Quelles sont les causes et conséquences du chômage ?

Jean-Christophe Giuliani

Depuis le milieu des années 70, la France et l’ensemble des pays industrialisés sont confrontés à une crise dont la conséquence directe est la hausse du chômage. Depuis 1974, tous les gouvernements français qui se sont succédé au pouvoir ont tenté de lutter contre la hausse de ce fléau politique, économique et social. Avant de proposer des solutions pour en finir définitivement avec le chômage, il apparaît pertinent de commencer par en étudier les causes et les conséquences. Dans le premier chapitre, nous commencerons par quantifier le nombre de demandeurs d’emploi et d’actifs sans emploi. Ensuite, dans le second chapitre, nous aborderons les conséquences économiques, politiques et sociales du chômage. Dans le troisième chapitre, nous tenterons de déterminer si c’est la faiblesse du taux de croissance du PIB ou les gains de productivité qui sont responsables de la hausse du chômage.

Combien y a-t-il de chômeurs et d’actifs sans emploi ?

Le chômage a des conséquences économiques, politiques et sociales qui menacent le processus démocratique de la France et de l’ensemble des pays industrialisés. Avant d’en étudier les causes et les conséquences, il apparaît pertinent de commencer par quantifier le nombre de chômeurs. Chaque mois, les médias et les hommes politiques commentent les chiffres du chômage officiels qui sont proposés par l’Insee. Plus rarement, ils commentent ceux de la DARES qui sont réalisés par pôle emploi. Ces chiffres officiels nous informent sur l’évolution du nombre de demandeurs d’emploi qui ne cesse d’augmenter depuis la crise pétrolière de 1973. Même si les modes de calcul de l’Insee et de la DARES permettent de quantifier le nombre de chômeurs, ils ne permettent pas de quantifier le nombre d’actifs sans emplois en âge de travailler. Dans un premier temps, nous présenterons les deux modes de calcul officiel du chômage. Dans un second, nous proposerons une nouvelle manière de quantifier le nombre d’actifs sans emploi.

  • Les chiffres officiels du chômage de l’INSEE et de la DARES.

Il existe deux manières officielles de quantifier le nombre de chômeurs : celle de l’Insee et celle de pôle emploi (DARES). Ces deux modes de calcul donnent une représentation du nombre de demandeurs d’emploi qui sont très différents.

Les chiffres officiels du chômage, au sens de la définition du bureau international du travail (BIT), sont donnés par l’Insee[1]. Depuis 1982, la définition du BIT permet de mesurer l’évolution du chômage sur plusieurs années et de la comparer au niveau international. Selon la définition du (BIT), une personne est comptabilisée comme chômeur si elle répond aux critères suivants : être en âge de travailler (avoir quinze ans ou plus), ne pas avoir travaillé au cours de la semaine de référence de l’enquête, être disponible pour travailler dans les deux semaines à venir, avoir entrepris, au cours des quatre dernières semaines, une démarche de recherche d’emploi (réponse à une petite annonce, inscription dans une agence d’intérim…) ou avoir trouvé un emploi qui commence dans moins de trois mois.

Les chiffres officiels du chômage de l’Insee reposent sur des enquêtes confidentielles réalisées auprès de 100 000 personnes. Selon ces enquêtes, en France, de 1975 à 2013, le nombre de demandeurs d’emploi est officiellement passé de 734 000 à plus de 2 807 000 personnes, soit de 3,3 % à 9,8 % de la population active[2].

Taux de chômage en France depuis 1975

Taux chômage officiel INSEE–  Champ : France métropolitaine, population des ménages, personnes de 15 ans ou plus (âge courant).
–  Source : Insee, Taux de chômage depuis 1975, enquêtes Emploi 1975-2013, séries longues.

Les calculs de L’Insee comptabilisent uniquement les chômeurs qui entrent dans la catégorie de la définition du BIT. Comme ils ne prennent pas en compte la multiplicité des situations des demandeurs d’emploi, il apparaît pertinent d’utiliser un autre mode de calcul du chômage.

Les chiffres de la direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques (DARES) ne reposent pas sur des enquêtes, mais sur les inscriptions à pôle emploi. La DARES regroupe les demandeurs d’emploi en cinq catégories : A, B, C, D et E.

Catégorie A : demandeurs d’emploi tenus d’accomplir des actes positifs de recherche d’emploi quel que soit le type de contrat (CDI, CDD, à temps plein, à temps partiel, temporaire ou saisonnier)

Catégorie B : demandeurs d’emploi ayant exercé une activité réduite de 78 heures maximum par mois, tenu d’accomplir des actes positifs de recherche d’emploi

Catégorie C : demandeurs d’emploi ayant exercé une activité réduite de plus de 78 heures par mois, tenues d’accomplir des actes positifs de recherche d’emploi

Catégorie D : demandeurs d’emploi, non immédiatement disponible, non tenue d’accomplir des actes positifs de recherche d’emploi (formation, arrêt maladie, congé maternité, etc.), ainsi que les demandeurs d’emploi en convention de reclassement personnalisé (CRP) et en contrat de transition professionnelle (CTP), sans emploi.

Catégorie E : demandeurs d’emploi non tenus d’accomplir des actes positifs de recherche d’emploi (par exemple : bénéficiaires de contrats aidés, créateur d’entreprise, etc.).

En intégrant ces cinq catégories, le nombre de demandeurs d’emploi de la France métropolitaine de la DARES était en décembre 2013 de 5 890 400 personnes[3]. Comme les chiffres de la DARES comptabilisent uniquement les personnes inscrites à « Pôle emploi », ces chiffres ne prennent pas en compte les personnes sans emploi âgées de 15 à plus de 60 ans qui ne sont pas inscrits.

  • Le calcul des actifs sans emplois.

Étant donné qu’un chômeur est un membre de la population active qui n’a pas d’emploi, à partir d’une équation qui s’appuie sur la définition de la population totale de l’Insee, nous proposons une nouvelle méthode pour calculer le nombre de chômeurs ou plutôt d’actifs sans emploi. L’intérêt de cette équation, c’est qu’elle permet de comparer l’évolution du nombre d’actifs sans emploi sur le long terme. Le résultat de cette comparaison est relativement surprenant.

Selon l’Insee[4], la population totale comprend la population active et inactive. La population active comprend les personnes qui exercent une activité professionnelle rémunérée et les chômeurs au sens du BIT. Tandis que la population inactive comprend les enfants de moins de 16 ans, les élèves du secondaire en second cycle, les étudiants, les femmes au foyer et les personnes à la retraite de plus de 60 ans. Le statut d’actif étant lié à une activité rémunérée, la femme au foyer qui fait elle-même son ménage est inactive, tandis que l’assistante ménagère qui le ferait à sa place en échange d’une rémunération est considérée comme une active. Qualifier « d’actif » uniquement ceux qui exercent une activité professionnelle rémunérée ou recherchent un emploi relève d’une imposture idéologique. Cette définition est responsable de l’exclusion sociale des personnes en âge de travailler qui n’ont pas d’emploi, n’en recherchent pas et ne sont pas inscrites à « Pôle emploi ». N’étant pas rémunéré pour son activité, l’essayiste amateur qui écrit pour partager ses idées, l’artiste amateur qui produit une œuvre par amour de son art, le militant politique qui agit pour le bien commun n’entre pas dans la catégorie des actifs et des inactifs. Pour le dire autrement, tous ceux qui agissent et créent sur leur propre initiative, sans attendre de rémunération, n’entrent pas dans ces catégories. Étant donné que l’Insee ne publie pas de statistiques officielles sur le nombre de femmes réellement au foyer (femme au foyer par volonté et non par dépit), nous avons décidé d’intégrer toutes les femmes de 16 à 59 ans à la population active. Afin d’en finir avec l’exclusion sociale provoquée par cette définition arbitraire et idéologique, toutes les personnes âgées de 16 à 59 ans, qui ne sont pas élèves en second cycle, étudiants, demandeur d’emploi et inscrit à pôle emploi font également partie de la population active.

La population active définie, pour calculer la population active sans emploi, il est nécessaire de quantifier la population de 16 à 59 ans qui exerce un emploi. Chaque année, l’Insee publie les données statistiques suivantes : la population totale, l’estimation de la population par sexe et groupes d’âge quinquennaux, le nombre d’élèves en second cycle et d’étudiants et l’emploi intérieur total par branche en nombre de personnes. Nous utiliserons ces données pour quantifier la population active qui occupe un emploi et celle qui est sans emploi. Afin de calculer la population active sans emploi, je propose d’utiliser l’équation suivante :

-Soit, Pop est la population totale : 65 899 406 hab en 2013[5].
– » , W est le taux de la population comprise entre 15 et 59 ans : 57,57 % en 2013[6].
– » , E est le nombre d’élèves en second cycle et d’étudiants : 5 317 800 en 2013[7].
– » , PAe est la population active qui occupe un emploi à équivalent temps plein : 25 589 589 hab en 2013[8].
– » , PAc est la population active sans emploi

Calcul taux actifs sans emploiEn 2013, la population moyenne[9] de la France (France métropolitaine + DOM) comprenait 65,8 millions d’habitants. Comprenant 17,6 % d’enfants de 0 à 15 ans et 26 % de personnes de plus de 60 ans, la population française était composée de 57,5 % de personnes de 16 à 59 ans, soit 37,9 millions de personnes en âge de travailler. Comprenant 5,3 millions d’élèves du secondaire en second cycle et d’étudiants, la population active de la France comprenait 32,6 millions de personnes. Étant donné que 25,5 millions d’actifs occupaient un emploi équivalent temps plein, la PAc s’élevait à 7 millions, soit 21,6 % de la population active. Le tableau ci-dessous décompose le calcul de la population active sans emploi de la France métropolitaine et des départements d’outre-mer (DOM) en 2013.

Population active sans emploi en 2013

Population active sans emploiEn reprenant les données de la DARES, il est possible d’identifier la population active sans emploi. Ces 7 millions d’actifs sans emploi comprennent 5,5 millions de demandeurs d’emploi de catégories A, B, C, D et E de la France métropolitaine plus les 268 mille demandeurs d’emploi de catégorie A, B et C des DOM. Ces 5,9 millions de demandeurs d’emploi représentent 18 % de la population active. À ce chiffre, il est nécessaire d’ajouter les 1,1 million d’actifs non identifiés de la France métropolitaine et des DOM. Ces 3,5 % d’actifs comprennent des demandeurs d’emploi de catégories D et E des DOM, des personnes au RSA découragées, des handicapés qui ne recherchent pas ou plus d’emploi, des femmes ou des hommes au foyer, des personnes rayées des listes de « Pôle emploi », des détenus, des SDF, des rentiers, etc. Ce second tableau identifie et quantifie la population active sans emploi.

