Les idéologies légitimeraient-elles l’ordre social ?

« Dès le moment de la parution de la première machine, il fut évident, pour tous les gens qui réfléchissaient, que la nécessité du travail de l’homme et, en conséquence, dans une grande mesure, de l’inégalité humaine, avait disparu. Si la machine était délibérément employée dans ce but, la faim, le surmenage, la malpropreté, l’ignorance et la maladie pourraient être éliminées après quelques générations. En effet, alors qu’elle n’était pas employée dans cette intention, la machine, en produisant des richesses qu’il était parfois impossible de distribuer, éleva réellement de beaucoup, par une sorte de processus automatique, le niveau moyen de vie des humains, pendant une période d’environ cinquante ans, à la fin du XIXe siècle et au début du XXe. Mais il était aussi évident qu’un accroissement général de la richesse menaçait d’amener la destruction, était vraiment, en un sens, la destruction, d’une société hiérarchisée. Dans un monde dans lequel le nombre d’heures de travail serait court, où chacun aurait suffisamment de nourriture, vivrait dans une maison munie d’une salle de bains et d’un réfrigérateur, posséderait une automobile ou même un aéroplane, la plus évidente, et peut-être la plus importante forme d’inégalité aurait déjà disparu. Devenue générale, la richesse ne conférerait plus aucune distinction. […] Si tous, en effet, jouissaient de la même façon de loisirs et de sécurité, la grande masse d’êtres humains qui est normalement abrutie par la pauvreté pourrait s’instruire et apprendre à réfléchir par elle-même, elle s’apercevrait alors tôt ou tard que la minorité privilégiée n’a aucune raison d’être, et la balaierait. En résumé, une société hiérarchisée n’était possible que sur la base de la pauvreté et de l’ignorance. » George Orwell[1]

« Le membre d’une société primitive qui assure sa survie en attaquant et en pillant d’autres tribus doit avoir un caractère d’un guerrier, animé par la passion de la guerre, du meurtre et du vol. Le membre d’une tribu agricole pacifique doit avoir une tendance à coopérer et à éviter la violence. Une société féodale ne peut bien fonctionner que si les membre sont disposés à se soumettre à l’autorité, et à respecter et admirer leurs supérieurs. Le capitalisme ne fonctionne qu’avec des hommes qui désirent travailler, disciplinés et ponctuels, dont l’intérêt principal est le salaire, et dont le principe de vie essentiel est le profit, et tant que résultat de la production et de l’échange. A XIXe siècle, le capitalisme avait besoin de gens qui aiment épargner ; à partir du milieu du XXe siècle, il a besoin de gens qui ont la passion de dépenser et de consommer. Le caractère social est la forme sous laquelle l’énergie humaine est façonnée pour servir de force productive dans le processus social. » Erich Fromm[2]

Le maintien des peuples dans un état de « servitude moderne » ne s’obtient pas exclusivement par l’emploi de la force. En effet, comme l’affirmait Talleyrand « On peut tout faire avec des baïonnettes sauf s’asseoir dessus  »[3]. Celui qui emploie la force pour asseoir son autorité ne peut se maintenir qu’en faisant régner un climat de peur et d’insécurité. Dès que la bride se relâche, les frustrations, les amertumes et la haine accumulées conduisent les dominés à se révolter et à remettre en question l’ordre établi. Comme le fait remarquer Erich Fromm, pour se maintenir au pouvoir, l’élite dominante doit façonner le caractère social des individus et canaliser l’énergie psychique en fonction des intérêts de l’ordre dominant.

De ce fait, afin de légitimer leur autorité hiérarchique, les élites dominantes utilisent une stratégie beaucoup plus subtiles qui consiste à coloniser notre imaginaire des normes, valeurs et critères de réussite de la Religion économique.

La Religion économique est le résultat d’un long processus qui a émergé au 16e siècle avec l’esprit du capitalisme et l’Argent Roi. Elle s’est poursuivie au 19e siècle avec la Religion du travail et c’est structuré au 20e siècle avec la Religion de la consommation. En entretenant un climat de conscience fausse, la Religion économique contribue à renforcer la légitimité de l’autorité des élites économiques avec le consentement docile de l’ensemble de la société. Pour en finir avec elle, il est indispensable que les populations des pays industrialisés s’affranchissent de l’aliénation à la réussite financière, professionnelle et matérielle. Afin d’accéder à une conscience claire et de décoloniser notre imaginaire de la religion économique, nous aborderons les confusions qui entourent l’éthique protestante, l’Argent Roi, la Religion du travail et la Religion de la consommation. Pour cela, nous aborderons les mécanismes psychologiques de l’esprit du capitalisme, les processus qui ont conduit à la naissance de l’argent Roi et les confusions qui entourent la Religion du travail. Pour finir, en abordant la genèse de la Religion de la consommation, nous étudierons comment le marketing et la théorie économique marginaliste exploitent les confusions entre un besoin et un désir pour motiver les consommateurs à consommer toujours plus.

