Quelles sont les causes et conséquences du chômage ?

Jean-Christophe Giuliani

Depuis le milieu des années 70, la France et l’ensemble des pays industrialisés sont confrontés à une crise, dont l’une des principales conséquences est la hausse du chômage. Étant donné que les économistes, les industriels et les politiques ultralibéraux affirment que les principales causes du chômage sont la faiblesse de la croissance du PIB et le manque de compétitivité des entreprises françaises, pour créer des emplois, il suffirait donc de la relancer et de supprimer tous les freins à la compétitivité. Afin d’infirmer ou de confirmer ces affirmations, il m’apparaît nécessaire de commencer par identifier et par analyser les causes et conséquences du chômage.

Avant d’aborder les conséquences économiques et sociales du chômage, je commencerai par étudier les modes de calcul officiels des demandeurs d’emploi. Puisque les chiffres officiels ne prennent pas en compte tous les actifs, je proposerai un nouveau mode de calcul des actifs sans emploi. À partir de cette équation, il sera possible de calculer, de suivre et de comparer l’évolution du nombre d’actifs sans emploi sur une longue période. Les conséquences du chômage sont multiples et ne concernent pas que les demandeurs d’emploi. En effet, après avoir montré les conséquences du chômage pour ceux qui n’ont pas la « chance d’avoir un emploi », je présenterai ensuite celles qui concernent les salariés en poste, les chefs d’entreprises et la compétitivité des entreprises. Pour terminer, je tenterai d’évaluer le montant des coûts directs et indirects du chômage sur le budget de l’État.

Se contenter d’étudier les conséquences du chômage sans en comprendre les causes ne permet pas de proposer des solutions capables d’en finir avec lui. Afin d’en appréhender les causes, je commencerai par étudier celles qui sont couramment avancées par le Medef et les ultralibéraux. En m’inspirant de John Maynard Keynes, je poursuivrai ce travail en étudiant les causes et conséquences de la productivité horaire. En m’appuyant sur les données statistiques de l’Insee, je terminerai en présentant les enjeux du partage des bénéfices générés par les gains de productivité.

Ayant identifiés les enjeux et les causes du chômage, je serai en mesure de proposer des solutions adéquates pour en finir avec ce fléau.

1er Partie : Quelles sont les conséquences du chômage ?

Le chômage est un fléau économique, politique et social qui concerne toutes les catégories socioprofessionnelles. Ces conséquences directes et indirectes concernent les demandeurs d’emploi, ainsi que les salariés en poste, les chefs d’entreprises et la compétitivité des entreprises. Les surcoûts financiers générés par le chômage et la peur du chômage contribuent également à creuser la dette publique de l’État et le déficit de la caisse d’assurance maladie. Avant d’aborder ses conséquences, il m’est apparu nécessaire d’étudier les modes de calcul officiels du chômage et de proposer une autre manière de calculer le nombre d’actifs sans emploi.

Combien y a-t-il de chômeurs ?

Chaque mois, l’Insee et Pôle emploi publient les chiffres officiels du chômage. Même s’ils quantifient le nombre de demandeurs d’emploi, ils ne dénombrent pas tous les actifs sans emploi. Afin de les prendre tous en compte, je propose une nouvelle manière de les quantifier.

  • Quels sont les modes de calcul officiels du chômage ?

En France, les chiffres officiels du chômage sont calculés par l’Insee à partir d’une enquête confidentielle réalisée auprès de 100 000 personnes[1]. Selon l’Insee, de 1974 à 2013, tandis que le taux de chômage officiel de la France passait de 3,3 % à 9,8 % de la population active, le nombre de demandeurs d’emploi passait de 734 000 à plus de 2,8 millions de personnes, soit une hausse de 282 %[2] sur 39 ans. Les critères, qui permettent à l’Insee d’identifier un chômeur, reposent sur la définition du bureau international du travail (BIT). Depuis 1982, le BIT propose des critères pour identifier, calculer et comparer le nombre de chômeurs au niveau international. Selon la définition du BIT, un individu peu entrer dans la catégorie de chômeur s’il répond aux critères suivants : être en âge de travailler, ne pas avoir travaillé au cours de la semaine de l’enquête, être disponible pour travailler dans les deux semaines à venir, avoir entrepris une démarche de recherche d’emploi au cours des quatre dernières semaines (répondre à une annonce, s’inscrire dans une agence d’intérim, etc…) ou avoir trouvé un emploi qui commence dans moins de trois mois. Ne correspondant pas aux critères de la définition du BIT, ceux qui sont à temps partiel « subi », en formation, en arrêt maladie ou en congé maternité n’apparaissent donc pas dans les chiffres du chômage de l’Insee. Afin d’obtenir un chiffre plus proche de la réalité, il m’apparaît préférable de s’appuyer sur le mode de calcul de Pôle emploi.

Les chiffres de la direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques (DARES) ne reposent pas sur des enquêtes, mais sur les inscriptions à Pôle emploi. Ces chiffres regroupent les demandeurs d’emploi en cinq catégories : A, B, C, D et E.

Catégorie A : demandeurs d’emploi tenus d’accomplir des actes positifs de recherche d’emploi quel que soit le type de contrat (CDI, CDD, temps plein, temps partiel, temporaire ou saisonnier).

Catégorie B : demandeurs d’emploi ayant exercé une activité réduite de 78 heures maximum par mois, tenus d’accomplir des actes positifs de recherche d’emploi

Catégorie C : demandeurs d’emploi ayant exercé une activité réduite de plus de 78 heures par mois, tenus d’accomplir des actes positifs de recherche d’emploi

Catégorie D : demandeurs d’emploi, non immédiatement disponible, non tenus d’accomplir des actes positifs de recherche d’emploi (formation, arrêt maladie, congé maternité, etc…), ainsi que les demandeurs d’emploi en convention de reclassement personnalisé (CRP) et en contrat de transition professionnelle (CTP), sans emploi.

Catégorie E : demandeurs d’emploi non tenus d’accomplir des actes positifs de recherche d’emploi (par exemple : bénéficiaires de contrats aidés, créateur d’entreprise, etc…).

En intégrant ces cinq catégories, en 2013, le nombre de demandeurs d’emploi de la France métropolitaine comprenait 5,5 millions de personnes, soit 2 fois plus que l’Insee : 3,3 millions de catégorie A, 649 800 de catégorie B, 949 200 de catégorie C, 278 300 de catégorie D et 381 500 de catégorie E[3]. Les 2,7 millions de personnes, que ne prenait pas en compte l’Insee, comprenaient 500 000 demandeurs d’emploi de catégorie A, 1,6 million de salariés à temps partiel subi de catégories B et C, ainsi que 659 800 personnes de catégorie D et E (formation, reclassement, arrêt maladie, congé maternité, contrats aidés, création d’entreprises, etc…).

Puisque les chiffres de la DARES comptabilisent uniquement les personnes inscrites à Pôle emploi, ils ne prennent pas en compte tous les actifs sans emploi. En effet, une personne en âge de travailler qui n’a pas d’emploi, n’en recherche pas et n’est pas inscrite à « Pôle emploi » n’apparaît dans aucun chiffre officiel du chômage. Afin de les prendre tous en compte, je propose une nouvelle manière de comptabiliser le nombre d’actifs sans emploi.

  • Pourquoi faut-il calculer autrement le nombre d’actifs sans emploi ?

Selon la définition de l’Insee, la population totale comprend la population active et inactive[4]. En m’inspirant de cette définition, j’ai créé une équation qui permet de calculer autrement le nombre d’actifs sans emploi. Selon cette définition, un chômeur est un membre de la population active qui n’a pas d’emploi. Tandis que la population active englobe les personnes qui exercent une activité professionnelle rémunérée et les demandeurs d’emploi, la population inactive comprend les enfants de moins de 16 ans, les élèves du secondaire en second cycle, les étudiants, les femmes au foyer et les personnes à la retraite de plus de 60 ans. N’ayant pas trouvé de statistiques officielles sur le nombre de femmes réellement au foyer (femme au foyer par volonté et non par dépit), j’ai intégré toutes les femmes de 16 à 59 ans à la population active.

Le statut d’actif étant lié à une activité rémunérée, la femme au foyer qui fait elle-même son ménage est inactive, tandis que l’assistante ménagère qui le fait à sa place en échange d’une rémunération est considérée comme une active. Qualifier « d’actif » uniquement ceux qui exercent une activité professionnelle rémunérée ou recherchent un emploi relève d’une imposture idéologique. Cette définition exclut les personnes en âge de travailler qui n’ont pas d’emploi, n’en recherchent pas et ne sont pas inscrites à « Pôle emploi ». Afin d’en finir avec l’exclusion sociale provoquée par cette définition arbitraire, je considère que toutes les personnes âgées de 16 à 59 ans qui ne sont pas des élèves en second cycle ou étudiants font partie de la population active.

Chaque année, l’Insee publie les données statistiques suivantes : la population totale, l’estimation de la population par sexe et groupes d’âge, les effectifs d’élèves et d’étudiants et le nombre d’emplois à temps plein par branche. Je propose donc d’utiliser ces données pour quantifier la population active sans emploi à partir de l’équation ci-dessous :

– Soit, Pop est la population totale France : 65 899 406 hab[5].
– « , TPa est le taux population comprise entre 15 et 59 ans : 57,57 %[6].
– « , E est le nombre élèves second cycle et étudiants : 5 317 800[7].
– « , PAe est la population active occupe emploi temps plein : 25 589 589[8].
– « , PAc est la population active sans emploi.

En 2013, étant donné que la population moyenne de la France (France métropolitaine + DOM)[9] comprenait 65,8 millions d’habitants et que les personnes âgées de 15 à 59 ans représentaient 57,5 % de la population, 38 millions d’actifs étaient en âge de travailler. Comme elle avait 5,3 millions d’élèves en second cycle et d’étudiants et 25,5 millions de salariés occupant un emploi à temps plein, sa PAc s’élevait à 7 millions, soit 21,6 % de la population active. Les tableaux ci-dessous décomposent le calcul de la population active sans emploi en 2013.

En 2013, comme l’Ordonnance n°82-270 du 26 mars 1982 était encore vigueur, un salarié avait légalement le droit de prendre sa retraite à 60 ans[10]. L’âge légal du départ à la retraite étant fixé à 60 ans, les 23,8 % de la population de 60 ans et plus représentaient 15,7 millions de retraités. Grâce à l’Ordonnance n°59-45 du 6 janvier 1959, l’instruction est obligatoire jusqu’à l’âge de 16 ans[11]. Représentant 18,6 % de la population, les jeunes de moins de 16 ans comprenaient 12,2 millions d’inactifs. Puisque les 42,4 % de retraités et de jeunes de moins de 16 ans représentaient 27,9 millions de personnes, la population de 16 à 59 ans en âge de travailler comprenait 38 millions d’actifs, soit 57,6 %. Comme 8,1 % des jeunes en âge de travailler avaient choisi de poursuivre leurs études, 5,3 millions de lycéens et d’étudiants n’étaient pas disponibles pour rechercher un emploi. Étant donné que la population active comprenait 32,6 millions de personnes et que 25,5 millions exerçaient un emploi à temps plein, 7 millions d’actifs, soit 21,6 % de la population active n’avaient pas d’emploi ou avaient un emploi à temps partiel subi. Le tableau ci-dessous identifie la population active sans emploi de 2013.

–  Sources 5 et 6 : Dares, Demandeurs d’emploi inscrits et offres collectées par Pôle emploi en décembre 2013, Indicateur de janvier 2014 n°006[12].

Ce tableau permet d’identifier et de quantifier les actifs qui ne sont pas pris en compte par l’Insee et Pôle emploi. En reprenant les données de la DARES, j’ai pu identifier ces 7 millions d’actifs sans emploi. Ces actifs comprennent 5,5 millions de demandeurs d’emploi de catégorie A, B, C, D et E et 268 000 de catégorie A, B et C des DOM, soit 18 % de la population active. À ce chiffre, il faut ajouter 1,1 million d’actifs non identifiés de la France métropolitaine et des DOM, soit 3,5 % de la population active. Ces actifs comprennent, d’une part, des demandeurs d’emploi de catégories D et E des DOM, et, d’autre part, des personnes au RSA, des handicapés, des femmes ou des hommes au foyer, des personnes rayées des listes de Pôle emploi, des détenus, des SDF, des rentiers, etc… qui ne recherchent pas ou plus d’emploi et ne sont pas inscrit à Pôle emploi.