Identification de la population active sans emploi en 2013

Taux chômage et actifs sans emploi-5 et 6. Pôle emploi, calculs des cvs-cjo :  Demandeurs d’emploi inscrits et offres collectées par pôle emploi en décembre 2013, Dares Indicateur de janvier 2014 n°006.

Même si le gouvernement français parvenait à créer 2,8 millions d’emplois, il resterait encore une armée de réserve de 4,2 millions d’actifs sans emploi. Si tous les demandeurs d’emploi de la catégorie A avaient un emploi, les intérimaires et les salariés précaires à temps partiel subi de catégorie B et C, ainsi que les demandeurs d’emploi de catégorie D et E et les personnes au RSA non déclaré exerceraient une pression sur les salariés en postes. Au nom de la compétitivité et de la création d’emplois, cette armée de réserve permet au patronat ou au MEDEF de légitimer la remise en cause de tous les acquis sociaux obtenus par le Conseil National de la Résistance (CNR) et les mouvements sociaux qui ont eu lieu durant les 30 glorieuses.

L’équation de la population active sans emploi donne une courbe qui permet d’étudier son évolution sur une plus longue période. Le graphique ci-dessous présente l’évolution de la population active sans emploi, de la population active qui occupe un emploi, de la population de 16 à 59 ans, ainsi que des élèves de second cycle et des étudiants de 1980 à 2013. N’ayant pas trouvé de statistiques d’élèves de second cycle et d’étudiants pour la période de 1949 à 2013, nous nous sommes limités à cette période dont la lecture est déjà très intéressante.

Population, effectifs par branche, actifs sans emploi et étudiants   de 1980 à 2013

Pop effect, actifs et étudiants-Source : Insee, 6.209 Emploi intérieur total par branche en nombre d’équivalents temps plein, comptes nationaux, base 2010.
-Source : Insee, estimations de population : Population par sexe et groupes d’âge quinquennaux au 1er janvier 2015, France.
-Source : Depp, Effectifs d’élèves et d’étudiants dans l’enseignement public et privé à la rentrée 2013, France (hors Mayotte avant 2011). (n’ayant que des sources fragmentées des effectifs d’élèves et d’étudiants de 1980 à 2002, une partie de ces données reposent sur une estimation.)

Contrairement aux idées reçues, le nombre d’actifs sans emploi n’a pas augmenté, mais diminué. En effet, tandis que le nombre de demandeurs d’emploi officiel de l’Insee a augmenté de 282 % sur la période de 1975 à 2013, sur celle de 1980 à 2013, le nombre d’actifs sans emploi a diminué de 9,3 %. Malgré l’augmentation de 4,6 millions (+13,8 %) de la population comprise entre 16 et 59 ans, le nombre d’actifs sans emplois est passé de 7,7 à 7 millions de personnes. Cette baisse est due à l’augmentation de 3,6 millions des effectifs de la population active qui occupe un emploi équivalent temps plein, soit une hausse de 16,8 %. Les emplois créent entre 1998 et 2001 peuvent être, en partie, attribués à la loi sur les 35 heures. En effet, le passage au 35 heures a, en partie, contribué à la création de plus de 1,6 million d’emplois, soit une hausse de 7 % sur 3 ans. Comme la loi imposait aux salariés des entreprises de plus de 20 salariés de travailler 35 heures, ces entreprises ont dû augmenter leurs effectifs pour assurer leur activité. Cette baisse est également due à l’augmentation de 1,6 million des effectifs des élèves de second cycle et des étudiants. Cette hausse de 44,2 % est en partie due à la volonté du gouvernement socialiste de faire accéder 80 % d’une classe d’âge au bac.

La population active sans emploi quantifié, avant de proposer des solutions pour en finir avec le chômage, il apparaît pertinent d’en appréhender les causes et les conséquences.

Les conséquences économiques, politiques et sociales du chômage.

Le chômage de masse est un fléau économique, politique et social qui concerne désormais toutes les catégories socioprofessionnelles (employés, ouvriers et cadres). Ces 5,5 millions d’actifs sans emploi influencent de manière directe et indirecte le comportement des demandeurs d’emploi et des salariés qui ont peur de perdre leurs emplois. Ce climat d’insécurité a des répercussions politiques et sociales qui menacent le processus démocratique de la France. Les surcoûts financiers directs et indirects générés par le chômage et la peur du chômage contribuent à creuser le déficit budgétaire et la dette publique des États.

  • Les conséquences directes du chômage.

– La première conséquence directe du chômage est la perte du pouvoir d’achat et l’endettement des ménages. Le salarié qui se retrouve au chômage perd 25 % de son revenu qui décroît régulièrement en fonction de sa durée. En fin de droit, le chômeur perçoit le RSA (revenue de solidarité active). Si cette situation se prolonge et si le ménage avait souscrit de nombreux crédits, cette perte de revenu peut conduire au surendettement. La cessation de payement des traites déclenche une procédure de recouvrement, la saisie des biens et à terme l’expulsion.

– La seconde conséquence directe est la perte du lien social. L’activité professionnelle étant le pilier central de l’identité et du statut social du salarié, sa perte à des répercussions sur ses relations privées et sociales. Non seulement le chômage provoque la perte du réseau nécessaire à la satisfaction des besoins d’appartenance, mais en plus, le statut de chômeur influence l’image et l’estime que l’individu a de lui. Malgré le temps libre dont il dispose, le chômeur ne se sent pas digne d’en profiter pour cultiver de nouveaux champs de socialisation et d’expression. La honte qu’il ressent l’incite à s’isoler de sa famille et de ses amis. En se repliant sur lui, le chômeur perturbe l’équilibre de sa vie de famille. En 1987, Serge Paugam faisait apparaître que 43,5 % des hommes au chômage depuis 2 ans ont vécu une rupture conjugale, contre 18,9 % pour ceux qui étaient actifs[10]. Pour toutes ces raisons, le chômage de longue durée apparaît comme l’une des causes principales de l’exclusion sociale.

– La troisième concerne la santé physique et psychique du chômeur. L’identité et l’équilibre psychique d’un individu étant dépendants de la pratique quotidienne d’une activité professionnelle, le licenciement provoque un effondrement de sa personnalité. Ne disposant plus de repères temporels pour structurer son emploi du temps et donner un sens à sa vie, le chômeur est confronté à l’angoisse et au vide existentiel. Ce climat peut provoquer des maladies plus ou moins graves (insomnie, stress, dépression, cancer, etc.) et parfois conduire au suicide. Une hausse brutale de 3 % du taux de chômage peut provoquer une hausse du taux de suicide de 4,4 %[11]. Étant davantage soumis aux maladies cardio-vasculaires et rénales (+50 %), en moyenne, le taux de mortalité des chômeurs augmente de 75 %[12] par rapport à celui des actifs. Michel Lagrave[13] cite une étude britannique qui affirme qu’une hausse de 1 million de chômeurs sur 5 ans provoque 50 000 morts et 60 000 cas de maladies mentales supplémentaires. Ces conséquences incitent davantage les chômeurs à retrouver rapidement un emploi plutôt qu’à profiter des allocations chômages et du temps libre.

  • Les conséquences indirectes du chômage.

– La première conséquence directe concerne la hausse de la délinquance et de la criminalité. Des études montrent la corrélation entre le chômage et la délinquance. Étant confrontés à la difficulté de trouver un emploi, les jeunes issus de milieux défavorisés peuvent facilement basculer dans la délinquance. En effet, la plupart des condamnés pour vols, trafics ou violences cumulent la précarité et l’exclusion dues au chômage. Aux États-Unis, une étude a démontré qu’une hausse de 10 % de chômage provoque une hausse de 4 % des arrestations, de 6 % des incarcérations, de 3,4 % des crimes économiques et de 0,8 % des crimes violents. Une hausse de 1 million de chômeurs sur 5 ans est à l’origine de 14 000 condamnations pénales supplémentaires[14]. La principale cause de ces hausses étant le chômage, au lieu de s’en prendre aux délinquants, les pouvoirs publics devraient plutôt s’en prendre au chômage.

– La seconde conséquence indirecte concerne l’impact du chômage sur les salariés en poste. Il n’y a pas que les chômeurs qui sont concernés par le chômage. Il concerne également tous les salariés qui ont la chance d’avoir un emploi. Le MEDEF et le gouvernement exploitent la peur du chômage pour supprimer les acquis sociaux conquis en 1948 (Conseil National de la Résistance) et durant les 30 glorieuses. Ils affirment que pour créer des emplois, il faut supprimer les rigidités qui freinent la compétitivité des entreprises françaises (droit du travail, contrats de travail et revenus minimums). Quel que soit son statut professionnel, aucun salarié n’est à l’abri d’un licenciement provoqué par la concurrence internationale, la récession économique, une restructuration due aux exigences des actionnaires (+15 % de rentabilité) et une délocalisation. Ce contexte professionnel entretient un climat d’insécurité dans l’esprit de tous les salariés qui ont peur de perdre leurs emplois et de se retrouver en situation de précarité et d’exclusion sociale.

Pour éviter de se retrouver au chômage, en fonction de son niveau hiérarchique, le salarié peut disposer de multiples stratégies : se soumettre aux ordres et à l’autorité, contribuer au « sale boulot »[15], accepter la flexibilité, rentrer en compétition avec ses collègues et ne pas s’impliquer dans des revendications collectives. La peur du chômage provoque un comportement de soumission qui empêche les mouvements sociaux de se mobiliser pour lutter contre la dégradation des conditions de travail (baisse des salaires, intensification des rythmes de travail, hausse de la flexibilité et augmentation de la précarité). Cette soumission provoque un état de stress qui a des conséquences néfastes, d’une part, sur la santé physique et psychique des salariés, et, d’autre part, sur la performance économique des entreprises. L’Union européenne estime que le coût du stress au travail est de 20 millions €. Les coûts liés à l’absentéisme et au stress représentent 10 % du PIB du Royaume-Uni. Aux États-Unis, plus de la moitié des 550 millions d’heures de travail perdues dans le secteur privé pour cause d’absentéisme sont en grande partie liés au stress[16]. De plus en plus de salariés sont sujets à des états anormaux d’agitation et d’angoisse, accompagnés d’une diminution de la lucidité et d’un rétrécissement de la pensée. Ces symptômes sont révélateurs d’un malaise profond qui concerne toutes les couches de la société. En France, entre 1985 et 1993, les files d’attente en psychiatrie adulte ont augmenté de 13 %. En 2000, d’après les statistiques de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), en France plus de 3 millions de personnes (6 % de la population) souffraient de troubles psychiques. Les principaux troubles sont la schizophrénie, la maladie d’Alzheimer, l’alcoolisme, la toxicomanie et l’addiction (consommation, jeux, sexe, travail, etc.). L’augmentation de la consommation d’antidépresseurs et de maladies psychosomatiques liées à la souffrance au travail permet à l’industrie pharmaceutique et de la santé de générer d’énormes profits. Ce processus contribue à approfondir le déficit de la caisse d’assurance maladie qui est financé conjointement par des cotisations salariales et patronales. En 2004, l’organisation internationale du travail (OIT) signale que les coûts liés aux problèmes de santé mentale au travail représentent 3 % du PIB. De ce fait, au lieu d’attribuer le déficit de la caisse d’assurance maladie à la mauvaise gestion de l’État et des partenaires sociaux, il apparaît plus pertinent d’en attribuer la responsabilité à la hausse du chômage et de la peur du chômage.

