La consommation peut-elle satisfaire tous nos besoins ?

La société de consommation, qui permet de développer l’économie, d’écouler les stocks, de générer des profits et de légitimer l’autorité de l’élite, est le second pilier de l’ordre économique. Même si elle permet de créer des emplois et d’apporter un confort matériel, à la fin des années 60, la consommation ostentatoire était remise en cause par les tenants de la critique artiste. Afin d’une part, de créer de nouveaux marchés et d’élargir l’offre marchande pour augmenter les profits des entreprises et, d’autre part, de faire taire les revendications des tenants de la critique sociale et de récupérer les aspirations des tenants de la critique artiste, les cabinets de conseils en marketing ont couplé le temps et l’argent avec le circuit de la recherche du plaisir, la théorie des besoins et l’inconscient de Freud. Ces couplages ont procuré des stratégies de manipulations différenciées en fonction des besoins et des publics qui ont permis aux industriels, aux banquiers et aux politiques de contraindre, d’inciter et de motiver les ouvriers, les employés, les cadres et les classes moyennes à travailler toujours plus.

Inciter les salariés à travailler toujours plus en augmentant l’offre et les prix.

Qu’il soit cadre, employé ou ouvrier, un salarié a besoin de satisfaire ses besoins physiologiques. En exerçant une activité professionnelle, il perçoit un salaire qui lui permet de payer son loyer, son alimentation, ses factures d’eau, de gaz et d’électricité, les traites de sa maison, etc… Afin de préserver la légitimité de son autorité, l’élite économique a retenu et mis en pratique les conseils avisés du révérend protestant J.Townsend, qui datent de la fin du 18e siècle. « L’obligation légale du travail donne trop de peine, exige trop de violence et fait trop de bruit ; la faim au contraire est non seulement une pression paisible, silencieuse et incessante, mais comme le mobile le plus naturel du travail et de l’industrie elle provoque aussi les efforts les plus puissants. Perpétuer la faim du travailleur, c’est donc le seul article important de son code de travail. »[1]

Étant donné que la satisfaction des besoins physiologiques provoque les efforts les plus puissants, pour augmenter les profits des entreprises, inciter les salariés à travailler toujours plus et étouffer les revendications portant sur la durée du travail, il suffit d’augmenter constamment la part des dépenses des ménages allouée à l’alimentation et au logement. Tandis que les industriels, les banquiers et les cabinets de conseils en marketing mettent en œuvre des stratégies différenciées en fonction des besoins et des publics, les politiques fournissent un cadre juridique favorable à la mise en œuvre de ces pratiques commerciales. Afin de les identifier et de les décrire, je propose d’étudier ces dépenses. Le graphique ci-dessous, présente l’évolution des dépenses et de la part du Smic alloué à l’alimentation et au logement de 1959 à 2013.

–  Source : Insee, 2.201 Consommation finale effective des ménages par fonction à prix courants[2].
–  Source : Insee, 1.115 Produit intérieur brut et revenu national brut par habitant[3].
–  Source : Insee, SM02 : salaire minimum de 1951 à 2005 (en euros courants)[4].
–  Source : Insee, SM01 : salaire minimum pour 35 heures hebdomadaires (en euros courants)[5].

La courbe des dépenses moyennes mensuelles par habitant allouées à l’alimentation et au logement a été obtenue en divisant les dépenses de consommation finale effective des ménages consacrée à ces dépenses par la population totale sur douze mois. Cette courbe correspond aux dépenses moyennes d’un individu indépendamment de son âge. J’ai pris en compte le Smic net mensuel d’un salarié à temps plein, car, d’une part, c’est le revenu qu’il perçoit réellement à la fin du mois, et, d’autre part, les évolutions de son taux horaire, du temps de travail et des prix ont un impact immédiat et visible sur la part allouée à ces dépenses et donc, sur son pouvoir d’achat.

De 1959 à 2013, les dépenses allouées à l’alimentation et au logement sont passées de 16 € à 578 €. Tandis que le montant du Smic net mensuel passait de 39 € à 1 121 €, la part du Smic allouée à ces dépenses passait de 41 % à 51,6 %, soit une hausse de 10,5 points. Le montant du Smic ayant été multiplié par 28,7, il n’a pas permis d’absorber la hausse de ces dépenses qui l’ont été par 36. Afin d’identifier les causes de la hausse des dépenses et de la part du Smic allouées à ces dépenses, avec l’exemple d’Alain, qui est au Smic et caissier à temps plein, je propose d’étudier son évolution, sur les périodes de 1959 à 1967, de 1967 à 1982, de 1982 à 2003 et de 2003 à 2013.

De 1959 à 1967, les dépenses d’Alain allouées à l’alimentation et au logement sont passées de 16 € à 30 €. Tandis que le montant du Smig net mensuel passait de 39 € à 52 €, la part qu’il allouait à ces dépenses passait de 41,1 % à 58 %. En passant de 49,7 % à 54 %[6], la hausse de 4,3 points de la part de la valeur ajoutée versée en faveur de la rémunération des salariés n’a pas empêché la perte du pouvoir d’achat d’Alain de 17,9 points. La revalorisation du Smig, qui avait été instauré par la loi du 11 février 1950[7], était indexée sur le taux d’inflation. L’indice des prix ayant augmenté de 31,4 %[8], la hausse du taux horaire a été de 36,5 %. Le montant du Smig ayant augmenté de 33,3 %, il n’a pas permis à Alain de compenser la hausse de ces dépenses qui étaient de 88,4 %.

De 1967 à 1982, les dépenses d’Alain allouées à l’alimentation et au logement sont passées de 30 € à 171 €. Tandis que le montant du Smic d’Alain passait de 52 € à 441 €, la part qu’il allouait à ces dépenses passait de 58,1 % à 38,7 %. En passant de 54 % à 62 %, la hausse de 8 points de la valeur ajoutée versée aux salariés a provoqué une hausse du pouvoir d’achat d’Alain de 19,4 points. Une partie de cette hausse est due à la revalorisation du Smig de 35 % obtenu lors des accords de Grenelle de mai 1968[9]. Le 2 janvier 1970, le Smig a été remplacé par le Smic. Le taux horaire du Smic étant indexé sur l’indice des prix à la consommation (article L141-3 du Code du travail[10]) et le salaire moyen (article L141-7), il augmentait plus vite que celui du Smig. Le taux d’inflation ayant été multipliés par 3,8 et le salaire moyen par 5,6, le taux horaire du Smic a été multiplié par 9. Le montant du Smic ayant été multiplié par 8,5, il a permis à Alain d’absorber la hausse des dépenses qu’il consacrait à l’alimentation et au logement qui a été multiplié par 5,7. En diminuant la part des dépenses, la hausse du Smic a provoqué une hausse du pouvoir d’achat d’Alain.

De 1982 à 2003, les dépenses d’Alain allouées aux subsistances sont passées de 171 € à 439 €. Tandis que le Smic passait de 441 € à 851 €, la part des dépenses d’Alain passait de 38,7 % à 51,6 %. En passant de 62 % à 57 %, la baisse de 5 points de la valeur ajoutée versée aux salariés a provoqué une perte de pouvoir d’achat d’Alain de 12,9 points. Cette perte est également due, dans une moindre mesure, à la loi Aubry sur les 35 heures. De 2000 à 2003, à cause des 35 heures, comme le montant du Smic a diminué de 0,6 %, il n’a pas permis de compenser la hausse des dépenses d’Alain qui ont augmenté 11,4 %. Le taux horaire du Smic ayant été revalorisé de 146 %, il n’a pas suivi la hausse du taux de l’indice des prix qui a augmenté de 81,9 % et celle de 106 % du salaire moyen. À cause de ce décrochage de 41,9 points, la revalorisation du montant du Smic de 94,9 % n’a pas permis à Alain de compenser la hausse de 157 % du budget alloué à ces dépenses. La mise en œuvre de la doctrine idéologique ultralibérale a donc provoqué une diminution du pouvoir d’achat d’Alain de 62,1 points.

De 2003 à 2013, les dépenses d’Alain sont passées de 439 € à 578 €. Tandis que le montant du Smic passait de 851 € à 1 121 €, la part qu’il allouait à ces dépenses se stabilisait à 51,6 %. En passant de 57 % à 58,4 %, la hausse de 1,4 point de la valeur ajoutée versée aux salariés a provoqué la stagnation du pouvoir d’achat d’Alain. Même si le taux d’inflation a augmenté de 17,7 % et le salaire moyen de 24,4 %, le taux horaire du Smic a seulement été revalorisé de 31,2 %. À cause de cet écart de 10,9 points, la hausse du Smic de 31,7 % a juste permis d’absorber la hausse des dépenses allouées à l’alimentation et au logement sans augmenter le pouvoir d’achat d’Alain. La hausse du Smic a donc juste compensé la perte occasionnée par les 35 heures.

La doctrine idéologique ultralibérale, dont les principes de base sont le libre marché, la dérégulation des prix et la privatisation des services publics, a été mise en œuvre à partir de 1983. De 1982 à 2013, la part de la valeur ajoutée redistribuée aux salariés sous la forme d’une rémunération est passé 62 % à 58,4 %. À cause de cette baisse de 4,4 points, la part du Smic allouée à l’alimentation et au logement d’Alain est passée de 38,7 % à 51,6 %. Il a donc subi une perte de pouvoir d’achat de 12,9 points. À cause de cette perte, Alain est plus ou moins contraint de travailler toujours plus pour satisfaire ses besoins physiologiques.

Cette étude montre que le pouvoir d’achat des ménages est étroitement lié au taux horaire du Smic, au temps de travail, à la valeur ajoutée versée aux salariés et aux dépenses allouées à l’alimentation et au logement. Pour l’augmenter ou le diminuer, il suffit donc d’agir sur l’un de ces facteurs. Afin d’identifier et de décrire, d’une part, les stratégies mises en œuvre par le marketing, les industriels et les banquiers pour les augmenter, et, d’autre part, le cadre juridique et légal mis en œuvre par les politiques pour favoriser ces pratiques commerciales, je propose d’étudier séparément les dépenses et la part du Smic allouées à l’alimentation et au logement.

  • Augmenter les dépenses et la part du Smic allouées à l’alimentation ?

Augmenter les dépenses et la part du Smic allouées à l’alimentation est l’un des premiers moyens à la disposition des industrielles de l’agroalimentaire et des politiques pour augmenter leurs profits et éviter les revendications portant sur la durée du travail. Le graphique ci-dessous présente l’évolution des dépenses et de la part du Smic allouées à l’alimentation de 1959 à 2013.

–  Source : identiques au graphique « Dépenses et part du Smic allouées à l’alimentation et au logement ».

De 1959 à 2013, les dépenses allouées à l’alimentation sont passées de 11,2 € à 193 €. Tandis que le montant du Smic net mensuel passait de 39 € à 1 121 €, la part du Smic allouée à ces dépenses passait de 28,7 % à 17,3 %. Les dépenses ayant été multipliées par 17,3, la baisse de la part du Smic de 11,4 points n’est donc pas due à leur diminution, mais à la hausse du Smic, qui a été multiplié par 28,7. Les moyens de se nourrir étant relativement limités, comment se fait-il que ces dépenses aient été multipliées par 17,3 ?