  • Les idéologies légitimeraient-elles l’ordre social ?

« L’idéologie est un système d’idées et de jugements, explicite et généralement organisé, qui sert à décrire, expliquer, interpréter ou justifier la situation d’un groupe ou d’une collectivité et qui, s’inspirant largement de valeurs, propose une orientation précise à l’action historique de ce groupe ou de cette collectivité. » Guy Rocher[4]

L’emploi exclusif de la force ne permettrait pas de maintenir à long terme les structures hiérarchiques. Pour se maintenir au pouvoir, les élites colonisent l’imaginaire individuel et collectif par l’intermédiaire de Religions ou de systèmes idéologiques. Du 6e siècle à la Révolution française, l’autorité de la noblesse et du Roi de France reposait sur la religion chrétienne. Étant le représentant de Dieu sur terre, s’attaquer à l’autorité du Roi et de la noblesse revenait à s’en prendre à Dieu lui-même. Afin de ne pas risquer d’encourir la colère de Dieu, le peuple acceptait docilement sa sujétion. Il faudra attendre les Lumières et la remise en cause de l’existence de Dieu, pour qu’en 1793 les révolutionnaires osent décapiter Louis XVI sans craindre le courroux de Dieu.

Pour vivre pacifiquement et se mobiliser pour agir, un groupe a besoin d’un objectif digne d’estime à atteindre et d’un système de représentation du réel qui prétend à la vérité absolue. L’objectif des systèmes idéologiques est de révéler à la conscience les aspirations d’un groupe ou d’une société, de motiver l’action, la conduite et le comportement des individus qui la compose et de justifier la légitimité de l’autorité de l’ordre hiérarchique dominant. Une doctrine idéologique procure un discours logique et une vision du monde fondés sur des idées, des opinions, des valeurs, des principes moraux, des concepts abstraits, des symboles (croix, trône, aigle impérial, voiture de prestige), ainsi que des critères de réussites majoritairement admis sans réflexions critiques et discernements. Son emprise est d’autant plus forte que le comportement des individus est davantage déterminé par la satisfaction de besoins psychosociaux et des systèmes de croyances que par le discernement, le libre arbitre et leurs natures intérieures.

Lorsque l’abondance permet à un individu, à un groupe ou à une société de satisfaire ses besoins essentiels, s’il ne dispose pas d’un projet pour orienter sa vie, il risque d’être confronté à l’angoissante question du sens de la vie et de gaspiller ses surplus de temps et d’énergie sans rien produire. L’idéologie procure les moyens, d’une part, de sublimer ces surplus au service de la communauté et de l’ordre dominant, et, d’autre part, de satisfaire les besoins de sécurité, d’appartenance et d’estime et de donner un sens à la vie sans trop réfléchir et se poser de questions.

– Fixer des règles de vie : L’idéologie fixe des règles de vie en société sur la base de lois, de normes, de coutumes, d’habitudes et de commandements (dix commandements, bible, code civil, constitution européenne, etc.). Ces règles procurent un cadre légal destiné à satisfaire le besoin de sécurité, mais surtout, de protéger la propriété et les intérêts de l’élite dominante.

– Proposer des valeurs supérieures : En procurant des valeurs, des symboles et des croyances supérieures (Dieu, Argent roi, propriété, marques, etc.), elle permet à ses membres de se reconnaître entre eux pour satisfaire leurs besoins d’appartenances.

– Relier les hommes entre eux : En reliant, réunissant et rassemblant ses membres autour de lieux de culte (église, entreprise, hypermarché), de rituels et de cérémonies (la messe du dimanche, le 14 juillet, les soldes, etc.), elle les fédère et renforce leurs sentiments d’appartenance.

– Légitimer l’ordre hiérarchique : En nommant les membres reconnus par la communauté (prêtre, noble, cadre, actionnaire, PDG, etc.), elle justifie la légitimité de l’ordre hiérarchique en place (prêtre/noble ou bourgeoisie).

