Pourquoi le revenu universel menacerait-il la satisfaction des besoins essentiels ?

Jean-Christophe Giuliani

Au premier abord, le revenu universel apparaît comme une solution pertinente aux problèmes du chômage, de la pauvreté et des inégalités. Au lieu de me focaliser sur le montant de ce revenu et les moyens de le financer, je me suis intéressé aux conditions de production des biens et services destinés à satisfaire les besoins essentiels. Cette analyse fait apparaître, qu’au lieu de garantir et de sécuriser la satisfaction des besoins essentiels, ce revenu risque de rendre la satisfaction de ces besoins plus aléatoire.

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Le travail : le pilier de l’ordre social

Le génie des cabinets de conseils en management est d’avoir instrumentalisé les besoins pour inciter les cadres et les classes moyennes à gaspiller toujours plus de temps à produire toujours plus de biens et de services marchands dont ils n’ont pas besoin. Afin d’atteindre cet objectif,  ces agences de conseils ont couplé les besoins et les circuits du plaisir et de la souffrance avec le temps et la peur du chômage. Ce couplage a permis de développer des stratégies différenciées en fonction des besoins et du public pour contraindre, inciter ou motiver les ouvriers, les employés, à travailler toujours plus.En dévoilant ces stratégies, notre objectif est de donner aux individus les clefs qui leur permettront de s’affranchir de cette servitude volontaire.

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Le travail et la consommation : les piliers de l’ordre social

« Dès le moment de la parution de la première machine, il fut évident, pour tous les gens qui réfléchissaient, que la nécessité du travail de l’homme et, en conséquence, dans une grande mesure, de l’inégalité humaine, avait disparu. Si la machine était délibérément employée dans ce but, la faim, le surmenage, la malpropreté, l’ignorance et la maladie pourraient être éliminées après quelques générations. En effet, alors qu’elle n’était pas employée dans cette intention, la machine, en produisant des richesses qu’il était parfois impossible de distribuer, éleva réellement de beaucoup, par une sorte de processus automatique, le niveau moyen de vie des humains, pendant une période d’environ cinquante ans, à la fin du XIXe siècle et au début du XXe. Mais il était aussi évident qu’un accroissement général de la richesse menaçait d’amener la destruction, était vraiment, en un sens, la destruction, d’une société hiérarchisée. Dans un monde dans lequel le nombre d’heures de travail serait court, où chacun aurait suffisamment de nourriture, vivrait dans une maison munie d’une salle de bains et d’un réfrigérateur, posséderait une automobile ou même un aéroplane, la plus évidente, et peut-être la plus importante forme d’inégalité aurait déjà disparu. Devenue générale, la richesse ne conférerait plus aucune distinction. […] Si tous, en effet, jouissaient de la même façon de loisirs et de sécurité, la grande masse d’êtres humains qui est normalement abrutie par la pauvreté pourrait s’instruire et apprendre à réfléchir par elle-même, elle s’apercevrait alors tôt ou tard que la minorité privilégiée n’a aucune raison d’être, et la balaierait. En résumé, une société hiérarchisée n’était possible que sur la base de la pauvreté et de l’ignorance. » George Orwell [1]

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Pourquoi le langage contribue-t-il à notre servitude volontaire ?

L’autorité des élites ne s’exerce pas exclusivement par l’emploi de la force, de la manipulation et des idéologies. Basil Bernstein [1] a mis en évidence que le langage contribue également à légitimer l’autorité des dominants et à entretenir les dominés dans un état de « servitude volontaire ». L’héritage familial n’est pas uniquement constitué d’un capital économique, il est aussi composé de transmissions socioculturelles dont le langage est l’un des principaux marqueurs sociaux.

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La confusion entretenue par la Religion de la consommation

Au 20e siècle, la Religion de la consommation est devenue le pilier central de la Religion économique. La société de consommation a émergé aux États-Unis au début des années 20[1], avant de s’étendre aux pays d’Europe de l’Ouest au début des années 50. Après la Première Guerre mondiale, les gains de productivité générés par le progrès technique ont permis aux entreprises américaines d’augmenter leur capacité de production. Au lieu de se transformer en source de profit supplémentaire, ces gains ont provoqué une surproduction et des surcoûts de stocks à l’origine de surcoûts financiers et de faillite d’entreprises. Pour la première fois, les entreprises n’étaient plus confrontées à des problèmes de production, mais à des problèmes de débouché pour leurs marchandises. Afin d’écouler ces stocks, il fallait, d’une part, que les classes aisées consomment davantage, et, d’autre part, que les ouvriers et les classes moyennes augmentent considérablement leurs consommations.