Pour augmenter les dépenses allouées à l’alimentation, l’industrie agroalimentaire et les cabinets de conseils en marketing peuvent intervenir sur l’offre et les prix. La première solution consiste à les augmenter en élargissant l’offre de produits alimentaires transformés. Une alimentation saine et équilibrée apporte les substances nutritives nécessaires au bon fonctionnement de l’organisme. Il est nécessaire de boire 1,5 litre d’eau par jour et de manger au quotidien 5 portions de 120 g de fruits et de légumes, 3 portions de 75 g de riz complet, de quinoas, de maïs, de patates douces ou de légumineux (lentilles, haricots, pois chiches, etc…), 30 g d’oléagineux (noix, amandes, noix de cajou, etc…), 2 à 3 œufs, 30 g de fromage, de 2 à 3 cuillères de 30 g d’huile d’olive, ainsi que 1 à 2 parts de poisson par semaine (sardine, maquereau, saumon, etc…).

Pour vivre plus longtemps et en bonne santé, il est conseillé d’éviter de manger trop de viande, de charcuterie et d’aliments glucidiques à index glycémique élevé (pâtes blanches, pain et riz blanc, etc…) et de limiter considérablement, voire de supprimer les alcools forts et les boissons sucrées (sodas, jus de fruits, etc…), les produits sucrés (bonbons, pâtisseries, glaces, confitures, etc…) et les aliments transformés (snacks, produits frits, plats préparés, viandes transformées, etc…) qui contiennent trop de sel, de sucres, de matières grasses et d’additifs alimentaires (colorant, conservateur, antioxydant, édulcorants, glutamate, etc…).

Bien que les aliments frais et naturels favorables à une alimentation saine et équilibrée soient relativement limités, l’offre des produits alimentaires transformés ne cesse d’augmenter. En effet, le consommateur qui se rend dans les rayons alimentaires d’un hypermarché est confronté à une augmentation constante de la largeur et de la profondeur de l’offre. Par exemple, de 1999 à 2009, le nombre de références de plats préparés frais est passé de 91 à 174, soit une hausse de 91 %[11], celui des yaourts est passé de 209 à 281, soit une hausse de 35 %[12], etc… L’industrie agroalimentaire n’élargit pas l’offre pour nourrir la population, mais pour augmenter ses profits. En élargissant l’offre, elle tente de conquérir des niches de consommateurs toujours plus étroites disposées à acheter des produits qui se distinguent par leurs marques, leurs prix, leurs qualités, ainsi que pour leurs « fonctions nutritives » et leurs « bienfaits pour la santé » plus ou moins avérée.

Afin d’appréhender ce processus, je vais prendre l’exemple du besoin physiologique de s’hydrater. Pour s’hydrater, un individu a besoin de boire en moyenne 1,5 litre d’eau par jour. Afin de le détourner de l’eau du robinet, de multiples marques d’eau en bouteille sont apparues sur le marché (évian, Vittel, etc…). En communicant sur la qualité, la pureté et les bienfaits de l’eau en bouteille, ces marques motivent le consommateur à payer 1 € le litre d’eau au lieu de 0,003 €. En 2018, une bouteille d’évian de 75 cl coûtait 3,5 € dans une boutique de la gare de Marseille. En achetant une bouteille d’eau minérale de marque, le consommateur satisfait son besoin physiologique et de sécurité. En effet, en acceptant de payer 1 € la bouteille, il étanche sa soif en ayant le sentiment de boire une eau de qualité. La consommation d’eau en bouteille a un impact direct sur la hausse des dépenses allouées à l’alimentation. En 2013, comme ces dépenses s’élevaient à 193 €, si une bouteille de 1,5 litre coûtait 1 €, un individu qui en aurait bu une par jour aurait consacré chaque mois 30 €, soit 15,5 % de ses dépenses alimentaires. En consommant uniquement l’eau du robinet, il aurait seulement dépensé 0,09 €, soit 0,05 % de ses dépenses.

Malgré le fait que l’eau soit la boisson la mieux adaptée pour étancher la soif, les linéaires des hypermarchés offrent une largeur et une profondeur disproportionnée de boissons sans alcool (boissons aux fruits, soda, thé glacé, Pulco, etc…). De 1999 à 2009, en passant de 167 à 242 références, l’offre a progressé de 45 %[13]. La vocation de ces boissons aux goûts agréables n’est pas d’étancher la soif, mais de procurer du plaisir sur un mode hédoniste. Étant donné que cette forme de plaisir s’épuise rapidement, pour s’en procurer à nouveau, le consommateur est motivé à renouveler fréquemment son acte d’achat et à accepter de payer ces boissons entre 0,80 et 5,50 € le litre. Au même titre que l’eau en bouteille, la consommation de ces boissons a un impact sur les dépenses allouées à l’alimentation. Une bouteille de Coca Cola de 1,5 litre coûte 1,55 € en Hypermarché. À raison d’une bouteille par jour, ce coût représente 46,5 €, soit 24 % des dépenses alimentaires. Il est possible de généraliser l’exemple du besoin de s’hydrater à l’ensemble des besoins de nutrition.

La seconde consiste à augmenter les prix en élargissant la profondeur de l’offre de produits alimentaires transformés. Face à la prolifération des organismes génétiquement modifiés (OGM) et à la multiplication des scandales sanitaires : le bœuf aux hormones, le lait maternel et les huiles frelatées, la crise de la vache folle, le scandale de la dioxine, les poulets à la dioxine, etc…, les consommateurs sont de plus en plus soucieux de la qualité sanitaire des produits alimentaires. Afin de répondre à leurs inquiétudes, les industriels de l’agroalimentaire et les enseignes de la grande distribution proposent des marques et des labels qui sont censés garantir la qualité et la sécurité sanitaire d’un produit. Au lieu de proposer une offre de qualité à un prix raisonnable, ils proposent donc une offre toujours plus profonde. La profondeur de l’offre permet de créer une échelle de prix entre des produits de bonnes ou de mauvaise qualité qui se distinguent par leurs prix : le 1er prix à la qualité douteuse, le produit de marque distributeurs (carrefour, Auchan, etc…) à la qualité moyenne et au prix moyen, le produit de marque (Danone, Nestlé, etc…) à prix élevés, ainsi que le produit labellisé (label rouge, critères qualité certifiés, etc…) et bio (Agriculture biologique, etc…) à la qualité et aux prix très élevés. En fonction de l’importance qu’il accorde à la qualité des produits et à sa santé, le consommateur aura, le choix entre une fourchette de prix qui varient du simple au triple (4 tranches de jambon cuit : 1er prix 1,38 € et Bio Fleury Michon 4,76 €, soit un écart de 245 %). Ce processus contribue à créer un modèle de consommation à deux vitesses : les consommateurs aisés qui consomment des produits dont la qualité est certifiée par un prix élevé et ceux qui consomment des produits « Low cost » de qualité douteuse à prix bas. Ce qui est vrai pour les produits alimentaires, l’est également pour de nombreux biens et services marchands (vêtements, meubles, voitures, smartphones, etc…). En permettant une hausse du panier moyen et des prix, l’augmentation de la largeur et de la profondeur de l’offre de produits alimentaires transformés provoque la hausse des dépenses et de la part du Smic allouées à l’alimentation.

Afin d’autoriser les acteurs économiques à fixer les prix librement, les politiques ont fixé un cadre juridique favorable à la liberté des prix. Avant 1986, les prix étaient régulés par l’Ordonnance n°45-1483 du 30 juin 1945 relative aux prix[14]. À cause de cette ordonnance, les prix des biens et des services (alimentation, logement, eau, gaz, électricité, etc…) n’étaient pas fixés librement, mais par des arrêtés ministériels. Pour que l’État ait les moyens de remplir sa mission, les entreprises devaient communiquer les informations relatives à leur activité : la justification des prix pratiqués, les éléments qui composent le prix et le coût analytiques des biens et services, etc… En abrogeant l’ordonnance de 1945, l’Ordonnance n°86-1243 du 1er décembre 1986 relative à la liberté des prix et de la concurrence[15] a permis de fixer les prix librement en fonction de la loi du marché dite « de l’offre et de la demande ». Les prix étant libres, le prix d’un même produit peut varier d’un magasin à l’autre, d’une enseigne à l’autre, voire d’un magasin d’une même enseigne à l’autre en fonction de sa taille (Carrefour, Market, City, Express, etc…) et de sa localisation géographique (région, ville, quartier, centre-ville ou périphérie, etc…). À Lille, le prix de quatre tranches de jambon cuit, dont la marque et la référence sont identiques, peut fluctuer entre 2,99 € et 2,24 €, soit un écart de 33,5 % d’un magasin d’une même enseigne à l’autre.

Même si les prix étaient libres depuis 1986, les commerçants ne pouvaient pas se permettre de les augmenter trop brutalement sans que cela soit visible. Avant d’augmenter les prix, il était nécessaire de brouiller les repères dans l’esprit du consommateur. En brouillant les repères, le passage à l’euro, qui a eu lieu en France le 1er janvier 2002, a masqué la dérégulation des prix. Tandis qu’en 2000, le prix d’un sandwich était de 10 francs (1,52 €), en 2013 il était à 4,5 € (30 francs), soit une hausse de 195 %. Avant le passage à l’euro, aucune personne sensée n’aurait accepté de payer un sandwich 30 francs. À cause du brouillage des repères, un sandwich à 4,5 € semble aujourd’hui normal. Ce qui est vrai pour le sandwich l’est pour de nombreux biens et services de consommation : une bouteille d’eau (en 2018, 75 cl d’évian coûtait 3,5 € dans une boutique de la gare de Marseille), un café pris en terrasse (Lille 5 francs en 2000 et 1,5 € en 2013), les croissants, les pâtisseries, les vêtements, les vélos, etc… Même si l’euro apparaît comme le principal responsable de la hausse des prix, il a juste masqué le véritable coupable. En effet, sans la liberté des prix autorisée par l’ordonnance de 1986, malgré le passage à l’euro, les commerçants n’auraient pas eu le droit de fixer les prix librement et donc, de les augmenter.

Depuis le passage à l’euro et la dérégulation des prix, de nombreux consommateurs affirment, à tort ou à raison, que les prix de certains produits alimentaires auraient fortement augmenté. Les prix ayant augmenté, le Smic aurait dû augmenter. En effet, le taux horaire du Smic étant indexé sur l’inflation, la loi L141-3 du Code du travail stipule que lorsque le taux d’inflation augmente d’au moins 2 %, le Smic augmente dans la même proportion. De 2002 à 2013, le taux d’inflation a augmenté de 20,1 %, soit une moyenne inférieure à 2 % par an. L’enquête sur les prix, publiée par Nice-Matin en 2012, invite à questionner ce taux. Le tableau ci-dessous compare l’évolution des prix de produits de consommation courants entre 2000 et 2010.

–  Source : Nice-Matin, « Franc-Euro : notre enquête »[16].

En comparant les écarts de prix entre le Franc et son équivalent en euro, ce tableau montre qu’entre 2000 et 2010, le prix d’un litre de lait a augmenté de 59,7 %, de six œufs de 60,3 %, d’une baguette de 75 %, de 2,5 kg de pommes de terre de 96,3 % et d’une laitue de 206 %. Malgré ce constat, les experts de l’Insee affirment que le passage à l’euro n’a pas provoqué une flambée des prix[17]. Puisqu’entre 2000 et 2010, le taux d’inflation a seulement augmenté de 15,6 %, affirmer que le passage à l’euro et la liberté des prix auraient provoqué une hausse de prix compris entre 50 % et 200 % sur certains produits apparaît donc comme une erreur de perception de la réalité.

