La croissance du PIB contribue-t-elle au bien-être ?

Pour les industriels et les économistes, la consommation apparaît comme un moyen de se procurer du plaisir et d’exercer sa liberté. De ce fait, la croissance du PIB est pour eux synonyme de bien-être. Afin de confirmer ou d’infirmer cette affirmation, il nous apparaît pertinent d’étudier le lien entre le PIB par habitant et la satisfaction de vie, l’indicateur global de santé sociale et les raisons pour lesquelles le PIB apparaîtrait comme un indicateur aveugle.

  • La croissance du PIB par habitant procure-t-elle plus de bien-être ?

Le PIB par habitant est présenté comme un indicateur capable de mesurer l’amélioration du bien-être de la population d’un pays. En effet, selon les économistes, la qualité de vie de la population d’un pays est censée augmenter proportionnellement à la croissance du PIB par habitant. Plus la croissance du PIB par habitant augmente, plus le niveau de bien-être s’élève. Malgré l’évidence de cette affirmation, cela ne va pas de soi. Le graphique ci-dessous met en évidence le lien entre la croissance du PIB par habitant et le sentiment de la satisfaction de vie.

PIB/hab en parité de pouvoir d’achat et de satisfaction de vie[1]

PIB par hab et qualité de vieCe graphique fait apparaître une corrélation logarithmique (R2 = 0,52) entre le PIB par habitant et la satisfaction de la vie au quotidien. En effet, de 0 à 15 000 $ par an, la satisfaction de la vie progresse de manière objective en fonction de la croissance du PIB par habitant. Ce constat est le même pour le niveau de scolarisation, l’espérance de vie et la qualité des soins[2]. Par contre, à partir de 15 000 $ par an, étant donné qu’il n’y a plus de corrélation avec le PIB par habitant, le niveau de satisfaction de la vie n’apparaît plus comme objectif, mais subjectif. En effet, à partir de 15 000 $, la perception de la qualité de vie et le sentiment de bien-être diffère d’un individu à l’autre ou d’un pays à l’autre de manière subjective.

En 1984, le PIB par habitant de la France était de 12 344 €, tandis qu’en 2011 il était de 30 634 €. Si le sentiment de bien-être était proportionnel à la croissance du PIB par habitant, en 2011 les Français auraient dû être 2,5 fois plus heureux qu’en 1984. Malgré cette croissance vertigineuse de 148 %, ce n’est pas le cas. En 2004, le PIB par habitant de la France et du Japon étaient respectivement de 24 000 $ et 30 000 $. Si le bien-être était proportionnel au PIB par habitant, les Japonais auraient dû être plus heureux que les Français. Pourtant, le sentiment de bien-être des Français était supérieur à celui des Japonais. Mais surtout, le sentiment de bien-être des Français et des Japonais était égal, voire même inférieur, à celui de la population du Costa Rica et de pays d’Amérique Centrale dont le PIB par habitant était égal à 15 000 $. Ces exemples démontrent que toujours plus de croissance du PIB par habitant ne s’accompagne pas forcément de toujours plus de bien-être et de qualité de vie.

Afin d’appréhender ce phénomène, il nous apparaît pertinent de nous intéresser aux besoins que cherche à satisfaire l’offre marchande. En France et dans l’ensemble des pays industrialisés, l’offre marchande ne cherche plus à satisfaire des besoins essentiels, mais des besoins psychosociaux. En effet, la publicité et les médias incitent le consommateur à consommer toujours plus de biens et de services destinés à satisfaire des besoins d’appartenance et d’estime de soi. Comme l’affirmait déjà Thorstein Veblen à la fin du 19e siècle, la comparaison sociale et la course à l’estime de soi sont les principales motivations de l’activité humaine. « Or, il faut entendre cette consommation de marchandises en un sens très éloigné de sa signification naïve, si l’on tient à dire qu’elle procure le stimulant dont l’accumulation procède invariablement. Le motif qui se trouve à la racine de la propriété, c’est la rivalité ; c’est la même qui continue à agir dans cette institution qu’il a fait naître, et dans le déploiement de tous ces traits de la structure sociale qui touchent à l’institution de la propriété. La possession des richesses confère l’honneur : c’est une distinction provocante. »[3] De ce fait, la consommation n’a plus la vocation de satisfaire des besoins essentiels, mais de permettre au consommateur d’affirmer son appartenance et sa réussite sociale. L’offre marchande destinée à satisfaire ces besoins étant illimitée, les ménages revendiquent une augmentation illimitée de leur pouvoir d’achat.

