Le système inhibiteur de l’action et de la soumission

Le système inhibiteur de l’action (SIA)[1] a été découvert au début des années 70 par Henri Laborit. Lorsque l’individu est contraint de se soumettre à un agent stressant, le rôle du SIA est de lui permettre de s’adapter. Ce circuit est régulé par le système septo-hippocampal, l’amygdale et le noyau de la base qui libèrent de la sérotonine et du cortisol. Malgré la soumission, le PVS continue à activer le système nerveux et à libérer des hormones pour préparer le corps à l’action pour fuir ou affronter l’agent stressant. Lorsque la soumission se prolonge des semaines ou des mois, le circuit de la SIA devient moins sensible à l’inhibition réactive. L’insensibilité provoque l’augmentation de la production et de la sécrétion de cortisol dans l’organisme. La sécrétion excessive de cortisol a des conséquences pathologiques sur la santé physique et psychique. À moyen terme, ces sécrétions excessives provoquent un état de stress durable aux symptômes physiques multiples : (fatigue, tension musculaire, sueur, hypertension, anxiété, etc.). À long terme, elles sont responsables de l’apparition de maladie psychosomatique et de pathologies physiques et psychiques graves (dépression, schizophrénie, Alzheimer, ulcères, diabète, cancer, etc.).

L’inhibition de l’action se rencontre très souvent dans les entreprises. La peur du chômage incite de nombreux salariés à adopter un comportement de soumission face aux exigences de la direction. Comme il ne peut pas fuir (démissionner) et qu’il a peur de défendre ses droits grâce à la lutte sociale (peur d’être licencié pour avoir manifesté), le salarié préserve son emploi en acceptant un objectif inaccessible, la hausse de son rythme de travail, la flexibilité de son emploi du temps, le harcèlement d’un petit chef ou en contribuant au « sale boulot ». En inhibant son action au quotidien, il provoque une insensibilité du circuit du SIA et des sécrétions excessives de cortisol dans son organisme. De plus en plus de salariés sont sujets à des états anormaux d’agitation et d’angoisse, accompagnés d’une diminution de la lucidité et d’un « rétrécissement de la pensée ». Afin de les aider à poursuivre leur travail, les médecins prescrivent toujours plus d’antidépresseurs. En France, de 1985 à 1993, les files d’attente en psychiatrie adulte ont augmenté de 13 %. En 2000, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a révélé que plus de 3 millions de Français souffraient de troubles psychiques. Les principaux troubles sont la schizophrénie, la maladie d’Alzheimer, l’alcoolisme, la toxicomanie et l’addiction (jeux, sexe, surconsommation, surtravail, etc.).

La colère, que souvent la loi et la morale réprouvent, est une réaction plutôt bonne pour la santé physique et psychique d’un individu. Si elle s’exprime de manière ajustée, la colère d’un salarié qui subit la dégradation de ses conditions de travail est saine pour sa santé. À l’inverse, la soumission à un agent stressant externe peut nuire à la santé et également provoquer des comportements brutaux, sadiques et cruels. N’étant pas inhérents à la nature humaine, ces comportements apparaissent comme des réactions secondaires provoquées par la soumission à un agent stressant. Un salarié qui serait soumis au harcèlement d’un petit chef sur le long terme pourrait développer un comportement sadique. Lorsqu’il détiendra un peu de pouvoir, ce salarié pourrait entretenir la spirale de la haine en faisant subir à des victimes innocentes les persécutions qu’il a subies quand il n’avait pas des moyens de se défendre. En entretenant ces comportements sadiques, les multinationales et la doctrine ultralibérale engendrent des êtres malfaisants qui contribuent à la banalisation du mal.

Les travaux de recherche de Mc Clelland[2] lui ont permis de constater que les causes de la compétition pour le pouvoir sont motivées par le désir de recevoir des récompenses qui procurent du plaisir et d’éviter de recevoir des punitions qui font souffrir. La lutte pour le pouvoir est d’autant plus intense et féroce que les sources de frustration, de punitions et de soumissions sont plus nombreuses que les moyens de se procurer du plaisir. Dans un État bureaucratique (URSS, Chine, etc.) ou un régime autoritaire (Nazisme, fascisme, etc.), les moyens de se procurer des récompenses et donc, du plaisir étaient plus limités que les sources de frustrations et de punition. Par contre, dans ces États et ces régimes, les récompenses étaient plus nombreuses en haut qu’en bas de l’échelle sociale. Les fonctions hiérarchiques étant plus limitées que les fonctions subalternes, la compétition pour la conquête du pouvoir y était donc plus intense et féroce. Étant calquée sur un modèle autoritaire, l’entreprise est également un champ de compétition et de lutte pour le pouvoir. Étant donné que les fonctions de subordination sont souvent synonymes de soumissions, de punitions et de frustrations, les salariés rentrent en compétition les uns avec les autres pour gravir les échelons hiérarchiques. En s’élevant dans la hiérarchie, ils reçoivent davantage de gratifications, imposent leurs volontés et évitent de subir la domination d’un petit chef. Pour s’élever dans la hiérarchie, les salariés se conforment aux valeurs de l’entreprise, se soumettent à l’autorité et acceptent de contribuer à la banalisation du mal.

Après avoir identifié et distingué les besoins des moyens de les satisfaire et décrit les différents circuits du cortex cérébral qui motivent leurs satisfactions, il est possible d’aborder les conditions d’un changement de mode de vie individuel et collectif. En effet, les moyens destinés à nourrir l’estime de soi n’ont pas cessé d’évoluer au cours de l’histoire en fonction de l’évolution des mœurs, des doctrines religieuses, du droit, des connaissances et du progrès des techniques. Ces évolutions ont contribué à des changements de sociétés, voire de civilisations.

Jean-Christophe Giuliani

Pour accéder aux pages suivantes :

– Le circuit de l’évitement de la douleur

– Le circuit de la récompense et du plaisir


[1] Laborit Henri, Nouvelle Grille, Paris, Robert Laffont, 1974, page 73

[2] Rocher Guy, 3. Le changement Social : Introduction à la sociologie générale, Montréal,  HMH, 1968, page 176

 

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