Afin d’infirmer ou de confirmer cette affirmation, je propose d’étudier le mode de calcul de l’indice des prix à la consommation (IPC). L’IPC, qui permet d’estimer, entre deux périodes données, la variation moyenne des prix des produits consommés par les ménages, est l’instrument de mesure de l’inflation. Publié chaque mois au Journal Officiel, l’IPC hors tabac sert à indexer le Smic, de nombreux contrats privés, les pensions alimentaires et les rentes viagères. Le calcul de l’IPC repose sur l’observation d’un panier fixe de 1 000 familles de produits regroupés au sein de 161 groupes, actualisé chaque année. Ces groupes comprennent des biens et des services destinés à satisfaire des besoins physiologiques (alimentation, loyer, énergie, eau, santé, etc…) et d’autres, qui sont plus ostentatoires (habillement, transport, informatique, communication, voyage, etc…), destinés à satisfaire des besoins d’appartenance et d’estime. Le tableau ci-dessous présente les variations moyennes annuelles de l’indice des prix de 2014 à 2015.

–  Sources : Insee – indices des prix à la consommation, a) Ensemble des ménages – France[18]

L’indice global pondère chaque produit proportionnellement à son poids dans le panier moyen d’un ménage. Le poids de la pondération de chaque groupe de produits est sensé correspond à la part des dépenses de consommation d’un consommateur moyen. En 2014, les produits manufacturés étaient pondérés à 25,8 %, l’énergie à 8,2 %, les services à 47,4 %, etc… Tandis que certaines de ces pondérations correspondent à la part de la consommation finale effective des ménages, d’autres n’y correspondent pas. Par exemple, comme la part de la consommation destinée à l’habillement et aux chaussures est de 4 %[19], elle correspond à la pondération de ces dépenses qui est de 4,4 %. La part de la consommation alimentaire étant de 13,4 %, même si elle est supérieure de 3,2 points, sa pondération, qui est de 16,6 %, correspond à ces dépenses. La part allouée au logement, à l’eau, au gaz, à électricité et aux autres combustibles étant de 26,5 %, la pondération de 7,7 % ne correspond pas aux dépenses allouées aux loyers, à l’eau et à l’enlèvement des déchets. Cet écart de 18,8 points peut donc expliquer la perception des ménages qui ont le sentiment que les prix des loyers ont augmenté bien plus vite que l’inflation, qui était seulement de 20,1 % entre 2002 et 2013.

Étant donné qu’il existe 161 groupes de produit, la hausse des prix d’un groupe peut être compensée par la baisse d’un autre sans provoquer l’augmentation de l’indice des prix. Tandis que les prix de l’habillement et des chaussures diminuaient de 0,9 %, ceux des produits frais, dont la pondération est de 2,1 %, augmentaient de 5,3 %. La baisse des prix de l’habillement, qui est destinée à satisfaire des besoins d’appartenance et d’estime, a donc permis de compenser la hausse des prix de produits frais destinés à satisfaire des besoins physiologiques au quotidien sans provoquer la hausse de l’indice des prix.

Cette forme de compensation apparaît également entre les produits frais et les produits alimentaires transformés. Tandis que le prix des produits frais, qui sont pondérés à 2,1 %, augmentait de 5,3 %, celui des produits alimentaires transformés, qui sont pondérés à 14,5 %, diminuait de 0,2 %[20]. Si le prix des produits transformés n’avait pas diminué, la hausse des prix des produits frais aurait provoqué une augmentation de l’indice des prix. Entre 2014 et 2015, malgré un taux d’inflation de 0,5 %, le prix des légumes a augmenté de 6,8 % et celui des fruits de 4,8 %[21]. Étant donné qu’une hausse de prix peut être compensée, il est possible d’affirmer que, malgré un taux d’inflation de 20,1 %, les prix de certains produits frais et de consommation courants aient pu augmenter de 50 % à 200 % entre 2002 et 2013.

Même si le taux d’inflation était de 20,1 % entre 2002 et 2013,à cause, d’une part, de la règle de compensation et d’une pondération inadéquate, et, d’autre part, des écarts de prix dus à la largeur et à la profondeur de l’offre et à la diversité des prix d’un même produit en fonction des points de vente, le prix des produits alimentaires favorables à une alimentation saine et équilibrée a pu augmenter plus vite que le taux d’inflation. Le Smic étant indexé sur le taux d’inflation, les ménages modestes, dont la part des dépenses allouées à l’alimentation est la plus élevée, subissent à la fois une hausse des prix des subsistances et une stagnation de leur revenu qui se traduit par une perte de pouvoir d’achat. Malgré l’abondance de l’offre de produits alimentaires transformés, les salariés sont donc contraints de travailler toujours plus pour satisfaire leurs besoins physiologiques.

Après avoir étudié les stratégies appliquées à l’alimentation, je propose d’identifier et de décrire celles utilisées pour augmenter les dépenses et la part du Smic allouées au logement.

  • Augmenter les dépenses et la part du Smic allouées au logement.

Augmenter les dépenses et la part du Smic allouées au logement est moyen d’augmenter les profits et de faire taire les revendications portant sur la durée du travail. Le graphique ci-dessous présente l’évolution des dépenses et de la part du Smic allouées au logement de 1959 à 2013.

–  Source : identiques au graphique « Dépenses et part du Smic allouées à l’alimentation et au logement ».

De 1959 à 2013, les dépenses allouées au logement sont passées de 5 € à 385 €. Tandis que le montant du Smic net mensuel passait de 39 € à 1 121 €, la part du Smic allouée à ces dépenses passait de 12,3 % à 34,3 %, soit une hausse de 22 points. Le montant du Smic ayant été multiplié par 28,7, il n’a pas permis d’absorber la hausse de ces dépenses qui ont été multipliées par 77. Avant de proposer des solutions pour réduire ces dépenses de 36,4 %, je propose d’identifier les causes de la hausse des prix de l’immobilier et des loyers.

Selon une étude de la Fnaim (Fédération nationale de l’immobilier), de 1997 à 2007, le prix des maisons et des appartements a progressé de 142 %[22]. Selon une enquête de l’observatoire du logement datant d’avril 2012, qu’ils soient locataires ou propriétaires, 55 % des Français déclaraient consacrer un tiers de leur budget à se loger[23]. Pour certains experts, la hausse des prix du logement et des loyers est due au manque de logements. En effet, en 2012, des experts et des politiques ne cessaient d’affirmer qu’il manquait 800 000 logements en France[24]. Étant donné que la France manque de logements, sous l’effet de la loi, dite « de l’offre et de la demande », il est normal que les prix de l’immobilier et des loyers augmentent. Pour loger l’ensemble de la population et baisser les prix, des experts estimaient qu’il serait nécessaire de construire 150 000 logements par an. Avant de construire ces logements, il apparaît judicieux d’effectuer l’inventaire du parc immobilier. Le graphique ci-dessous présente l’évolution du parc immobilier des résidences principales et des logements vacants de 1983 à 2014.

–  Source : Insee, Le parc de logements en France au 1er janvier 2014, Figure 1 – Évolution du nombre de logements par catégorie[25]..

De 1983 à 2013, le nombre de résidences principales a augmenté de 40,5 % et de logements vacants de 37,4 %[26]. Si la France avait manqué de 800 000 logements, le nombre de vacants n’aurait pas augmenté, mais diminué de 143 %. Étant donné que le parc immobilier comprenait un excédent de 2,55 millions de vacants, la France ne manquait pas de logements en 2013.

Après avoir montré qu’il ne manquait pas de logement, il apparaît pertinent d’étudier l’adéquation entre l’offre et la demande. Le graphique ci-dessous présente le nombre de ménages, de résidences principales, de résidences secondaires et de logements vacants en 2013.

–  Source : Insee, MEN5 – Ménages par type de ménage et âge de la personne de référence en 2013[27].
–  Source : Insee, Le parc de logements en France au 1er janvier 2014, Op.Cit.

En 2013, la France comprenait 27 806 631 ménages (une personne et plus) et 27 827 000 résidences principales occupées de manière habituelle, soit un excédent de 20 369 logements. Le nombre de résidences principales et de logements vacants étant excédentaire, malgré les 3,15 millions de résidences secondaires, l’offre de logement était supérieure à la demande. En fonction de la loi dite « de l’offre et de la demande », les prix de l’immobilier et des loyers n’auraient pas dû augmenter, mais baisser.

La hausse des prix n’étant pas due à un manque de logement, est-ce qu’elle serait due au coût de la construction ? Si le prix d’un appartement était corrélé à l’indice du coût de la construction[28], sa hausse varierait en fonction de son coût. Le graphique ci-dessous compare l’évolution du prix moyen au m² d’un appartement neuf avec l’indice du coût de la construction de 1985 à 2013.

–  Sources : Lafinancepourtous.com, d’après Insee : SOeS[29]..
–  Sources : Insee, Indice du coût de la construction des immeubles à usage d’habitation (ICC)[30].
–  Champ : France métropolitaine.

De 1985 à 2013, tandis que l’indice du coût de la construction passait de 847 à 1 615 €, soit une hausse de 90,7 %, le prix moyen du m² d’un appartement neuf passait de 1 268 à 3 884 €, soit une hausse de 206 %. La hausse des prix du marché de l’immobilier n’est donc pas due à la hausse du coût de la construction.

Le coût de la construction n’étant pas responsable, il apparaît pertinent de se demander si cette augmentation ne serait pas due à la hausse du revenu des ménages. Ce graphique de la Caisse d’Épargne, qui date de 2008, présente l’évolution des prix de l’immobilier par rapport au revenu disponible brut des ménages (RDB)[31] de 1936 à 2008.

–  Sources : prix « standard » des logements anciens 1936-2005 en France de J. Friggit ; base bien; Insee ; estimations CNCE[32].

De 1945 à 1948, le ratio du prix moyen de l’immobilier de la France est passé de 3,5 à 0,5 fois le RDB des ménages. Cette baisse pourrait être attribuée à l’Ordonnance n°45-1483 du 30 juin 1945 qui a permis de bloquer les prix malgré le manque de logements consécutif à la guerre. De 1948 à 1960, ce ratio est passé de 0,5 à 1,5 fois le RDB. La hausse des prix aurait été provoquée par la loi n°48-1360 du 1er septembre 1948[33]. Tandis que cette loi régulait le loyer des logements anciens, elle libérait ceux des logements neufs et rénovés. Motivés par des avantages fiscaux et la liberté des prix, les investisseurs privés ont investi dans la rénovation et la construction de logements neufs. De 1965 à 2000, tandis que ce ratio fluctuait autour de 2,5 fois le RDB en province, celui de Paris a atteint 4,8 fois entre 1986 et 1992, avant de revenir à 3 fois en 1998. La hausse des prix du marché de l’immobilier peut être expliquée par la mise en œuvre de deux lois : l’Ordonnance n°86-1243 du 1er décembre 1986 relative à la liberté des prix et de la concurrence et la loi n°86-1290 du 23 décembre 1986[34]. Tandis que la loi n°86-1290, dite Méhaignerie, permettait de sortie du cadre légal de la loi de septembre 1948 des logements vacants qui n’avaient pas été rénovés, l’ordonnance n°86-1243, dite Balladur, permettait de libérer les prix de l’immobilier. De 2000 à 2008, ce ratio est passé de 2,5 à 4,3 fois le RDB en province et à plus de 5,5 fois à Paris. De 1998 à 2008, tandis que le RDB des ménages augmentait de 36,8 %, le prix moyen des logements anciens augmentait de 141 %[35]. Selon l’Insee, d’une part, le prix des logements anciens a été multiplié par deux, et d’autre part, rapporté au RDB des ménages, l’indice du prix des logements a été multiplié par 1,7 entre 2000 et 2007[36]. De 2000 à 2008, le nombre de logements vacants a augmenté de 6,2 %[37] et le taux horaire du Smic de 34,6%[38]. Il est donc possible d’affirmer que la flambée des prix de l’immobilier n’a pas été provoquée par un manque de logement et la hausse du RDB des ménages. La cause de la flambée des prix du marché de l’immobilier, qui a débuté en 1986 et qui n’a cessé de s’amplifier depuis 2000, peut donc être une fois de plus attribuée à la liberté des prix, favorisée par l’ordonnance Balladur de 1986.