Pour appréhender ce phénomène psychologique, je vous invite à imaginer que nous disposions tous d’un revenu suffisant pour nous payer une Citroën C4. Notre objectif n’étant pas de satisfaire un besoin de transport, mais de nous distinguer les uns des autres et d’affirmer notre réussite sociale, posséder une Citroën C4 perdrait toute valeur à nos yeux. En effet, si tout le monde possédait une Citroën C4, nous continuerions à réclamer une augmentation de notre pouvoir d’achat pour nous payer une Audi A 6. En effet, comme le fait remarquer très justement Thorstein Veblen, l’égalité des conditions matérielles ne permettra jamais de combler le besoin qu’ont les individus de se démarquer les uns des autres et d’affirmer leurs réussites sociales.

« En tout état de cause, le désir de richesse ne peut guère être assouvi chez quelque individu que ce soit ; quant à combler le désir moyen, le désir universel de richesse, il n’en saurait être question. On aurait beau distribuer avec largesse, égalité, « justice », jamais aucun accroissement de la richesse sociale n’approcherait du point de rassasiement tant il est vrai que le désir de tout un chacun est de l’emporter sur tous les autres par l’accumulation des biens. Si comme on l’a parfois soutenu, l’aiguillon de l’accumulation était le besoin de moyen de subsistance ou de confort physique, alors on pourrait concevoir que les progrès de l’industrie satisfassent peu ou prou les besoins économiques collectifs ; mais du fait que la lutte est en réalité une course à l’estime, à la comparaison provocante, il n’est pas d’aboutissement possible. »[4]

Le sentiment de bien-être d’un individu étant lié à une logique de comparaison sociale (« avoir » un revenu plus élevé que les autres est synonymes de bien-être, en « avoir » un plus bas de mal-être), pour accéder à un niveau de qualité de vie acceptable, il faut donc disposer d’un pouvoir d’achat toujours plus élevé que les autres. Paradoxalement, étant donné qu’il est toujours confronté à des individus qui disposent d’un pouvoir d’achat largement supérieur au sien, celui qui perçoit un revenu de 30 000 €, 90 000 €, 200 000 € voir de 1 000 000 € par an sera toujours frustré. Le sentiment de disposer d’un pouvoir d’achat suffisant n’étant pas déterminé par le montant du revenu, mais par la comparaison sociale, celui qui cherche à satisfaire son besoin d’estime par l’intermédiaire de la consommation ne pourra jamais se libérer du sentiment de frustration provoqué par une offre marchande illimitée. Par conséquent, quel que soit son niveau de revenu, tant qu’il ne trouvera pas les moyens de satisfaire ses besoins psychosociaux autrement que par l’intermédiaire de la consommation, son revenu ne sera jamais suffisant.

Afin d’approfondir le questionnement sur le lien entre la croissance du PIB et le bien-être, il apparaît pertinent de s’intéresser à l’indicateur de santé sociale des époux Miringoff.

  • Le constat de l’indicateur global de santé sociale.

L’indicateur de santé sociale[5] a été créé en 1996 par deux chercheurs américains (Marc et Marque-Luisa Miringoff). Cet indicateur comprend 16 indices regroupés en 5 catégories.

Les indices de l'indicateur de santé socialeEn attribuant une note comprise entre 0 et 100 à chacun de ces indices et en calculant la moyenne de la somme de ces indices, cet indicateur fait apparaître la courbe du bien-être d’un pays. En 1996, le magazine Challenge a publié le graphique ci-dessous qui associe la courbe de la croissance du PIB avec celle de l’indicateur de santé sociale des États-Unis de 1959 à 1996.

L’indicateur de santé sociale

Indicateur de santé social– PIB base 50 en 1959, valeurs de l’ISS comprise par construction entre 0 et 100.

De 1945 à 1974, l’indicateur de santé sociale fait apparaître les effets bénéfiques de la croissance du PIB sur l’évolution du bien-être individuel et collectif. En effet, de 1959 à 1968, la croissance du PIB est passée de 50 à 80 points tandis que l’indicateur de santé sociale a progressé de 45 à 70 points. Par contre, de 1969 à 1974, malgré une croissance du PIB qui atteignait 95 points, celle de l’indicateur de bien-être stagnait à 70 points. À partir de ce constat, il est possible d’affirmer que durant les trente glorieuses, la croissance du PIB a permis aux Américains et aux populations des pays industrialisés d’accéder à un niveau de confort matériel (réfrigérateur, lave-linge, cuisinière, voiture, téléphone, télévision, aspirateur, appareil ménagé, etc.) et de qualité de vie (retraite, sécurité sociale, congés payés, éducation, etc.) sans précédent dans l’histoire de l’humanité. Avant le début de la société de consommation, ce confort matériel était réservé à l’élite et aux classes moyennes supérieures. En France, la croissance a été soutenue par des programmes sociaux volontaristes qui comprenaient les congés payés, le SMIC, la hausse du pouvoir d’achat, la sécurité sociale et la retraite à 60 ans.