En 2013, il n’y avait donc pas 2,8 millions de chômeurs ou 5,5 millions de demandeurs d’emploi, mais 7 millions d’actifs sans emploi. Puisque les chiffres officiels de l’Insee ne prennent pas en compte tous les actifs, même si le gouvernement parvenait à créer 2,8 millions d’emplois, il resterait encore une armée de réserve de 4,2 millions d’actifs sans emploi. Si tous les chômeurs de catégorie A trouvaient un emploi, les salariés précaires à temps partiel « subi » de catégories B et C, les demandeurs d’emploi de catégorie D et E et les personnes au RSA non inscrites à Pôle emploi exerceraient toujours une pression sur les salariés en poste.

Comme elle permet de tracer une courbe, l’équation qui calcule le nombre d’actifs sans emploi donne les moyens d’analyser son évolution sur une longue période.

  • L’évolution du nombre d’actifs sans emplois depuis 1980.

La courbe de la population active sans emploi permet de suivre et de comparer son évolution sur une longue période. J’aurai souhaité étudier cette évolution sur la période de 1949 à 2013, mais comme je n’ai pas trouvé de données statistiques d’élèves de second cycle et d’étudiants pour la période de 1949 à 1980, j’ai dû me limiter à la période de 1980 à 2013. Tandis que le graphique ci-dessous de gauche compare l’évolution de la population active sans emploi avec celle qui occupe un emploi équivalent temps plein, celui de droite compare l’évolution de la population de 16 à 59 ans avec celle des élèves de second cycle et des étudiants de 1980 à 2013.

–  Source : Insee, 6.209, Emploi intérieur total par branche en nombre d’équivalents temps plein, Op.Cit.

– Source : Insee, Population par sexe et groupes d’âges depuis 1946, Op.Cit.
– Source : Ministère de l’Éducation nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche, Repères & références statistiques, 1.2, Évolution des effectifs d’élèves, d’étudiants et d’apprentis. N’ayant que des sources fragmentées des effectifs d’élèves et d’étudiants de 1980 à 2002, une partie de ces données reposent sur une estimation.

Contrairement aux idées reçues, le nombre d’actifs sans emploi n’a pas augmenté, mais diminué. En effet, de 1986 à 2013, le nombre d’actifs sans emplois a diminué de 1,5 million de personnes, soit une baisse de 17,6 %. Pourtant, sur la période de 1980 à 2013, la population âgée 16 et 59 ans a augmenté de 4,6 millions, soit une hausse de 13,8 %. Comme les entreprises ont seulement créé 3,6 millions d’emplois à temps plein, soit une hausse de 16,8 %, le nombre d’actifs sans emploi aurait dû augmenter de 1 million de personnes. Or, cela n’a pas été le cas. Quelles sont donc les causes qui pourraient expliquer la diminution du nombre d’actifs sans emploi ?

La première cause pourrait être la loi Aubry sur les 35 heures. Devant appliquer les 35 heures, pour assurer la continuité de leur activité, les entreprises de plus de 20 salariés ont dû augmenter leurs effectifs. À cause de cette contrainte, de 1998 à 2002, elles ont créé plus de 1,8 million d’emplois à temps plein, soit une hausse de 7,8 % sur 4 ans. Il est donc possible d’attribuer à cette loi 50 % des emplois créés entre 1986 et 2013. En permettant de diminuer le nombre d’actifs sans emploi de plus de 800 000 personnes sur 4 ans, les 35 heures en ont permis une baisse de 9,8 %. N’en déplaise au Medef et aux ultralibéraux, la réduction de la durée légale du temps de travail apparaît donc comme une solution efficace pour enrayer la hausse du chômage.

La seconde cause pourrait être le départ à la retraite de la population active issue du baby-boum. En effet, en 2006, les enfants nés en 1945 avaient 60 ans. L’âge du départ à la retraite étant fixé à 60 ans, de 2006 à 2013, la population active est passée de 38,5 à 37,9 millions, soit une baisse de 1,6 %[13]. Puisqu’après le baby boum, la courbe de la natalité n’a pas été aussi soutenue, le nombre d’actifs âgés de 16 à 59 ans continuera de diminuer. À terme, cette baisse va contribuer à réduire progressivement le nombre d’actifs sans emploi et donc, de demandeurs d’emploi.

La troisième est due à l’augmentation des effectifs des élèves de second cycle et des étudiants. De 1980 à 2013, ces effectifs ont augmenté de 1,6 million. Tandis qu’entre 1980 à 1995, ils ont augmenté de 1,3 million, soit une hausse de 37,7 %, de 1996 à 2013, ils ont augmenté de 234 000, soit une hausse de 4,6 %. La hausse de 37,7 % est en partie due à la volonté du gouvernement socialiste de faire accéder 80 % d’une classe d’âge au bac. Puisqu’un étudiant ne fait pas partie de la population active, cette généreuse ambition pourrait apparaître comme un moyen déguisé de faire baisser les chiffres du chômage.

Après avoir quantifié le nombre d’actifs sans emploi, il apparaît nécessaire d’appréhender les conséquences économiques et sociales du chômage.

Quelles sont les conséquences économiques et sociales du chômage ?

La hausse du chômage de masse a des conséquences économiques et sociales directes et indirectes. Les conséquences directes sont l’endettement des ménages, la rupture des liens sociaux et la perte de santé des demandeurs d’emploi. Les conséquences indirectes sont la hausse de la délinquance, de l’insécurité des salariés en poste, des dépenses de santé et de la dette publique.

  • Quelles sont les conséquences directes du chômage ?

La première conséquence du chômage est la perte du pouvoir d’achat et l’endettement des ménages. En se retrouvant au chômage, le salarié perd 25 % de son revenu, qui décroît en fonction de sa durée. En fin de droit, le chômeur ne perçoit plus que le RSA (revenue de solidarité active). Si le ménage a souscrit à un emprunt immobilier et à des crédits à la consommation, cette perte de revenu peut conduire au surendettement. La cessation de payement des traites et des crédits déclenche une procédure de recouvrement, la saisie des biens et à terme, l’expulsion du logement.

La seconde est la perte du lien social. L’entreprise étant le principal lieu de socialisation du salarié, la perte d’un emploi s’accompagne de la perte du réseau et des liens professionnels qui permettent de se socialiser. La dévalorisation du statut de chômeur influence profondément l’image et l’estime que l’individu a de lui. Malgré le temps libre dont il dispose, le chômeur ne se sent pas digne d’en profiter pour expérimenter de nouvelles activités qui lui permettraient de créer de nouveaux liens sociaux. La honte qu’il ressent l’incite à s’isoler de sa famille et de ses amis. En se repliant sur lui, le chômeur perturbe l’équilibre de sa vie de famille. En 1987, Serge Paugam faisait apparaître que 43,5 % des hommes au chômage depuis 2 ans avaient vécu une rupture conjugale, contre 18,9 % pour ceux qui étaient actifs[14]. Pour toutes ces raisons, le chômage de longue durée apparaît comme l’une des principales causes de l’exclusion sociale.

La troisième concerne la santé physique et psychique du chômeur. L’identité, le statut social et le sens de la vie d’un individu étant étroitement liés à la pratique quotidienne d’une activité professionnelle, le chômage de longue durée risque de provoquer un effondrement de sa personnalité et de son équilibre psychique. Ne disposant plus de repères temporels pour structurer son emploi du temps et le rythme de sa vie, le chômeur est confronté au désœuvrement, à l’angoisse et au vide existentiel. La discrimination associée au statut de chômeur peut également provoquer une dévalorisation de soi et donc, une perte d’estime de soi. La honte et la culpabilité qu’elle provoque s’accompagnent souvent d’un état de stress durable que l’individu ne peut pas éviter ou affronter. La fuite de ce vide et de cet état de stress peut conduire à des comportements violents ou compensatoires : la consommation d’alcool ou de drogue ou des addictions (jeux vidéo, télévision, Internet, sexe, etc…). En se prolongeant, cet état stressant et anxiogène peut provoquer des maladies plus ou moins graves, telles que l’insomnie, la dépression, le cancer, etc…, et parfois, conduire au suicide. Une étude de 1997 a montré qu’une augmentation de 3 % du taux de chômage pouvait provoquer une hausse du taux de suicide de 4,4 %[15]. Étant davantage soumis aux maladies cardio-vasculaires et rénales (+50 %), le taux de mortalité d’un chômeur augmente en moyenne de 75 % par rapport à celui d’un actif[16]. Michel Lagrave cite une étude britannique qui affirme qu’une hausse de 1 million de chômeurs sur 5 ans provoque 50 000 décès et 60 000 cas de maladies mentales supplémentaires[17]. Ces conséquences incitent davantage les chômeurs à retrouver rapidement un emploi qu’à profiter des allocations chômages et du temps libre.

Après avoir présenté les conséquences directes, il est nécessaire de présenter les indirectes.

  • Quelles sont les conséquences indirectes du chômage ?

La première conséquence indirecte concerne la hausse de la délinquance et de la criminalité. La plupart des condamnés pour vols, trafics ou violences cumulent la précarité et l’exclusion sociale liées au chômage. Une étude publiée en 2000 montrait qu’un détenu sur sept n’a jamais exercé d’activité professionnelle et qu’un sur deux est ou a été ouvrier, contre un sur trois dans l’ensemble de la population[18]. Confronté à la difficulté de trouver un emploi, un jeune issu de milieux défavorisés peut donc facilement basculer dans la délinquance. Il existerait également une corrélation entre la hausse du chômage et celle de la délinquance. Aux États-Unis, une étude a montré qu’une hausse de 10 % du chômage provoque une hausse de 4 % des arrestations, de 6 % des incarcérations, de 3,4 % des crimes économiques et de 0,8 % des crimes violents. Une hausse de 1 million de chômeurs sur 5 ans est à l’origine de 14 000 condamnations pénales supplémentaires[19]. Le chômage étant la principale cause de la délinquance, au lieu d’augmenter le nombre de prisons, les pouvoirs publics devraient plutôt enrayer la hausse du chômage.

La seconde conséquence concerne l’impact du chômage sur les salariés en poste. Il n’y a pas que les chômeurs qui sont concernés par la hausse du chômage. Elle concerne également tous les salariés qui ont « la chance d’avoir un emploi ». La hausse du chômage entretient un climat d’insécurité dans l’esprit des salariés qui ont peur de perdre leurs emplois. Pour éviter de se retrouver au chômage, en fonction de son niveau hiérarchique, le salarié peut utiliser de multiples stratégies d’évitement : se soumettre aux ordres, contribuer au « sale boulot »[20], accepter la dégradation de ses conditions de travail, entrer en compétition avec ses collègues et ne pas s’impliquer dans des revendications sociales collectives. La peur du chômage empêche les mouvements sociaux de se mobiliser pour lutter contre la dégradation des conditions de travail : la stagnation des salaires, la flexibilité, la réforme du Code du travail, la casse du système social, etc…

Ce comportement de soumission provoque un état de stress qui a des répercussions sur la santé physique et psychique des salariés. En acceptant de contribuer au « sale boulot », d’intensifier son rythme de travail, l’insécurité d’un emploi précaire, le harcèlement d’un petit chef, la flexibilité, des objectifs inatteignables, des horaires irréguliers et imprévisibles incompatibles avec une vie sociale et familiale, etc…, les salariés s’exposent à des situations de stress et à des risques psychosociaux. En reprenant les quatrième et sixième enquêtes européennes sur les conditions de travail dans l’Union européenne, un rapport de l’Organisation internationale du Travail (OIT) estimait que 40 millions de personnes étaient affectées par le stress lié au travail[21]. Tandis que 36 % déclaraient travailler dans des délais très courts, 33 % déclaraient travailler à une cadence élevée. Ce même rapport indiquait, d’une part, qu’un travailleur sur six, soit 16 %, avait été confronté à un comportement social hostile (violence physique, harcèlement sexuel et harcèlement), et, d’autre part, que 80 % des cadres s’inquiétaient du stress lié au travail, et que près d’un sur cinq considéraient la violence et le harcèlement comme un problème majeur.