Étant donné que les prix de l’immobilier ont été multipliés par deux, comment se fait-il que le taux d’inflation n’ait pas augmenté ? En étudiant la brochure de l’Insee, qui explique le mode de calcul de l’indice des prix, il apparaît que l’achat d’un logement n’est pas considéré comme une dépense de consommation. « L’indice des prix ne retient pas les remboursements des emprunts liés à l’achat d’un logement. D’ailleurs ceux relatifs aux crédits à la consommation ne le sont pas davantage, car les remboursements d’emprunt relèvent d’opérations financières »[39]. Considérés comme un investissement ou une opération financière, l’achat d’un logement ou les traites mensuelles, qui s’apparentent à un loyer, ne contribuent donc pas au calcul de l’indice des prix. Si l’achat d’un logement avait été pondéré à hauteur de 34,3 %, le taux de l’indice des prix aurait considérablement augmenté. Le taux horaire du Smic étant indexé sur le taux d’inflation, il aurait provoqué la hausse du RDB des ménages. Cette hausse aurait permis au ratio du prix moyen de l’immobilier de fluctuer à nouveau entre 2 et 2,5 fois le RDB. Au lieu de cela, les salaires stagnent et le pouvoir d’achat des ménages diminue considérablement.

Que l’achat d’un logement soit considéré comme un placement financier ne relève pas du hasard. En effet, l’acquisition d’un appartement ne concerne pas que les ménages qui souhaitent accéder à la propriété pour se loger. Il concerne également des particuliers aisés et des investisseurs privés qui souhaitent faire des placements financiers. Au lieu de placer leurs surplus de trésoreries en bourse, ils préfèrent investir sur le marché de l’immobilier qui, à long terme, peut apparaître comme un placement moins risqué. L’investissement locatif permet de se constituer un patrimoine, de diversifier ses placements financiers et d’augmenter ses revenus grâce aux loyers perçus. Comme les prix augmentent, l’investissement locatif est également impacté par la spéculation. Pour générer des profits, les investisseurs doivent commencer par amortir les coûts de l’investissement et des intérêts. Ces coûts étant plus élevés, ils sont donc plus ou moins contraints d’augmenter les loyers.

Un appartement habité ne peut être acheté ou vendu librement. Pour se transformer en produit financier et faire l’objet de spéculation, un appartement doit donc être vacant. Ce processus provoque une augmentation des stocks de logements vacants et donc, une rareté artificielle de l’offre qui contribue à l’augmentation des prix de l’immobilier et des loyers. Lorsque la demande devient plus importante que l’offre, les prix augmentent. Lorsqu’ils augmentent, les investisseurs privés revendent leurs biens sur le marché immobilier pour réaliser une plus value.

Les salaires n’ayant pas suivi la hausse des prix, l’accès à la propriété pour se loger est devenu inabordable pour les ménages qui disposent d’un revenu médian. Ceux qui souhaitent y accéder sont contraints de s’endetter massivement, et cela, sur plus de 25 ans auprès des banques. Contraint de souscrire un emprunt immobilier, le cadre ne « travaille pas plus pour gagner plus » pour améliorer sa qualité de vie, mais pour enrichir les spéculateurs immobiliers et les banquiers. Pour honorer ses échéances et donc, ne pas être expulsé, il est obligé de travailler toujours plus. En souscrivant un emprunt, il perd l’initiative du sens qu’il souhaite donner à sa vie. L’emprunt immobilier peut donc apparaître comme un moyen de pression et de contrôle social indolore, invisible et silencieux des cadres et des classes moyennes qui contribuent à renforcer le pouvoir temporel de l’argent et donc, l’autorité des banquiers et des milieux d’affaires.

La hausse des dépenses allouées au logement concerne également les loyers. En 2010, une étude de l’INSEE affirmait qu’un locataire du privé sur cinq consacrait en moyenne 30 % de son revenu à se loger[40]. Le graphique ci-dessous présente la part du Smic allouée au loyer d’un appartement de 50 m² en province de 1991 à 2010.

–  Source : Insee, SM02 : salaire minimum de 1951 à 2005 (en euros courants), Op.Cit.
–  Source : Insee, SM01 : salaire minimum pour 35 heures hebdomadaires (en euros courants), Op.Cit.
–  Source : OLAP, Évolution de la hausse moyenne des loyers pour l’ensemble du parc locatif privé[41].

De 1990 à 2010, selon les données de l’OLAP, tandis que le loyer moyen d’un appartement de 50 m² passait de 235 € à 445 €, la part du Smic net mensuel consacré à ce loyer passait de 34,3 % à 42,1 %, soit une hausse de 7,8 points. Le taux horaire du Smic ayant augmenté 88,7 %, la hausse des salaires a juste permis d’absorber la hausse des loyers qui ont augmenté de 89,4 %. Le logement étant un bien économique à part entière, le marché locatif est également concerné par l’ordonnance Balladur de 1986 et donc, par la dérégulation des prix. Les prix étant libres, les propriétaires ont le droit de fixer les loyers en fonction de la loi dite de « l’offre et de la demande ». Il est important de préciser qu’ils ont uniquement le droit de fixer librement le montant du premier loyer. En effet, lorsque le locataire est installé, le propriétaire a le droit d’augmenter le loyer une fois par an en fonction de l’indice de référence des loyers. Par exemple, en 2003, un locataire loue un appartement de 35 m² dans un immeuble privé du centre de Lille pour 350 € par mois. Étant donné que son loyer augmente chaque année en fonction de l’indice de référence des loyers[42], en 2013 son montant aurait été de 410 €, soit une hausse de 17 % sur 10 ans.

En revanche, lorsque le logement est vide, le propriétaire a le droit d’augmenter le montant du loyer en fonction des prix du marché. Si ce locataire avait quitté son logement fin 2012, suite à la hausse des loyers dans le centre de Lille, le propriétaire aurait eu le droit de le fixer à 500 € en 2013. Tandis que sur 10 ans, le Smic augmentait de 31,2 %[43], ce loyer aurait progressé de 42,9 %. Le salaire net d’un smicard étant de 1 121 €, s’il avait souhaité emménager dans le centre de Lille, les dépenses allouées à son loyer auraient représenté 44,6 % de son revenu. Ce qui est vrai à Lille, l’est également dans les grandes agglomérations telles que Paris, Lyon, Nice, Rennes, etc…

Les loyers ayant flambé, comment se fait-il que le taux d’inflation n’ait pas augmenté ? La hausse des loyers n’a pas provoqué celle de l’inflation, car ils sont pondérés par l’indice des prix à la consommation à hauteur de 6%[44]. Selon cette pondération, un salarié qui perçoit un Smic de 1 121 € paierait un loyer de 67 €. Affirmer qu’un locataire au Smic paie un loyer de 67 € relève d’une erreur de perception de la réalité. En 2010, une étude de l’Insee affirmait qu’un locataire du privé sur cinq consacrait en moyenne 30 % de son revenu à se loger[45]. Malgré ce constat, l’Insee continue à pondérer les loyers à hauteur de 6 %. Le taux horaire du Smic étant indexé sur le taux d’inflation, cet écart de 24 points explique la stagnation des salaires malgré une flambée des loyers. Les ménages les plus modestes, dont la part des dépenses allouées au loyer est élevée, subissent à la fois une hausse des prix, une stagnation du Smic et une baisse de leur pouvoir d’achat.

La principale cause de la mobilité géographique d’un ménage est la recherche d’un emploi. Les populations quittent les campagnes et les régions en crise pour emménager dans les régions (Île-de-France, Rhône-Alpes, etc…) et les grandes agglomérations (Paris, Lille, Lyon, etc…) dynamiques sur le plan économique. Les salaires n’ayant pas suivi la hausse des prix de l’immobilier et des loyers, les ménages au Smic n’ont plus les moyens de se loger dans ces bassins d’emplois. Les loyers du secteur privé étant disproportionnés, 800 000 personnes ne trouvent pas d’appartement pour se loger. Étant donné que le parc immobilier français comprenait 2,3 millions de logements vacants en 2012, au lieu d’affirmer qu’il manque 800 000 logements, il apparaît plus judicieux de préciser qu’il en manque 800 000 à loyer modéré disponible à la location.

L’étude des loyers montre une fois de plus que la hausse du Smic ne sert pas à améliorer la qualité de vie des salariés, mais à financer l’investissement locatif des particuliers aisés et des investisseurs privés. Au même titre que l’emprunt immobilier, la hausse des loyers apparaît comme un instrument de pression et de contrôle social indolore, invisible et silencieux qui contribue à renforcer le pouvoir temporel de l’argent et donc, des banquiers et des milieux d’affaires.

Cette étude révèle que, de 1973 à 2013, l’offre de produits alimentaires et de logements a toujours été abondante. En fonction de la loi dite « de l’offre et de la demande », la part du Smic allouée à ces dépenses aurait dû baisser. Or cela n’a pas été le cas. Si elle avait diminué, qu’ils soient cadres, employés ou ouvriers, les salariés n’auraient pas été obligés de gagner plus et donc, de travailler plus pour assurer la satisfaction de leurs besoins essentiels. N’ayant plus besoin de travailler davantage, ils auraient pu revendiquer la réduction du temps de travail. En travaillant moins, ils auraient eu les moyens de satisfaire autrement leurs besoins d’appartenance, d’estime et de réalisation. Ce processus aurait provoqué le déclin de la valeur du travail, de l’argent, de la consommation et donc, de l’ordre économique.

De 1982 à 2013, à cause de la dérégulation des prix, de l’augmentation de la largeur et de la profondeur de l’offre, du brouillage des repères consécutif au passage à l’euro, de la spéculation immobilière, de la suppression de l’achat d’un logement du calcul de l’indice des prix, de la pondération des loyers à hauteur de 6 %, de la baisse de la part de la valeur ajoutée versée aux salariés et de la stagnation du taux horaire du Smic, la part du Smic net mensuel allouée à l’alimentation et au logement est passée de 38,7 % à 51,6 %. Au nom du libre marché de la doctrine idéologique ultralibérale, les industriels, les cabinets de conseils en marketing, les banquiers et les politiques ont mis en œuvre des stratégies qui ont provoqué une perte du pouvoir d’achat des ménages de 12,9 points. Cette perte exerce une pression paisible, silencieuse et incessante qui étouffe l’émergence de revendications portant sur la durée du travail. Étant contraints de travailler toujours plus pour satisfaire leurs besoins physiologiques, les salariés ne disposent pas de suffisamment de temps libres pour satisfaire leurs besoins d’appartenance, d’estime et de réalisation autrement que par l’activité professionnelle et la consommation.

Au lieu de limiter l’offre de biens et de services marchands aux moyens de satisfaire les besoins essentiels et un minimum de confort matériel, les cabinets de conseils en marketing l’élargissent toujours plus pour satisfaire des besoins psychosociaux.

