Quelles sont les causes et conséquences du chômage ?

Jean-Christophe Giuliani

Depuis le milieu des années 70, la France et l’ensemble des pays industrialisés sont confrontés à une crise, dont l’une des conséquences est la hausse du chômage. En effet, de 1974 à 2013, le taux de chômage de la France est passé de 3,3 % à 9,8 % de la population active. Depuis 1974, tous les gouvernements, qui se sont succédé au pouvoir, ont tenté d’enrayer la hausse de ce fléau économique, politique et social. Afin d’éviter de proposer des solutions idéologiques ou doctrinaires, il apparaît pertinent d’en étudier les causes et les conséquences. Avant de proposer des solutions pour en finir avec le chômage, je commencerai donc par quantifier le nombre de chômeurs et par étudier les modes de calcul des demandeurs d’emploi. Ensuite, j’aborderai les conséquences économiques, politiques et sociales du chômage. Pour finir, après avoir analysé les liens qui unissent le chômage avec le taux horaire, le Code du travail, l’adéquation entre l’offre et la demande, la croissance du PIB et les gains de productivité, je tenterai d’en déterminer la cause réelle.

Combien y a-t-il de chômeurs ?

Avant de proposer des solutions pour enrayer la hausse du chômage, il est nécessaire d’étudier les modes de calcul et de quantifier le nombre d’actifs sans emploi. Chaque mois, « l’Insee » et « Pôle emploi » publient les chiffres officiels du chômage. Même si ces études quantifient le nombre de demandeurs d’emploi, elles ne dénombrent pas tous les actifs sans emploi. Afin de les prendre tous en compte, il apparaît nécessaire de proposer une nouvelle manière de les quantifier.

  • Les chiffres officiels de l’Insee et de la DARES.

Il existe deux manières officielles de quantifier le nombre de demandeurs d’emploi : celle de l’Insee et celle de Pôle emploi.

Depuis 1982, la définition du bureau international du travail (BIT) propose des critères pour identifier, calculer et comparer le nombre de chômeurs au niveau international. Selon la définition du BIT, une personne est comptabilisée comme demandeur d’emploi si elle répond aux critères suivants : être en âge de travailler, ne pas avoir travaillé au cours de la semaine de référence de l’enquête, être disponible pour travailler dans les deux semaines à venir, avoir entrepris une démarche de recherche d’emploi au cours des quatre dernières semaines (répondre à une petite annonce, s’inscrire dans une agence d’intérim, etc.) ou avoir trouvé un emploi qui commence dans moins de trois mois. Tous ceux qui ne correspondent pas à ces critères ne sont pas comptabilisés comme demandeurs d’emploi. Comme les enquêtes de l’Insee[1] reposent sur les critères du BIT, c’est elle qui donne les chiffres officiels du chômage. Le graphique ci-dessous présente le taux officiel du chômage de la France calculé par l’Insee depuis 1975[2].

Taux de chômage en France depuis 1975

taux-chomage-officiel-insee

–  Champ : France métropolitaine, population des ménages, personnes de 15 ans ou plus (âge courant).
–  Source : Insee, Taux de chômage depuis 1975, enquêtes Emploi 1975-2013, séries longues.

Les chiffres de l’Insee reposent sur des enquêtes confidentielles réalisées auprès de 100 mille personnes. Selon ces enquêtes, de 1975 à 2013, le nombre de demandeurs d’emploi est officiellement passé de 734 mille à plus de 2,8 millions de personnes, soit une hausse de 282 %. Étant donné que les personnes qui ne sont pas conformes aux critères de la définition du BIT ne sont pas considérées comme demandeurs d’emploi, ceux qui sont à temps partiel subi, en formation, en arrêt maladie ou en congé maternité n’apparaissent pas dans les chiffres du chômage de l’Insee. Afin d’obtenir un chiffre officiel plus proche de la réalité, il apparaît donc plus pertinent d’utiliser le mode de calcul de Pôle emploi.

Les chiffres de la direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques (DARES) ne reposent pas sur des enquêtes, mais sur les inscriptions à Pôle emploi. Les chiffres de la DARES regroupent les demandeurs d’emploi en cinq catégories : A, B, C, D et E.