Quels que soient leurs niveaux hiérarchiques, à cause du stress lié au travail, de plus en plus de salariés sont sujets à des fatigues, à des maux de tête ou d’estomac, à des troubles du sommeil et de l’humeur, à des comportements addictifs (alcool, drogues, jeux, shopping, sexe, surtravail, etc…) et à des états anormaux d’agitation et d’angoisse accompagnés d’une diminution de la lucidité et d’un rétrécissement de la pensée. En se prolongeant dans le temps, l’exposition à un état de stress durable provoque des problèmes de santé physique (maladies cardio-vasculaires, accident vasculaire cérébral (AVC), troubles musculo-squelettiques (TMS), hypertension artérielle, ulcères, cancers, etc…) et psychique (anxiété, fatigue chronique, dépression, Burn-out, tentatives de suicide, etc…). Les troubles musculo-squelettiques et psychiques constituent les pathologies à caractère professionnelles les plus fréquentes. À eux seuls, les TMS, qui ont augmenté de 17 % par an en dix ans, représentaient 74 % des déclarations des maladies professionnelles en 2008[22]. Afin d’aider les salariés à poursuivre leur travail, les médecins généralistes prescrivent toujours plus d’antidépresseurs. En 2000, 24,5 % de la population française a bénéficié du remboursement d’un médicament psychotrope[23]. La hausse de la consommation de psychotropes est le révélateur d’un malaise social profond qui ne cesse de progresser. Au lieu d’en prescrire toujours plus, il serait plus judicieux d’en finir avec le chômage qui est la principale cause du stress au travail. Les problèmes de santé physique et psychique concernent également les dirigeants d’entreprises. Une étude, réalisée en 2010 par TNS Sofres auprès de 800 dirigeants de PME, révélait que 63 % déclaraient être stressés et que 34 % d’entre eux souffraient de problèmes de santé liés au travail[24].

La troisième conséquence concerne la compétitivité des entreprises. L’absentéisme, la rotation du personnel et la baisse de la productivité liés au stress au travail ont également des répercussions sur la performance des entreprises. En 2001, une étude estimait que 30 % des arrêts maladie étaient directement liés au stress[25]. Aux États-Unis, l’absentéisme est responsable de plus de la moitié des 550 millions d’heures de travail perdues dans le secteur privé[26]. Une étude de 2013 financée par l’Union européenne estimait que le coût du stress lié au travail s’élevait à 514 milliards € par an pour les entreprises européennes : l’absentéisme et le présentéisme représentaient 272 milliards € et la perte de productivité était estimée à 242 milliards €[27]. En France, le coût du stress était estimé entre 1,9 et 3 milliards € pour les entreprises en 2007[28]. Une étude britannique réalisée en 2007 par le Sainsbury Centre for Mental health estimait que le coût du stress, de l’anxiété et de la dépression s’élevait pour les employeurs à 1 220 € par employé et par an : 710 € était imputable au présentéisme, 400 € à l’absentéisme et 110 € à la rotation du personnel[29]. À ces coûts, il faut ajouter les risques psychosociaux liés au manque de perspective d’évolution, à l’accroissement des tensions interpersonnelles, ainsi qu’à l’absence d’implication et de communication au sein des équipes de travail, qui ont également un impact sur la performance des entreprises. Au lieu d’attribuer la perte de compétitivité des entreprises au coût trop élevé du travail, à la rigidité du Code du travail et à la réduction du temps de travail, le Medef devrait encourager la mise en œuvre de politiques salariales qui amélioraient la qualité de vie et le bien-être des salariés : sécuriser les parcours professionnels, aménager des horaires plus stables compatibles avec une vie privée, alléger les charges de travail en la répartissant et réduire le temps de travail. En permettant d’augmenter la productivité et la qualité du travail, ces mesures contribueraient à favoriser la compétitivité des entreprises et donc, à créer des emplois.

Le chômage et la peur du chômage ne concernent pas que les salariés et les entreprises, ils concernent également le budget de l’État.

  • Quelles sont les conséquences du chômage sur le budget de l’État ?

La hausse du chômage a également des répercussions sur le budget de l’État. En provoquant à la fois une hausse des dépenses et une baisse des recettes fiscales, l’augmentation du chômage contribue à creuser la dette publique. Afin d’en calculer le coût, il est nécessaire de prendre en compte les coûts directs et indirects.

En France, les coûts directs du chômage sont estimés à 6 % du PIB[30]. Ils concernent, d’une part, l’augmentation des allocations chômage et des dépenses de gestion administrative allouées à Pôle emploi, et, d’autre part, la baisse des cotisations versées à l’Urssaf et aux caisses de retraite, ainsi que celle des recettes fiscales de l’État et des collectivités locales. Ils comprennent également les diverses aides, que l’État accorde aux entreprises pour créer des emplois. Le coût global annuel des allocations chômage reviendrait à 45 milliards € : l’allocation versée par l’Unédic aux 2,4 millions de chômeurs coûterait un peu plus de 33,5 milliards € et la prime pour l’emploi versée par la caisse d’allocation familiale (CAF) à 1,35 million de personnes reviendrait à environ 11,8 milliards €[31]. À ce montant, il est nécessaire d’ajouter 83 milliards € consécutifs à des coûts supplémentaires, à des baisses de cotisations et à des pertes de recettes fiscales : l’Unédic pour 34,8 milliards €, la sécurité sociale pour 25,7 milliards € et l’État et les collectivités locales pour 22,4 milliards €[32]. À cela, il faut ajouter 10 milliards € alloués au dispositif du RSA[33]. Pour finir, il est également nécessaire d’ajouter les 36 milliards € d’aides accordées aux entreprises pour créer des emplois : 16 milliards € concernent le Crédit Impôt Compétitivité Emploi (CICE)[34] et 20 milliards € le Pacte de responsabilité et de solidarité[35]. Le cumul approximatif des coûts directs liés au chômage s’élèverait donc à environ 174 milliards € par an. En 2013, le total des recettes nettes du budget général de la France s’élevait à 312 milliards €[36] et le montant du PIB à 2 113 milliards €[37]. Puisque le coût direct du chômage s’élevait à 174 milliards €, il représentait 55,8 % du budget de l’État et 8,2 % du PIB.

Les coûts directs n’intègrent pas les coûts indirects liés aux conséquences sociales du chômage. En effet, l’augmentation, d’une part, de la délinquance et des incarcérations, et, d’autre part, des maladies liées au chômage et à la peur du chômage, provoque une hausse des dépenses qui creusent la dette publique de l’État et le déficit de la caisse d’assurance maladie. Selon une étude canadienne datant de 1996, si le taux de chômage atteignait 10,4 % de la population, son coût indirect évoluerait entre 5 % et 12 % du PIB[38]. S’il atteignait 12 %, ce coût représenterait 253 milliards €, soit 81 % des recettes fiscales de l’État. En effet, pour réparer les dégâts provoqués par la hausse du chômage, le gouvernement doit augmenter le budget des ministères du Travail et de l’Emploi, des affaires sociales, de la santé, de la justice et de l’intérieur.

L’augmentation de la délinquance provoque la hausse des dépenses des ministères de la Justice et de l’Intérieur. Engorgé par l’accroissement des infractions et des délits, le ministère de la Justice doit augmenter ses effectifs et les moyens octroyés à l’appareil judiciaire pour assurer son fonctionnement. Pour maintenir l’ordre et la sécurité, le ministère de l’Intérieur doit augmenter ses effectifs et les moyens alloués à la police. Le surpeuplement des prisons consécutif à l’augmentation de la délinquance oblige le gouvernement à en construire de nouvelles et à embaucher du personnel pénitencier. Une étude publiée en 2010 par l’économiste Jacques Bichot estimait que les dépenses liées à la délinquance pouvaient être estimées à plus de 115 milliards d’euros par an[39], soit 7,5 % du PIB.

La hausse du chômage et le stress lié à la peur du chômage provoquent également l’augmentation des dépenses de santé. Une étude de 2013 financée par l’Union européenne estimait le coût des dépressions liées au travail supporté par les systèmes sociaux des États européens à 102 milliards € : le coût des soins de santé représentait 63 milliards € et les prestations sociales versées sous la forme d’allocations s’élevaient à 39 milliards €[40]. En France, l’augmentation des pathologies psychiques et de la consommation de psychotropes représentaient 22,6 milliards, soit 16 % des dépenses de santé en 2011[41]. La hausse des coûts destinés à prendre en charge les maladies physiques et psychiques liées au chômage et à la peur du chômage contribuent à creuser le déficit de la caisse d’assurance maladie au profit des industries pharmaceutiques et de la santé. Au lieu d’attribuer le déficit de la caisse d’assurance maladie à la mauvaise gestion des partenaires sociaux, il apparaît plus judicieux de l’attribuer à la hausse du chômage. Le meilleur moyen de réduire le déficit de cette caisse n’est donc pas de limiter les conditions d’accès aux arrêts-maladie, de baisser le taux de remboursement des médicaments et des honoraires des médecins, mais de procurer un emploi sécurisé et stable aux 7 millions d’actifs sans emploi.

Bien que ces chiffres aient été contestés par les pouvoirs publics, en 1998, Jacques Nikonoff avait estimé le cumul des coûts directs et indirects du chômage à 13 % du PIB[42]. En prenant uniquement en compte les 174 milliards € de coûts directs et les 115 milliards € de coûts indirects liés à l’augmentation de la délinquance, le cumul de ces dépenses aurait abouti à 289 milliards €, soit 13,7 % du PIB en 2013. En augmentant les dépenses de santé, ainsi que le budget des ministères du Travail et de l’Emploi, des affaires sociales, de la justice et de l’intérieur, la hausse du chômage creuse la dette publique de l’État et le déficit de la caisse d’assurances maladie sans améliorer la qualité de vie et le bien-être de la population.

Au lieu de proposer des solutions capables d’en finir avec le chômage, la principale préoccupation des gouvernements français et européens, de la commission européenne, du FMI et des agences de notation (Modys, Standar & Poor, etc…) est de réduire la dette publique des États. Pour la réduire, les mesures préconisées sont les suivantes : augmenter l’âge du départ à la retraite, baisser le montant des retraites, réduire les effectifs de la fonction publique, supprimer le salaire minimum, plafonner le salaire des fonctionnaires, réduire l’impôt sur les sociétés et les cotisations sociales patronales, supprimer l’impôt sur la fortune (ISF), privatiser les services publics (santé, transport, éducation, poste, eau, énergie, etc…), etc… Le cas de la Grèce met en évidence l’incohérence de cette politique dictée par une doctrine idéologique. En provoquant une récession économique, le plan d’austérité augmente le nombre de demandeurs d’emploi qui se traduit par une baisse des recettes fiscales et une augmentation des dépenses qui contribuent à creuser la dette publique. Ce n’est donc pas la réduction des effectifs des services publics (éducation, hôpitaux, impôts, etc…) ou des dépenses culturelles et sociales, mais la suppression du chômage qui est la stratégie la plus efficace pour réduire la dette publique.

Avant de proposer des solutions pour en finir avec le fléau économique, politique et social des 7 millions d’actifs sans emploi, il apparaît indispensable d’en comprendre les causes.

2ème Partie : Quelles sont les causes du chômage ?

Les causes de la hausse du chômage sont multiples. Tandis que pour le Medef et les ultralibéraux, elles sont dues à la faiblesse de la croissance du PIB et au manque de compétitivité des entreprises, pour John Maynard Keynes, elles sont dues au progrès technique. Afin d’appréhender chacune de ces affirmations, je propose d’étudier, d’une part, celles du Medef et des ultralibéraux, et, d’autre part, les causes et les conséquences des gains de productivité et les enjeux du partage des bénéfices générés par ces gains.

Les causes du chômage du Medef et des ultralibéraux.

Le Medef et les ultralibéraux affirment que les principales causes de la hausse du chômage sont, d’une part, la faiblesse de la croissance du PIB, et, d’autre part, le coût du travail, la rigidité du Code du travail, l’inadéquation entre l’offre et la demande et la réduction du temps de travail qui seraient un frein à la compétitivité des entreprises. Afin d’infirmer ou de confirmer ces affirmations, il m’est apparu nécessaire d’étudier chacun de ces freins et de comparer l’évolution du taux de croissance du PIB avec la richesse produite par le PIB.

  • Le coût trop élevé du travail serait-il la cause du chômage ?