Je consomme, donc je suis.

En France et dans les pays industrialisés, la consommation n’est pas uniquement destinée à satisfaire les besoins essentiels. À la fin du 19e siècle, Thorsten Veblen décrivait déjà les finalités de la consommation ostentatoire. « Pour s’attirer et conserver l’estime des hommes, il ne suffit pas de posséder simplement richesse ou pouvoir : il faut encore les mettre en évidence, car c’est à l’évidence seul que va l’estime. En mettant sa richesse bien en vue, non seulement on fait sentir son importance aux autres, non seulement on aiguise et tient en éveil le sentiment qu’ils ont de cette importance, mais encore, chose à peine moins utile, on affermit et préserve toutes raisons d’être satisfait de soi. »[46] Comme le fait remarquer Veblen, la principale vocation de la consommation ostentatoire est de satisfaire les besoins d’appartenance et d’estime.

La démocratisation de la consommation ostentatoire est apparue aux États-Unis après la Première Guerre mondiale. Les gains de productivité générés par le progrès technique et l’organisation du travail ont permis aux industriels d’augmenter leurs capacités de production. Une marchandise génère des profits lorsqu’elle est vendue. Si elle ne se vend pas, elle représente un coût et donc, une perte pour l’entreprise. La difficulté des entreprises n’était donc plus d’élargir toujours plus l’offre marchande, mais de trouver des consommateurs solvables. La consommation de la classe aisée n’étant plus suffisante pour écouler les stocks, il était indispensable que la classe moyenne y accède également. Au début des années 20, les salariés américains se contentaient de travailler pour satisfaire leurs besoins essentiels. Ces besoins satisfaits, au lieu d’effectuer des heures supplémentaires pour gagner plus, ils préféraient consacrer leurs temps libres à des loisirs, à la lecture et aux relations sociales. Afin de les transformer en consommateur hédoniste, les industriels ont fait appel à des cabinets de conseils en marketing et à des agences de publicité.

En étudiant les travaux de son oncle Freud, Edward Bernays[47] a découvert que le comportement d’un individu n’était pas guidé par sa raison, mais par des besoins et des pulsions souvent inconscientes. En effet, l’objectif plus ou moins conscient d’un individu est de se procurer du plaisir et de satisfaire ses besoins d’appartenance et d’estime. Afin d’inciter le consommateur à consommer au-delà de ses besoins essentiels, la publicité ne devait donc pas s’adresser à sa raison, mais à ses émotions. Comme l’a fait remarquer le collectif Adret, « Si la consommation prend cet aspect frénétique qui est bien souvent dénoncé, c’est qu’elle vise bien au-delà de la satisfaction de ce qu’aujourd’hui, on estime nécessaire. Elle est utilisée à la place de ce qui, dans le fond, nous manque : vivre pleinement, avoir la possibilité d’aimer, de créer. Les publicités le savent bien : il suffit de regarder les affiches pour comprendre par quel mécanisme le désir incapable d’autre chose est rabattu sur la demande d’objets qu’on peut nommer, acheter et posséder. Voici la contrepartie de nos rêves : une bouteille de bière pour une matinée ensoleillée en forêt, un rouleau de papier cul pour un sourire d’enfant, une chemise dernier cri pour une nuit d’amour. »[48] En créant une connexion émotionnelle entre un produit et le consommateur, il est possible d’influencer son comportement d’achat. Pour créer cette connexion, le marketing et la publicité utilisent « le concept de soi »[49], « l’identification »[50], « les projections »[51] et « les transferts »[52].

Des études en psychologie ont fait apparaître que le comportement d’achat d’un individu est influencé par le temps libre dont il dispose. En effet, plus il travaille, moins il dispose de temps libre, plus il consomme. Pour empêcher l’autolimitation de la consommation, il est donc nécessaire d’empêcher l’autolimitation du travail. Pour que les cadres et les classes moyennes consomment toujours plus, il est donc indispensable qu’ils travaillent toujours plus. En maintenant la norme de semaine de travail à 5 jours, les industriels et les banquiers les incitent à satisfaire leurs besoins d’appartenance, d’estime et de réalisation par l’intermédiaire de la consommation ostentatoire.

  • Satisfaire son besoin d’appartenance en s’identifiant à une marque ou à un produit.

Lorsqu’il est au travail, dans sa famille ou son milieu social d’appartenance, l’individu est identifié et reconnu. Son statut social n’étant pas marqué sur son front, en dehors de son milieu d’appartenance, il n’est qu’un citoyen lambda ordinaire. Si les membres de l’élite économique, des classes moyennes et des classes populaires s’habillaient tous de la même manière et conduisaient tous la même voiture, il serait difficile d’identifier leur appartenance sociale et de les distinguer les uns des autres. Comme ils disposent d’un pouvoir d’achat différent, le marketing et la publicité les invitent à s’identifier et à se distinguer par la médiation d’objets marchands, de services et de marques. Pour se reconnaître entre eux, les individus portent et affichent des signes distinctifs ou des objets symboliques facilement identifiables (uniformes, chapeau, voitures, etc…). Les vêtements ne servent pas qu’à se protéger du froid. Ils servent également d’objets symboliques pour montrer son groupe d’appartenance et son statut social. Par exemple, le costume-cravate est au cadre, ce que le blazer est à l’intellectuel. En Angleterre, tandis que les membres de l’élite portaient un haut de forme, ceux de la classe moyenne portaient un chapeau melon.

Quel que soit le contexte, il existe de multiples moyens d’affirmer son appartenance sociale. S’il apparaît facile à un membre de la classe moyenne d’exprimer son appartenance au volant d’une 308, il lui est plus difficile de l’affirmer lorsqu’il est en maillot de bain sur une plage. Dans ce cas, ce n’est pas le maillot, mais le fait de bronzer sur une plage privée qui lui permettra d’exprimer son appartenance sociale. Le coût de l’adhésion à des plages ou à des clubs privés (tennis, golf, etc…), étant relativement élevé, l’argent est donc le principal critère d’appartenance à ces groupes sociaux.

La marque, qui auparavant permettait d’identifier un produit, est devenue un marqueur social. Puisque les marques se distinguent par leurs prix, elles permettent aux individus de se reconnaître entre eux et d’exprimer leur appartenance sociale. « Je suis la marque que je porte et je fais partie du groupe social de ceux qui portent la même que moi. » Dans les collèges privés, l’intégration ou l’exclusion d’un jeune est parfois liée à la marque de ses vêtements. Celui qui ne porte pas de marques ou les bonnes marques, risque d’être mis à l’écart. Ce processus d’exclusion renforce, dès l’enfance, la volonté d’affirmer son appartenance sociale par la médiation des marques.

Pour permettre au consommateur d’exprimer son appartenance sociale, les industriels proposent une offre marchande toujours plus importante qui se distingue par le prix. En 1950, le constructeur Peugeot proposait deux modèles de voiture (203 et 403), en 2015, il en proposait onze (108, 208, 207, 308, 508, 2008, 3008, 4008, 5008, RCZ et iON). En élargissant toujours plus l’offre par segment de marché (A urbaines 108, B polyvalentes 208 C compacts 308, D berlines 508, etc…), les constructeurs automobiles donnent au consommateur les moyens d’exprimer son appartenance sociale. Par exemple, l’individu qui achète une Peugeot 207 d’occasion dévoile son appartenance aux classes populaires, une 308 neuve aux classes moyennes et une RCZ aux classes moyennes supérieures. Avec la consommation ostentatoire, l’argent n’apparaît plus comme un moyen d’échange, mais un moyen d’expression de soi. Étant donné que ces modèles se distinguent par leurs prix, un membre de la classe moyenne n’a pas les moyens de financer l’acquisition d’une RCZ. S’il souhaite s’en payer une, il devra souscrire un crédit à la consommation et donc, s’endetter davantage qu’un membre de la classe moyenne supérieure. Pour payer ses créances et donc, éviter de se faire saisir sa voiture, il sera motivé à « travailler plus pour gagner plus ». Le crédit à la consommation apparaît comme un moyen de pression et de contrôle social indolore et invisible qui contribue à renforcer le pouvoir temporel de l’argent et donc, l’autorité des banquiers.

  • Satisfaire son besoin d’estime en se distinguant par sa consommation.

Pour nourrir l’estime qu’il a de lui, l’individu a besoin d’affirmer sa réussite et de se distinguer des autres. À la fin du 19e siècle, Thorstein Veblen révélait une fois de plus le rôle de la consommation ostentatoire. « Or, il faut entendre cette consommation de marchandises en un sens très éloigné de sa signification naïve, si l’on tient à dire qu’elle procure le stimulant dont l’accumulation procède invariablement. Le motif qui se trouve à la racine de la propriété, c’est la rivalité ; c’est la même qui continue à agir dans cette institution qu’il a fait naître, et dans le déploiement de tous ces traits de la structure sociale qui touchent à l’institution de la propriété. La possession des richesses confère l’honneur : c’est une distinction provocante. »[53]

Comme elle permet d’identifier un produit, la marque est devenue un moyen de distinction et d’affirmation de soi. Les valeurs et qualités (innovante, prestige, etc…) attribuées à une marque (Chanel, Rolex, Appel, Ferrari, etc…) étant indirectement transférées sur son utilisateur, en achetant un produit de marque, l’individu entretient l’image qu’il se fait de lui-même. En s’identifiant à une marque, il exprime l’image qu’il a de lui et qu’il veut donner de lui. Tandis que le cadre supérieur affirme sa réussite au volant d’une BMW, le membre de l’élite sort de l’incognito en conduisant une Ferrari. Le prix étant le principal critère de distinction entre les marques, c’est l’argent qui est le principal critère de distinction sociale et d’affirmation de soi.

Quelles que soient les situations sociales, il existe de multiples moyens de se distinguer les uns des autres et d’affirmer sa réussite sociale. S’il apparaît facile à un membre de l’élite d’affirmer sa réussite au volant d’une Ferrari, il lui est plus difficile de se distinguer lorsqu’il est en maillot de bain sur une plage. Dans ce cas, ce n’est pas le maillot, mais le fait de bronzer sur le pont de son yacht qui lui permettra de se distinguer. Plus il disposera d’argent, plus il aura la liberté de choisir entre une multitude de biens et de services marchands pour se distinguer.

L’offre marchande étant illimitée, les cadres et la classe moyenne sont cordialement invités à consommer toujours plus. En élargissant toujours plus l’offre par type de carrosserie (urbaine 108, berline 308, routière 508, breaks 508 SW, monospaces 807, Coupé RCZ et tout-terrain 4008), les constructeurs automobiles cherchent à conquérir des niches de consommateurs toujours plus étroites, avides d’affirmer leur réussite et de se distinguer. L’accélération des phénomènes de mode, l’obsolescence programmée des produits et le processus de destructions/créations des innovations motivent le cadre à accélérer le rythme et la fréquence de ses actes d’achats. En produisant 12 000 designs par ans, la marque Zara propose à ses clients de nouveaux modèles toutes les 2 semaines[54]. Pour affirmer sa réussite sociale, le cadre moderniste doit remplacer le vieil iPhone 7, qu’il a acheté six mois auparavant, par le nouvel iPhone 8.

