Eloge de l’oisiveté

Bertrand Russell

Avant de lire la suite, je vous invite à regarder la pièce de Dominique Rongvaux intitulée « Éloge de l’oisiveté »

 Bertrand Russell : traduit par M. Parmentier

Ainsi que la plupart des gens de ma génération, j’ai été élevé selon le principe que l’oisiveté est mère de tous vices. Comme j’étais un enfant pétris de vertu, je croyais tout ce qu’on me disait, et je me suis ainsi doté d’une conscience qui m’a contraint à peiner au travail toute ma vie. Cependant, si mes actions ont toujours été soumises à ma conscience, mes idées, en revanche, ont subi une révolution. En effet, j’en suis venu à penser que l’on travaille beaucoup trop de par le monde, que de voir dans le travail une vertu cause un tort immense, et qu’il importe à présent de faire valoir dans les pays industrialisés un point de vue qui diffère radicalement des préceptes traditionnels. Tout le monde connaît l’histoire du voyageur qui, à Naples, vit 12 mendiants étendus au soleil (c’était avant Mussolini), et proposa une lire à celui qui se montrerait le plus paresseux. 11 d’entre eux bondirent pour venir la lui réclamer : il la donna donc au 12e. Ce voyageur était sur la bonne piste.

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Perspective économique pour nos petits enfants

John Maynard Keynes : Extrait de l’essai, « Traité de persuasion », de 1931

I

Nous souffrons actuellement d’une mauvaise épidémie de pessimisme économique. Il est courant d’entendre dire que la période de grands progrès économiques qui caractérisa le XIXe siècle est close; que l’amélioration rapide de la vie va maintenant marquer un ralentissement – du moins en ce qui concerne la Grande-Bretagne; et que la prospérité va plutôt diminuer qu’aug­menter dans la décade qui commence.

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