Pour le Medef et les ultralibéraux, la première cause du chômage est le coût du travail (rémunération + charges sociales patronales). En effet, comme ils seraient trop élevés, le Smic et le coût du travail apparaissent comme un frein à la compétitivité des entreprises et donc, à la création d’emplois. Pour eux, le marché de l’emploi idéal serait celui où le taux horaire du travail serait fixé librement entre les acteurs en fonction de la loi du marché dite de « l’offre et de la demande ». Si l’offre d’emploi est plus importante que la demande, le taux horaire augmente pour inciter les salariés à travailler. Par contre, si l’offre est plus faible que la demande, le taux horaire baisse, ou plutôt, s’ajuste en fonction de l’offre. Étant donné qu’en 2013 le taux de chômage officiel de la France était de 9,8 %, la demande d’emploi était plus importante que l’offre. Pour rétablir l’équilibre sur le marché de l’emploi et donc, créer les conditions du plein emploi, il aurait suffi de supprimer le Smic qui apparaît comme un frein à la création d’emploi. En favorisant la réduction du coût du travail, la suppression du Smic aurait donc permis de créer des emplois.

Si le coût du travail était la principale cause de la hausse du chômage, les pays qui ont le coût le plus élevé devraient avoir un taux de chômage plus élevé que ceux qui ont le plus bas. Le graphique ci-dessous présente le taux de chômage des pays de la zone euro en fonction du coût horaire moyen d’une heure de travail en 2012.

–  Sources : Enquêtes quadriennales du coût de la main-d’œuvre (ECMO), enquête 2012 prolongée par les indices trimestriels du coût de la main-d’œuvre d’Eurostat[43].
–  Source : Le Monde, Nouveau record de chômage en zone euro à 11,8 %[44].

Ce graphique fait apparaître qu’en 2012, les pays européens qui avaient le coût horaire moyen de l’heure de travail le plus élevé (Belgique 40,14 €, Allemagne 31,93 € et Pays-Bas 32,17 €) avaient le taux de chômage le plus bas (7,4 %, 5,4 % et 5,6 %). À l’inverse, ceux qui avaient le plus bas (Grèce 18,85 €, Espagne 20,92 € et Portugal 12,91 €) avaient le taux le plus élevé (26 %, 26,6 % et 16,3 %). Cette analyse met en évidence qu’il n’y a pas forcément de corrélation entre le coût du travail et le taux de chômage. Si c’était le cas, la Grèce, l’Espagne et le Portugal auraient un taux de chômage moins élevé que la Belgique, l’Allemagne et les Pays-Bas. Puisque le coût du travail n’est pas en cause, il apparaît nécessaire de s’intéresser à la rigidité du Code du travail.

  • La rigidité du Code du travail serait-elle la cause du chômage ?

La seconde cause de la hausse du chômage serait la rigidité du Code du travail. Pour le Medef et les ultralibéraux, le marché de l’emploi idéal est celui où un employeur serait totalement libre d’embaucher ou de licencier un salarié en fonction du rythme de son activité. Les procédures de licenciement de la France étant relativement contraignantes et coûteuses, la réglementation du travail apparaît comme un frein à la compétitivité des entreprises et donc, à la création d’emplois. Si la procédure de licenciement était plus simple, plus rapide et moins onéreuse, les entreprises préféraient embaucher des salariés en CDI plutôt qu’en CDD et en intérim. Comme les règles, qui encadrent les procédures de licenciement, sont les principales responsables de la hausse du chômage, les pays qui ont un haut niveau de protection du travail devraient avoir un taux de chômage élevé. Or, une fois de plus, ce n’est pas le cas. En effet, malgré le fait que les Pays-Bas, la Belgique et la Suède disposent d’une réglementation du travail qui protège les salariés, le taux de chômage de ces pays est plus faible que celui de la France.

Puisque ce n’est pas la rigidité du Code du travail qui expliquerait la hausse du chômage, est-ce que ce serait l’inadéquation entre l’offre et la demande d’emploi ?

  • L’inadéquation entre l’offre et la demande serait-elle la cause du chômage ?

La troisième cause du chômage serait l’inadéquation entre l’offre et la demande d’emploi. Le Medef annonce régulièrement que 200 000 offres d’emplois seraient non pourvues. Les secteurs d’activités qui auraient des difficultés à trouver du personnel sont ceux de la restauration, de l’hôtellerie, des services aux entreprises et des services aux particuliers. Les emplois difficiles à pourvoir seraient ceux d’agents d’entretiens, d’aides à domicile, d’employés de maison, d’aides-soignants, de serveurs, de plongeurs et d’aides-cuisiniers, etc… Ces emplois sont souvent payés au Smic, ont des horaires à temps partiel « subi », n’exigent pas de qualification et n’offrent pas de perspective d’avenir. Si les employeurs de ces secteurs d’activité ont réellement du mal à trouver du personnel, au non de la loi dite de « l’offre et de la demande », ils n’auraient qu’à rendre ces emplois plus attractifs en proposant des rémunérations et des conditions de travail plus élevé que dans les autres secteurs d’activités. Au lieu de revaloriser ces emplois, le Medef dénonce les conditions d’indemnisation des demandeurs d’emploi qui rendraient le chômage plus attractif que le travail. L’allocation d’aide au retour à l’emploi étant trop généreuse, il serait responsable d’un déséquilibre sur le marché de l’emploi et donc, de la hausse du chômage.

Comme ce n’est pas l’inadéquation entre l’offre et la demande, est-ce que ce serait la réduction du temps de travail ?

  • La réduction du temps de travail serait-elle la cause du chômage ?

Le Medef et les ultralibéraux affirment que c’est la réduction du temps de travail, et notamment les 35 heures, qui seraient responsables de la hausse du chômage. La France étant inscrite dans la mondialisation, les 35 heures apparaissent comme un frein à la compétitivité et donc, à la création d’emploi. Pour créer des emplois, ils proposent d’abroger les 35 heures et d’augmenter le temps de travail. Afin de valider ou d’infirmer ces affirmations, je propose de comparer l’évolution du taux de chômage de l’Insee avec celle de la durée moyenne et légale du temps de travail hebdomadaire. Pour calculer la durée moyenne du temps de travail hebdomadaire, j’utiliserai l’équation suivante :

– Soit, VHTb est le volume total heures travaillées par branche : 40 271 480 379 heures[45].
– « , PAe est la population active occupe emploi temps plein : 25 589 586 hab[46].
– « , S est le nombre semaines annuelles : 52 semaines.
– « , Cp est le nombre semaines congés payés : 5 semaines.
– « , DMh est la durée moyenne temps travail hebdomadaire :

En 2013, les 40,2 milliards d’heures de travail étant répartis entre les 25,5 millions d’actifs à temps plein, la durée moyenne du temps de travail annuel était de 1 574 heures. Comme les 1.574 heures étaient réparties sur 47 semaines, la DMh était de 34 heures.

Le graphique ci-dessous compare la courbe de la durée moyenne et légale du temps de travail hebdomadaire avec celle du taux de chômage de l’Insee de 1950 à 2013.

–  Source : Insee, T302 : Chômage et taux de chômage au sens du Bureau International du Travail (BIT), par sexe et par tranche d’âge quinquennal et regroupé, en moyenne annuelle, (donnée de 1975 à 2013) Op.Cit.
–  Source : Insee, T306, chômage et taux de chômage au sens du Bureau International du Travail (BIT) selon l’ancienne définition, par sexe et âge regroupé, en fin de trimestre (donnée 4e trimestre de 1968 à 1974), Op-Cit.
–  Source : Insee, 6.213 Volume total d’heures travaillées par branche.
–  Source : Insee, 6.209 Emploi intérieur total par branche en nombre d’équivalents temps plein.

L’analyse de ce graphique fait apparaître que plus l’écart entre la durée moyenne et légale du temps de travail diminue, plus le chômage augmente. Il augmente d’autant plus lorsque la durée moyenne est inférieure à la durée légale. En 1968, tandis que la durée moyenne était 45 heures, la durée légale était de 40 heures. L’écart étant de 5 heures en faveur de la durée moyenne, le taux de chômage était de 2,5 %. En 1975, l’écart étant de 1 heure, le taux de chômage était de 4,4 %. En 1994, étant donné que l’écart était de 3 heures en faveur de la durée légale, le taux de chômage était de 10,2 %. Il faudra attendre la loi sur les 35 heures de 1998 pour que la durée moyenne soit à nouveau supérieure de 1 heure à la durée légale pendant 3 ans. Grâce aux 35 heures, de 1997 à 2001 le taux de chômage est passé de 10,3 % à 7,4 %. Maintenir un écart de 7 heures en faveur de la durée moyenne apparaît donc comme une solution envisageable pour enrayer la hausse du chômage. À partir de cette analyse, il est possible d’affirmer que pour en finir avec le chômage, les 35 heures auraient dû être mises en place en 1973, les 32 heures en 1981 et les 24 heures en 1998. À l’inverse de ce qu’affirment le Medef et les ultralibéraux, ce n’est donc pas la réduction du temps de travail, mais le fait de ne pas avoir réduit sa durée légale, qui est la cause du chômage.

Puisque ce n’est pas la réduction du temps de travail, est-ce que ce serait la faiblesse de la croissance du PIB ?

  • La faiblesse du taux de croissance du PIB serait-elle la cause du chômage ?

La faiblesse du taux de croissance est souvent présentée comme la principale cause de la hausse du chômage. Sa relance apparaît donc comme la seule solution envisageable pour en inverser la courbe. Afin de valider ou d’infirmer cette affirmation, je propose de comparer l’évolution du taux de croissance du PIB et du taux de chômage avec la valeur du PIB de 1950 à 2013.

–  Source : Insee, 1.115 Produit intérieur brut et revenu national brut par habitant, Op.Cit.
–  Source : Insee, T302 : Chômage et taux de chômage au sens du Bureau International du Travail (BIT), par sexe et par tranche d’âge quinquennal et regroupé, en moyenne annuelle, (donnée de 1975 à 2013) Op.Cit.
–  Source : Insee, T306, chômage et taux de chômage au sens du Bureau International du Travail (BIT) selon l’ancienne définition, par sexe et âge regroupé, en fin de trimestre (donnée 4e trimestre de 1968 à 1974)[47].

L’analyse de ce graphique fait apparaître que le PIB n’a pas cessé d’augmenter malgré la baisse de son taux de croissance. De 1950 à 2013, le PIB est passé de 15,5 à 2 113 milliards €, soit 136 fois plus de valeurs. Même si le taux de croissance de 2013 était seulement de 1,1 %, la valeur ajoutée générée entre 2012 et 2013 était 10,3 fois plus élevée que celle de 1950 qui avait pourtant connu un taux de 17,3 %. En effet, entre 1949 et 1950 la valeur générée était de 2,2 milliards € et entre 2012 et 2013 de 22,6 milliards €. À taux de croissance égale, tandis qu’en 1950 1 % générait 132 millions €, en 2013, il en générait 20,9 milliards €, soit 157 fois plus de richesse.

En ce qui concerne le taux de chômage, l’analyse de ce graphique montre que sa hausse est inversement corrélée au taux de croissance du PIB. En effet, de 1969 à 2013, tandis que le taux de chômage passait de 2,2 % à 9,9 %, soit une hausse de 7,7 points, le taux de croissance du PIB passait de 15 % à 1,1 %, soit une baisse de 13,9 points. Puisqu’elles font partie des 30 glorieuses, les 24 années qui s’étendent de 1949 à 1973 sont souvent présentées comme une période de forte croissance et de plein emploi : le taux de croissance du PIB était de 1 260 % et le taux de chômage était de 2,7 % en 1973. En comparaison, durant les 39 années qui s’étendent de 1974 à 2013, le taux de croissance a progressé de 906 %, soit une baisse de 354 points, et le taux de chômage comprenait 9,8 % de la population active en 2013. Pourtant, tandis que le cumul de la valeur du PIB générée entre 1949 à 1973 était de 167 milliards €, celui généré entre 1974 à 2013 était de 1 933 milliards €, soit 11,6 fois plus de richesses. Entre 1972 et 1973, il a fallu un taux de croissance de 14,7 % pour générer un PIB de 23 milliards €. Entre 2012 et 2013, il a seulement fallu 1,1 % pour générer 22,6 milliards €. Malgré un écart de 13,6 points de croissance, l’écart de richesse produit était seulement de 400 millions €. Si la richesse créée par le PIB avait expliqué la hausse du chômage, le taux de chômage de 1973 aurait dû être plus important que celui de 2013. Or, ce n’est pas le cas. Cette analyse confirme que la hausse du chômage n’est pas due à la croissance de la richesse générée par le PIB, mais à la faiblesse de son taux de croissance.