En proclamant que le client est roi, la publicité et les médias motivent le cadre à dépenser l’argent qu’il a durement gagné. En achetant une villa dans une banlieue résidentielle, le cadre affirme sa réussite sociale. Étant donné que ces grandes villas disposent de beaucoup d’espace à occuper, ce nouveau « privilégié » est la cible favorite des agences de publicité. Pour stimuler sa consommation, elles attisent la rivalité entre les voisins. Comme le montre le film « La famille Jones »[55], pour affirmer son prestige, sa réussite et être aimé, il faut avoir une plus belle voiture, des vêtements plus tendance, du matériel vidéo plus performant, etc…, que ses voisins.

Puisque c’est le prix qui distingue les biens et services de consommation ostentatoire, ceux qui ne disposent pas d’un revenu suffisant en sont exclus. La frustration et l’envie de tous ceux qui n’ont pas les moyens d’accéder à la consommation ostentatoire renforcent la confiance et l’estime de ceux qui en ont les moyens. Le smicard qui dispose d’un revenu de 1 121 € par mois est frustré de ne pouvoir satisfaire son besoin d’estime en consommant. Comme le fait encore remarquer Thorstein Veblen « Tant que la comparaison lui sera nettement défavorable, l’individu normal, l’individu moyen vivra dans l’insatisfaction chronique et se trouvera mal loti ; et quand il aura rejoint ce qui peut s’appeler le niveau pécuniaire normal, cette insatisfaction fera place en lui à une surtension ; il n’aura de cesse que l’intervalle s’élargisse encore et toujours entre sa position et le niveau dit normal. L’individu qui se livre à une comparaison provocante ne la trouvera jamais assez favorable : il ne demanderait pas mieux que de se classer plus haut encore. […] »[56] L’offre marchande étant illimitée, pour affirmer sa réussite et se distinguer des autres, le cadre revendique une augmentation illimitée de son pouvoir d’achat. Qu’il gagne 8 000 €, 20 000 €, 100 000 €, voire 1 00 000 € par mois, il sera toujours confronté à des individus qui disposent d’un pouvoir d’achat supérieur au sien. Celui qui dépend de la consommation ostentatoire pour nourrir l’estime qu’il a de lui sera donc toujours frustré.

Étant davantage estimé pour ce qu’il « a » que pour ce qu’il « est », l’individu finit par devenir dépendant de son pouvoir d’achat pour nourrir l’estime qu’il a de lui. Paradoxalement, celui qui « réussit » sa vie en se conformant à ces critères idéologiques ne peut pas nourrir l’estime qu’il a de lui. En effet, pour s’estimer, il est dépendant de la jalousie, de l’envie et de la convoitise qu’il suscite auprès d’individus aussi soumis et dépendants que lui au mode « avoir ». Étant dépendant de ce qu’il « a » et du regard extérieur pour nourrir l’estime qu’il a de lui, il ne pourra jamais combler son besoin insatiable d’estime et donc, accéder au stade de la réalisation de soi.

  • Se réaliser en consommant : une illusion.

Lorsque les besoins d’appartenance et d’estime sont satisfaits, l’objectif plus ou moins conscient d’un individu est de se réaliser. Sa vocation l’incite à s’engager dans un projet ou à réaliser une œuvre en accord avec les aspirations de sa structure intérieure : création d’entreprise, projet de société, mouvement politique, œuvre artistique ou philosophique, etc… Ce n’est donc plus une religion, un système idéologique ou la publicité, mais sa vocation qui donne un sens à sa vie.

Pour se réaliser, l’individu a besoin de disposer de temps libre. Comme le cadre dispose de très peu de temps libre, il est frustré de ne pas pouvoir en consacrer davantage à l’activité qui répond à sa vocation. En transférant ses aspirations vers une offre de biens ou de services marchands, les cabinets de conseils en marketing l’aident à compenser sa frustration. Le rôle de la publicité, des médias et des films est de créer une connexion émotionnelle entre l’aspiration et l’offre. En créant une connexion avec des biens marchands (voiture, montre, etc…), des loisirs marchands (concert, cinéma, jeux vidéo, etc…) et des activités culturelles (tourisme, parc d’attractions, etc…), le marketing a transformé le comportement d’achat en moyen d’expression et donc, de réalisation.

Un cadre qui éprouverait de l’intérêt pour le théâtre a le choix entre être spectateur ou être acteur. Tandis qu’en étant acteur, il se procure du bonheur sur un mode eudémoniste et se réalise, en étant spectateur, il compense sa frustration de ne pas être sur scène. Pour jouer dans une pièce, il doit disposer de temps libre pour participer à un atelier théâtre, apprendre son texte et s’approprier son personnage. Puisqu’il dispose d’un déficit temporel de -2 h 33, pour retrouver du temps libre, il est contraint d’externaliser ses tâches domestiques à sa femme ou à une entreprise de services aux particuliers, ainsi que de réduire le temps qu’il consacre à dormir et à sa vie de famille. Si, au prix de sacrifices et d’efforts personnels, il parvient à monter sur scène, il satisfait à la fois ses besoins d’appartenance, d’estime et de réalisation. En effet, en s’inscrivant à un atelier, il se socialise autrement, en jouant devant un public, il nourrit l’estime qu’il a de lui et en pratiquant l’activité qui répond à sa vocation, il se réalise. En apprenant à jouer un rôle, il acquiert de nouvelles capacités, change ses habitus, émancipe ses facultés et accède au bonheur sur un mode eudémoniste. Comme elle ne contribue pas à la hausse de la consommation, cette forme de plaisir, de bonheur et de réalisation menace les intérêts de l’industrie du luxe, du divertissement, du tourisme, etc…

Le temps libre étant la ressource nécessaire à la réalisation de soi, pour inciter les cadres et les classes moyennes à consommer toujours plus, il est indispensable qu’ils travaillent toujours plus. Comme l’affirmait Marx, « Tout ce que l’économiste t’ôte de vie et d’humanité, il le remplace en argent et en richesse. »[57]. Comme il travaille 5 jours par semaine, l’emploi du temps du cadre s’organise autour de son activité professionnelle et de sa vie de famille. Jean Rousselet a montré le lien entre l’ennui au travail et la consommation. « D’autres adultes enfin, nous y reviendrons, adoptent spontanément ces attitudes de désaffection, au fur et à mesure de leur expérience professionnelle, parce que le travail se met peu à peu à les ennuyer, parce que la lente élévation de leur pouvoir de consommation leur propose d’autres intérêts ou enfin parce qu’une fois leur situation sociale stabilisée, il leur devient plus facile de la comparer à d’autres supposées plus attrayantes. Se rendant compte qu’il leur est devenu impossible, “d’être” mieux grâce à leur métier, ils n’y cherchent qu’un moyen “d’avoir” plus. »[58]. Disposant de très peu de temps libre, le cadre est contraint de « se réaliser » en travaillant. Exerçant une activité professionnelle ennuyeuse et routinière, il perd la capacité, d’une part, de percevoir l’intérêt et la valeur de sa propre existence, et, d’autre part, de concevoir d’autres formes d’activités épanouissantes en dehors du travail.

La publicité et les médias l’aident à dépenser son argent durement gagné et à combler sa frustration en projetant et en transférant les aspirations de sa structure intérieure sur des biens, services et loisirs ostentatoires. En présentant la BMW X5 comme un instrument de puissance, de liberté et d’évasion, la publicité l’invite à transférer son aspiration à la liberté et à l’évasion en achetant cette voiture. Étant donné que le marketing adapte l’offre marchande en fonction de niches de consommateurs toujours plus étroites, il dispose de moyens infinis d’augmenter la largeur et la profondeur de l’offre. En proposant aux cadres et aux classes moyennes une offre variée de biens, de services et de loisirs marchands (assister à un spectacle vivant, Disney Land, faire un pèlerinage ou le tour du monde, voyager dans un pays exotique, etc…), la publicité lui vend le sentiment de se réaliser. Blasés par le tourisme, les plus aisés d’entre eux n’éprouvent plus de plaisir à voyager sur terre. L’expérience humaine la plus palpitante étant désormais le tourisme spatial, SapceX propose un voyage autour de la lune qui coûte la bagatelle de 250 000 dollars[59]. Pour les cadres et les classes moyennes, la consommation ostentatoire est devenue le symbole de la compensation de tout ce qu’ils n’ont pas, ne sont pas, et ne peuvent pas être, en raison des contraintes de leurs activités professionnelles. Puisqu’elle sert à combler des manques et des frustrations, elle est devenue pour certains une addiction destinée à compenser le temps perdu et une vie gâchée à travailler.

Non seulement la consommation ostentatoire a permis de développer l’économie et de réaliser des profits, mais en plus, sous prétexte d’augmenter le pouvoir d’achat, elle a également détourné les cadres des revendications portant sur la durée du travail. Étant davantage estimé pour ce qu’il « a » que pour ce qu’il « est », le cadre finit par devenir dépendant de son pouvoir d’achat pour nourrir l’estime qu’il a de lui et « se réaliser ». Ayant besoin de disposer de toujours plus d’argent pour financer son addiction, il revendiquera une augmentation illimitée de son pouvoir d’achat. Afin de gagner plus, il sera motivé à travailler plus pour gravir les échelons hiérarchiques. L’exaspération de ce mode de vie est davantage le symptôme d’un malaise social profond que celui d’une société en bonne santé psychique. Non seulement ce mode de vie a des effets néfastes sur la santé physique et psychique, mais en plus, il provoque la hausse de la pollution de l’eau, de l’air et des sols, ainsi que des rejets de gaz à effet de serre. Comme elle est responsable de l’épuisement des ressources et du réchauffement climatique, la consommation ostentatoire menace notre qualité de vie, notre processus démocratique et la survie des générations présentes et à venir.

Même si Abraham Maslow ne l’a jamais présenté ainsi, les cabinets de conseils en management et en marketing présentent souvent la théorie des besoins sous la forme d’une pyramide.

Les besoins étant présentés sous la forme d’une pyramide, tandis que les moyens destinés à satisfaire les besoins situés en bas apparaissent abondants, ceux qui sont situés en haut semblent limités. En perturbant la perception de la réalité, cette illusion d’optique entretient la croyance que les moyens destinés à satisfaire les besoins physiologiques et de sécurité sont abondants et ceux destinés à satisfaire les besoins d’appartenance, d’estime et de réalisation sont limités.

Pourtant, en dépit de l’idée largement répandue par cette illusion d’optique, les moyens ou plus précisément les activités destinées à satisfaire les besoins d’appartenance d’estime et de réalisation sont abondants, voire illimités. Ce n’est donc pas les moyens, mais les ressources temporelles qui sont limitées. En effet, s’il a une vie de famille, un salarié dispose de très peu de temps libre pour s’investir durablement dans la pratique d’une activité personnelle. Tandis que l’employé qui travaille 35 heures dispose de 23 heures par semaine, le cadre, qui travaille 50 heures, dispose de 8 heures. Puisque le temps libre apparaît comme une ressource limitée, ils ont le sentiment que les moyens destinés à satisfaire ces besoins sont également limités.

Afin de présenter la théorie des besoins d’Abraham Maslow sous une forme plus adéquate et dynamique, je propose de la fusionner avec la théorie des besoins SRP de Clay Alderfer[60].

Pouvant être remise en question temporairement ou définitivement par des circonstances extérieures (licenciement, divorce, etc…) ou intérieures (maladie, accident, etc…), la satisfaction d’un besoin n’est jamais définitive. En effet, au cours de sa vie, un individu peut être confronté aux phénomènes de frustration/régression[61] ou d’assouvissement/progression[62]. Lorsqu’un besoin est satisfait, la flèche continue indique que l’individu désire satisfaire un besoin supérieur. Lorsqu’un besoin est insatisfait ou frustré, la flèche en pointillé indique qu’il se replie sur un besoin inférieur. Tant que la norme de la semaine de travail sera de 5 jours, les salariés ainsi que les cadres et les classes moyennes seront soumis aux phénomènes de frustration/régression de leurs besoins.