La crise pétrolière de 1974 provoqua la stagnation de ce cercle vertueux. À partir du milieu des années 70, malgré une croissance du PIB qui atteignait 115 points en 1980, la courbe de l’indicateur de santé sociale régressait à 60 points. Durant cette période, la croissance du PIB n’avait plus la vocation de procurer du bien-être, mais de relancer l’activité économique pour encourager les entreprises à investir et à créer des emplois. La régression de l’indicateur de santé social a commencé aux États-Unis à partir de 1981, sous la présidence de Ronald Reagan. Pour sortir le pays de la crise, relancer la croissance et promouvoir le progrès social, il a mis en pratique la vision économique et sociale de Milton Friedman. D’après la doctrine de Friedman, tous les aspects de la société doivent être mis au service des profits et du marché. Dans la pratique, cette doctrine idéologique consiste à abolir toutes les protections en matière de commerce, à déréguler tous les prix et à privatiser la sécurité sociale, les retraites, l’éducation, la santé et l’ensemble des services publics jusqu’à l’armée. De ce fait, de 1981 à 1989, malgré la croissance du PIB, la courbe de l’indice de santé sociale est revenue au niveau de 1959.

La fin de la guerre froide, qui a eu lieu en 1989, accéléra le processus de libéralisation de l’économie à l’ensemble des pays industrialisés et en développement. En 1996, l’indicateur de santé social contredisait le discours des ultra-libéraux qui affirmaient que la libération des marchés permettrait de créer des emplois, de procurer du bien-être et d’apporter le progrès social. En effet, malgré une progression de 140 points du PIB, cet indicateur mettait en évidence que la mise en pratique de la doctrine ultra-libérale a contribué en 1993 à faire régresser le bien-être général de 25 points en dessous du niveau de 1959. En effet, la croissance du PIB ne prend pas en compte la hausse de la pollution et de la dégradation de l’environnement, des prix du logement, de la mortalité infantile, du suicide des jeunes, de l’usage de drogues qui concerne tous les milieux sociaux, de la xénophobie et du sentiment d’insécurité, etc. Elle ne prend pas en compte non plus la baisse du niveau d’éducation, du nombre d’individus couverts par une assurance-maladie, de la durée de vie, etc. Par conséquent, en 1993 les classes moyennes et les Américains les moins aisés vivaient moins bien qu’en 1959. Ce constat est le même pour tous les pays (Chili, Russie, Grande-Bretagne, etc.) qui ont appliqué cette doctrine idéologique[6]. Au 21e siècle, les ultra-libéraux, qui se considèrent comme des hommes de progrès, se comportent comme leurs ancêtres du 18e siècle.

« Pour le bonheur des peuples, des systèmes inutiles, je me bornerai à chercher la raison de leur misère… Le bien et le mal économique se font toujours équilibre dans une nation : l’abondance des biens chez les uns est toujours égale au manque de biens chez les autres ; la grande richesse d’un petit nombre est toujours accompagnée de la privation des premières nécessités chez la multitude, la diligence excessive des uns rend forcée la fainéantise des autres ; la richesse d’un pays correspond à sa population et sa misère correspond à sa richesse. » G Ortès , moine et économiste du 18e[7].

Pour finir, au nom du marché, des profits et de la croissance du PIB, les ultra-libéraux ne se soucient plus du respect des droits de l’homme, de la liberté d’expression et de la préservation des libertés individuelles. En effet, la liberté individuelle, qui contribue de façon significative au bien-être, n’est pas forcément compatible avec l’économie de marché. Depuis le milieu des années 90, le PIB de la Chine croît en moyenne de 9,5 % par an. Pourtant, les Chinois n’ont toujours pas droit à la liberté d’expression. Les exemples de la Chine, du régime de Pinochet au Chili, de l’Allemagne Nazi et du Fascisme en Italie autorisent les ultra-libéraux à penser que la croissance du PIB et l’économie de marché sont compatibles avec un régime autoritaire.

En conclusion, cette étude démontre que depuis le début des années 80, étant au service du marché et des profits, la croissance du PIB est désormais synonyme de régression sociale, de mal-être, de misère et de souffrance. Mais surtout, que la démocratie n’est pas indispensable à la croissance du PIB. Après avoir démontré que la croissance du PIB ne procurait plus de bien-être, nous étudierons pourquoi le PIB est un indicateur aveugle.