– Justifier les récompenses et les punitions : En justifiant, d’une part, les châtiments et les punitions données aux membres qui ne respectent pas les règles sociales (bûché/licenciement, enfer/chômage, excommunication/exclusion sociale, etc.), et, d’autre part, les récompenses et les gratifications accordées à ceux qui les respectent (promotion, prime, médaille, diplôme, etc.), l’idéologie instrumentalise les circuits du plaisir et de la souffrance. Afin d’éviter la souffrance, les individus se conduisent conformément aux règles, valeurs et normes prescrites.

– Proposer des critères de réussite : humanistes (libre, autonome et responsable), matérialistes (financière, professionnelle et matérielle), etc., elle dit à l’individu comment il doit s’y prendre pour satisfaire son besoin d’estime et réussir sa vie.

« Il est ainsi possible de trouver le bonheur dans le conformisme, puisque celui-ci évite la punition sociale et crée les besoins acquis qu’il saura justement satisfaire. Des sociétés qui ont établi leurs échelles hiérarchiques de dominance, donc de bonheur, sur la production des marchandises, apprennent aux individus qui les composent à n’être motivés que par la promotion sociale dans un système de production de marchandise. Cette promotion sociale décidera du nombre de marchandises auxquelles vous avez droit, et de l’idée complaisante que l’individu se fera de lui-même par rapport aux autres. » Henri Laborit[5]

L’idéologie propose un sens à la vie et un avenir meilleur capable de répondre à l’angoissante question existentielle, à l’incertitude face à l’avenir, ainsi qu’à la peur du vide et de la mort. En donnant de l’espoir, en nourrissant les ambitions et en provoquant un nouvel élan sa finalité est de motiver ses membres à mettre leurs surplus de temps et d’énergie au service de l’intérêt général et de l’ordre social en place (partir en croisades, servir Dieu, réussir professionnellement). Afin de conduire l’action collective, elle propose une démarche élaborée ainsi que des solutions concrètes et réalistes.

  • Les religions seraient-elles des systèmes idéologiques ?

Les idéologies peuvent prendre de multiples formes : politique (nazisme, fascisme, nationalisme, libéralisme, etc.), économique (capitalisme, ultra-libéralisme, communisme, consumérisme, etc.) ou religieuse (catholicisme, protestantisme, islamisme, judaïsme, etc.). Le concept de religion provient du latin religio (attention scrupuleuse et vénération), releguer (recueillir et rassembler) et religare (relier, mettre en communication et en rapport avec quelque chose). Une religion est un système de croyances permettant de relier et de rassembler une communauté autour de pratiques et de principes d’ordre supérieur (Dieux ou Dieu). Les religions accompagnent l’histoire des civilisations depuis que les Hommes se sont rassemblés en communauté. Sa fonction est, d’une part, d’expliquer la vie, la mort et les catastrophes (tremblement de terre, sécheresses, mauvaises récoltes, épidémie, etc.), et, d’autre part, de proposer aux hommes des objectifs, un modèle de conduite et un sens à la vie leur garantissant le salut sur terre et après la mort. Sans ces explications, les Hommes étaient en insécurité face aux manifestations de la nature qu’ils ne pouvaient expliquer.

Il faudra attendre la révolution des Lumières et les recherches scientifiques (astronomie, médecine, anthropologie, etc.,) pour apporter une explication rationnelle à l’origine de l’Homme, aux tremblements de terre, aux pandémies, etc. En libérant les Hommes des religions spiritualistes, la science les a placés entre les mains de religions matérialistes. En effet, malgré leurs différences apparentes, la Religion économique ou l’idéologie ultra-libérale remplis les mêmes fonctions que la Religion catholique.

Religion économique et chrétienneDans les pays industrialisés, les religions ont perdu leur prépondérance au profit des idéologies économiques et politiques. Malgré ce revirement, la perte de sens et de repères des sociétés industrielles favorise le retour de l’influence politique des mouvements religieux et sectaires qui exploitent l’angoisse existentielle, le besoin de sens, l’insécurité, le sentiment d’isolement et le besoin d’appartenance des groupes les plus fragiles.

  • Les modes de diffusion de l’idéologie.

Les normes, les valeurs et les critères de réussite de l’idéologie dominante colonisent notre imaginaire par l’intermédiaire des masses médias, de l’activité professionnelle et de l’éducation.