Par conséquent, pour réduire, d’une part, les troubles physiques et psychiques liés au chômage et à la peur du chômage, et d’autre part, le déficit de la caisse d’assurance maladie, il est indispensable de mettre en œuvre un programme politique capable d’en finir avec les 5,5 millions d’actifs sans emploi. En effet, même si les entreprises créaient 2,8 millions d’emplois, elles disposeraient encore d’une armée de réserve de 2,7 millions d’actifs sans emploi pour exercer une pression sur les salariés en poste.

– La dernière conséquence indirecte est politique. La hausse du chômage favorise la montée des partis politiques d’extrême droite qui sont une menace pour le processus démocratique et la paix. L’insécurité, la précarité, la perte de repère et la souffrance liée au chômage et à la peur du chômage menacent le processus démocratique des pays industrialisés. En effet, les populations les plus fragiles et précaires (CDD, intérimaires et chômeurs) risquent de voter pour des partis d’extrême droite (Front national en France, NPD en Allemagne, etc.) qui méprisent la démocratie. La crise économique de 1929 a provoqué une hausse du chômage qui a favorisé l’ascension de Hitler au pouvoir en 1933. Depuis le milieu des années 70, la France est confrontée à une crise économique responsable d’un taux de chômage officiel qui fluctue entre 8 et 11 %. Comme en Allemagne en 1933, les salariés les plus fragiles recherchent la protection d’un Homme capable de les rassurer. Le graphique ci-dessous fait apparaître un lien entre la hausse du chômage et le vote pour le Front national (FN) aux élections présidentielles et législatives de 1973 à 2012.

Le lien entre la hausse du chômage et le vote pour le Front national de 1973 à 2012

Chômage et front national-Sources : Insee, enquêtes Emploi 1975-2011, séries longues. Taux de chômage depuis 1975
-Sources : Wikipedia, Front national (parti français) http://fr.wikipedia.org/wiki/Front_national_%28parti_fran%C3%A7ais%29

Lors des élections législatives de 1973, le taux de chômage étant de 2,7 %, le score du FN s’élevait seulement à 1,3 % des votes. Lors des élections présidentielles de 1981, malgré un taux de chômage de 6,3 %, le score du FN représentait 0,18 % des votes. En 1981, les Français espéraient que François Mitterrand sortirait la France de la crise, arrêterait la hausse du chômage et changerait leurs conditions de vie. De 1984 à 2012, déçus par le revirement idéologique du Parti socialiste (adhésion à la politique économique ultralibérale), et l’incapacité des gouvernements de coalition de gauche (PS, PC et Vert) à résoudre le problème du chômage, un nombre croissant de salariés des couches populaires délaissent les partis de gauche pour le FN qui fluctue désormais entre 10 et 18 % des votes aux élections. En obtenant 16,8 % des votes au 1er tour des élections présidentielles de 2002, Jean Mari Le Pen a créé la surprise en éliminant Lionel Jospin. Étant incapable de répondre à l’inquiétude des Français, Jospin a été éliminé dès le 1er tour. Au lieu de proposer un programme de rupture, il a présenté un programme sécuritaire et une politique économique ultralibérale qui ont ouvert la voie à Le Pen. Lors des élections présidentielles de 2007, les populations les plus fragiles ont été séduites par le discours populiste de Nicolas Sarkozy. Son discours sécuritaire et volontariste concernant l’emploi lui a permis de séduire 5 % des électeurs du FN. En 2012, après 5 ans de Sarkozy, les populations les plus fragiles ne croyaient plus en lui et n’avaient pas confiance en François Hollande. Au lieu de voter pour lui ou Jean-Luc Mélenchon au 1er tour des élections présidentielles, elles ont voté pour Marine Le Pen qui a obtenu un score de 17,9 %. Face à l’incapacité de l’UMP et du PS à lutter contre les méfaits de l’Europe, de l’euro, de la mondialisation, de la finance, des délocalisations, etc., le FN apparaît désormais comme la seule force politique capable de protéger les populations les plus fragiles. Pourtant, malgré son discours populiste et antisystème, les soubassements idéologiques du FN sont l’ultralibéralisme autoritaire (baisse des impôts, liberté des prix, baisse des salaires et des déficits publics, suppression des syndicats, État gendarme, restriction des libertés individuelles, etc.). Comme le parti nazi, le FN instrumentalise le racisme et l’antisémitisme pour détourner les populations les plus fragiles de la cause réelle de leurs problèmes, que sont la financiarisation de l’économie et la doctrine ultra-libérale. Afin de sauver la démocratie, il est indispensable que François Hollande ait le courage et la volonté politique de s’affranchir de la doctrine ultra-libérale pour enfin proposer un projet novateur capable de créer 5,5 millions d’emplois.

  • Les conséquences directes et indirectes du chômage sur le budget de l’État.

Le chômage de masse n’a pas que des conséquences politiques et sociales, il a également des répercussions sur le budget de l’État. Afin d’en calculer le coût, il est nécessaire de prendre en compte les coûts directs et indirects du chômage.

– Les coûts directs comprennent la hausse des dépenses des Assedic, la baisse des cotisations à l’Urssaf et aux caisses de retraite, ainsi que les pertes de recettes fiscales de l’État et des collectivités locales. À ce chiffre, il faut ajouter le manque à gagner de 15 milliards € dus aux minima sociaux et aux allégements de charges patronales pour l’embauche de chômeurs de longues durées et d’allocataires du RMI. En France, les coûts directs du chômage sont estimés à 6 % du PIB. En 2013, le total des recettes net du budget général de la France était de 312,7 milliards €[17] et le PIB de 2113,7 milliards €[18]. Si les coûts directs du chômage représentaient 6 % du PIB, ils correspondaient à 126,8 milliards € soit 40,6 % des recettes fiscales de l’État.

– Les coûts directs ne prennent pas en compte les coûts indirects liés aux conséquences sociales du chômage. En effet, l’augmentation des maladies liées au chômage, au stress et à la peur de perdre son emploi provoque une explosion des dépenses de santé qui creuse le déficit de la caisse d’assurance maladie. L’augmentation de la petite délinquance due au chômage provoque la hausse des dépenses liées à la sécurité. En engorgeant les tribunaux, l’accroissement des infractions et des petits délits contribue à augmenter les coûts de fonctionnement de l’appareil judiciaire. Le surpeuplement des prisons pour petits délits oblige le gouvernement à en construire de nouvelles.

Selon une étude canadienne[19], si le taux de chômage atteignait 10,4 % de la population, son coût indirect évoluerait entre 5 % et 12 % du PIB. S’il atteint 12 %, ce coût représenterait 253,6 milliards €, soit 81 % des recettes de l’État. En 1998, Jacques Nikonoff[20] évaluait le cumul des coûts directs et indirects du chômage à 13 % du PIB. Ces chiffres sont contestés par les pouvoirs publics, car en 2013, ce coût aurait représenté 274,7 milliards €, soit 88 % des recettes fiscales de l’État.

Étant donné qu’elle provoque la baisse des recettes fiscales et la hausse des dépenses publiques, la hausse du chômage contribue directement et indirectement à l’augmentation de la dette publique de l’État. En effet, afin de réparer les dégâts provoqués par la hausse du chômage, le gouvernement doit augmenter le budget du ministère du Travail et de l’Emploi, des affaires sociales, de la santé, de la justice et de l’intérieur. En alourdissant le budget de ses différents ministères, la hausse du chômage contribue à creuser la dette publique sans apporter de bien-être supplémentaire. De ce fait, l’augmentation de la dette publique n’est pas due à la mauvaise gestion de l’État, mais à la hausse des dépenses consécutives à la hausse du chômage.

Paradoxalement, au lieu de proposer un projet capable d’en finir avec le chômage, la principale préoccupation du gouvernement français, des gouvernements des pays européens (Italie, Espagne, Grèce, etc.), de la commission européenne, du FMI, des agences de notation, etc., est de lutter contre la hausse de la dette publique des États. Les mesures préconisées par la commission européenne et le FMI pour réduire la dette publique comprennent entre autres : l’augmentation de l’âge du départ à la retraite, la baisse du montant de la retraite, la suppression d’emplois publics, la baisse du salaire minimum, la baisse du salaire des fonctionnaires, la réduction du budget de la sécurité sociale et la privatisation des services publics (santé, transport, éducation, poste, eau, énergie, etc.). Le cas de la Grèce met en évidence l’incohérence de cette stratégie : le plan d’austérité provoque une récession économique dont les conséquences sont une hausse du chômage et une baisse des entrées fiscales, qui se traduisent par une augmentation de la dette publique.

Par conséquent, ce n’est pas la restriction budgétaire, mais de suppression du chômage qui est la stratégie la plus efficace pour réduire la dette publique des États. Avant de proposer des solutions pour en finir avec les 7 millions d’actifs sans emploi de la France, il apparaît pertinent d’en comprendre les causes.

Quelles sont les causes du chômage ?

Les hommes politiques, les médias, le MEDEF et les ultralibéraux affirment que les principales causes du chômage sont, d’une part, la faiblesse de la croissance du PIB, et, d’autre part, le coût du travail, la rigidité du Code du travail et l’inadéquation entre l’offre et la demande d’emploi. Ces explications évoquent rarement le rôle des gains de productivité et de la répartition des bénéfices générés par ces gains de productivité.

  • Les croyances idéologiques qui expliquent la hausse du chômage.