  • Pourquoi le PIB serait-il un indicateur aveugle ?

Le PIB est un indicateur quantitatif aveugle parce que son calcul repose sur l’enregistrement comptable des transactions économiques matérialisées par une facture ou un ticket de caisse. Le comptable se contente d’enregistrer le montant des factures, sans se soucier de questions éthiques et morales ainsi que des causes et conséquences de ces transactions économiques.

Exemple : Durant une émeute urbaine provoquée par une crise sociale, des jeunes mettent le feu à une voiture. Son propriétaire dépose une plainte au commissariat de police et envoie un constat à son assurance pour être remboursé du préjudice qu’il a subi. L’assureur édite une facture pour justifier le remboursement de son client. Le comptable de l’assureur enregistre la facture dans sa comptabilité. Le client se rend dans un garage pour acheter une nouvelle voiture. Le vendeur édite une facture pour matérialiser la vente que le comptable enregistrera.

Cette suite d’enregistrements comptables ne mentionne pas que la cause de l’achat de cette voiture (l’achat est la conséquence) est une émeute urbaine. Les seules personnes qui en connaissent la cause sont le propriétaire, l’agent de police et l’assureur. En revanche, les comptables de l’assureur et du garage ne se soucient pas de la cause de l’achat. Etant donné que le comptable ne prend pas en considération les causes et conséquences politiques, sociales, écologiques et climatiques des transactions économiques, le PIB est un indicateur aveugle. En effet, la pollution de l’environnement, les accidents de travail, les maladies liées au stress, le décès d’un individu lors d’un accident de voiture, les catastrophes industrielles ou naturelles ne génèrent pas de croissance. En revanche, les réparations (enterrements, achat de voitures, nettoyage des côtes, dépenses de santé, frais hospitaliers, reconstruction d’infrastructures, etc.), qui sont justifiées par des factures, contribuent à la croissance du PIB.

Comme il n’a pas facturé sa prestation, le tsunami qui a ravagé le nord du Japon en mars 2011 n’a pas stimulé la croissance du PIB. Par contre, toutes les transactions économiques consécutives à la réparation des infrastructures détruites, à la production des entreprises et au rachat de tous les biens détruits, généreront des factures qui feront l’objet d’un enregistrement comptable. La somme de ces enregistrements stimulera l’activité économique et la croissance du PIB du Japon.

La guerre en Irak est à la fois une source de croissance pour le PIB et de profit pour « le complexe militaro-industriel » , la logistique militaire et le secteur des travaux publics. Elle permet aux marchands d’armes d’éditer des factures pour des fusils, des chars, des avions, des hélicoptères, des bombes, des missiles, des systèmes de guidage, etc., et aux entreprises de logistique d’éditer des factures pour installer des camps militaires, des cantines, des hôpitaux, etc., qui seront financés avec l’argent des contribuables américains. Par contre, les entreprises de travaux publics qui ont reconstruit les infrastructures détruites ont adressé leurs factures aux contribuables irakiens. Étant donné que l’Irak est un pays producteur de pétrole, il dispose des ressources économiques nécessaires pour financer la reconstruction. En 2003, avant le début de la guerre en Irak, des entreprises de travaux publics des États-Unis, de la Grand Bretagne et de l’Italie avaient négocié la reconstruction des infrastructures (pont, bâtiment, palais, etc.). Durant la guerre, certains édifices n’ont pas été détruits pour des raisons stratégiques et militaires, mais des intérêts économiques. D’un point de vue économique, une guerre génère plus de croissance du PIB qu’un tsunami. En effet, les armes utilisées ont fait l’objet de facturation, et donc, d’enregistrements comptables. Par conséquent, à l’inverse d’un tsunami, une guerre stimule la croissance du PIB lors de la destruction et de la reconstruction. Ce qui vaut pour la guerre en Irak vaut également pour la Première et la Seconde Guerre mondiale. Afin de générer la croissance du PIB et de créer des emplois, les pays industrialisés maintiennent des activités nuisibles au bien-être collectif comme l’industrie de l’armement. Si les conflits armés disparaissaient, ce serait un progrès considérable pour l’humanité, mais une véritable catastrophe pour le complexe militaro-industriel américain.