– Les masses médias : Les masses médias (journaux, radio, télévision, cinéma) sont souvent présentées comme les principaux outils de diffusion de l’idéologie dominante. Ces outils de communication diffusent en permanence une propagande qui façonne les mentalités afin de transformer les individus en adepte docile de la Religion du travail et de la consommation. Les téléspectateurs sont bombardés d’informations insignifiantes qui diffusent une conscience fausse (embrouillent les esprits et empêchent la réflexion et la prise de recul sur l’état de la société et du monde). La finalité de cette stratégie de diversion consiste à détourner l’attention du public des questions importantes qui le concernent : le démantèlement des services publics, la baisse des impôts, l’augmentation des mouvements de grève et de contestation, la hausse des prix du logement, etc. Elle consiste également à éviter qu’il consacre trop de temps à développer ses connaissances en sciences humaines qui leur donneraient les clefs pour mieux se connaître et comprendre la société. La mission des médias est également de préparer le public à adhérer aux programmes politiques qui vont à l’encontre de leurs intérêts. En diffusant des images de crimes, de guerres et de violences, les informations du journal de 20 heures engendrent un climat de peur et d’insécurité qui justifie la restriction des libertés individuelles. Pour finir, comme l’affirme Patrick Le Lay, le rôle des médias est de diffuser des émissions de divertissement, des séries et des films pour préparer le cerveau du consommateur à intérioriser la propagande idéologique et les messages publicitaires.

« Il y a beaucoup de façons de parler de la télévision. Mais dans une perspective « business », soyons réalistes : à la base, le métier de TF1, c’est d’aider Coca-Cola, par exemple, à vendre son produit (…).Or pour qu’un message publicitaire soit perçu, il faut que le cerveau du téléspectateur soit disponible. Nos émissions ont pour vocation de le rendre disponible : c’est-à-dire de le divertir, de le détendre pour le préparer entre deux messages. Ce que nous vendons à Coca-Cola, c’est du temps de cerveau humain disponible (…).Rien n’est plus difficile que d’obtenir cette disponibilité. C’est là que se trouve le changement permanent. Il faut chercher en permanence les programmes qui marchent, suivre les modes, surfer sur les tendances, dans un contexte où l’information s’accélère, se multiplie et se banalise. » Patrick Le Lay[6]

– L’activité professionnelle : À l’inverse des idées reçues, ce n’est pas les médias, mais l’activité professionnelle qui est le principal outil de colonisation de la Religion économique. En travaillant 5 jours par semaine, le salarié structure ses pratiques, sa personæ, ses habitus, son mode de vie et son comportement. Disposant de peu de temps libre pour développer de nouvelles activités de socialisation et d’expression, il est dépendant de l’entreprise pour se socialiser, nourrir l’estime qu’il a de lui et se construire une identité positive. Comme la pratique d’une activité professionnelle n’encourage pas l’esprit critique et la réflexion sur le sens de sa vie, il finit par adhérer à la Religion économique sans se poser trop de questions sur la légitimité de ses valeurs. De ce fait, pour libérer le salarié de son aliénation à la Religion économique, il est nécessaire qu’il décolonise son imaginaire, mais surtout, qu’il décolonise ses pratiques quotidiennes de l’activité professionnelle.

– L’éducation : L’éducation est un outil de transformation psychique et sociale dont la vocation est de conditionner l’enfant à la Religion économique. Depuis Jules Ferry, la vocation de l’éducation n’est pas de former des esprits critiques et des libres penseurs, mais des individus capables de s’adapter et de s’intégrer docilement aux exigences du monde du travail et de la consommation. Dès le plus jeune âge, l’enfant est conditionné aux normes, aux valeurs et aux critères de réussite favorables au développement économique. La pédagogie béhavioriste le conditionne à obéir et à se soumettre à l’autorité de l’ordre établi.

« La socialisation doit opérer dans deux directions à la fois : elle doit éduquer l’individu à adopter vis-à-vis du travail une attitude instrumentale du genre : « ce qui compte, c’est la paie qui tombe à la fin du mois » ; et elle doit l’éduquer en tant que consommateur, à convoiter des marchandises et des services marchands comme constituant le but de ses efforts et les symboles de sa réussite. » André Gorz[7]

En valorisant la réussite financière, professionnelle et matérielle, la Religion économique motive les étudiants à gaspiller leurs temps et leurs énergies à suivre une formation dans une école de commerce (HEC). Pourtant, les compétences, la rigueur et les aptitudes intellectuelles que nécessite l’accès à un master en philosophie sont largement supérieures à celles d’une grande école de commerce. Malgré cela, comme la philosophie ne prépare pas à un métier, cette formation n’est pas reconnue par les recruteurs. Reconnaître la supériorité intellectuelle des étudiants en sciences humaines et en philosophie sur ceux des écoles de commerce et de gestion reviendrait à affirmer que la formation professionnelle et les fonctions d’encadrement ne nécessitent pas de hautes facultés intellectuelles. Le rôle de la formation professionnelle est de conditionner les étudiants à adhérer docilement à la compétition pour gravir l’échelle hiérarchique et à l’ordre économique. Ce qui n’est pas forcément le cas des études en sciences humaines.