Les hommes politiques et les médias n’arrêtent pas d’affirmer que la faiblesse de la croissance du PIB serait responsable de la hausse du chômage. Le MEDEF et les ultralibéraux affirment que c’est le coût trop élevé du travail, ainsi que les rigidités du Code du travail et l’inadéquation entre l’offre et la demande d’emploi qui serait un frein à la compétitivité des entreprises françaises, et donc, à la création d’emploi. Afin de valider ou d’infirmer ces affirmations, nous commencerons par comparer le coût du travail et le Code du travail de pays européens dont le taux de chômage est plus faible et plus élevé que celui de la France. Comme le PIB est jugé insuffisant pour enrayer la hausse du chômage, il apparaît pertinent de mesurer l’évolution de la croissance du PIB en pourcentage et en valeur sur une longue période.

– Le coût trop élevé du travail serait-il responsable de la hausse du chômage ? La première cause, souvent énoncée pour expliquer la hausse du chômage, est le coût trop élevé du travail (rémunération directe, charges sociales, etc.) qui serait un frein à la compétitivité des entreprises. Pour les ultralibéraux et le MEDEF, le marché de l’emploi idéal serait celui où le coût horaire du travail serait fixé librement entre les acteurs en fonction de la loi dite de « l’offre et de la demande ». Si l’offre d’emploi est plus importante que la demande, le coût horaire augmente pour inciter les salariés à travailler. Par contre, si l’offre est plus faible que la demande, le coût horaire baisse, ou plutôt, s’ajuste en fonction de l’offre. Étant donné qu’en 2013 le taux de chômage officiel de la France était de 9,8 %, la demande d’emploi est plus importante que l’offre d’emploi. Pour rétablir l’équilibre sur le marché de l’emploi, et donc, créer les conditions du plein emploi, il suffirait de supprimer le salaire minimum (SMIC de 9,43 € en 2013) qui apparaît comme un frein à la création d’emploi. Si le coût du travail était la principale cause de la hausse du chômage, les pays qui ont le coût horaire de l’heure de travail le plus élevé devraient avoir un taux de chômage plus élevé que ceux qui ont le coût horaire le plus bas. Hors ce n’est pas le cas. Le graphique ci-dessous présente le taux de chômage de pays de la zone euro en fonction du coût horaire de l’heure de travail.

Taux de chômage en fonction du coût horaire de l’heure de travail en 2012

Chômage et taux horaire–  Sources : Enquêtes quadriennales du coût de la main-d’œuvre (ECMO) enquête 2012 prolongée par les indices trimestriels du coût de la main-d’œuvre d’Eurostat.

–  Source : Eurostat, Chomage record de la zone euro, Taux de chômage des pays de la zone euro en novembre 2012, en % de la population active.

Ce graphique fait apparaître qu’en 2012, les pays européens, qui avaient le coût horaire de l’heure de travail le plus élevé (Belgique 40,14 €, Allemagne 31,93 €, Autriche 30,74 € et Pays-Bas 32,17 €), avaient respectivement le taux de chômage le plus bas (7,4 %, 5,4 %, 4,5 % et 5,6 %). À l’inverse, les pays européens qui avaient le coût horaire le plus bas (Grèce 18,85 €, Espagne 20,92 € et Portugal 12,91 €) avaient le taux de chômage le plus élevé (26 %, 26,6 % et 16,3 %). Ce graphique met en évidence que ce n’est pas forcément le coût du travail qui expliquerait la hausse du chômage.

– La rigidité du Code du travail serait-elle responsable de la hausse du chômage ? La seconde cause souvent énoncée pour expliquer la hausse du chômage serait la rigidité du Code du travail. Les procédures de licenciement de la France étant relativement contraignantes et coûteuses, la réglementation du travail apparaît comme un frein à la compétitivité des entreprises, et donc, à la création d’emplois. Pour les ultralibéraux et le MEDEF, le marché de l’emploi idéal est celui où un employeur serait totalement libre d’embaucher et de licencier un salarié en fonction du rythme de son activité. Cette forme de contrat de travail, qui permet aux entreprises de disposer d’une main d’œuvre flexible, existe déjà. En effet, la loi 72-1 du 3 janvier 1972 sur le travail temporaire a légalisé l’usage du contrat de travail de l’intérimaire. Selon les responsables du MEDEF, si la procédure de licenciement était plus simple, plus rapide et moins coûteuse, les entreprises préféraient embaucher des salariés en CDI plutôt qu’en CDD et en intérim. Si les règles, qui encadrent les procédures de licenciement, étaient responsables de la hausse du chômage, les pays qui ont un haut niveau de protection du travail devraient avoir un taux de chômage élevé. Hors, une fois de plus, ce n’est pas le cas. En effet, malgré le fait que l’Allemagne, les Pays-Bas, l’Autriche, la Belgique et la Suède disposent d’une réglementation du travail qui protège les salariés, le taux de chômage de ces pays est plus faible qu’en France.

– L’inadéquation entre l’offre et la demande d’emploi serait-elle la cause du chômage ? La troisième cause du chômage serait l’inadéquation entre l’offre et la demande d’emploi. Le MEDEF annonce régulièrement que 200 000 offres d’emplois seraient non pourvues. Les secteurs d’activités qui auraient des difficultés à trouver du personnel sont ceux de la restauration, de l’hôtellerie, des services aux entreprises et des services aux particuliers. Les emplois que ces secteurs auraient, soi-disant, des difficultés à recruter sont ceux d’agents d’entretiens, d’aides à domicile, d’employés de maison, d’aides-soignants, de serveurs, de plongeurs et d’aides-cuisiniers, etc. Ces emplois, qui sont souvent payés au SMIC, ont des horaires à temps partiel subis, n’exigent pas de qualification et n’offrent pas de perspective d’avenir, sont responsables de l’augmentation des travailleurs pauvres et précaires. Si les employeurs de ces secteurs d’activité ont réellement du mal à trouver du personnel, au non de la loi dite de « l’offre et de la demande », ils n’ont qu’à rendre ces emplois plus attractifs en proposant des rémunérations et des conditions de travail plus élevé que dans les autres secteurs d’activités. Au lieu de revaloriser ces emplois, le MEDEF dénonce les conditions d’indemnisation des demandeurs d’emploi qui rendraient le chômage plus attractif que le travail. L’allocation d’aide au retour à l’emploi étant trop généreux, il serait responsable d’un déséquilibre sur le marché de l’emploi.

– La faiblesse de la croissance du PIB serait-elle la cause du chômage ? La faiblesse de la croissance du PIB est souvent présentée par les hommes politiques et les médias comme la principale cause de la hausse du chômage. La relance de la croissance serait donc la seule solution pour inverser la courbe du chômage. Afin de valider ou d’infirmer cette affirmation, il apparaît pertinent de comparer l’évolution du PIB et de son taux de croissance sur une longue période. Le graphique ci-dessous présente l’évolution du PIB de 1950 à 2013.

PIB en valeur et taux de croissance du PIB de 1950 à 2013

PIB et Taux de croissance PIB–  Source : Insee, 1.115 Produit intérieur brut et revenu national brut par habitant, comptes nationaux, base 2010.

L’analyse de ce graphique fait apparaître que le montant de la richesse générée par la croissance du PIB a toujours été relativement soutenu. Mais surtout, que la supposée faiblesse de la croissance n’est pas due à la richesse produite, mais au taux de croissance de cette richesse. De 1950 à 2013, malgré la crise économique qui sévit depuis 1973, en passant de 15,5 à 2 113 milliards €[21], le montant du PIB a été multiplié par 136, soit une progression de 13 503 %. Même si l’écart entre le PIB de 2012 à 2013 est seulement de 1,1 %, la valeur générée par cet écart est plus élevée que celle de 1949 à 1950. En effet, tandis que de 1949 à 1950, la valeur créée par un taux de croissance du PIB de 17,3 % était de 2,2 milliards €, celle créée par la croissance de 2012 à 2013 était de 22,6 milliards €. De 1950 à 1969, il a fallu 19 ans et un taux de croissance du PIB de 625 % pour générer 97 milliards € supplémentaires. De 2010 à 2013, il a fallu 3 ans et taux de 5,8 % pour générer un PIB supplémentaire de 115 milliards €. À taux de croissance équivalente, 1 % de croissance en 1950 générait seulement 132 millions €, tandis qu’en 2013, il génère 20,9 milliards €, soit 157 fois plus de valeur. Durant la période de 1949 à 1973, qui est souvent considérée comme une période de très forte croissance économique, le cumul de la valeur créée par la croissance du PIB était 1 645 milliards €. Comparativement à la valeur créée de 1989 à 2013, qui s’élève à 38 920 milliards €, ce chiffre correspond à peine au PIB de 2003 qui s’élevait à 1 657 milliards €. Si la faiblesse de la croissance du PIB était responsable de la hausse du chômage, le taux de chômage de 1973 devrait être plus important que celui de 2013. Paradoxalement, ce n’est pas le cas. En effet, tandis que le taux de chômage officiel de décembre 1973 était seulement de 2,7 %, celui de 2013 était de 9,8 %. En mettant en évidence que ce n’est pas la faible création de richesse qui est à l’origine de la hausse du chômage, cette étude invalide l’idée largement répandue que c’est la faiblesse du taux de croissance du PIB qui serait responsable du chômage.

Si ce n’est pas le coût du travail, la rigidité du Code du travail, l’inadéquation entre l’offre et la demande d’emploi et la faiblesse de la croissance du PIB qui seraient responsables de la hausse du chômage, est-ce qu’il serait possible d’imputer cette responsabilité aux gains de productivité.

Les gains de productivité seraient-ils responsables de la hausse du chômage ?

Comme l’expliquait déjà John Maynard Keynes en 1933, « Nous sommes atteints d’un nouveau mal, dont certains lecteurs ne connaissent peut-être pas encore le nom – le chômage technologique. Il désigne le chômage causé par la découverte de procédés nouveaux qui économisent la main-d’œuvre alors que la découverte de nouveaux débouchés pour celle-ci s’avère un peu plus lente. »[22] Afin de mieux appréhender les liens qui unissent les gains de productivité, la croissance du PIB et le chômage, nous aborderons les causes, les modes de calcul et les conséquences des gains de productivité.

  • Comment générer des gains de productivité ?

Les gains de productivité sont générés par le progrès technique (matériels agricoles, outils de production, moyens de transport, TIC, etc.) et l’organisation du travail. Ces innovations provoquent une transformation des moyens et des méthodes de production, de l’organisation du travail, des produits, des marchés et des structures de l’économie.

Les premiers gains de productivité sont apparus dans l’agriculture. Le progrès des outils de production agricole (tracteurs, charrues, moissonneuses batteuses, etc.) a permis de réduire le temps de travail et le nombre d’ouvriers agricoles. De 1950 à 2013, tandis que la productivité horaire du travail de l’agriculture progressait de 3 024 %[23], ses effectifs diminuaient de 86 %. Les gains de productivité générée dans l’agriculture ont permis de libérer la main-d’œuvre indispensable à l’essor de la production minière et industrielle.

