que de l’argent, des biens matériels et des voyages à partager avec leurs enfants et leurs proches. Mais surtout, ils sont totalement dépendants de leur activité professionnelle et de leur argent pour exister socialement, construire leur identité et nourrir l’estime qu’ils ont d’eux-mêmes.

Ces cinq exemples montrent que la qualité du temps libre ne repose pas exclusivement sur la durée du travail. En effet, de ces cinq salariés, seuls Pierre et Marie disposent de plages horaires de temps libre suffisamment stable pour planifier de nouvelles pratiques de socialisation et d’expression en dehors de leur activité professionnelle. À l’inverse, Marthe et Vincent risquent d’être victimes de pathologies temporelles qui sont les symptômes d’une crise sociale du rapport au temps des pays industrialisés. Comme le fait remarquer Dominique Méda :

« […] d’un coté, les personnes dont le rapport au travail est inexistant, incertain ou précaire et qui veulent d’abord du travail ou travailler davantage (on ne peut pas vouloir du temps libre si on ne ressent pas la trop forte pression du travail et si l’on dispose de revenus insuffisants pour vivre) ; de l’autre, celles qui travaillent, souvent beaucoup, qui ont le sentiment que leur vie est envahie par le travail, et qui aspirent à d’autres activités, et principalement à se retrouver en famille, en couple, avec des amis ou avec eux-mêmes… »[5]

L’existence d’un individu étant étroitement liée à ses pratiques temporelles, pour l’aider à changer son mode de vie, tout en améliorant sa qualité de vie, il est nécessaire de lui procurer du temps libre. Pour que ce temps libre soit de qualité, l’aménagement de l’emploi du temps doit être stable et reposer sur des plages horaires d’une demi-journée, voire d’une journée. Afin de favoriser un changement de mode de vie individuel viable, atteignable et désirable, il serait donc préférable de réduire la durée légale du temps de travail en jours plutôt qu’en heures.

Après avoir quantifié le temps libre et montré l’impact de son aménagement, je propose d’aborder les liens qui unissent le temps que l’individu consacre à travailler à son identité.

Jean-Christophe Giuliani

Cet article est extrait de l’ouvrage “En finir avec le chômage : un choix de société !”. Ce livre permet d’appréhender les enjeux du choix entre la relance de la croissance du PIB ou de la réduction du temps de travail. Vous pouvez le commander sur le site des Éditions du Net sous un format ePub ou Papier.


Pour accéder aux pages suivantes :

– Comment retrouver du temps libre ?

– La réduction du temps de travail peut-elle supprimer le chômage ?

– Temps social dominant et dynamique des temps sociaux

– Le déclin de l’ordre religieux au profit de l’ordre économique

– Historique de la réduction du temps de travail

 

[1] Dejours Christophe, Souffrance en France : banalisation de l’injustice sociale, Paris, Seuil, 1998.

[2] « La pathologie du présent » caractérise le comportement quotidien d’un individu qui vit ses actes au temps présent, sans se référer à son passé et se soucier des conséquences de ses actes pour le futur. L’existence du sujet se ramenant au seul moment présent, l’immédiateté du temps englobe toute sa conscience. Ne pouvant se projeter dans l’avenir, sa vie n’a plus de sens. Comme il ne peut différer ses actions, elles doivent être réalisées « tout-de-suite ». Son existence quotidienne étant enfermée dans le moment présent, le sujet est confronté au vide et à l’angoisse existentielle. Pour fuir l’angoisse, il peut s’étourdir dans l’activisme, la consommation compulsive ou diverses activités addictes. Elle peut aboutir à une dépression dont l’origine est à la fois liée au refoulement du passé, au désespoir face à l’avenir et au rejet du présent que l’individu ne contrôle plus. « La pathologie du passé » concerne les formes de mélancolie résultant de la permanence d’un état de conscience attaché au passé. Étant exclusivement confronté à des souvenirs et expériences passées, le sujet se trouve dans l’impossibilité de vivre au présent et de se projeter dans l’avenir. Par exemple, le péché originel qui doit être perpétuellement racheté illustre ce symptôme. « La pathologie du futur » correspond à l’attitude de celui qui rejette plus ou moins consciemment son passé et son présent pour trouver le sens de son existence uniquement dans un futur désiré et idéalisé. Cette pathologie s’apparente aux utopies de certaines croyances idéologiques (ascension hiérarchique = réalisation).

[3] Insee, T403:Emploi et part dans l’emploi selon la quotité de temps de travail, par sexe et âge regroupé, en moyenne annuelle, [En ligne], (consulté le février 2017), https://www.insee.fr/fr/statistiques/1992572?sommaire=2008058

[4] Baumann François, Burn out : quand le travail rend malade, Paris, Josette Lyon, 2006.

[5] Méda Dominique, Qu’est-ce que la Richesse ?, Paris, Aubier, 1999, page 216.