  • La propagation d’une « conscience fausse » ou d’une « conscience claire ».

Selon Karl Marx, les idéologies peuvent propager une « conscience fausse » ou une « conscience claire »[8].

– Conscience claire : En propageant une conscience claire, l’idéologie fournit des mots, des idées et des concepts pour, d’une part, expliquer la cause des sentiments de peur et d’insécurité, et, d’autre part, dénoncer les paradoxes, les confusions et les jugements de valeur. Selon Marx, on doit détruire les illusions afin de créer les conditions qui les rendront inutiles. En encourageant l’individu à verbaliser ses pensées confuses, souvent étouffées, refoulées et inhibées, elle lui permet d’exprimer les objectifs et les projets auxquels il aspire. En combinant la conscience claire à la somme de nouvelles découvertes, pratiques et conceptions théoriques, il est possible d’augmenter la vitalité d’un individu et d’un peuple. En libérant les énergies, la conscience claire contribue au processus du changement social.

– Conscience fausse : À l’inverse, l’idéologie qui propage une conscience fausse entretient les peuples dans un climat de peur, d’insécurité, de confusion et de paradoxes. En occultant la réalité et en ne fournissant pas les thèses, les idées et les concepts nécessaires pour comprendre et expliquer les causes de ce climat, elle maintient l’individu dans un état d’aliénation et de régression pulsionnelle. En produisant des contradictions et des paradoxes, l’état de conscience fausse conduit l’esprit d’un individu ou d’un peuple à la stagnation, à l’indécision et aux doutes. À terme, cette confusion conduit à de brusques ou lents déchirements des esprits au profit des croyances ou des passions les plus viles. Pour reprendre les mots d’Étienne de La Boétie[9], ce climat conduit à la « servitude volontaire ». En propageant une conscience fausse, l’entreprise, l’éducation et les médias motivent les peuples à satisfaire leurs besoins psychosociaux et de réalisation au profit de l’intérêt de l’élite économique et de l’ordre dominant.

Après avoir appréhendé la fonction des systèmes idéologiques, il est essentiel de « décoloniser notre imaginaire »[10] de la Religion économique. Pour cela, nous aborderons les origines de l’esprit du capitalisme et de l’argent Roi, ainsi que les confusions et le climat de conscience fausse entretenus par la Religion du travail et la Religion de la consommation.

Pour accéder aux pages suivantes :

– Les origines de l’esprit du capitalisme.

– Les origines du sacre de l’argent Roi.

– Les confusions entretenues par la Religion du travail.

– Les confusions entretenues par le Religion de la consommation.

– Pourquoi le langage contribue-t-il à notre servitude volontaire ?


[1] Orwell George, 1984, Paris, Gallimard, 1950, page 269.

[2] Fromm Erich, De la désobéissance et autres essai, Paris, Robert Laffont, 1981, page 25

[3] Orieux Jean, Talleyrand ou le sphinx incompris, Paris, Flammarion, 1970, page 203.

[4] Rocher Guy, 3. Le changement Social : Introduction à la sociologie générale, Montréal, HMH, 1968, page 87.

[5] Laborit Henri, Eloge de la Fuite, Paris, Robert Laffont, 1974, page 97.

[6] Patrick Le Lay, (page consulté le 28 janvier 2011), Le Lay (TF1) vend « du temps de cerveau humain disponible », Acrimed, [En ligne]. Adresse URL : http://www.acrimed.org/article1688.html

[7] Gorz André, Métamorphoses du travail : critique de la raison économique, Paris, Galilée, 1988, page 78.

[8] Rocher Guy, Op.Cit, page 93.

[9] La Boëtie, Discours de la servitude volontaire, Paris, Flammarion, 1983.

[10] Latouche Serge, Décoloniser l’imaginaire : La Pensée créative contre l’économie de l’absurde, Lyon, Parangon, 2003.

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