Besoin d’appartenance

La satisfaction du besoin d’appartenance[1] est indispensable au développement de l’individu.

L’appartenance à un groupe ou à une communauté lui procure les moyens d’obtenir de l’affection et de l’amour, ainsi que les moyens de s’exprimer, d’être écouté, d’être soutenu, d’avoir une place et un rôle à jouer, de structurer son identité et de recevoir la preuve de sa propre existence. Les groupes qui permettent de satisfaire ce besoin sont nombreux : une famille, une entreprise, une communauté religieuse, un parti politique, une association, un club, une bande de jeunes, etc… Le succès des réseaux sociaux, et notamment de Facebook, repose en partie sur le besoin d’appartenir à une communauté, qu’elle soit réelle ou virtuelle.

Sous l’ancien régime, l’appartenance à une communauté religieuse (catholique, protestante, juive, etc…) était la condition de l’intégration sociale. En ne respectant pas les rituels et les règles inscrites dans le livre (Bible, Thora, etc…) ou en n’obéissant pas aux chefs religieux (Prêtre, Rabbin, etc…), l’individu risquait l’excommunication. Étant excommunié, il était séparé de sa famille, de ses amis et de sa communauté d’appartenance, déchu de son identité sociale et condamné à l’enfer. Pour se réinsérer, il devait reconstruire des liens sociaux et réinventer son identité et sa vie en dehors de sa communauté d’origine. Dans les pays industrialisés, l’appartenance à une communauté professionnelle est la condition de l’intégration sociale de l’individu. Étant donné que l’individu qui n’a pas d’emploi a beaucoup de difficulté à trouver sa place dans la société et à structurer son identité, au même titre que l’excommunication, le licenciement peut aboutir à une situation d’exclusion sociale. Pour se réintégrer socialement, il est donc fortement motivé à en retrouver un.

Même si, appartenir à un groupe est nécessaire au bon développement d’un individu, son émancipation et son évolution psychologique nécessitent qu’il apprenne à s’en détacher pour se forger un socle identitaire qui lui est propre. Un individu a plus de facilité à se détacher d’un groupe dont il est membre que d’un groupe qu’il cherche à intégrer ou qui le rejette. Pour accéder à plus d’autonomie et de liberté vis-à-vis du groupe, il doit donc y être intégré et y tenir sa place. Avant la crise de 1973, comme un salarié n’avait pas de difficultés à trouver un emploi lorsqu’il démissionnait ou qu’il était licencié, l’activité professionnelle était davantage considérée comme une contrainte et les salariés étaient plus autonomes, critiques et libres vis-à-vis de la valeur du travail. Lorsque le besoin d’appartenance n’est pas satisfait, l’individu ressent un besoin d’attachement excessif qui engendre une perte d’autonomie. Tant qu’il ne se sentira pas intégré au groupe, la peur du rejet et de la solitude le motiveront, d’une part, à refouler ses aspirations et ses convictions pour se conformer aux normes et aux valeurs du groupe, et, d’autre part, à délaisser le « je » individuel pour le « nous » collectif. S’il ne se sent pas accueilli par sa propre famille, l’enfant, l’adolescent ou l’adulte aura plus de difficulté à se détacher des valeurs et des règles qu’elle cherche à lui imposer. Ce qui est vrai pour la famille l’est également pour le travail. De 1982 à 2013, tandis que les salariés en CDD ont augmenté de 139 %, les intérimaires ont progressé de 401 %[2]. Comme les entreprises embauchent de plus en plus en CDD et en intérim, les salariés se soumettent davantage aux exigences de l’employeur pour obtenir un CDI. En limitant l’accès au CDI, les entreprises renforcent la dépendance et la soumission des salariés.

Lorsque le besoin d’appartenance est satisfait, la volonté d’affirmer sa singularité et de se distinguer des autres émerge davantage dans la conscience de l’individu.

Jean-Christophe Giuliani

Pour aborder autrement la question des besoins, je vous invite à lire « satisfaire nos besoins : un choix de société ! », sous un format Kindle ou papier,  en cliquant sur « Satisfaire nos besoins »  ou sur la couverture du livre.


Pour accéder aux pages suivantes :

– Besoins physiologique

– Besoin de sécurité

– Besoin d’estime de soi

– Besoin de réalisation de soi

Étudier les besoins en lien avec l’activité professionnelle

 – Appartenir à une entreprise, un privilège

Étudier les besoins en lien avec la consommation

 – S’identifier à une marque.

 

[1] Insee, T402: Formes particulières d’emploi et parts dans l’emploi, par sexe et âge regroupé, en moyenne annuelle, [En ligne] (consulté le 17 février 2017), https://www.insee.fr/fr/statistiques/fichier/2388205/irsoceec15_t402.xls

[2] Laborit Henri, Eloge de la Fuite, Paris, Robert Laffont, 1974., page 123