Catégorie A : demandeurs d’emploi tenus d’accomplir des actes positifs de recherche d’emploi quel que soit le type de contrat (CDI, CDD, temps plein, temps partiel, temporaire ou saisonnier)

Catégorie B : demandeurs d’emploi ayant exercé une activité réduite de 78 heures maximum par mois, tenu d’accomplir des actes positifs de recherche d’emploi

Catégorie C : demandeurs d’emploi ayant exercé une activité réduite de plus de 78 heures par mois, tenues d’accomplir des actes positifs de recherche d’emploi

Catégorie D : demandeurs d’emploi, non immédiatement disponible, non tenue d’accomplir des actes positifs de recherche d’emploi (formation, arrêt maladie, congé maternité, etc.), ainsi que les demandeurs d’emploi en convention de reclassement personnalisé (CRP) et en contrat de transition professionnelle (CTP), sans emploi.

Catégorie E : demandeurs d’emploi non tenus d’accomplir des actes positifs de recherche d’emploi (par exemple : bénéficiaires de contrats aidés, créateur d’entreprise, etc.).

En intégrant ces cinq catégories, en décembre 2013, le nombre de demandeurs d’emploi de la France métropolitaine avait atteint 5,5 millions de personnes[3], soit 2 fois plus que l’Insee. Étant donné que les chiffres de la DARES comptabilisent uniquement les personnes inscrites à Pôle emploi, ils ne prennent pas en compte tous les actifs sans emploi. En effet, une personne en âge de travailler qui n’a pas d’emploi, qui ne suit pas d’étude et qui n’est pas inscrite à « Pôle emploi » n’apparaît dans aucun chiffre officiel du chômage. N’appartenant à aucune catégorie, elle se retrouve en situation d’exclusion sociale. Afin de répondre à cet oubli, je propose une nouvelle manière de comptabiliser le nombre d’actifs sans emploi.

  • Le calcul du nombre d’actifs sans emplois.

Un chômeur est un membre de la population active qui n’a pas d’emploi. À partir d’une équation qui s’appuie sur la définition de la population totale de l’Insee, je propose une nouvelle méthode pour calculer le nombre d’actifs sans emploi. Cette équation permet de calculer et de suivre l’évolution du nombre d’actifs sans emploi sur le long terme.

Selon la définition de l’Insee[4], la population totale comprend la population active et inactive. Tandis que la population active comprend les personnes qui exercent une activité professionnelle rémunérée et les demandeurs d’emploi, la population inactive comprend les enfants de moins de 16 ans, les élèves du secondaire en second cycle, les étudiants, les femmes au foyer et les personnes à la retraite de plus de 60 ans. N’ayant pas trouvé de statistiques officielles sur le nombre de femmes réellement au foyer (femme au foyer par volonté et non par dépit), j’ai intégré toutes les femmes de 16 à 59 ans à la population active.

Le statut d’actif étant lié à une activité rémunérée, la femme au foyer qui fait elle-même son ménage est inactive, tandis que l’assistante ménagère qui le fait à sa place en échange d’une rémunération est considérée comme une active. Qualifier « d’actif » uniquement ceux qui exercent une activité professionnelle rémunérée ou recherchent un emploi relève d’une posture idéologique. Cette définition de l’Insee est responsable de l’exclusion sociale des personnes en âge de travailler qui n’ont pas d’emploi, n’en recherchent pas et ne sont pas inscrites à « Pôle emploi ». Afin d’en finir avec l’exclusion sociale provoquée par cette définition arbitraire et idéologique, je considère que toutes les personnes âgées de 16 à 59 ans qui ne sont pas des élèves en second cycle ou étudiants font également partie de la population active.