Puisque le coût du travail, la rigidité du Code du travail, l’inadéquation entre l’offre et la demande, la réduction du temps de travail et la richesse produite par le PIB ne sont pas responsables de la hausse du chômage, il m’est apparu pertinent de me demander si ce n’était pas les gains de productivité qui en seraient la cause.

Les gains de productivité seraient-ils la cause du chômage ?

L’augmentation du nombre de demandeurs d’emploi n’étant pas corrélée à la croissance du PIB, mais à son taux de croissance, pour en comprendre les causes, il est nécessaire d’identifier les liens qui unissent le taux de croissance du PIB à la hausse du chômage. En 1930, John Maynard Keynes affirmait que le progrès technique était responsable de la hausse du chômage. « Nous sommes atteints d’un nouveau mal, dont certains lecteurs ne connaissent peut-être pas encore le nom – le chômage technologique. Il désigne le chômage causé par la découverte de procédés nouveaux qui économisent la main-d’œuvre alors que la découverte de nouveaux débouchés pour celle-ci s’avère un peu plus lente. »[48] Afin d’appréhender ce lien, je propose d’étudier les causes, les modes de calcul et les conséquences des gains de productivité.

  • Quelles sont les causes des gains de productivité ?

Les gains de productivité sont générés par le progrès technique et l’organisation du travail. Ces innovations provoquent une transformation des moyens et des méthodes de production, des produits, des marchés et des structures de l’économie.

Le premier secteur d’activité qui a bénéficié des gains de productivité est celui de l’agriculture. Le progrès des outils de production agricole (tracteurs, charrues, moissonneuses-batteuses, etc…) a permis de réduire la durée du travail et le nombre d’ouvriers agricoles. Ces gains ont libéré la main-d’œuvre indispensable à l’essor de l’industrie et des services marchands. En permettant de produire plus avec moins de temps de travail et de main-d’œuvre, le progrès des outils de production industrielle (usines numériques, robots, etc…) a généré d’importants gains de productivité. L’introduction des robots a permis de remplacer les ouvriers spécialisés (OS) par des techniciens qualifiés chargés de la maintenance et de l’entretien des machines. L’exemple de l’entrepris Solarwatt illustre le lien entre le progrès des outils de production et les gains de productivité.

L’évolution des technologies de l’information et de la communication (TIC) : les ordinateurs, les téléphones mobiles, la visioconférence, les logiciels de traitement de l’information (ERP, CAO, FAO, CGDT, etc…) et les réseaux de circulations de l’information (semi-conducteurs, puces RFID, Internet, etc…) ont permis d’accélérer la circulation, la collecte et le traitement de l’information. Le progrès des moyens de transport (voiture, train, avion, cargo, tanker, etc…) et des infrastructures (autoroute, port, aéroport, ligne à grande vitesse, gazoduc, etc…) ont permis d’accélérer la circulation des voyageurs, des salariés, des matières premières et des marchandises au niveau local, national et mondial. Tandis que les TIC permettent de réduire la durée et le coût de la circulation de l’information, les moyens de transport modernes réduisent ceux des transports de marchandises.

En se cumulant avec la suppression des droits de douane, qui ont débuté avec les accords du GATT[49] (Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce), ces baisses de coûts ont favorisé les échanges internationaux, la mondialisation de l’économie et la délocalisation des entreprises.

Les gains de productivités sont également dus aux multiples méthodes d’organisation du travail (Taylorisme, Fordisme, Toyotisme, Lean management[50], KAIZEN[51], méthode projet, etc…), qui donnent aux consultants en organisation les moyens de restructurer la production et les services. Le Toyotisme, qui consiste à produire à flux tendu et à limiter les stocks à zéro, nécessite l’intégration et la synchronisation des outils de production, des systèmes de suivis et de traitement de l’information et de la logistique.

En se combinant, le progrès technique et l’organisation du travail permettent d’augmenter la productivité horaire des entreprises.

  • Comment calculer la productivité horaire ?

La productivité mesure le rapport entre une production et la quantité de facteurs (capital, effectifs et heures de travail) mis en œuvre pour la réaliser. Elle peut mesurer la productivité physique du travail, la productivité du capital, la productivité du travail et la productivité horaire du travail.

La productivité physique du travail mesure la quantité produite par une unité de facteur.

Par exemple, il est possible de calculer le rendement d’un salarié (nombre de pièces réalisées par un salarié pendant une heure de travail) ou d’une machine (nombre de pièces réalisées par une machine pendant une heure). Si 100 salariés produisent 10 000 pièces, la productivité du travail sera de 10 000/100 = 100 pièces par salarié. Chaque salarié produit en moyenne 100 pièces.

La productivité du facteur capital mesure la valeur ajoutée (VA) générée par 1 € investi.

Par exemple, si un capital de 10 000 € génère une VA de 100 000 €, la productivité du capital sera de 100 000/10 000 = 10 €. Chaque euro investi génère en moyenne 10 € de valeur ajoutée.

La productivité du travail mesure la valeur ajoutée produite par un salarié.

Par exemple, si 100 salariés génèrent 100 000 € de VA, la productivité du travail sera de 100 000/100 = 1 000 € par salarié. Chaque salarié génère en moyenne 1 000 € de valeur ajoutée.

La productivité horaire du travail mesure la VA générée par le nombre d’heures de travail.

Par exemple, si 5 000 heures de travail génèrent 100 000 €, la productivité horaire du travail sera de 100 000/5 000 = 20 € de l’heure. Chaque heure de travail, génère en moyenne 20 € de VA.

La productivité horaire du travail (effectifs x durées moyennes travail) mesure la valeur ajoutée générée par le nombre d’heures de travail.

Par exemple, si 100 salariés, qui travaillent en moyenne 50 heures, génèrent une valeur ajoutée de 100 000 €, la productivité horaire du travail sera de 100 000/(100 x 50) = 20 € par heure de travail. Chaque heure de travail d’un salarié génère en moyenne 20 € de valeur ajoutée.

Puisqu’elle permet de mesurer la performance d’un salarié, d’un atelier, d’une entreprise ou d’un pays, la productivité est un indicateur majeur de l’économie. Le graphique ci-dessous compare le taux de croissance de la productivité horaire avec celle de 1 heure de travail de 1950 à 2013.

–  Source : Insee, 6.213 Volume total d’heures travaillées par branche, comptes nationaux, Op.Cit, (h)
–  Source : Insee, 6.202 Valeur ajoutée brute par branche en volume aux prix de l’année précédente chaînés[52], (VA).

L’analyse de ce graphique fait apparaître que de 1950 à 2013, tandis que la valeur ajoutée moyenne générée par 1 heure de travail passait de 5,9 € à 46,1 €, le taux de croissance des gains de productivité passait de 9,1 % à 0,5 %. Le taux de croissance étant inférieur de 8,4 points, la VA générée par 1 heure de travail entre 2012 et 2013 était de 0,23 €, soit 2,1 fois moins élevée que celle générée entre 1949 et 1950 qui était de 0,49 €. Pourtant, à taux de croissance égale, tandis qu’en 1950 1 % de croissance générait 0,06 € de VA, en 2013, il en générait 0,46 €. En 2013, comme une heure de travail génère en moyenne 7,8 fois plus de valeur qu’en 1950, la productivité horaire peut avoir un impact sur la création ou la destruction d’emplois.

Après avoir présenté les causes, les modes de calcul et l’évolution de la productivité horaire, je propose d’en étudier les conséquences.

  • Quelles sont les conséquences de la productivité horaire ?

En se combinant, le progrès technique et l’organisation du travail permettent de réduire le nombre d’heures de travail et de salariés affectés à une tâche. L’exemple de l’usine de production Alpha illustre les liens qui unissent le progrès technique et l’organisation du travail avec le nombre d’heures de travail et les effectifs d’une entreprise. En 1950, l’usine Alpha produisait 10 voitures (5 A et 5 B) avec 40 salariés et 100 heures de travail.

En 2013, les dirigeants de l’usine Alpha ont investi dans l’outil de production (robots et machines numériques) et fait appel à des consultants en organisation pour restructurer l’entreprise.

Suite aux investissements et à la restructuration, l’usine Alpha produisait 100 voitures (50 A et 50 B) avec 20 salariés et 50 heures de travail. Ayant besoin de 2 fois moins de temps et de salariés pour produire 10 fois plus de voitures, le progrès technique et l’organisation du travail lui ont permis de générer d’importants gains de productivité. Cet exemple fictif, qui montre que la hausse de la productivité contribue à la baisse des effectifs, est confirmé par les données statistiques de l’Insee. Les graphiques ci-dessous comparent le taux de croissance de la productivité horaire avec le taux de croissance des effectifs par branches de 1950 à 2012.

–  Source : Insee, 6.209 Emploi intérieur total par branche en nombre d’équivalents temps plein, Op.Cit.
–  Source : Insee, 6.213 Volume total d’heures travaillées par branche, comptes nationaux, Op.Cit.
–  Source : Insee, 6.202 Valeur ajoutée brute par branche en volume aux prix de l’année précédente chaînés, Op-Cit.

Ces graphiques font apparaître le lien qui unit le taux de croissances de la productivité horaire d’une branche d’activité avec l’évolution de ses effectifs. Plus le taux de croissance est élevé, plus les effectifs diminuent. En effet, de 1950 à 2012, tandis que la productivité horaire de l’agriculture passait de 0,6 € à 19,3 € de l’heure, soit un taux de croissance de 3 131 %, les effectifs de cette branche d’activité passaient de 5,4 millions à 760 000 personnes, soit une baisse de 86,2 %. Ces données statistiques montrent que l’effondrement des effectifs de la branche agricole est pour l’essentiel dû aux gains de productivité. Sur la même période, tandis que la productivité de l’industrie passait de 3,5 € à 54,3 €, soit une hausse de 1 469 %, les effectifs de cette branche passaient de 4,7 à 3 millions de personnes, soit une baisse de 35,8 %. Les destructions d’emploi de la branche industrielle sont dues, pour une part aux gains de productivité, et pour une autre part, aux délocalisations des activités à faible valeur ajoutée (textile, équipement électrique, etc…) dans des pays émergents (Chine, Bangladesh, Turquie, etc…) où le coût et le droit du travail ne sont pas aussi élevés et contraignants qu’en France. Ces délocalisations sont favorisées par la suppression des taxes douanières, les TIC et les moyens de transport modernes.

À l’inverse, plus le taux de croissance de la productivité est faible, plus la branche crée d’emplois. En effet, de 1950 à 2012, tandis que la productivité horaire des services marchands passait de 9,6 € à 51,8 €, soit une hausse de 471 %, les effectifs de cette branche passaient de 5,1 à 13,5 millions de personnes, soit une hausse de 164 %. En ce qui concerne les services non marchands (santé, éducation, services sociaux, etc…), tandis que la productivité passait de 17 € à 38,6 €, soit une hausse de 133 %, les effectifs passaient de 3 à 7,9 millions de personnes, soit une hausse de 161 %. Le faible taux de croissance de la productivité des services marchands et non marchands explique l’apparition du Lean management. Puisque les emplois d’infirmières, d’aides-soignantes, de serveurs, de cuisiniers, de plongeurs, de mécaniciens, d’éboueurs, d’agents de sécurité, d’assistante ménagère, etc… ne sont pas délocalisables, le Lean management vise à optimiser la productivité horaire de ces services pour réduire les effectifs et les rendre plus rentable.

Ayant montré les liens qui unissent le taux de croissance de la productivité horaire avec la hausse du chômage, il est possible de décrire sa corrélation avec le taux de croissance du PIB. Le graphique ci-dessous montre la corrélation entre le taux de croissance du PIB et de la productivité horaire du travail avec l’évolution des effectifs des entreprises de 1950 à 2013.

–  Source : Insee, 6.215 Productivités horaires du travail par branche[53].
–  Source : Insee, 6.209 Emploi intérieur total par branche en nombre d’équivalents temps plein, comptes nationaux, Op.Cit.
–  Source : Insee, 1.102 Le produit intérieur brut et ses composantes en volume aux prix de l’année précédente chaînés[54].

Ce graphique montre qu’il existe un lien entre le taux de croissance du PIB et de la productivité horaire avec la création ou la destruction d’emplois.