Lorsque le besoin physiologique est satisfait, la motivation à satisfaire le besoin de sécurité apparaît. L’intérimaire qui satisfait ses besoins physiologiques est motivé de les sécuriser en obtenant un CDI. S’il ne parvient pas à en obtenir un, il tâchera de préserver l’emploi qui lui permet de subvenir à ses besoins physiologiques. Lorsque les besoins essentiels sont satisfaits, la motivation à satisfaire le besoin d’appartenance apparaît. Un salarié qui a décroché un CDI est davantage motivé à trouver une compagne que celui qui vit dans la précarité. S’il n’en trouve pas, sa frustration le motivera à se replier sur son CDI, à se contenter de son appartenance professionnelle ou, s’il dispose de temps libre, à chercher un autre groupe d’appartenance. Lorsque le besoin d’appartenance est satisfait, la motivation à satisfaire le besoin d’estime apparaît. Un salarié qui ne reçoit pas de reconnaissance de la part de sa direction ou qui ne s’estime pas pour son travail éprouvera de la frustration. Étant en CDI, il se repliera sur son besoin d’appartenance ou il compensera sa frustration en la transférant sur un bien ou un service marchand.

Un emploi en CDI n’est jamais acquis définitivement. Après 34 années passées au service d’une même entreprise, un cadre commercial de 50 ans est licencié suite à une fusion. Puisqu’il avait privilégié son travail au détriment de sa vie familiale et sociale, il était dépendant de son activité professionnelle pour satisfaire ses besoins d’appartenance et d’estime. En perdant son emploi, non seulement il perd ses relations professionnelles, son statut et son identité valorisés, mais en plus, il régresse au niveau de ses besoins essentiels. N’ayant pas de diplôme du supérieur, s’il n’accepte pas de se rabattre sur un emploi alimentaire, il aura beaucoup de difficultés à en retrouver un. Il ne travaillera donc plus pour nourrir son estime, mais pour assurer sa subsistance.

Malgré le fait qu’ils aspirent à plus d’autonomie, de liberté, de créativité, de sens et d’authenticité, les cadres et les classes moyennes, dont une part croissante appartient au groupe des créatifs culturels, sont pris au piège par l’activité professionnelle et la consommation. Indépendamment de la forme juridique d’une entreprise (privée, publique, SA, associative, SCOP, autogérée, etc…), tant qu’un cadre travaillera 5 jours par semaine, il consacrera, au minimum, 46,8 % de sa semaine éveillée à travailler et son emploi du temps professionnel structura le rythme de sa vie au quotidien. En pratiquant une activité professionnelle au quotidien, il intériorise dans son corps et son esprit des habitus qui structurent et justifient son comportement, son statut social, son identité, ainsi que sa manière de penser et d’être au monde. En prescrivant chaque jour, chaque mois et chaque année des objectifs à atteindre, sa direction lui évite de s’ennuyer, de se confronter au vide de son existence et de devoir réfléchir sur le sens de sa vie. L’activité professionnelle n’apparaît donc pas comme un simple moyen de production, mais comme un moyen de contrôler, de surveiller et d’occuper le temps.

Disposant de très peu de temps libre, les cadres et les classes moyennes, ainsi que les chefs d’entreprises, les entrepreneurs, les membres des professions libérales, les agriculteurs, les artisans et les commerçants sont plus ou moins dépendant de leur activité professionnelle et de la consommation pour satisfaire leurs besoins d’appartenance, d’estime et de réalisation. Si son activité professionnelle ne correspond pas à sa vocation, le cadre ou l’entrepreneur se contente d’adopter le mode de vie prescrit par la société et d’imiter celui de l’élite économique. En adoptant les critères de réussite de l’élite, il lui apparaît naturel de réussir sur le plan professionnel, d’accumuler des biens matériels et de faire fructifier son argent. L’admiration, le respect et l’envie que sa réussite financière, professionnelle et matérielle suscite, lui permet de se distinguer des autres et de nourrir l’estime qu’il a de lui. Ayant l’illusion qu’il est dépositaire du prestige et de l’autorité que la société confère à son statut, il s’en approprie les qualités au détriment de sa propre personnalité. Plus il passe de temps à travailler, moins il enrichit sa personnalité, plus il s’appauvrit en tant qu’individu. Plus il « a », moins il « est ». Étant davantage reconnu pour ce qu’il « a » que pour ce qu’il « est », s’il perd son emploi, sa fortune ou ses biens, il n’est plus rien. Même s’il aspire au mode « être », il sera dépendant du mode « avoir » pour exister.

En s’inscrivant dans le corps et l’esprit, la pratique quotidienne d’une activité professionnelle est devenue la raison d’être et la drogue dure des cadres et des classes moyennes des pays industrialisés. Même si un cadre est conscient que l’activité professionnelle et la consommation ostentatoire sont nuisibles à sa santé, au climat et à l’environnement, il réclame au quotidien sa dose de travail et de consommation. Afin de le motiver à s’affranchir de son aliénation, il est donc nécessaire qu’il perçoive la perspective d’une vie meilleure après le sevrage. Pour que cette perspective soit désirable, de nouvelles pratiques quotidiennes doivent être en mesure de lui apporter tout ce que l’activité professionnelle lui procure. Mais surtout, qu’il perçoit que ce changement de mode de vie lui apportera une amélioration réelle et concrète à sa qualité de vie. Il devra donc être en mesure, d’une part, de lui procurer des plaisirs sur un mode secondaire, et, d’autre part, de satisfaire ses besoins d’appartenance, d’estime et de réalisation autrement que par l’activité professionnelle et la consommation. Pour accompagner ce changement de mode de vie et cette transformation sociale, il est donc nécessaire que l’argent, le travail et la consommation, qui sont aujourd’hui une finalité en soi, redeviennent ce qu’ils auraient toujours dû être : de simples moyens destinés à satisfaire les besoins essentiels. Afin d’illustrer ce principe, il m’est apparu pertinent d’adapter la devise que défend Harpagon dans L’Avart : « Il faut manger pour vivre, et non vivre pour manger. »[63], au travail « Il faut travailler pour vivre, et non vivre pour travailler. », à la consommation « Il faut consommer pour vivre, et non vivre pour consommer. », et à l’argent « Il faut gagner de l’argent pour vivre, et non vivre pour gagner de l’argent. »

Après avoir abordé les liens qui unissent les besoins et le temps à l’ordre économique, dans la troisième partie, je vais relever le défi de proposer un modèle économique et social qui permettra de changer les modes de vie individuels et une transformation sociale.

Jean-Christophe Giuliani

 

Cet article est extrait de l’ouvrage « Satisfaire nos besoins : un choix de société ! ». Ce livre permet d’appréhender que le choix du rapport au temps et des moyens utilisés pour satisfaire nos besoins n’est pas un choix économique, mais un choix de société dont dépend la survie et l’avenir de l’humanité. Vous pouvez le commander sur le site des Éditions du Net sous un format ePub ou Papier.

Pour accéder aux pages suivantes :

– Le surtravail et la surconsommation menaceraient-ils la survie de l’humanité ?

– L’activité professionnelle peut-elle satisfaire tous nos besoins ?


[1] Marx Karl, Le Capital Livre I section V à VIII, Paris, Flammarion, 1985, page 113.

[2] Insee, 2.201 Consommations effectives par fonction à prix courants, [En ligne] (consulté le 15 janvier 2013), https://www.insee.fr/fr/statistiques/2383640?sommaire=2383694

[3] Insee, 1.115 Produit intérieur brut et revenu national brut par habitant, Op.Cit.

[4] Insee, SM02 : salaire minimum de 1951 à 2005, [En ligne] (consulté le 14 février 2017), https://www.insee.fr/fr/statistiques/2122816?sommaire=2122819

[5] Insee, SM01 : salaire minimum pour 35 heures hebdomadaires (en euros courants), [En ligne] (consulté le 14 février 2017), https://www.insee.fr/fr/statistiques/2122816?sommaire=2122819

[6] Insee, 1.107 Partage de la valeur ajoutée brute à prix courants [En ligne] (consulté le 25 février 2017), https://www.insee.fr/fr/statistiques/2383629?sommaire=2383694

[7] Wikipédia, Salaire minimum interprofessionnel garanti, [En ligne] (consulté le 12 janvier 2019), https://fr.wikipedia.org/wiki/Salaire_minimum_interprofessionnel_garanti. Le Smig fixait un planché minimum au taux horaire de la rémunération de tous les salariés, dont la revalorisation était indexé sur la hausse du taux de l’indice des prix à la consommation.

[8] France-inflation.com, Tableau de l’inflation en France avec inflateur cumulé depuis 1961, [En ligne] (consulté le 6 octobre 2018), http://france-inflation.com/inflation-depuis-1901.php

[9] Wikipédia, Accord de Grenelle, [En ligne] (consulté le 6 octobre 2018), https://fr.wikipedia.org/wiki/Accords_de_Grenelle

[10] Légifrance, Salaire minimum de croissance , [En ligne] (consulté le 6 octobre 2018), https://www.legifrance.gouv.fr/affichCode.do?idSectionTA=LEGISCTA000006154055&cidTexte=LEGITEXT000006072050&dateTexte=19821113 Article L141-3 : lorsque l’indice national des prix à la consommation atteint un niveau correspondant à une hausse d’au moins 2 % par rapport à l’indice constaté lors de l’établissement du salaire minimum de croissance immédiatement antérieur, le salaire minimum de croissance est relevé dans la même proportion à compter du premier jour du mois qui suit la publication de l’indice entraînant ce relèvement. Article L141-7 : En aucun cas, l’accroissement annuel du pouvoir d’achat du Smic ne peut être inférieur à la moitié de l’augmentation du pouvoir d’achat des salaires horaires moyens enregistrés par l’enquête trimestrielle du ministère du travail.

[11] Le journal du net, 4e les plats préparés frais : +83 références en dix ans, [En ligne] (consulté le 10 octobre 2011), http://www.journaldunet.com/economie/distribution/les-references-en-hypermarche/plats-cuisines-frais.shtml

[12] Le journal du net, 8e les yaourts : +72 références en dix ans, [En ligne] (consulté le 10 octobre 2011), http://www.journaldunet.com/economie/distribution/les-references-en-hypermarche/yaourts.shtml

[13] Le journal du net, 6e, les boissons sans alcool : +75 références en dix ans, [En ligne] (consulté le 10 octobre 2011), http://www.journaldunet.com/economie/distribution/les-references-en-hypermarche/boissons-sans-alcool.shtml

[14] Légifrance, Ordonnance n°45-1483 du 30 juin 1945 relative aux prix, [En ligne] (consulté le 15 mars 2017), https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000000516237&categorieLien=cid

[15] Légifrance, Ordonnance n° 86-1243 du 1 décembre 1986 relative à la liberté des prix et de la concurrence, [En ligne] (consulté le 15 mars 2017), https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do;jsessionid=8CC5770909CFA9FB2AA0603052347210.tpdjo09v_3?cidTexte=JORFTEXT000000333548&dateTexte=19960702

[16] Chevalier Jean-Michel, Eric Galliano, Alain Maestracci, Jean-Charles Pierson et Jean-François Roubaud, « Franc-Euro : notre enquête », Nice-Matin, lundi 27 décembre 2010, page 2 à 5.