L’aveuglement du PIB concerne également les conséquences physiques et psychiques de la peur de se retrouver au chômage. Cette peur encourage tous les salariés à se soumettre aux ordres, à contribuer au « sale boulot », à accepter la dégradation de leurs conditions de travail (flexibilité, précarité professionnelle et intensification des rythmes de travail), à rentrer en compétition les uns avec les autres et à ne pas s’impliquer dans des revendications collectives. Le climat de soumission provoqué par la peur du chômage est responsable d’un état de stress qui a des répercussions néfastes sur la santé physique et psychique des salariés. Le constat est sans appel : le travail rend malade et tue dans tous les secteurs d’activités, à tous les niveaux hiérarchiques et dans toutes les catégories socioprofessionnelles. De 1996 à 2005, le nombre officiel des maladies professionnelles reconnues a explosé de 288 %. De plus en plus de salariés sont sujets à des états anormaux d’agitation et d’angoisse, accompagnés d’une diminution de la lucidité et d’un rétrécissement de la pensée. En 2000, d’après les statistiques de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), en France plus de 3 millions de personnes (6 % de la population) souffraient de troubles psychiques. Les principaux troubles sont la schizophrénie, la maladie d’Alzheimer et l’addiction (drogue, alcool, consommation, jeux, sexe, travail, etc.). Ces symptômes sont révélateurs d’un malaise profond qui concerne toutes les couches de la société.

Pour permettre aux salariés de s’adapter au stress généré par la dégradation de leur condition de travail, les médecins prescrivent de plus en plus d’antidépresseurs. Au cours des années 90, l’agence du médicament (DEIPE) a constaté que la consommation d’antidépresseurs en France évoluée au même rythme que la croissance du PIB[8].

Consommation d’antidépresseur et croissance du PIB

Corélation PIB et consommation antidépresseursL’augmentation des maladies liées à la souffrance au travail entraîne une explosion des dépenses de santé, favorables à la croissance des profits de l’industrie pharmaceutique et de la santé. En 2004, l’organisation internationale du travail (OIT) signale que les coûts liés aux problèmes de santé mentale au travail représentent 3 % du PIB. Ce processus contribue à creuser le déficit de la caisse de sécurité sociale. Afin de réduire ce déficit, le gouvernement propose d’augmenter les cotisations salariales, de réduire le remboursement des dépenses de santé et de réformer le système de sécurité sociale. Etant donné que c’est la peur du chômage qui est en partie responsable de la hausse des dépenses de santé, le gouvernement devrait plutôt mettre en place un programme ambitieux capable d’en finir avec lui. La suppression du chômage serait un bienfait pour les salariés, mais une catastrophe pour la croissance des profits de l’industrie pharmaceutique et de la santé.

Comme la facturation et la comptabilité sont informatisées et qu’un ordinateur ne se soucie pas des conséquences éthiques, morales, politiques, sociales, écologiques et climatiques des transactions économiques, le PIB est un indicateur aveugle. Malgré le fait que cet indicateur soit aveugle, n’oublions pas que l’objectif de la croissance du PIB est de créer des emplois. Quelles que soient les causes et les conséquences de ces emplois, la création d’un emploi est toujours un acte « positif ».

Pour que la relance de la croissance du PIB soit envisageable, cette solution doit être viable à long terme. Le second chapitre que nous aborderons consiste à répondre à cette question : est-ce que soutenir un taux de croissance de 5,5 % par ans pendant 5 ans est viable à long terme et exportable aux pays en développement ?

Pour accéder aux pages suivantes :

– La croissance du PIB est-elle viable à long terme ?


[1] Gadrey Jean, « croissance, bien-être et développement durable », Alternative économique, numéro 266, février 2008, page 68.

[2] Gadrey Jean, Op. CIT., page 68

[3] Veblen Thorstein, Théorie de la classe de loisir, Paris, Gallimard, 1970, page 19.

[4] Veblen Thorstein, Théorie de la classe de loisir, Paris, Gallimard, 1970, page 23.

[5] D’après Miringoff M et Miringoff M-L (1999), rapporté par Gadrey Jean. (2002), De la croissance au développement : à la recherche d’indicateurs alternatifs, Séminaire DARES du 15 octobre 2002, Paris.

[6] Klein Naomi, La stratégie du choc, la montée d’un capitalisme de désastre, Montréal, Leméac éditeur et, Arles, Actes sud, 2008

[7] Marx Karl, Le Capital Livre I section V à VIII, Paris, Flammarion, 1985, page 112.

[8] Boutaud Aurélien, Fracture sociale, fracture écologique : la Terre est malade…et si on changeait le thermomètre ?, [En ligne]. Adresse URL : http://www.wwf.fr/pdf/fracturecolo.pdf

Une réflexion au sujet de « La croissance du PIB contribue-t-elle au bien-être ? »

  1. Ping : Avenir Suisse et la croissance – Domaine Public

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.