Chaque année, l’Insee publie les données statistiques suivantes : la population totale, l’estimation de la population par sexe et groupes d’âge, les effectifs d’élèves et d’étudiants et le nombre d’emplois à temps plein par branche. Je propose donc d’utiliser ces données pour quantifier la population active sans emploi à partir de l’équation suivante :

-Soit, Pop est la population totale : 65 899 406 hab en 2013[5].
-« , W est le taux de la population comprise entre 15 et 59 ans : 57,57 % en 2013[6].
-« , E est le nombre d’élèves en second cycle et d’étudiants : 5 317 800 en 2013[7].
-« , PAe est la population active qui occupe un emploi à équivalent temps plein : 25 589 589 hab en 2013[8].
-« , PAc est la population active sans emploi

Calcul taux actifs sans emploi

En 2013, étant donné que la population moyenne de la France (France métropolitaine + DOM)[9] comprenait 65,8 millions d’habitants et que les personnes de 15 à 59 ans représentaient 57,5 % de la population, elle comprenait 38 millions d’actifs en âge de travailler. Comme elle avait 5,3 millions d’élèves en second cycle et d’étudiants et 25,5 millions de salariés occupant un emploi à temps plein, sa PAc s’élevait à 7 millions, soit 21,6 % de la population active. Le tableau ci-dessous décompose le calcul de la population active sans emploi en 2013.

Population active de la France sans emploi en 2013

Population active sans emploi

En reprenant les données de la DARES, il est possible d’identifier les 7 millions d’actifs sans emploi. Ces actifs comprennent 5,5 millions de demandeurs d’emploi de catégorie A, B, C, D et E et 268 mille de catégorie A, B et C des DOM, soit 18 % de la population active. À ce chiffre, il faut ajouter les 1,1 million d’actifs non identifiés de la France métropolitaine et des DOM, soit 3,5 % de la population active. Ces actifs comprennent des demandeurs d’emploi de catégories D et E des DOM, des personnes au RSA et des handicapés qui ne recherchent plus d’emploi, des femmes ou des hommes au foyer, des personnes rayées des listes de Pôle emploi, des détenus, des SDF, des rentiers, etc.

Identification de la population active sans emploi en 2013

Taux chômage et actifs sans emploi

-5 et 6. Pôle emploi, calculs des cvs-cjo :  Demandeurs d’emploi inscrits et offres collectées par pôle emploi en décembre 2013, Dares Indicateur de janvier 2014 n°006.

Même si le gouvernement parvenait à créer 2,8 millions d’emplois, il resterait encore une armée de réserve de 4,2 millions d’actifs sans emploi. Si tous les chômeurs de la catégorie A trouvaient un emploi, les intérimaires, les salariés précaires à temps partiel subi des catégories B et C, les chômeurs de catégorie D et E et les personnes au RSA non inscrites à Pôle emploi exerceraient toujours une pression sur les salariés en postes. Au nom de la compétitivité et de la création d’emplois, cette armée de réserve permettrait au MEDEF et aux ultralibéraux de légitimer la remise en cause de tous les acquis sociaux obtenus par le Conseil National de la Résistance (CNR) et les mouvements sociaux qui ont eu lieu durant les 30 glorieuses.

L’équation qui calcule la population active sans emploi permet d’analyser son évolution sur une longue période. J’aurai souhaité analyser cette évolution sur la période de 1949 à 2013. N’ayant pas trouvé de statistiques d’élèves de second cycle et d’étudiants pour la période de 1949 à 1980, ces calculs se limiteront à celle de 1980 à 2013. Le graphique de gauche compare l’évolution de la population active sans emploi avec celle qui occupe un emploi équivalent temps plein. Celui de droit compare l’évolution de la population de 16 à 59 ans avec celle des élèves de second cycle et des étudiants de 1980 à 2013.

         Actifs à temps plein avec actifs sans emploi

actif-temps-plein-et-actif-sans-emploi

-Source : Insee, 6.209 Emploi intérieur total par branche en nombre d’équivalents temps plein, comptes nationaux, base 2010.

Pop de 16 à 59 ans avec élèves second cycle et étudiants

pop-16-a-59-et-eleve-second-cycles

-Source : Insee, estimations de population : Population par sexe et groupes d’âge quinquennaux au 1er janvier 2015, France.
-Source : Depp, Effectifs d’élèves et d’étudiants dans l’enseignement public et privé à la rentrée 2013, France (hors Mayotte avant 2011). N’ayant que des sources fragmentées des effectifs d’élèves et d’étudiants de 1980 à 2002, une partie de ces données reposent sur une estimation.