Permettant de produire plus avec moins de temps et de main-d’œuvre, le progrès des outils de production industrielle (usines numériques, robots, etc.) a permis de générer d’importants gains de productivité. De 1950 à 2013, tandis que la productivité horaire du travail de l’industrie progressait de 1 482 %, ses effectifs diminuaient de 38 %[24]. Dans les usines modernes, les ouvriers ayant été remplacés par des robots, ceux qui y travaillent encore ne sont plus chargés de la production, mais de la maintenance et de l’entretien. Dans cette usine BMW, il n’y a quasiment plus de salariés.

L’évolution technique des technologies de l’information et de la communication (TIC) : les ordinateurs, les téléphones mobiles, la visioconférence, les logiciels de traitement de l’information (ERP, CAO, FAO, CGDT, etc.) et les réseaux de circulations de l’information (semi-conducteurs, puces RFID, Internet, etc.) ont permis d’accélérer le processus de collecte, de traitement et de circulation de l’information.

Le progrès des moyens de transport (voiture, train, avion, etc.) et des infrastructures de transport (autoroute, port, aéroport, ligne à grande vitesse, etc.) permettent d’accélérer la circulation des voyageurs, des salariés, des matières premières et des marchandises au niveau local, national et mondial. Désormais, ce n’est plus la distance qui détermine la durée d’un trajet, mais le moyen de transport (train corail ou TGV) et l’infrastructure du moyen de transport (ligne ordinaire ou ligne à grande vitesse). Sur la ligne à grande vitesse, il faut 4 heures à un TGV pour effectuer les 979 km qui séparent Lille à Marseille. Tandis que sur la ligne ordinaire, il faut 3 heures à ce même TGV pour effectuer les 198 km qui séparent Marseille à Nice. En réduisant la durée et le coût des transports, les moyens de transport modernes facilitent les échanges internationaux et les délocalisations. Grâce à la réduction des coûts de transports et à la suppression des droits de douane, il est plus rentable de produire un ordinateur en Chine qu’en France.

Les gains de productivités horaires sont également dus aux multiples méthodes d’organisation du travail (Taylorisme, Fordisme, Toyotisme, Lean Six Sigma[25], KAIZEN, méthode projet, MERISE, etc.) qui procurent aux ingénieurs et aux consultants en organisation les moyens de restructurer le processus de production des entreprises. Le Toyotisme, qui consiste à produire à flux tendu et à limiter les stocks à zéro, nécessite l’intégration et la synchronisation des outils de production, des systèmes de suivis et de traitement de l’information et de la logistique. Les restructurations permettent de réduire le gaspillage d’énergie, de matière première et de temps. Les gains de temps générés par l’organisation du travail provoquent un surplus de main-d’œuvre, et donc, des licenciements. Contribuant à la réduction des coûts de production et des charges salariales, ces restructurations permettent d’augmenter les bénéfices de l’entreprise.

  • Comment mesurer les gains de productivité ?

Étant donné qu’elle permet de mesurer le dynamisme économique d’un salarié, d’un atelier, d’une entreprise ou d’un pays, la productivité est un indicateur important de l’économie. La productivité consiste à produire plus en utilisant moins de facteurs de production. Elle mesure le rapport entre une production et la quantité de facteurs (capital, effectifs et heures de travail) mis en œuvre pour la réaliser. La productivité peut mesurer la productivité physique du travail, la productivité du capital, la productivité du travail et la productivité horaire du travail.

– La productivité physique du travail mesure la quantité de production réalisée par une unité de facteur.

Productivité physique du travailPar exemple, il est possible de calculer le rendement d’un salarié (nombre de pièces réalisées par un salarié pendant une heure de travail) ou d’une machine (nombre de pièces réalisées par une machine pendant une heure de fonctionnement de la machine). Si 100 salariés produisent 10 000 pièces, la productivité du travail sera de 10 000/100 = 100 pièces par salarié. Chaque salarié produit en moyenne 100 pièces.

– La productivité du facteur capital mesure la valeur ajoutée générée par un euro de capital investi.

Productivité du capitalPar exemple, si un capital 10 000 € génère une valeur ajoutée de 100 000 €, la productivité du capital sera de 100 000/10 000 = 10 € par euro investi. Chaque euro investi génère en moyenne 10 € de valeur ajoutée.

– La productivité du travail mesure la valeur ajoutée produite par un salarié.

Productivité du travailPar exemple, si 100 salariés génèrent 100 000 € de valeur ajoutée, la productivité du travail sera de 100 000/100 = 1 000 € par salarié. Chaque salarié génère en moyenne 1 000 € de valeur ajoutée.

La productivité horaire du travail mesure la valeur ajoutée générée par le nombre d’heures de travail.

Productivité horaire du travail 1Par exemple, si 5 000 heures de travail génèrent 100 000 €, la productivité horaire du travail sera de 100 000/5 000 = 20 € par heure de travail. Chaque heure de travail génère en moyenne 20 € de valeur ajoutée.

Pour calculer la productivité horaire du travail, l’INSEE prend en compte le nombre d’heures de travail qui est égal à la durée individuelle moyenne du travail multiplié par les effectifs.

Productivité horaire du travail 2Par exemple, si 100 salariés, qui travaillent en moyenne 50 heures, génèrent une valeur ajoutée de 100 000 €, la productivité horaire du travail sera de 100 000/(100 x 50) = 20 € par heure de travail. Chaque heure de travail d’un salarié génère en moyenne 20 € de valeur ajoutée.

Le graphique ci-dessous présente la croissance de la productivité horaire du travail et du taux de productivité horaire de 1950 à 2013.

Productivité horaire du travail et taux de productivité horaire de 1950 à 2013

Productivité et taux croissance-Source (d) : Insee, moyennes heures de travail par branche, Comptes nationaux, Base 2010.
-Source (e) : Insee, 6.208 Emploi intérieur total par branche en nombre de personnes, Comptes nationaux, Base 2010.
-Source (VA) : Insee, 6.202 Valeur ajoutée brute par branche en volume aux prix de l’année précédente chaînés, Comptes nationaux, Base 2010.

L’analyse du graphique ci-dessus fait apparaître que de 1950 à 2013, en passant de 5,9 € à 46,1 €[26] de l’heure de travail, la productivité horaire du travail a progressé en moyenne de 681 %. En 2013, 1 heure de travail produit 7,8 fois plus de valeur qu’en 1950. Même si l’écart entre le taux de croissance de la productivité horaire de 2012 à 2013 est seulement de 0,5 %, la valeur générée par cet écart est plus élevée que celle de 1949 à 1950. En effet, tandis que de 1949 à 1950, la valeur créée par le taux de croissance de la productivité horaire de 3,8 % était de 0,2 € de l’heure, celle créée par la croissance de 2012 à 2013 était de 0,4 € de l’heure. De 1950 à 1969, il a fallu 19 ans et un taux de croissance de la productivité horaire du travail de 165 % pour générer une productivité horaire du travail de 9,7 €. De 1995 à 2013, il a fallu 18 ans et un taux de 27,1 % pour générer une productivité horaire de 9,8 €. À taux de croissance équivalente, tandis que 1 % de croissance en 1951 produisait seulement 0,06 €, en 2013, il produit 0,5 €, soit 8,3 fois plus de valeur, soit un écart de 733 %. Après avoir présenté l’évolution de la productivité horaire, il apparaît pertinent d’étudier le lien entre la productivité horaire du travail et la hausse du chômage.

  • Quelles sont les conséquences des gains de productivité horaire ?

Les gains de productivité permettent de produire plus de biens et de services avec moins de salariés et de temps de travail. Afin d’illustrer ce lien, nous prendrons l’exemple de l’usine de production automobile Alpha.

– En 1950, l’usine Alpha produisait 10 voitures (5 A et 5 B) avec 40 salariés et 100 heures de travail.

Gain prod uzine A 2007– En 2013, l’usine Alpha produit 100 voitures (50 A et 50 B) avec 20 salariés et 50 heures de travail.

Gain productivité uzine AEn 1950, l’usine Alpha avait besoin de 50 heures de travail et de 20 salariés pour produire 5 voitures de modèle A et B. En 2013, il lui fallait seulement 25 heures de travail et 10 salariés pour en produire 50. Le progrès technique et l’organisation du travail ont permis à l’usine Alpha d’utiliser 2 fois moins de temps et de salariés pour produire 10 fois plus de voitures. De 1950 à 2013, en passant de 7,3 € à 73,3 €, la productivité horaire de la fabrication de matériel de transport a progressé de 908 %[27]. De 2000 à 2007, en atteignant 30 heures, Chrysler a réduit de 14 heures le temps d’assemblage moyen d’un véhicule. Lorsque la productivité augmente, les effectifs des entreprises baissent. À court et moyen terme, ce processus est responsable de la hausse du chômage.

Ayant démontré que ce n’était pas la faiblesse de la croissance du PIB, mais la croissance des gains de productivité qui était responsable de la baisse des effectifs des entreprises, et donc, de la hausse du chômage, il apparaît pertinent d’étudier le lien qui unit la croissance du PIB et des gains de productivité horaire avec la hausse du chômage.

-Si la croissance du PIB en volume > croissance de la productivité horaire = Création d’emplois.

-Si la croissance du PIB en volume < croissance de la productivité = Destruction d’emplois.

-Si la croissance du PIB en volume = croissance de la productivité = Emploi stagne ou stable.

Si la croissance du PIB en volume est supérieure à la croissance des gains de productivité horaire, le surplus d’activité généré permet de créer des emplois. Par contre, si la croissance du PIB est inférieure à la croissance des gains de productivité, la croissance de l’activité économique n’est pas suffisante pour compenser les destructions d’emplois provoqués par les gains de productivité. Plus l’écart est important, plus les effectifs des entreprises diminuent, plus le nombre de demandeurs d’emploi augmente.

Le graphique ci-dessous présente le lien entre le taux de croissance du PIB en volume, la productivité horaire et l’évolution des effectifs des entreprises par branche.

Taux de croissance, productivité horaire et évolution des effectifs de 1950 à 2013

Corrélation PIB productivité chômage–  Source : Insee, 6.215 Productivités horaires du travail par branche, comptes nationaux, base 2010,

–  Source : Insee, 6.209 Emploi intérieur total par branche en nombre d’équivalents temps plein, comptes nationaux, base 2010.

–  Source : Insee, 1.102 Le produit intérieur brut et ses composantes en volume aux prix de l’année précédente chaînés, comptes nationaux, base 2010.