Lorsque le taux de croissance du PIB est inférieur à celui de la productivité horaire, le surplus d’activité ne parvient pas à compenser les destructions d’emplois provoquées par les gains de productivité. Le surplus d’activité étant insuffisant, les effectifs des entreprises diminuent, ce qui se traduit par une hausse du chômage. De 1957 à 1959, tandis que l’écart entre le taux de croissance du PIB et celui de la productivité était de moins 1,5 %, les effectifs ont diminué de 156 000 salariés. De 1982 à 1985, tandis que l’écart était de moins 4,7 %, les effectifs ont diminué de 198 000 salariés, soit une hausse du taux de chômage de 1,9 point. De 1991 à 1993, l’écart étant de moins 2,9 %, les effectifs ont diminué de 395 000 salariés, soit une hausse du taux de chômage de 1,8 point. La dernière plus forte baisse d’effectifs est consécutive à la crise de 2008. De 2008 à 2009, l’écart étant de moins 3,3 %, les effectifs ont diminué de 309 000 salariés, soit une hausse du taux de chômage de 1,6 point. Ces exemples montrent que le taux de chômage augmente lorsque le taux de croissance des gains de productivité est supérieur à celui du PIB.

À l’inverse, lorsque le taux de croissance du PIB est supérieur à celui de la productivité horaire, les effectifs des entreprises augmentent, ce qui se traduit par une baisse du chômage. De 1949 à 1968, tandis que le taux de croissance du PIB progressait de 164 %, celui de la productivité horaire augmentait de 165 %. L’écart étant de 1 point en faveur de la productivité, le taux de chômage de 1968 était seulement de 2,5 %. Entre 1986 et 1991, comme l’écart était de 5,8 points, les effectifs ont augmenté de 1,1 million, ce qui s’est traduit par une baisse du taux de chômage de 0,2 point. De 1994 à 2002, l’écart étant de 1,9 point, les effectifs ont augmenté de 2,4 millions, soit une baisse du taux de chômage de 2,7 points. L’écart étant seulement de 1,9 point, ce n’est pas le taux de croissance du PIB, mais la réduction du temps de travail, autorisée par la loi sur les 35 heures, qui a favorisé la hausse des effectifs. De 2004 à 2008, l’écart étant de 3,2 points, les effectifs ont augmenté de 908 000 salariés, soit une baisse du taux de chômage de 1,3 point. Ces exemples montrent que le taux de chômage diminue lorsque le taux de croissance du PIB est supérieur à celui de la productivité horaire ou que la réduction du temps de travail absorbe les gains de productivité.

La hausse du chômage étant corrélée à la productivité horaire, pour créer des emplois, il est donc nécessaire de relancer la croissance du PIB ou de réduire le temps de travail. Afin d’appréhender ces mécanismes, je propose d’étudier le partage des bénéfices générés par les gains de productivité.

Les enjeux du partage des bénéfices générés par les gains de productivité.

Pour comprendre les liens qui unissent la relance de la croissance du PIB ou la réduction du temps de travail avec la création d’emplois, il est nécessaire d’étudier le partage des surplus d’heures de travail et de bénéfices générés par les gains de productivité. Le schéma ci-dessous présente les enjeux du partage des bénéfices générés par les gains de productivité.

Pour comprendre ce schéma, je propose de reprendre l’exemple de l’usine Alpha. Tandis qu’en 1950, elle produisait 10 voitures avec 40 salariés et 100 heures de travail, en 2013, elle en produisait 100 avec 20 salariés et 50 heures. Ayant besoin de 2 fois moins de temps et de salariés pour en produire 10 fois plus, elle génère d’importants gains de productivité. En lui permettant de réduire ses coûts de production, ces gains lui permettent d’augmenter ses bénéfices ou son excédent brut d’exploitation (EBE). Ayant besoin de moins d’heures de travail, elle se retrouve avec un surplus d’heures. Même si l’entreprise a besoin de moins d’heures, elle doit quand même rémunérer celles dont elle n’a plus besoin. Puisqu’avoir un surplus d’heures de travail équivaut à avoir un surplus de charges salariales, pour les diminuer, la direction de l’usine a le choix entre deux solutions : réduire les effectifs ou réduire le temps de travail.

La direction de l’usine peut décider de réduire le temps de travail en répartissant les surplus d’heures de travail et de charges salariales entre tous les salariés. Comme les salariés travailleront moins, à taux horaire constant, ils gagneront moins. Afin de compenser cette perte de revenu, la direction peut utiliser une partie des bénéfices générés par les gains de productivité pour augmenter les salaires ou, plutôt, le taux horaire du travail. Cette solution se traduit par une baisse des profits et des dividendes. Ne nécessitant pas un surplus d’activité pour créer des emplois, ce choix évite d’augmenter les rejets de CO2, le gaspillage de matières premières et l’épuisement des ressources naturelles. La réduction du temps de travail apparaît donc comme une solution envisageable pour créer des emplois sans aggraver les processus écologiques et climatiques.

La direction de l’usine peut décider de supprimer les surplus d’heures de travail et de charges salariales en réduisant les effectifs. En diminuant ses charges salariales, l’entreprise augmente ses bénéfices ou son EBE. Les bénéfices générés par les gains de productivité et les licenciements peuvent servir à une hausse des salaires, des impôts, des investissements ou à une baisse des prix. Ils peuvent également servir à une hausse des dividendes ou des placements financiers. Pour créer des emplois, ces bénéfices doivent provoquer un surplus d’activité capable de soutenir un taux de croissance du PIB supérieur aux gains de productivité. En m’appuyant sur les données de l’Insee, je vais à présent montrer comment la redistribution de ces bénéfices peut provoquer la hausse du chômage ou la création d’emplois.

  • Partage en faveur des salariés ou des actionnaires.

Les bénéfices ou l’EBE peuvent être redistribués en faveur des salariés : une hausse des salaires, des cotisations patronales (retraite, assurance maladie, allocation familiale) ou des avantages sociaux (congés payés, RTT, etc…) ou des actionnaires (fonds de pension, banques et investisseurs privés) sous la forme de dividendes. Le graphique ci-dessous présente le partage de la VA en faveur des salariés ou des actionnaires de 1950 à 2013.

–  Source : Insee, 7.101 Compte des sociétés non financières (S11)[55].

De 1949 à 1982, en passant de 3,4 à 206 milliards €, la valeur ajoutée redistribuée aux salariés sous la forme d’une rémunération (salaires bruts et cotisations patronales) a été multipliée par 65,8. En passant de 0,3 à 11,7 milliards €, celle versée aux actionnaires sous la forme de dividendes a été multipliée par 45,4. Tandis que la part versée aux salariés passait de 68,3 % à 73,4 %, soit une hausse de 5,1 points, celle versée aux actionnaires passait de 6,2 % à 4,2 %, soit une baisse de 2 points. Les surplus d’activités générés par ces 69,2 points d’écart ont soutenu la croissance du PIB et créent des emplois. Jusqu’en 1981, le taux de chômage était inférieur à 6 %.

À partir du milieu des années 80, les actionnaires ont exigé un taux de rentabilité de 15 %. Pour obtenir ce rendement, les entreprises ont bloqué les salaires, réduit les effectifs, fermé des unités de production et délocalisé. De 1983 à 2013, en passant de 226 à 712 milliards €, la valeur ajoutée versée aux salariés était multipliée par 3,2. En passant de 14 à 160 milliards €, celle versée aux actionnaires était multipliée par 11,3. Tandis que la part versée aux salariés passait de 73,1 % à 66,3 %, soit une baisse de 5,8 points, celle versée aux actionnaires passait de 4,6 % à 14,9 %, soit une hausse de 10,3 points.

En 2008, avant la crise des SUBPRIMES, la part versée aux actionnaires était de 21,8 %, soit une hausse de 17,2 points par rapport à 1983, et celle versée aux salariés était de 63,6 %, soit une baisse de 9,5 points. En passant de 69,2 à 51,4 points, l’écart de la redistribution de 17,8 points en faveur des actionnaires a occasionné une perte de pouvoir d’achat des ménages.

La finalité d’une entreprise n’est pas de créer des emplois, mais de pérenniser son activité et de générer toujours plus de profits pour ses dirigeants et ses actionnaires. Les actionnaires étant pour l’essentiel des fonds de pension, des banques et des investisseurs privés, les dividendes qu’ils perçoivent sont à nouveau placés sur les marchés financiers. Étant donné que, les bénéfices générés par l’activité économique réelle : les gains de productivité, les fusions d’entreprises, les licenciements, les fermetures de site de production, les délocalisations, etc…, ne contribuent pas à augmenter la consommation, ils ne servent pas à relancer la croissance du PIB et, donc, à créer des emplois.

En provoquant la stagnation des salaires, la redistribution en faveur des actionnaires a provoqué une baisse du pouvoir d’achat des ménages, et, donc de la consommation. Comme elle ne parvient pas à compenser la hausse des gains de productivité, le ralentissement de la croissance du PIB contribue à la stagnation de la création d’emploi et, donc, à la hausse du taux de chômage, qui fluctue désormais autour de 9 %.

Les bénéfices peuvent également servir à l’investissement ou être placés sur les marchés financiers.

  • Partage en faveur de l’investissement ou des placements financiers.

Les bénéfices peuvent être, d’une part, investis dans la recherche et le développement (R&D), l’outil de production et la formation, et, d’autre part, placé sur les marchés financiers. Le graphique ci-dessous présente les investissements et les profits financiers des sociétés non financières.

–  Source : Insee, 7.101 Compte des sociétés non financières (S11), Op.Cit.
–  Source : Insee, 4.101 Principaux ratios des comptes des sociétés non financières (S11) et des entreprises individuelles non financières (S14AA)[56].

De 1949 à 2013, tandis que la part des investissements passait de 29 % à 22,6 %, soit une baisse de 6,4 points, celle des revenus financiers (D42 revenus distribués des sociétés) versés aux sociétés non financières passait de 6,1 % à 19,5 %, soit une hausse de 13,4 points. De 1949 à 1982, comme la part des profits financiers fluctuait entre 4,6 % et 8,8 %, ils correspondaient à des opportunités de placement de la trésorerie. De 1983 à 2008, juste avant la crise des SUBPRIMES, cette part est passée de 8,2 % à 27 %. L’écart de 18,8 points montre que des entreprises, dont le cœur de métier n’est pas la finance, placent de plus en plus de capitaux sur les marchés financiers au détriment de l’investissement. La baisse des investissements au profit des placements financiers à des répercussions sur la création d’emplois.

Dans un système de marché concurrentiel, pour pérenniser son activité une entreprise doit être plus compétitive et innovante que ses concurrentes. La mission de la R&D est de générer des innovations et des brevets dont la finalité est de créer de nouveaux produits. En commercialisant un nouveau produit, l’entreprise s’octroie un monopole temporaire et un avantage compétitif qui lui permettent de conquérir des parts de marché en augmentant ses prix, sa marge bénéficiaire et donc, ses bénéfices. En prenant le risque de développer et de commercialiser l’iPhone, Appel a bénéficié d’un avantage compétitif qui lui a permis de les vendre avec une marge relativement élevée. Les profits générés par l’iPhone lui ont permis d’investir dans la R&D, de créer des emplois, d’augmenter les salaires et de distribuer des dividendes à ses actionnaires.

Puisque l’investissement favorise le développement d’une entreprise, pourquoi choisirait-elle les placements financiers ? Une innovation génère des bénéfices si elle se vend et permet de créer un nouveau marché. Si elle ne se vend pas, l’investissement représente un coût et donc, une perte pour l’entreprise. L’offre de biens et de services marchands étant saturée, le choix d’un investissement est une prise de décision de plus en plus risquée qui engage l’avenir d’une entreprise. Chaque année, 90 % des 20.000 nouveaux produits proposés aux consommateurs européens sont des échecs commerciaux[57]. Étant donné que seuls 10 % des innovations génèrent des bénéfices, malgré leurs coûts élevés, le retour sur investissement n’est jamais garanti. Le succès de l’iPhone masque l’échec de milliers d’innovations, telles que la Google Glass, dont la conception et la commercialisation ont nécessité d’importants investissements. Le taux d’échec d’une innovation étant élevé, un investissement apparaît donc plus risqué qu’un placement financier.