Contrairement aux idées reçues, le nombre d’actifs sans emploi n’a pas augmenté, mais diminué. En effet, de 1986 à 2013, le nombre d’actifs sans emplois a diminué de 1,5 million de personnes, soit une baisse de 17,6 %. Pourtant, sur la période de 1980 à 2013, la population âgée 16 et 59 ans a augmenté de 4,6 millions, soit une hausse de 13,8 %. Comme les entreprises ont seulement créé 3,6 millions d’emplois à temps plein, soit une hausse de 16,8 %, le nombre d’actifs sans emploi aurait dû augmenter de 1 million de personnes. Or, cela n’a pas été le cas. Quelles sont donc les causes qui pourraient expliquer la diminution du nombre d’actifs sans emploi ?

La première cause est la loi Aubry sur les 35 heures. Étant contraintes de faire travailler leurs salariés 35 heures par semaine, les entreprises de plus de 20 salariés ont dû augmenter leurs effectifs. En effet, de 1998 à 2002, les entreprises ont créé plus de 1,8 million d’emplois à temps plein, soit une hausse de 7,8 % sur 4 ans. Il est donc possible d’attribuer à cette loi 50 % des emplois créés durant la période de 1986 à 2013. En permettant de diminuer le nombre d’actifs sans emploi de plus de 800 mille personnes sur 4 ans, les 35 heures en ont permis une baisse de 9,8 %. N’en déplaise aux patrons du MEDEF et aux ultralibéraux, la réduction de la durée légale du temps de travail apparaît comme une solution efficace pour enrayer la hausse du chômage.

La seconde cause est le départ à la retraite de la population active issue du baby boum. En effet, en 2006, les enfants nés après 1945 avaient 60 ans. L’âge du départ à la retraite étant fixé à 60 ans, de 2006 à 2013, la population active est passée de 38,5 à 37,9 millions, soit une baisse de 1,6 %[10]. Étant donné que la courbe de la natalité n’est plus aussi soutenue qu’après le baby boum, le nombre d’actifs âgés de 16 à 59 ans continuera de diminuer. A terme, cette baisse va contribuer à diminuer le nombre d’actifs sans emploi et donc, le nombre de demandeurs d’emploi.

La troisième est l’augmentation des effectifs des élèves de second cycle et des étudiants. En effet, de 1980 à 2013, les effectifs ont augmenté de 1,6 million. Tandis que de 1980 à 1995, les effectifs ont augmenté de plus de 1,3 million, soit une hausse de 37,7 %, de 1996 à 2013, ils ont seulement augmenté de 234 milles, soit une hausse de 4,6 %. La hausse de 37,7 % est en partie due à la volonté du gouvernement socialiste de faire accéder 80 % d’une classe d’âge au bac. Étant donné qu’un étudiant ne fait pas partie de la population active, cette ambition généreuse peut apparaître comme un moyen déguiser de faire baisser les chiffres du chômage.

Avant de proposer des solutions pour en finir avec les 7 millions d’actifs sans emploi, il apparaît pertinent d’en appréhender les causes et les conséquences.

Quelles sont les conséquences du chômage ?

Le chômage de masse est un fléau économique, politique et social qui concerne désormais toutes les catégories socioprofessionnelles (employés, ouvriers et cadres). Ces conséquences sociales directes et indirectes concernent les demandeurs d’emploi et les salariés en poste qui ont peur de perdre leur emploi. Les surcoûts financiers générés par le chômage et la peur du chômage contribuent à creuser le déficit budgétaire et donc, la dette publique de l’État.

  • Quelles sont les conséquences directes du chômage ?

Les conséquences directes sont l’endettement des ménages, la rupture des liens sociaux et la perte de santé des demandeurs d’emploi. Les conséquences indirectes sont la hausse de la délinquance et l’insécurité des salariés en poste.

La première conséquence du chômage est la perte du pouvoir d’achat et l’endettement des ménages. Le salarié qui se retrouve au chômage perd 25 % de son revenu qui décroît en fonction de sa durée. En fin de droit, le chômeur ne perçoit plus que le RSA (revenue de solidarité active). Si le ménage avait souscrit un emprunt immobilier et de nombreux crédits à la consommation, cette perte de revenu peut conduire au surendettement. La cessation de payement des traites déclenche une procédure de recouvrement, la saisie des biens et à terme, l’expulsion.