Le graphique ci-dessus illustre parfaitement la corrélation entre le taux de croissance du PIB en volume et les gains de productivité horaire du travail avec les effectifs des entreprises. Lorsque la croissance du PIB ne parvient pas à compenser les destructions d’emploi provoqué par les gains de productivité, il y a une augmentation du nombre de demandeurs d’emploi. De 1958 à 1961, le cumul de l’écart entre la croissance du PIB et la productivité horaire étant de -2%, les effectifs des entreprises ont diminué de 128 mille salariés. De 1981 à 1985, le cumul de l’écart étant de -9,8 %, les effectifs ont diminué de 168 mille salariés. De 1992 à 1993, le cumul étant de -2,8 %, les effectifs ont diminué de 395 milles personne. La dernière forte baisse d’effectifs est consécutive à la crise de 2008. En 2009, comme l’écart était de -2,9 %, les effectifs ont diminué de 309 milles personne. La baisse des effectifs a provoqué la hausse du chômage.

À l’inverse, lorsque la croissance du PIB est supérieure à celle de la productivité horaire, les effectifs des entreprises augmentent, ce qui se traduit par des créations d’emplois. De 1963 à 1966, le cumul de l’écart entre la croissance du PIB et la productivité horaire étant de 2,7 %, les effectifs des entreprises ont augmenté de 591 mille salariés. De 1986 à 1991, le cumul de l’écart étant de 5,8 %, les effectifs ont augmenté de 1,2 million de salariés. De 1994 à 2001, le cumul de l’écart étant de 3,9 %, les effectifs ont augmenté de 2,7 millions de personnes. L’écart étant relativement faible sur 7 ans, l’augmentation des effectifs est en partie due à la loi Aubry sur les 35 heures. De 2004 à 2008, le cumul de l’écart étant de 5 %, les effectifs ont augmenté de 1 million de salariés.

Cette analyse démontre que ce n’est pas le faible taux de croissance du PIB, mais la hausse plus élevée du taux de croissance des gains de productivité qui est responsable de la hausse du chômage. Même si la productivité horaire du travail explique en partie la hausse du chômage, il ne faut pas oublier que les gains de productivité et les licenciements provoqués par ces mêmes gains génèrent un bénéfice brut d’exploitation ou un excédent brut d’exploitation (EBE). À partir de ce constat, il apparaît pertinent de se poser ces questions : est-ce que ce sont les gains de productivité ou la répartition des bénéfices générés par ces gains qui seraient responsables de la hausse du chômage ? Pour y répondre, il apparaît pertinent d’aborder les enjeux de la répartition des gains de productivités et des bénéfices générés par ces gains.

Les gains de productivité ont de multiples répercussions directes et indirectes sur la croissance du PIB, et donc, la création d’emplois. Le schéma ci-dessous présente les conséquences économiques, politiques et sociales de la répartition des bénéfices bruts d’exploitation ou de l’excédent brut d’exploitation (EBE) générés par les gains de productivité à court, moyen et long terme.

Les conséquences de la répartition des gains de productivité

Conséquences gains de productivité GTLe progrès technique et l’organisation du travail provoquent la hausse des gains de productivité. Afin de réduire ses coûts de production et d’améliorer sa compétitivité, une entreprise fait appel à des consultants en organisation pour mettre en œuvre un plan de restructuration. « Dépossession », qui est la troisième parti du documentaire « La mise à mort du travail », permet d’expliquer ce phénomène.

À court terme, cette restructuration provoque une baisse des coûts de production et un surplus d’heures de travail. Ayant besoin de moins de temps de travail pour produire plus, l’entreprise se retrouve avec un surplus d’heures de travail. Étant donné que le salarié vend son temps en échange d’un salaire, avoir un surplus d’heures de travail équivaut à avoir un surplus de salariés, mais surtout, un surplus de charges salariales. En effet, même si l’entreprise a besoin de moins d’heures de travail, elle doit quand même rémunérer ce surplus de salariés. Afin de diminuer ses charges salariales, elle a le choix entre deux solutions : réduire ses effectifs ou réduire le temps de travail.

Si l’entreprise choisit de réduire le temps de travail, elle répartit l’ensemble des heures de travail et des charges salariales entre tous les salariés. En répartissant les heures et les charges, elle augmente ses bénéfices et évite de procéder à des licenciements. Comme les salariés travaillent moins, à taux horaire constant, ils gagnent moins. Afin de compenser la perte de revenu consécutive à la réduction du temps de travail, l’entreprise peut augmenter les salaires en partageant une partie des bénéfices générés par les gains de productivité. En faisant ce choix, l’entreprise maintient ses effectifs sans provoquer l’augmentation de son activité. Ne nécessitant pas de relancer la croissance du PIB pour créer des emplois, ce choix ne contribue pas à rejeter du CO2 et à gaspiller des matières premières, des ressources énergétiques et des ressources naturelles.

Si l’entreprise choisit de réduire ses effectifs, à court terme, les licenciements contribuent à la baisse de ses charges salariales et à la hausse du chômage. Étant donné qu’ils contribuent à réduire les surplus de salariés, et donc, d’heures de travail, les licenciements apparaissent comme une forme déguisée de réduction du temps de travail. La baisse des charges contribue à l’augmentation des bénéfices bruts d’exploitation. C’est à ce moment qu’intervient l’enjeu de la répartition de ces bénéfices. En effet, à moyen et long terme, en fonction du mode de redistribution de ces bénéfices : la baisse des prix des produits, la hausse des investissements (R&D et outil de production), la hausse des salaires, la hausse des impôts sur les bénéfices, la hausse des dividendes versée aux actionnaires ou la hausse des investissements sur les marchés financiers, ces bénéfices permettront de stimuler la croissance du PIB, et donc, de créer des emplois ou de provoquer la hausse du chômage. Pour toutes ces raisons, la répartition des bénéfices générés par les gains de productivité apparaît comme un enjeu économique, politique et social majeur.

Les enjeux de la répartition des bénéfices générés par les gains de productivité.

La répartition équitable des bénéfices générés par les gains de productivité est un enjeu économique, politique et social majeur. En effet, à moyen terme, en fonction du mode de redistribution (baisse des prix ou hausses des investissements, des salaires, des impôts ou des dividendes), ces bénéfices permettront de stimuler la croissance du PIB, et donc, de créer des emplois ou de provoquer la hausse du chômage.

  • Redistribuer les bénéfices en faveur des ménages et de l’État.

Les bénéfices générés par les gains de productivité et la baisse des charges salariales peuvent être redistribués aux ménages sous la forme d’une baisse des prix. En baissant ses prix, l’entreprise obtient un double avantage. En augmentant le pouvoir d’achat des ménages, elle provoque une hausse de la consommation. En obtenant un avantage compétitif sur ses concurrents, elle augmente ses parts de marchés et ses exportations. À moyen terme, en stimulant l’activité économique, la baisse des prix provoque la hausse de la production, et donc, une hausse des créations d’emplois.

Ces bénéfices peuvent également être redistribués à l’État sous la forme d’impôts. En 2013, les dépenses des administrations publiques contribuaient à 24,1 % du PIB[28]. En payant ses impôts, l’entreprise finance l’éducation, la santé, la construction d’infrastructures (route, ligne TGV, etc.), l’armement, etc. Ces investissements contribuent directement (commande d’avions de chasse) ou indirectement (éducation) à stimuler l’activité des entreprises. En stimulant l’activité économique, ces hausses d’impôts stimulent la croissance du PIB qui se traduit, à moyen terme, par des créations d’emplois. Par contre, si ces impôts contribuent à rembourser les intérêts de la dette publique, il n’y a pas de stimulation de l’activité économique, et donc, de création d’emplois.

  • Redistribuer les bénéfices en faveur des salariés ou des actionnaires.

Avant d’aller plus loin dans le raisonnement, il ne faut pas perdre de vue que la finalité d’une société non financière ou d’une multinationale n’est pas de créer des emplois et d’améliorer les conditions de vie de ses salariés, mais de générer des profits pour ses actionnaires. Les bénéfices générés par les gains de productivité peuvent être redistribués aux actionnaires (fonds de pension, banques et investisseurs privés) sous la forme de dividende ou aux salariés sous la forme d’une hausse de salaires ou d’avantages sociaux (retraite, assurance maladie et allocation familiale, congés payés, etc.). Le graphique ci-dessous présente le partage de la valeur ajoutée des sociétés non financières de 1950 à 2013.

Le partage de la valeur ajoutée des sociétés non financières de 1950 à 2013

Partage valeure ajouté–  Source : Insee, 7.101 Compte des sociétés non financières (S11), comptes nationaux, base 2010.

De 1949 à 1982, en passant de 68,1 % à 73,3 %, la part de la valeur ajoutée versée aux salariés (salaires bruts + cotisations sociales patronales) des sociétés non financières a augmenté de 5,2 %. Sur la même période, en passant de 1,3 % à 4,9 % la part versée aux actionnaires a augmenté de 3,6 %. À partir du milieu des années 80, les actionnaires ont commencé à exiger un taux de rentabilité minimum de 15 %. Ces exigences ont eu des répercussions sur le partage des bénéfices. De 1983 à 2013, tandis que la part de la valeur ajoutée versée aux salariés a diminué de 6,7 %, celle versée aux actionnaires a augmenté de 13,2 %. En 2007, avant la crise des SUBPRIMES de 2008, la part versée aux actionnaires était de 27 %.

Comme les dividendes versés aux fonds de pension, aux banques et aux investisseurs privés sont à nouveau placés sur les marchés financiers, ils ne contribuent pas à relancer la consommation et la croissance du PIB, et donc, à la création d’emplois. Lorsqu’un krach boursier se produit (1987, 2001, 2008, etc.), les bénéfices générés par les gains de productivité, les restructurations et la baisse des charges salariales sont absorbés par l’effondrement du cours des actions et des titres. Le krach boursier de 2008 a fait disparaître une partie des dividendes versés aux actionnaires.

La redistribution des bénéfices au profit des actionnaires a provoqué une stagnation, voire une baisse du pouvoir d’achat des ménages. Tandis qu’en 1982, la consommation des ménages contribuait à 55,2 % du PIB, en 2013, elle ne contribue plus qu’à auteur de 53,3 %[29]. La baisse du pouvoir d’achat des ménages a provoqué une baisse de la consommation qui s’est traduite par un ralentissement de l’activité économique, de la croissance du PIB, des effectifs des entreprises, et donc, par une hausse du chômage. Si les bénéfices étaient redistribués aux salariés, la hausse des salaires provoquerait une hausse de la consommation qui relancerait la croissance du PIB, et donc, à moyen terme, contribuerait à créer des emplois. C’est ce processus de redistribution qui a permis de soutenir un taux de croissance élevé durant les 30 glorieuses.