L’accroissement des placements financiers par des sociétés non financières menace la stabilité de l’économie réelle. Depuis le milieu des années 80, les actionnaires exigent un taux de rentabilité de 15 %. Si un placement de 100 € rapporte 15 € et qu’un investissement de 100 € rapporte 5 €, d’un point de vue purement financier, il apparaît plus rentable et « moins risqué » d’investir sur les marchés financiers. Afin d’obtenir des taux de rendement plus élevés, les directeurs financiers favorisent des placements sur des produits dérivés (CDO, titrisation, etc…) de plus en plus spéculatifs, virtuels et risqués. Lorsqu’un krach boursier se produit (1987, 2001, 2008, etc…), les bénéfices générés par les gains de productivité, les licenciements et le blocage des salariales sont absorbés par l’effondrement du cours des actions et des titres. Le krach de 2008 a englouti la trésorerie d’entreprises qui aurait pu être investie dans la recherche et l’outil de production. N’ayant plus de trésorerie, les entreprises n’innovent plus, ne développent plus de nouveaux produits et donc, ne sont plus compétitives. N’étant plus compétitives, elles perdent des parts de marchés, ce qui se traduit par une baisse de l’activité et des bénéfices. Pour compenser ses pertes et rétablir sa trésorerie, l’entreprise est obligée de licencier du personnel et de fermer des sites de production. Ce qui se traduit par une hausse du chômage. Puisque l’investissement est l’une des conditions de la création d’emplois, les entreprises qui placent leurs bénéfices sur les marchés financiers contribuent à la hausse du chômage.

Même si les gains de productivité apparaissent comme la principale cause de la hausse du chômage, se sont les dirigeants des entreprises ou les assemblées générales des actionnaires (AG), qui prennent la décision de réduire les effectifs ou le temps de travail. S’ils décident de réduire les effectifs, le choix du partage des bénéfices générés par la productivité, les licenciements et la baisse des charges salariales a également un impact sur la création d’emploi. En effet, s’ils décident de les redistribuer sous la forme d’une baisse des prix ou d’une hausse des impôts, des salaires ou des investissements, ils contribueront à générer un surplus d’activité qui permettra de créer des emplois. Par contre, si, par cupidité, ils décident d’augmenter les dividendes ou les placements sur les marchés financiers, ils risquent de provoquer une stagnation de l’activité économique et donc, de favoriser la hausse du chômage. La hausse du chômage n’est donc pas due aux gains de productivité, mais aux choix des dirigeants des entreprises ou des AG des actionnaires.

En favorisant l’investissement, les entreprises peuvent également contribuer à l’émergence de nouvelles branches d’activités et donc, à la création de nouveaux gisements d’emploi.

  • Favoriser l’émergence de nouvelles branches d’activités.

Le progrès technique et l’organisation du travail favorisent le déversement de la main-d’œuvre d’une branche d’activité vers une autre. Le graphique ci-dessous présente le déversement de la main-d’œuvre des secteurs primaires (agriculture) et secondaires (industrie et construction) vers le secteur tertiaire[58] (services marchands et non marchands) de 1950 à 2010.

–  Source : Insee, 6.209 Emploi intérieur total par branche en nombre d’équivalents temps plein, Op.Cit.

De 1950 à 2010, grâce aux déversements de la main-d’œuvre, les effectifs du secteur primaire sont passés de 28 % à 3 %, ceux du secteur secondaire de 29 % à 19 % et ceux du secteur tertiaire de 42 % à 78 %. En 2010, comme dans de nombreux pays industrialisés, les effectifs du secteur tertiaire de la France étaient les plus importants. Le déversement est un euphémisme qui désigne le processus de destruction/création des emplois. Ce processus est accéléré par la concurrence que se livrent entre elles les entreprises pour conquérir des parts de marché. Les emplois détruits par le progrès technique et l’organisation du travail ont permis de libérer la main-d’œuvre nécessaire au développement des services marchands et non marchands. Les emplois à faible valeur ajoutée détruits dans l’agriculture et l’industrie ont été déversés dans les secteurs d’activités à plus forte valeur ajoutée (commerce, réparation, restauration, logistique, santé, éducation, informatique, juridique, etc.). Exigeant de nouvelles compétences et un niveau de qualification plus élevé, ces nouveaux métiers n’ont pas permis à tous les salariés qui ont perdu leur emploi dans l’agriculture et l’industrie d’en retrouver.

Le progrès technique, l’organisation du travail, les restructurations, les délocalisations, les innovations, les TIC et Internet ne cessent de générer des gains de productivité, de transformer les métiers et d’accélérer le processus de destruction/création des emplois. En s’informatisant, les services comptable ont permis de remplacer des secrétaires comptables par un comptable qui fournit plus de travail en moins de temps. Les emplois peu qualifiés et à faible valeur ajoutée de secrétaires ont été, en partie, remplacés par des emplois très qualifiés et à haute valeur ajoutée d’ingénieurs en informatique qui développent des logiciels de comptabilité. À terme se sont les métiers de comptable et d’expert-comptable qui risquent d’être détruit par l’automatisation et des algorithmes. En permettant la vente à distance, l’automatisation des tâches et le payement en ligne, le e-commerce remplace des emplois de vendeurs, d’employés libre-service et de caissières par des préparateurs de commandes. Pouvant être créés à l’étranger, le développement et la gestion d’un site de e-commerce risquent également de provoquer la délocalisation d’emplois d’informaticiens et de développeurs dans des pays où le coût de la main-d’œuvre qualifiée est moins élevé qu’en France, tels que l’Inde.

L’université d’Oxford, le Massachusetts Institute of Technology ou l’Institut Bruegel envisagent l’automatisation de 50 % des métiers à l’horizon 2025-2035[59]. L’automatisation, qui comprend les robots, l’intelligence artificielle et les algorithmes, supprimera des métiers qualifiés et très qualifiés à faible et à haute valeur ajoutée. Les métiers qui nécessitent un niveau moyen de qualification (employé de banque, comptable, conducteur de train, chauffeur de camion, etc.) ne seront pas les seuls à être menacés. En effet, des métiers très qualifiés (experts comptables, traders, journalistes, médecins, avocats, etc…) seront également concernés par l’automatisation. Des traders sont progressivement remplacés par des algorithmes qui prennent des décisions à la nanoseconde. En réduisant le nombre d’heures de travail nécessaire pour traiter un dossier, l’automatisation va détruire de nombreux emplois d’avocats. Là où il fallait mobiliser un nombre important d’heures de travail pour analyser un dossier, rechercher de la documentation et les jurisprudences, avec l’aide de bandes de données et d’algorithmes, il ne faudra plus qu’une poignée d’avocats. Comme il faudra toujours plaider, le métier d’avocat ne disparaîtra pas, mais il en faudra moins. Étant donné que, pour le moment, les ordinateurs et les robots n’ont pas d’imaginations et d’émotions et donc de créativité, seuls les métiers innovants et créatifs, de chercheurs, de concepteurs d’algorithmes, d’artistes, d’acteurs de théâtre, d’artisan, de sportifs, etc…, ne disparaîtront pas.

Puisque les entreprises auront besoin de moins de temps de travail et donc, de salariés pour produire autant, voire plus de biens et de services, le progrès technique apparaît à la fois comme une menace pour l’emploi et l’opportunité d’une transformation sociale. Afin d’éviter qu’une part croissante de la population se retrouve sans emploi, sans utilité sociale et sans raison d’être, il apparaît nécessaire de favoriser l’émergence d’une nouvelle branche d’activités à caractère non économique dont le but serait le développement et l’émancipation de chaque individu. En proposant un nouveau sens à la vie, cette nouvelle branche permettrait d’éviter l’effondrement social que provoqueront le progrès technique, l’organisation du travail, l’automatisation et les délocalisations.

Cette étude met en évidence que pour en finir avec le chômage, les gouvernements de la France et des pays industrialisés ont le choix entre deux solutions : relancer la croissance du PIB ou réduire le temps de travail. Le choix entre l’une ou l’autre de ces solutions n’est pas un choix économique, mais un choix de société dont dépend la survie et l’avenir de l’humanité.

Jean-Christophe Giuliani

Pour accéder aux pages suivantes :

– La croissance du PIB peut-elle supprimer le chômage ?

– La réduction du temps de travail peut-elle supprimer le chômage ?

– Combien d’heures devrions-nous travailler pour supprimer le chômage ?

– La réduction du temps de travail : un choix de société !

[1] Insee, la mesure du chômage par l’INSEE, n°4, septembre 2012, [En ligne] (consulté le 14 mars 2015) https://www.citeco.fr/IMG/pdf/insee-en-bref-chomage.pdf,

[2] Insee, T302 – Chômage et taux de chômage au sens du Bureau International du Travail (BIT), par sexe et tranche d’âge quinquennal et regroupé, en moyenne annuelle – 1975-2015 [En ligne], (consulté le 17 février 2017) https://www.insee.fr/fr/statistiques/2388200?sommaire=2045174

[3] DARES, Demandeurs d’emploi inscrits et offres collectées par pôle emploi en décembre 2013, janvier 2014, n°006.

[4] Capul Jean-Yves et Garnier Olivier, Dictionnaire d’économie et de sciences sociales, Paris, Hatier, 1999, page 321

[5] Insee, 1.115 Produit intérieur brut et revenu national brut par habitant, [En ligne], (consulté le 17 février 2017) https://www.insee.fr/fr/statistiques/2383629?sommaire=2383694

[6] Insee, Population par sexe et groupes d’âges depuis 1946, [En ligne], (consulté le 17 février 2017) https://www.ined.fr/fr/tout-savoir-population/chiffres/france/structure-population/population-sexe-ages/

[7] Ministère de l’éducation nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche, Repères & références statistique, 1.2, Évolution des effectifs d’élèves, d’étudiants et d’apprentis, [En ligne], (consulté le 17 février 2017), https://cache.media.enseignementsup-recherche.gouv.fr/file/2015/90/7/rers_2015_457907.pdf

[8] Insee, 6.209 Emploi intérieur total par branche en nombre d’équivalents temps plein, [En ligne], (consulté le 17 février 2017) https://www.insee.fr/fr/statistiques/2383648?sommaire=2383694

[9] Insee, Population moyenne : en appliquant à la population des départements et des régions, le taux de variation de l’ensemble de la population de la France entière (France métropolitaine+Dom) qui est connu. La population moyenne est la moyenne arithmétique des effectifs de la population au 1er janvier de l’année en cours et de celle du 1er janvier de l’année suivante. Comme l’INSEE calcul le PIB et le PIB par habitant de la France à partir de la population moyenne, par souci d’homogénéité, nous utiliserons les mêmes données pour calculer le taux de chômage.

[10] Légifrance, Ordonnance n°82-270 du 26 mars 1982 relative à l’abaissement de l’age de la retraite des assurés du régime général et du régime des assurances sociales agricoles, [En ligne], (consulté le 20 octobre 2018), https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000000888522&categorieLien=id

[11] Légifrance, Ordonnance n°59-45 du 6 janvier 1959 portant prolongation de la scolarité obligatoire, [En ligne], (consulté le 20 octobre 2018), https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000000705646

[12] Dares, Demandeurs d’emploi inscrits et offres collectées par pôle emploi en décembre 2013, Indicateur de janvier 2014 n°006, [En ligne], (consulté le 17 février 2017) http://docplayer.fr/37604926-Publication-de-la-direction-de-l-animation-de-la-recherche-des-etudes-et-des-statistiques.html

[13] Insee, Population par sexe et groupes d’âges depuis 1946, Op.Cit.

[14] Paugam Serge, Famille et vie conjugale, Précarité et risque d’exclusion en France, Document du CERC, Paris, La Documentation française, 1993, n° 109, d’après l’enquête Situations défavorisées 1986-1987 (INSEE).

[15] Chauvel Louis, « L’uniformité du taux de suicide masculin selon l’age : effet de génération ou recomposition du cycle de vie ? », Revue française de sociologie, n°38, 1997.

[16] Jin R. L, Shah C. P. et Svoboda T. J, « The health impact of unemployment : a review of the evidence », Social Science & Medicine, Volume 56, 1995, Pages 973-985.

[17] Lagrave Michel, Les difficultés d’évaluation du coût du chômage, Paris, Economica, 1982.

[18] Cassan Francine, Toulemen Laurent et Kensey Annie, « L’histoire familiale des hommes détenus », Insee Première, n° 706, avril 2000.

[19] Lagrave Michel, Op.Cit.

[20] Dejours Christophe, Souffrance en France : banalisation de l’injustice sociale, Paris, Seuil, 1998, page 109.