[17] Simon marie (2017), L’euro n’a pas fait flamber les prix, selon l’Insee, Le Figaro.fr, [En ligne] (consulté le 4 janvier 2019), http://www.lefigaro.fr/conso/2017/05/24/20010-20170524ARTFIG00145-l-euro-n-a-pas-fait-flamber-les-prix-selon-l-insee.php

[18] Insee, Stabilité des prix à la consommation en moyenne en 2015, Prix à la consommation – moyennes annuelles (IPC) – 2015, [En ligne] (consulté le 4 octobre 2018), https://www.insee.fr/fr/statistiques/2011356

[19] Insee, 2.201 Consommations effectives par fonction à prix courants, Op-Cit.

[20]  Ibid.

[21] Insee, Stabilité des prix à la consommation en moyenne en 2015, Prix à la consommation – moyennes annuelles (IPC) – 2015, Op-Cit.

[22] Serafini Tonino (2007), La pierre trop lourde pour les Français, Liberation.fr, [En ligne] (consulté le 8 septembre 2007), http://www.liberation.fr/evenement/2007/09/08/la-pierre-trop-lourde-pour-les-francais_101340

[23] Le Parisien.fr, Le budget logement explose, [En ligne] (consulté le 10 octobre 2012) ,http://www.leparisien.fr/espace-premium/actu/le-budget-logement-explose-04-04-2012-1938246.php

[24] Les Echos TV, Il manque encore 800 000 logements en France, [En ligne] (consulté le 28 janvier 2014), http://videos.lesechos.fr/news/invite-business/g-nafilyan-kaufman-broad-il-manque-encore-800-000-logements-en-france-2718128998001.html

[25] Insee, Le parc de logements en France au 1er janvier 2014, Figure 1 – Évolution du nombre de logements par catégorie [En ligne] (consulté le 17 février 2017), https://www.insee.fr/fr/statistiques/1379714#tableau-figure1

[26] Un logement vacant est un logement inoccupé qui est proposé à la vente ou à la location. Il peut également être un logement en attente d’occupation par un acheteur ou un locataire, de règlement de succession; conservé par un employeur pour un usage futur au profit de ses employés, gardé vacant (souvent à des fins spéculatives) et sans affectation précise par le propriétaire (logement très vétuste, etc.)

[27] Insee, MEN5 – Ménages par type de ménage et âge de la personne de référence en 2013, [En ligne] (consulté le 17 février 2017), https://www.insee.fr/fr/statistiques/2020338?sommaire=2106091&geo=METRO-1

[28] Indice du coût de la construction : L’indice du coût de la construction mesure chaque trimestre l’évolution des prix des bâtiments neufs à usage principal d’habitation. Il s’agit du prix TVA incluse, payé par les maîtres d’ouvrages aux entreprises de construction. Il s’attache exclusivement aux travaux de construction. Il exclut les prix et coûts liés au terrain (viabilisation, fondations spéciales…), ainsi que les honoraires, les frais de promotion et les frais financiers. Il ne couvre pas non plus les opérations d’entretien-amélioration. Insee, Coût de la construction (indice du) /ICC, [En ligne] (consulté le 17 février 2017), https://www.insee.fr/fr/metadonnees/definition/c1402

[29] Lafinancepourtous.com, Repères sur l’évolution des prix de l’immobilier, [En ligne] (consulté le 17 avril 2017), https://www.lafinancepourtous.com/decryptages/finance-perso/epargne-et-placement/immobilier/reperes-sur-levolution-des-prix-de-limmobilier/

[30] Insee, Indice du coût de la construction des immeubles à usage d’habitation (ICC), [En ligne] (consulté le 17 avril 2017), https://www.bdm.insee.fr/bdm2/affichageSeries?idbank=000008630&page=tableau&request_locale=fr

[31] Le Revenu Disponible Brut des ménages (RDB) est la part du revenu qui reste à la disposition des ménages pour la consommation et l’épargne une fois déduits les prélèvements sociaux et fiscaux. Il correspond à l’ensemble des revenus dont dispose un ménage : salaires, revenus financiers, allocation familiale, prestations sociales, retraites, etc.

[32] L’observatoire Caisse d’Epargne 2008, Logement, entre rêve et raison, [En ligne] (consulté le 15 mars 2017), https://www.extranet.caisse-epargne.fr/portailmedia/Pdf-CE/obs_2008_doc.pdf

[33] Légifrance, Loi n° 48-1360 du 1 septembre 1948, [En ligne] (consulté le 15 mars 2017), https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000000879802

[34] Légifrance, Loi n°86-1290 du 23 décembre 1986, [En ligne] (consulté le 15 mars 2017), https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000000874247

[35] Lelong David, Une évolution des prix immobiliers à Paris en 7 phases (Partie 2/3), Immobilier-Danger.com, [En ligne] (consulté le 16 avril 2019), https://www.immobilier-danger.com/Une-evolution-des-prix-immobiliers-713.html

[36] Insee, Prix des logements anciens, Dans les années 2000, ils ont augmenté beaucoup plus vite que les loyers et les revenus, [En ligne] (consulté le 6 mars 2017), https://www.insee.fr/fr/statistiques/1281297

[37] Insee, Le parc de logements en France au 1er janvier 2014, Figure 1 – Évolution du nombre de logements par catégorie, Op.cit

[38] Insee, SM01 : salaire minimum pour 35 heures hebdomadaires (en euros courants), Op.Cit.

[39] Insee, Insee en bref, Pour comprendre…le pouvoir d’achat et l’indice des prix, [En ligne] (consulté le 1 octobre 2018), https://www.insee.fr/fr/statistiques/fichier/2416930/insee-en-bref-ipc.pdf

[40] Lebelle Aurélie (2012), Un Français sur cinq consacre plus de 30 % de ses revenus à se loger, Le Parisien.fr, [En ligne] (consulté le 17 mars 2012), http://www.leparisien.fr/economie/immobilier/un-francais-sur-cinq-consacre-plus-de-30-de-ses-revenus-a-se-loger-17-03-2012-1910524.php?xtor=EREC-109—-559652@1

[41] OLAP (Observatoire des Loyers de l’Agglomération parisienne), L’évolution des loyers dans la région parisienne et en province, [En ligne] (consulté le 20 mars 2017), http://temis.documentation.developpement-durable.gouv.fr/docs/Temis/0054/Temis-0054792/16359-2007-4.pdf

[42] Insee, Indice de référence des loyers (IRL) – Base 100 4ème trimestre 1998, Indice pour la révision d’un loyer d’habitation [En ligne] (consulté le 20 avril 2019), https://www.insee.fr/fr/statistiques/3532378?sommaire=3530678

[43] Insee, SM01 : salaire minimum pour 35 heures hebdomadaires (en euros courants), Op.Cit.

[44] Insee, Stabilité des prix à la consommation en moyenne en 2015, Prix à la consommation – moyennes annuelles (IPC) – 2015, [En ligne] (consulté le 24 août 2018), https://www.insee.fr/fr/statistiques/2011356

[45] Lebelle Aurélie (2012), Un Français sur cinq consacre plus de 30 % de ses revenus à se loger, Le Parisien.fr, [En ligne] (consulté le 17 mars 2012), http://www.leparisien.fr/economie/immobilier/un-francais-sur-cinq-consacre-plus-de-30-de-ses-revenus-a-se-loger-17-03-2012-1910524.php?xtor=EREC-109—-559652@1

[46] Veblen Thorstein, Théorie de la classe de loisir, Paris, Gallimard, 1970, page 27.

[47] Bernays Edward, Propaganda, comment manipuler l’opinion en démocratie, Paris, La découverte, 2007.

[48] Adret, Travailler deux heures par jour, Paris, Seuil, 1977, page 129.

[49] Le concept de soi repose sur de multiples images plus ou moins réelles ou idéalisées que l’individu a de lui et que les autres lui renvoient : le moi réel (ce qu’il est réellement), l’image de soi (ce qu’il croit être), le moi idéal (ce qu’il aspire à être), le reflet de soi (ce qu’il croit être aux yeux des autres). L’image que l’individu a de lui influence le choix de ses actes, de ses projets, de ses achats et de ses relations.

[50]. L’identification consiste à nourrir l’estime de soi en assimilant sa propre image aux actes, idéaux, engagements et styles de vie d’un pair, d’une catégorie sociale, d’une star, d’un personnage historique, etc. Plus l’individu s’identifiera à une star ou à une catégorie sociale, plus il sera poussé à se comporter, à penser et à s’habiller comme elle.

[51] La projection est un mécanisme de défense qui consiste à attribuer à autrui, à un objet ou au monde extérieur des intentions, des pensées, des pulsions, des désirs, des sentiments (agréables et désagréables), des qualités, des défauts, des aspirations qui nous appartiennent. Lorsqu’une personne projette des défauts ou des qualités sur une autre, même si elle est incapable de l’accepter et de le reconnaître, elle peut bien souvent se les attribuer.

[52] Le transfert est un phénomène inconscient par lequel un état affectif (positif ou négatif) éprouvé par un sujet pour un autre ou un objet est, en vertu d’une association, attribué à une personne ou un objet différent. Pour aider le consommateur à apaiser ses tensions, ses manques et ses frustrations, la publicité l’invite à les transférer sur un produit de consommation. Un homme désire conquérir le cœur d’une femme. S’il ne parvient pas à la séduire, pour apaiser ses tensions, il peut transférer sa frustration en achetant un objet marchand (voiture, vêtement, montre, etc.).

[53] Veblen Thorstein, Théorie de la classe de loisir, Paris, Gallimard, 1970, page 19.

[54] Lipovetsky Gilles, le bonheur paradoxal, Paris, Gallimard, 2006, page 96.

[55] Borte Darrick, La famille Jones, [DVD], Echo Lake Productions, 2009.

[56] Veblen Thorstein, Théorie de la classe de loisir, Paris, Gallimard, 1970, page 23.

[57] Marx Karl, Philosophie, Paris, Gallimard, 1965, page 165.

[58] Rousselet Jean, L’allergie au travail, Paris, Seuil, 1974, page 38.

[59] Le Monde.fr, SpaceX annonce un premier « client privé » pour un voyage autour de la lune, [En ligne] (consulté le 13 septembre 2018), https://www.lemonde.fr/cosmos/article/2018/09/14/spacex-annonce-un-premier-client-prive-pour-un-voyage-autour-de-la-lune_5354777_1650695.html

[60] Louart Pierre, Maslow, Herzberg et les théories du contenu motivationnel, [En ligne] (consulté le 25 juillet 2018), http://www.e-rh.org/documents/wp_louart2.pdf

[61] Frustration/Régression : L’individu dont la volonté de progresser n’est pas prise en compte cultive de la frustration. N’étant pas autorisé à progresser, il est contraint de se replier sur la préservation de ses besoins inférieurs.

[62] Assouvissement/Progression : L’individu est fortement motivé à assouvir son besoin de progression. Lorsque sa volonté de progresser, ses idées et ses propositions sont prises en compte, il s’épanouit. En progressant, il exprime ses potentialités, émancipe ses facultés et renforce la confiance qu’il a en lui. Ce cercle vertueux contribue à l’émergence de la motivation à satisfaire des besoins de niveau supérieur.

[63] Molière, L’Avart, Paris, Galimard, 1971, page 117.

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