  • Les bénéfices peuvent être investis ou placés sur les marchés financiers.

Les bénéfices générés par les gains de productivité peuvent être investis dans la recherche et le développement (R&D), l’outil de production ou placé sur les marchés financiers. Le graphique ci-dessous présente la courbe des profits financiers et des investissements des sociétés non financières.

Part des profits financiers et des investissements des sociétés non financières.

Investissement et profits financier–  Source : Insee, 7.101 Compte des sociétés non financières (S11), comptes nationaux, base 2010.

–  Source : Insee, 4.101 Principaux ratios des comptes des sociétés non financières (S11) et des entreprises individuelles non financières (S14AA), comptes nationaux, base 2010.

En étudiant le partage de la valeur ajoutée des sociétés non financières, il apparaît que leurs profits ne proviennent plus exclusivement de leurs activités économiques traditionnelles, mais de placements financiers. De 1949 à 1973, la part des profits financiers des sociétés non financières se situait entre 1,3 et 3,2 % de la valeur ajoutée. Sur la même période, la part de la valeur ajoutée consacrée à l’investissement se situait entre 29 et 23,7 %. À partir du milieu des années 70, la part des profits financiers n’a pas cessé de croître. En 2007, juste avant la crise des SUBPRIMES, la part de ces profits représentait 27 % de la valeur ajoutée des sociétés non financières. À l’inverse, à partir de 1975, la part des investissements n’a pas cessé de diminuer. En 1995, ils ne représentaient plus que 19,7% de la valeur ajoutée. Depuis 1996, ils fluctuent entre 20 % et 23 %, en fonction de la rentabilité des marchés financiers. Ces deux courbes mettent en évidence que les sociétés non financières placent davantage de capitaux sur les marchés financiers qu’elles n’investissent dans la R&D et l’outil de production.

Pourquoi les sociétés non financières favoriseraient-elles les placements sur les marchés financiers au détriment de l’investissement ? Dans un système de marché concurrentiel, pour pérenniser son activité, une entreprise doit être toujours plus compétitive et innovante que ses concurrentes. Le rôle de la R&D est de générer des innovations et des brevets dont la finalité est de créer de nouveaux produits ou d’introduire de nouvelles méthodes de production. En commercialisant un nouveau produit, l’entreprise s’octroie un monopole temporaire et un avantage compétitif qui lui permettent de conquérir des parts de marché en augmentant ses prix, sa marge bénéficiaire et ses profits. Lorsque Apple a pris le risque de développer et de commercialiser l’iPad, il a bénéficié d’un avantage compétitif qui lui a permis de vendre ses planchettes avec une marge et un prix de vente relativement élevé. Les profits générés par l’iPad ont permis à Apple d’investir dans la R&D et de distribuer des dividendes importants à ses actionnaires.

L’offre de biens et de services marchands étant saturée, le choix d’un investissement est une prise de décision de plus en plus risquée qui engage l’avenir d’une entreprise. Un nouveau produit génère des bénéfices s’il se vend sur le marché. S’il ne se vend pas, il représente un coût, et donc, une perte. En effet, malgré le coût élevé d’un investissement, le retour sur investissement n’est pas garanti. Chaque année, sur les 20 000 nouveaux produits proposés aux consommateurs européens, 90 %[30] sont des échecs commerciaux. Sur 20 000 nouveautés, seules 2 000 permettront de faire des bénéfices et un retour sur investissement. Le succès de l’iPad masque l’échec de milliers de nouveaux produits, tel que Google Glass, dont la conception et la commercialisation ont nécessité un investissement très important.

Le taux d’échec des innovations étant relativement élevé, les investissements apparaissent plus risqués que les placements sur les marchés financiers. Étant donné que depuis le milieu des années 80, les actionnaires exigent un taux de rentabilité minimum de 15 %, les profits générés par les placements financiers peuvent être plus élevés que ceux de l’activité réelle de l’entreprise. Si un placement de 100 € rapporte 15 € et qu’un investissement de 100 € rapporte 5 €, d’un point de vue purement financier, il apparaît plus rentable et « moins risqué » d’investir sur les marchés financiers. Lorsqu’un krach boursier se produit, les bénéfices générés par les gains de productivité, les restructurations et la baisse des charges salariales sont absorbés par l’effondrement des marchés financiers. Le krach boursier de 2008 a englouti la trésorerie d’entreprises qui aurait pu être investie dans la recherche et l’outil de production. N’ayant plus de trésorerie pour investir, les entreprises n’innovent plus, ne développent pas de nouveaux produits, et donc, ne sont plus compétitives. N’étant plus compétitives, elles perdent des marchés, ce qui se traduit par une baisse des bénéfices, et donc, par des licenciements pour compenser ces pertes. Comme l’investissement est l’une des conditions de la création d’emplois à moyen et long terme, les sociétés non financières qui placent leurs bénéfices sur les marchés financiers contribuent à la hausse du chômage.

Cette analyse fait apparaître que ce n’est pas la faiblesse de la croissance du PIB et les gains de productivité qui sont responsable de la hausse du chômage. Étant donné que l’entreprise a besoin de moins de temps de travail, et donc, de moins de salariés pour produire autant, voir plus de biens, les gains de productivité contribuent à réduire ses effectifs. Au lieu d’être un processus positif : gaspiller moins de temps, d’énergie et de matière première pour produire plus, les gains de productivité apparaissent comme un processus négatif. Même si les gains de productivité apparaissent comme les principaux responsables, il ne faut pas oublier que se sont les dirigeants des entreprises qui prennent la décision de licencier des salariés ou de réduire le temps de travail. La responsabilité de la hausse du chômage revient donc aux dirigeants qui ont choisi de licencier des salariés pour réduire les charges salariales. Les bénéfices générés par les gains de productivité et les licenciements peuvent être redistribués par une hausse des salaires ou des investissements. Si l’assemblée générale des actionnaires d’une société non financière décide d’augmenter les investissements, cette solution stimule l’activité économique, la croissance du PIB, et donc, la création d’emplois. Par contre, si elle décide d’augmenter les dividendes ou les placements sur les marchés financiers, ces solutions risquent de provoquer la hausse du chômage. Par conséquent, ce n’est pas la faiblesse de la croissance du PIB et les gains de productivité qui sont responsables de la hausse du chômage, mais le choix de la répartition des bénéfices par les dirigeants d’entreprises et les assemblées générales d’actionnaires.

  • Les bénéfices peuvent favoriser l’émergence de nouvelles branches d’activités.

Les innovations majeures contribuent à détruire des emplois dans les branches d’activités à faible valeur ajoutée (agriculture) et à en créer de nouveau dans les branches à forte valeur ajoutée (informatique et communication). Par exemple, l’informatisation d’un service comptable a permis de remplacer vingt secrétaires comptables par un comptable qui fournit plus de travail en moins de temps. Les emplois peu qualifiés et à faibles valeurs ajoutées de secrétaires comptables ont été remplacés par des emplois très qualifiés et à hautes valeurs ajoutées d’informaticiens qui développent des logiciels de comptabilité. Les deux graphiques ci-dessous présentent le cumul du taux de productivité horaire du travail par branche et l’évolution des effectifs de ces branches de 1950 à 2013.

Le cumul du taux de productivité par branche de 1950 à 2013

Cumul gains prod horaire branche–  Source : Insee, 6.215 Productivités horaires du travail par branche, comptes nationaux, base 2010,

L’évolution des effectifs par branches de 1950 à 2013

Effectifs par branches–  Source : Insee, 6.208 Emploi intérieur total par branche en nombre de personnes, comptes nationaux, base 2010.

Ces deux graphiques font apparaître la corrélation entre les gains de productivité et la croissance des effectifs d’une branche d’activité. Plus le cumul des gains de productivité d’une branche est important plus les effectifs de cette branche diminuent. Tandis que de 1950 à 2013, le cumul de la productivité horaire de l’agriculture et de l’industrie ont progressé respectivement de 390 % et de 294 %, sur la même période les effectifs de ces branches ont diminué de 86 % et de 38 %. À l’inverse, plus le cumul des gains de productivité d’une branche est faible, plus ce secteur d’activité crée d’emplois. Tandis que de 1950 à 2013, le cumul de la productivité horaire de la construction, des services marchands et des services non marchands ont respectivement progressé de 117 %, 179 % et 87 %, les effectifs de ces branches ont respectivement augmenté de 71 %, 163 % et 152 %. De 1949 à 2013, les emplois détruits dans l’agriculture et l’industrie ont été déversés dans les services marchands et non marchands.

Ce processus explique le déversement de la main-d’œuvre des secteurs primaires et secondaires vers le secteur tertiaire[31]. Le graphique ci-dessous met en évidence la tertiarisation progressive de l’activité économique sur 60 ans.

Le processus de déversement des salariés en 1950 et 2010

Déversement gains de productivité 2013–  Source : Insee, 6.209 Emploi intérieur total par branche en nombre d’équivalents temps plein, comptes nationaux, base 2010

En 1950, tandis que les secteurs primaires et secondaires employaient 57 % des effectifs, le secteur tertiaire en employait 42 %. En 2010, les secteurs primaires et secondaires n’employaient plus que 22 % des effectifs. De 1950 à 2010, 35 % des salariés de ces secteurs ont été déversés dans le secteur tertiaire qui, avec 78 % des effectifs, est devenu le premier secteur d’activité en France. Comme le progrès technique, les nouvelles méthodes d’organisation du travail et les restructurations d’entreprise ne cessent de générer toujours plus de gains de productivité, les entreprises auront besoin de moins en moins de salariés. La mise en pratique de nouvelles méthodes de management (Lean Six Sigma) dans les branches des services marchands et non marchands contribue à générer des gains de productivité, et donc, à réduire les effectifs du secteur tertiaire.