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Les origines du sacre de l’argent Roi

Le rejet de l’argent ne donne pas les moyens d’appréhender la confusion qui l’entoure et le culte qui lui est voué. La soif de l’argent n’est pas spécifique à la Religion économique. En effet, de tout temps et dans toutes les strates de la société (aristocrate, pape, paysan, médecin, soldat, voleur, etc.), les individus ont toujours été motivés à accumuler toujours plus d’argent source de pouvoir et de confort. Ce qui caractérise l’idolâtrie de l’argent correspond à la capacité de donner un sens positif à la quête de toujours plus de profit comme fin en soi. Afin de comprendre le revirement intellectuel et moral qui a contribué à transformer l’accumulation d’argent comme l’étalon objectif de la réussite individuelle, du pouvoir et de la distinction entre les individus, nous aborderons les enjeux de la quantification, la doctrine de Thomas Hobbes et l’égalité des conditions.

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Les origines de l’esprit du capitalisme

La valorisation de l’activité professionnelle et l’accumulation rationnelle du profit comme finalité en soi qui caractérise l’esprit du capitalisme sont apparues avec « l’éthique protestante ». La réforme protestante, annoncée par Luther et poursuivie par Calvin, a propagé en Europe un nouvel élan moral et intellectuel qui a permis, malgré lui, l’avènement d’un état d’esprit favorable au capitalisme.

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Les idéologies légitimeraient-elles l’ordre social ?

« Dès le moment de la parution de la première machine, il fut évident, pour tous les gens qui réfléchissaient, que la nécessité du travail de l’homme et, en conséquence, dans une grande mesure, de l’inégalité humaine, avait disparu. Si la machine était délibérément employée dans ce but, la faim, le surmenage, la malpropreté, l’ignorance et la maladie pourraient être éliminées après quelques générations. En effet, alors qu’elle n’était pas employée dans cette intention, la machine, en produisant des richesses qu’il était parfois impossible de distribuer, éleva réellement de beaucoup, par une sorte de processus automatique, le niveau moyen de vie des humains, pendant une période d’environ cinquante ans, à la fin du XIXe siècle et au début du XXe. Mais il était aussi évident qu’un accroissement général de la richesse menaçait d’amener la destruction, était vraiment, en un sens, la destruction, d’une société hiérarchisée. Dans un monde dans lequel le nombre d’heures de travail serait court, où chacun aurait suffisamment de nourriture, vivrait dans une maison munie d’une salle de bains et d’un réfrigérateur, posséderait une automobile ou même un aéroplane, la plus évidente, et peut-être la plus importante forme d’inégalité aurait déjà disparu. Devenue générale, la richesse ne conférerait plus aucune distinction. […] Si tous, en effet, jouissaient de la même façon de loisirs et de sécurité, la grande masse d’êtres humains qui est normalement abrutie par la pauvreté pourrait s’instruire et apprendre à réfléchir par elle-même, elle s’apercevrait alors tôt ou tard que la minorité privilégiée n’a aucune raison d’être, et la balaierait. En résumé, une société hiérarchisée n’était possible que sur la base de la pauvreté et de l’ignorance. » George Orwell[1]

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Comment éviter cette catastrophe annoncée ?

Au début du 21e siècle, l’humanité se trouve dans le même cas de figure que l’Allemagne en 1933. Afin d’éviter ce génocide annoncé et de préserver la survie de l’humanité, il est temps d’appliquer à la croissance du PIB, à la consommation ostentatoire et au mode de vie matérialiste des pays industrialisés le principe de précaution.

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L’activité professionnelle banaliserait-elle le mal ?

Les travaux de Christophe Dejours mettent en évidence les raisons pour lesquelles l’activité professionnelle contribue à banaliser le mal. « Ma thèse est que le dénominateur commun à toutes ces personnes, c’est le travail, et que, à partir de la psychodynamique du rapport au travail, on peut, peut-être, comprendre comment la “banalisation du mal” a été possible. »[1] En effet, les nouvelles stratégies de management placent les salariés dans des pratiques qui les habituent progressivement à collaborer activement ou passivement à la banalisation du mal. Les clefs de voûte de cette stratégie sont la peur du chômage et l’évaluation individuelle des performances.

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