[21] Organisation Internationale du Travail (OIT), Stress au travail, un défi collectif, 28 avril 2016, [En ligne] (consulté le 16 octobre 2018), http://www.ilo.org/wcmsp5/groups/public/—ed_protect/—protrav/—safework/documents/publication/wcms_466548.pdf

[22] Sénat, Le mal-être au travail : passer du diagnostic à l’action, Rapport d’information n 642 (2009-2010) de M Gérard Dériot, Mission d’information sur le mal-être au travail et de la commission des affaires sociales, déposé le 7 juillet 2010, [http://www.senat.fr/rap/r09-642-1/r09-642-1_mono.html]

[23] Lecadet J, Vidal P, Baris B, Vallier N, Fender P, Allemand H et le groupe Médipath (2000), Médicaments psychotropes : consommation et pratiques de prescription en France métropolitaine. I. Données nationales, 2000, [En ligne] (consulté le 16 octobre 2018), https://www.ameli.fr/fileadmin/user_upload/documents/Psychotropes_conso_et_pratiques.pdf

[24] Yosr Ben Tahar (2014), Analyse du burnout en entrepreneuriat : étude empirique sur les dirigeants de PME, [En ligne]. Thèse de Doctorat : Economie et gestion. Montpellier : Université de Montpellier 1, 367 pages. Disponible sur : http://www.observatoire-amarok.net/sites/wordpress/wp-content/uploads/2017/12/these_yosr_ben_tahar-2.pdf (consulté de 16 octobre 2018)

[25] Agence européenne pour la sécurité et la santé au travail, Calcul des coûts du stress et des risques psychosociaux liés au travail, [En ligne] (consulté le 16 octobre 2018), https://osha.europa.eu/fr/tools-and-publications/publications/literature_reviews/calculating-the-cost-of-work-related-stress-and-psychosocial-risks/view

[26] Professeur Cary L. Cooper, Paula Liukkanen et Dr Susan Cartrwight, stress prevention in the workplace : Assessing the costs and benefits to organizations, 1996, Dublin, Fondation européenne pour l’amélioration des conditions de vie et de travail.

[27] Agence européenne pour la sécurité et la santé au travail, Calcul des coûts du stress et des risques psychosociaux liés au travail, Op-Cit.

[28] Organisation Internationale du Travail (OIT), Stress au travail, un défi collectif, 28 avril 2016, Op-Cit.

[29] Agence européenne pour la sécurité et la santé au travail, Calcul des coûts du stress et des risques psychosociaux liés au travail, Op-Cit.

[30] Franceinfo.fr, Économie : le chômage nuit gravement à la santé, [En ligne] (consulté le 16 octobre 2018), https://www.francetvinfo.fr/economie/emploi/chomage/economie-le-chomage-nuit-gravement-a-la-sante_1444550.html

[31] Archer Jean-Yves (2017), Le coût du chômage de masse pour les finances publiques, Les Echos.fr, [En ligne] (consulté le 16 octobre 2018), https://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/cercle-167453-le-cout-du-chomage-de-masse-pour-les-finances-publiques-2071875.php

[32] Ibid.

[33] Financespubliques.fr, Revenu de Solidarité Active (RSA), [En ligne] (consulté le 16 octobre 2018), http://www.financespubliques.fr/glossaire/terme/revenusolidariteactive/

[34] Gouvernement.fr, Le crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE), [En ligne] (consulté le 16 octobre 2018), https://www.gouvernement.fr/du-concret-pour-vous-le-cice

[35] Gouvernement.fr, Le Pacte de responsabilité et de solidarité, [En ligne] (consulté le 16 octobre 2018), https://www.gouvernement.fr/du-concret-pour-vous-le-pacte

[36] Ministère de l’économie et des finances, les chiffres clés, 2013 projet de loi de finance, projet de loi de programmation des finances publiques 2017, [En ligne] (consulté le 14 mars 2015), http://www.economie.gouv.fr/files/projet-loi-finances-2013-plf-chiffres-cles.pdf

[37] Insee, 1.115 Produit intérieur brut et revenu national brut par habitant, Op.Cit.

[38] Bédard Marcel, « Les coûts économiques et sociaux du chômage », Bulletin de la recherche appliquée, été-automne 1996.

[39] Leclerc Jean-Marc (2010), La délinquance coûte 115 milliards chaque année, Le Figaro.fr, [En ligne] (consulté le 16 octobre 2018), http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2010/05/04/01016-20100504ARTFIG00586-la-delinquance-coute-115milliards-chaque-annee.php

[40] Agence européenne pour la sécurité et la santé au travail, Calcul des coûts du stress et des risques psychosociaux liés au travail, Op-Cit.

[41] Coldefy Magali, Nestrigue Clément (2013), Question d’économie de la santé, La prise en charge de la dépression dans les établissements de santé, n°191 octobre 2013, Irdes.fr, [En ligne] (consulté le 16 octobre 2018), http://www.irdes.fr/recherche/questions-d-economie-de-la-sante/191-la-prise-en-charge-de-la-depression-dans-les-etablissements-de-sante.pdf

[42] Nikonoff Jacques, « Des chiffres sur le coût du chômage qui font peur », L’Humanité, mardi 3 mars 1998, pages 53.

[43] Coe-Rexecode, Les coûts de la main-d’oeuvre dans l’Union européenne au 3ème trimestre 2016, [En ligne] (consulté le 25 février 2017), http://www.coe-rexecode.fr/public/Debat-de-politique-economique/Competitivite/Les-couts-de-la-main-d-oeuvre-dans-l-Union-europeenne-au-3eme-trimestre-2016

[44] Le Monde.fr, Nouveau record de chômage en zone euro à 11,8 %, [En ligne] (consulté le 25 février 2017), http://www.lemonde.fr/economie/article/2013/01/08/nouveau-record-de-chomage-en-zone-euro-a-11-8_1814023_3234.html

[45] Insee, 6.213 Volume total d’heures travaillées par branche, [En ligne] (consulté le 25 février 2017), https://www.insee.fr/fr/statistiques/2383648?sommaire=2383694

[46] Insee, 6.209 Emploi intérieur total par branche en nombre d’équivalents temps plein, Op.Cit.

[47] Insee, T306, chômage et taux de chômage au sens du Bureau International du Travail (BIT) selon l’ancienne définition, par sexe et âge regroupé, en fin de trimestre, [En ligne] (consulté le 25 février 2017), https://www.insee.fr/fr/statistiques/1406679?sommaire=1406870

[48] Keynes John Maynard, Essais de persuasion, Paris, Gallimard, 1933, page 173.

[49] Wikipédia, Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce, [En ligne] (consulté le 28 octobre 2018), https://fr.wikipedia.org/wiki/Accord_g%C3%A9n%C3%A9ral_sur_les_tarifs_douaniers_et_le_commerce

[50] Le Lean management est une méthodologie d’organisation du travail qui vise, d’une part, à éliminer les pertes de temps et les tâches sans valeur ajoutée, ainsi qu’à simplifier les processus en vue d’augmenter la fluidité, la flexibilité et l’agilité de l’entreprise, et, d’autre part, à normaliser et à standardiser les processus afin de les rendre plus fiables, stables et prévisibles et de s’assurer de la reproductibilité « parfaite » du processus pour tendre vers le zéro défaut et la satisfaction des clients. Son but est d’améliorer la satisfaction des clients et la performance financière de l’entreprise pour répondre aux objectifs stratégiques définis par la Direction Générale.

[51] Wikipédia, Kaizen, [En ligne] (consulté le 28 octobre 2018), https://fr.wikipedia.org/wiki/Kaizen. La méthode KAIZEN consiste à optimiser progressivement et au quotidien l’organisation du travail pour réduire les coûts et le temps de travail et améliorer la qualité de la production.

[52] Insee, 6.202 Valeur ajoutée brute par branche en volume aux prix de l’année précédente chaînés / 6.213 Volume total d’heures travaillées par branche, [En ligne] (consulté le 25 février 2017), https://www.insee.fr/fr/statistiques/2383648?sommaire=2383694

[53] Insee, 6.215 Productivités horaires du travail par branche, [En ligne] (consulté le 25 février 2017), https://www.insee.fr/fr/statistiques/2383648?sommaire=2383694

[54] Insee, 1.102 Le produit intérieur brut et ses composantes en volume aux prix de l’année précédente chaînés, [En ligne] (consulté le 25 février 2017), https://www.insee.fr/fr/statistiques/2383629?sommaire=2383694

[55 Insee, 7.101 Compte des sociétés non financières (S11), [En ligne] (consulté le 25 février 2017), https://www.insee.fr/fr/statistiques/3547415?sommaire=3547646

[56] Insee, 4.101 Principaux ratios des comptes des sociétés non financières (S11) et des entreprises individuelles non financières (S14AA), [En ligne] (consulté le 25 février 2017), https://www.insee.fr/fr/statistiques/2383656?sommaire=2383694

[57] Lipovetsky Gilles, Le bonheur paradoxal, Paris, Gallimard, 2006, page 95.

[58] « Le secteur primaire » correspond aux activités liées à l’extraction des ressources naturelles (agriculture, pêche, exploitation forestière et exploitation minière…). « Le secteur secondaire » correspond aux activités liées à la transformation des matières premières, qui sont issues du secteur primaire (l’industrie du bois, du textile, aéronautique, automobile, pharmaceutique, électronique, le raffinage, la construction, etc…). « Le secteur tertiaire » regroupe pour l’essentiel des services (conseil, banque, assurance, distribution, communication, informatique, médias, tourisme, immobiliers, services aux particuliers, santé, éducation, servies sociaux, etc…).

[59] Pierric Marissal (2015), L’automatisation ne détruit pas le travail mais l’emploi salarié, L’Humanité, [En ligne] (consulté le 16 novembre 2018), https://www.humanite.fr/lautomatisation-ne-detruit-pas-le-travail-mais-lemploi-salarie-568403

13 réflexions sur « Quelles sont les causes et conséquences du chômage ? »

  1. Bonjour, nous aimerions savoir quelle profession exercez vous et si vos sources sources sont fiables. En effet nous préparons un sujet de TPE qui est une épreuve du bac et avons besoin se connaitre nos sources, merci.

  2. Bonjour,

    Concernant les données économiques, la plus part de mes sources proviennent de l’Insee.

    Elles sont donc officielles

    Les autres sources sont inscris dans la table des matières qui se trouve à la fin de l’article.

    Si tu as des questions, n’hésite pas à les poser.

  3. Bonjour,

    Article très intéressant sur les mecanismes du chomage, j ai appris pas mal de chose.

    Néanmoins, le mecanisme des dividentes et du placement sur les marchés financiers géneratrice de chomage, ne s applique qu aux grandes entreprises.

    Ces mêmes grandes entreprises représente 30% des emplois en France, le reste est assuré majoritairement par les tpe et pme + la fonction publique.

  4. En effet, le mécanisme des dividendes et des placements sur les marchés financiers ne s’appliquent qu’aux multinationales et aux PMI.

    Même si les artisans, les TPE et les PME ne sont pas concernés par ces mécanismes, indirectement, ils en sont les victimes. La stagnation des salaires et la diminution de la part de la valeur ajoutée investis provoquent une baisse de la demande.

    Étant donné que ces entreprises n’ont pas les moyens de conquérir des parts de marchés à l’étranger, la baisse de la demande locale provoque un ralentissement de leur activité.

  5. merci pour cet article car j’ai appris pas mal de choses.et cela m’a beaucoup aider pour la compréhension et la réalité du chômage dans nos pays! merci beaucoup

  6. Je vous remercie pour cet article bien riche dont je vais en parler dans le cours de francais,

  7. Pour en finir avec le chômage, vous avez deux solutions :

    – Relancer la croissance du PIB : http://www.mouvementpourundeveloppementhumain.fr/nos-fondements-theoriques/en-finir-avec-le-chomage-un-choix-de-societe/la-croissance-du-pib-peut-elle-supprimer-le-chomage/

    – Réduire le temps de travail : http://www.mouvementpourundeveloppementhumain.fr/nos-fondements-theoriques/en-finir-avec-le-chomage-un-choix-de-societe/la-reduction-du-temps-de-travail-peut-elle-supprimer-le-chomage/

    Pour, d’une part, des raisons écologiques et climatiques et, d’autre part, favoriser une transformation économique et sociale, je choisirai la réduction du temps de travail.

    Mais c’est à vous de vous faire votre propre opinion en lisant ces textes et tous ceux qui les accompagnes.

  8. très ravis de vous lire. mes sincères encouragements à vous pour avoir penser à cet article.

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