Les progrès dans le domaine de l’automatisation, qui comprend les robots, l’intelligence artificielle et les algorithmes, permettront à terme d’automatiser 50 % des métiers à faible et à haute valeur ajoutée. Les métiers qui nécessitent un niveau moyen de qualification (télémarketeurs, analystes, secrétaires, employés de banque, caissières, comptables, conducteurs de trains, etc.) ne seront pas les seuls à être menacés. En effet, à moyen terme, les métiers très qualifiés (experts comptables, traders, journalistes, médecins, avocats, etc.) seront également concernés par l’automatisation. Aujourd’hui, des traders sont progressivement remplacés par des algorithmes qui prennent des décisions à la nanoseconde. En réduisant le nombre d’heures de travail nécessaire pour effectuer une mission, l’automatisation va détruire des millions d’emplois qualifiés. Là où il fallait mobiliser une trentaine d’avocats et de nombreuses heures de travail pour analyser un dossier, rechercher de la documentation et des jurisprudences, avec l’aide de bandes de données et d’algorithmes, il n’en faudra plus que trois. Étant donné qu’il faudra toujours plaider, le métier d’avocat ne disparaîtra pas, mais il en faudra moins. Les métiers qui ne seront pas concernés par l’automatisation sont les moins qualifiés (plongeurs, serveurs, éboueurs, aides-soignantes, femmes de ménage, etc.) et ceux qui font appel à la créativité et à l’imagination (chercheurs, artistes, sportifs de haut niveau, etc.). Les emplois les moins qualifiés, et donc, les moins bien rémunérés seront préservés, car leur automatisation coûterait trop cher. En ce qui concerne les métiers créatifs, ils ne disparaîtront pas, car, pour le moment, les ordinateurs et les robots ne sont pas capables d’imagination, d’émotions et de créativité. Afin d’éviter qu’une couche croissante de la population se retrouve sans emploi et utilité sociale, il devient nécessaire de réduire le temps de travail et de proposer une nouvelle branche d’activités. En absorbant les emplois détruits dans les secteurs tertiaires, cette nouvelle branche permettra d’éviter la hausse du chômage.

La hausse du chômage est un fléau économique, politique et social majeur qui menace le processus démocratique de la France, de l’Europe, des États-Unis et des démocraties occidentales. En ponctionnant plus de 50 % des recettes fiscales de l’État, les coûts directs et indirects du chômage contribuent à creuser la dette publique. Par conséquent, en finir avec le chômage apparaît comme une solution envisageable pour réduire la dette publique et sortir de cette crise systémique. Pour en finir définitivement avec ce fléau, les gouvernements disposent de deux solutions : relancer la croissance du PIB ou réduire le temps de travail. Le choix entre l’une ou l’autre de ces solutions n’est pas un choix économique, mais un choix de société. Afin d’aider nos dirigeants politiques à faire le bon choix, dans la seconde et troisième partie nous étudierons ces deux solutions.

Jean-Christophe Giuliani

Pour accéder aux pages suivantes :

– La croissance du PIB peut-elle supprimer le chômage ?

– La réduction du temps de travail peut-elle supprimer le chômage ?

– Combien d’heures devrions-nous travailler pour supprimer le chômage ?

– La réduction du temps de travail : un choix de société !

 

[1] Insee, la mesure du chômage par l’INSEE, n°4, septembre 2012

[2] Insee, enquêtes Emploi 1975-2013, séries longues, Population au chômage (en milliers) et Taux de chômage (en %)

[3] DARES, Pôle emploi, calculs des cvs-cjo, Pôle emploi, Demandeurs d’emploi inscrits et offres collectées par pôle emploi en décembre 2013, janvier 2014, n°006

[4] Capul Jean-Yves et Garnier Olivier, Dictionnaire d’économie et de sciences sociales, Paris, Hatier, 1999, page 321

[5] Insee, 1.115 Produit intérieur brut et revenu national brut par habitant, comptes nationaux, base 2010

[6] Insee, estimations de population : Population par sexe et groupes d’âges quinquennaux au 1er janvier 2015, France,

[7] Depp, Effectifs d’élèves et d’étudiants dans l’enseignement public et privé à la rentrée 2013, France (hors Mayotte avant 2011).

[8] Insee, 6.209 Emploi intérieur total par branche en nombre d’équivalents temps plein, comptes nationaux, base 2010. Equivalent temps plein : Nombre total d’heures travaillées divisé par la moyenne annuelle des heures travaillées dans des emplois à plein temps sur le territoire économique.

[9] Insee, Population moyenne : en appliquant à la population des départements et des régions, le taux de variation de l’ensemble de la population de la France entière (France métropolitaine+Dom) qui est connu. La population moyenne est la moyenne arithmétique des effectifs de la population au 1er janvier de l’année en cours et de celle du 1er janvier de l’année suivante. Comme l’INSEE calcul le PIB et le PIB par habitant de la France à partir de la population moyenne, par souci d’homogénéité, nous utiliserons les mêmes données pour calculer le taux de chômage.

[10] Paugam Serge, Famille et vie conjugale, Précarité et risque d’exclusion en France, Document du CERC, Paris, La Documentation française, 1993, n° 109, d’après l’enquête Situations défavorisées 1986-1987 (INSEE).

[11] Chauvel Louis, « L’uniformité du taux de suicide masculin selon l’age : effet de génération ou recomposition du cycle de vie ? », Revue française de sociologie, n°38, 1997.

[12] Jin R. L, C. P. Shah et T. J. Svoboda, « The health impact of unemployment : a review of the evidence », Social Science & Medicine, Volume 56, 1995, Pages 973-985.

[13] Lagrave Michel, Les difficultés d’évaluation du coût du chômage, Paris, Economica, 1982

[14] Lagrave Michel : Op.Cit.

[15] Dejours Christophe, Souffrance en France : banalisation de l’injustice sociale, Paris, Ed du Seuil, 1998.

[16] Professeur Cary L. Cooper, Paula Liukkanen et Dr Susan Cartrwight, stress prevention in the workplace : Assessing the costs and benefits to organizations, 1996, Dublin, Fondation européenne pour l’amélioration des conditions de vie et de travail.

[17] Ministère de l’économie et des finances, (consulté le 14 mars 2015), les chiffres clés, 2013 projet de loi de finance, projet de loi de programmation des finances publique 2017, [En ligne]. Adresse URL : http://www.economie.gouv.fr/files/projet-loi-finances-2013-plf-chiffres-cles.pdf

[18] Insee, 1.115 Produit intérieur brut et revenu national brut par habitant, Comptes nationaux – Base 2010

[19] Bédard Marcel, « Les coûts économiques et sociaux du chômage », Bulletin de la recherche appliquée, été-automne 1996.

[20] Nikonoff Jacques, « Des chiffres sur le coût du chômage qui font peur », L’Humanité, mardi 3 mars 1998, pages 53.

[21] Insee, 1.115 Produit intérieur brut et revenu national brut par habitant, comptes nationaux, base 2010

[22] Keynes John Maynard, Essais de persuasion, Paris, Gallimard, 1933

[23] Insee, 6.209 Emploi intérieur total par branche en nombre d’équivalents temps plein,  6.202 Valeur ajoutée brute par branche en volume aux prix de l’année précédente chaînés, Comptes nationaux, Base 2010. (Valeur Ajoutée / Volume d’heures travaillées)

[24] Ibid

[25] Le Lean Six Sigma est une méthodologie de management rigoureuse qui s’applique aux processus et non aux problèmes. Son but est d’améliorer la satisfaction des clients et la performance financière de l’entreprise afin de répondre aux objectifs stratégiques définis par la Direction Générale. Le Lean Six Sigma est la fusion de deux méthodes : le Lean et le Six Sigma. Le Lean vise à l’élimination des tâches sans valeur ajoutée et des pertes et à la simplification des processus en vue d’augmenter la fluidité, la flexibilité et l’agilité de l’entreprise. Son objectif est d’accroître la valeur pour le client (valeur définie par le client) et d’améliorer la performance de l’entreprise. Le Six Sigma vise à normaliser et à standardiser les processus afin de les rendre plus fiables, stables et prévisibles et de s’assurer de la reproductibilité « parfaite » du processus pour tendre vers le zéro défaut et la satisfaction des clients.

[26] Insee, 6.208 Emploi intérieur total par branche en nombre de personnes, 6.202 Valeur ajoutée brute par branche en volume aux prix de l’année précédente chaînés, Comptes nationaux, Base 2010

[27] Insee, 6.208 Emploi intérieur total par branche en nombre de personnes, 6.202 Valeur ajoutée brute par branche en volume aux prix de l’année précédente chaînés, Comptes nationaux, Base 2010. (Valeur Ajoutée / Volume d’heures travaillées)

[28] Insee, 1.101 Le produit intérieur brut et ses composantes à prix courants, comptes nationaux, base 2010.

[29] Insee, 1.101 Le produit intérieur brut et ses composantes à prix courants, comptes nationaux, base 2010.

[30] Lipovetsky Gilles, le bonheur paradoxal, Paris, Gallimard, 2006, page 95.

[31] Le secteur primaire correspond aux activités liées à l’extraction des ressources naturelles (agriculture, pêche, exploitation forestière et exploitation minière.) Le secteur secondaire correspond aux activités liées à la transformation des matières premières, qui sont issues du secteur primaire (l’industrie du bois, du textile, aéronautique, automobile, pharmaceutique, électronique, le raffinage du pétrole, la construction, etc.) Le secteur tertiaire regroupe pour l’essentiel des services (conseil, banque, assurance, grande distribution, communication, informatique, médias, tourisme, immobiliers, services aux particuliers, santé, éducation, servies sociaux, etc.)

5 réflexions au sujet de « Quelles sont les causes et conséquences du chômage ? »

  1. Je voulais vous remercier pour cet extraodinaire travail de rédaction, qui m’a d’abord ouvert les yeux sur la dure réalité du chômage en France et dont je fais partie, mais en plus très bien informé. Je me lance dans un concours où toutes ces informations, à mon echelle bien sur, me serviront.
    Mes salutations distinguées.

  2. Bonjour, nous aimerions savoir quelle profession exercez vous et si vos sources sources sont fiables. En effet nous préparons un sujet de TPE qui est une épreuve du bac et avons besoin se connaitre nos sources, merci.

  3. Bonjour,

    Concernant les données économiques, la plus part de mes sources proviennent de l’Insee.

    Elles sont donc officielles

    Les autres sources sont inscris dans la table des matières qui se trouve à la fin de l’article.

    Si tu as des questions, n’hésite pas à les poser.

  4. Bonjour,

    Article très intéressant sur les mecanismes du chomage, j ai appris pas mal de chose.

    Néanmoins, le mecanisme des dividentes et du placement sur les marchés financiers géneratrice de chomage, ne s applique qu aux grandes entreprises.

    Ces mêmes grandes entreprises représente 30% des emplois en France, le reste est assuré majoritairement par les tpe et pme + la fonction publique.

  5. En effet, le mécanisme des dividendes et des placements sur les marchés financiers ne s’appliquent qu’aux multinationales et aux PMI.

    Même si les artisans, les TPE et les PME ne sont pas concernés par ces mécanismes, indirectement, ils en sont les victimes. La stagnation des salaires et la diminution de la part de la valeur ajoutée investis provoquent une baisse de la demande.

    Étant donné que ces entreprises n’ont pas les moyens de conquérir des parts de marchés à l’étranger, la baisse de la demande locale provoque un ralentissement de leur activité.

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