La seconde est la perte du lien social. L’entreprise étant le principal lieu de socialisation du salarié, la perte d’un emploi s’accompagne de la perte du réseau et des liens professionnels qui permettent la satisfaction du besoin d’appartenance. Le statut de chômeur étant dévalorisé, il influence profondément l’image et l’estime que l’individu a de lui. Malgré le temps libre dont il dispose, le chômeur ne se sent pas digne d’en profiter pour expérimenter de nouvelles activités qui lui permettraient de créer de nouveaux liens sociaux. La honte qu’il ressent l’incite à s’isoler de sa famille et de ses amis. En se repliant sur lui, le chômeur perturbe l’équilibre de sa vie de famille. En 1987, Serge Paugam faisait apparaître que 43,5 % des hommes au chômage depuis 2 ans avaient vécu une rupture conjugale, contre 18,9 % pour ceux qui étaient actifs[11]. Pour toutes ces raisons, le chômage de longue durée apparaît comme l’une des principales causes de l’exclusion sociale.

La troisième concerne la santé physique et psychique du chômeur. L’identité, le statut social et le sens de la vie d’un individu étant étroitement liés à la pratique quotidienne d’une activité professionnelle, le chômage de longue durée risque de provoquer un effondrement de sa personnalité et de son équilibre psychique. Ne disposant plus de repères temporels pour structurer son emploi du temps et le rythme de sa vie, le chômeur est confronté au désœuvrement, à l’angoisse et au vide existentiel. En se prolongeant, ce climat stressant et anxiogène peut provoquer des maladies plus ou moins graves, telles que l’insomnie, la dépression, le cancer, etc., et parfois, conduire au suicide. Une étude de 1997 a montré qu’une hausse brutale de 3 % du taux de chômage pouvait provoquer une hausse du taux de suicide de 4,4 %[12]. Étant davantage soumis aux maladies cardio-vasculaires et rénales (+50 %), le taux de mortalité d’un chômeur augmente en moyenne de 75 %[13] par rapport à celui d’un actif. Michel Lagrave[14] cite une étude britannique qui affirme qu’une hausse de 1 million de chômeurs sur 5 ans provoque 50 mille décès et 60 mille cas de maladies mentales supplémentaires. Ces conséquences incitent davantage les chômeurs à retrouver rapidement un emploi qu’à profiter des allocations chômages et du temps libre.

Après avoir présenté les conséquences directes du chômage, il est nécessaire de présenter celles qui sont indirectes.

  • Quelles sont les conséquences indirectes du chômage ?

La première conséquence indirecte concerne la hausse de la délinquance et de la criminalité. Étant confrontés à la difficulté de trouver un emploi, les jeunes issus de milieux défavorisés peuvent facilement basculer dans la délinquance. En effet, la plupart des condamnés pour vols, trafics ou violences cumulent la précarité et l’exclusion sociale dues au chômage. Des études montrent la corrélation entre la hausse du chômage et de la délinquance. Aux États-Unis, une étude a démontré qu’une hausse de 10 % de chômage provoque une hausse de 4 % des arrestations, de 6 % des incarcérations, de 3,4 % des crimes économiques et de 0,8 % des crimes violents. Une hausse de 1 million de chômeurs sur 5 ans est à l’origine de 14 mille condamnations pénales supplémentaires[15]. Le chômage étant la principale cause de la délinquance, au lieu d’augmenter le nombre de prisons, les pouvoirs publics devraient plutôt enrayer la hausse du chômage.

La seconde concerne l’impact du chômage sur les salariés en poste. Il n’y a pas que les chômeurs qui sont concernés par la hausse du chômage. Il concerne également tous les salariés qui ont « la chance d’avoir un emploi ». La hausse du chômage entretient un climat d’insécurité dans l’esprit des salariés du privé qui ont peur de perdre leurs emplois et de se retrouver en situation de précarité et d’exclusion sociale. Pour éviter de se retrouver au chômage, en fonction de son niveau hiérarchique, le salarié peut utiliser de multiples stratégies : se soumettre aux ordres, contribuer au « sale boulot »[16], accepter la dégradation de ses conditions de travail et l’intensification de son rythme de travail, rentrer en compétition avec ses collègues et ne pas s’impliquer dans des revendications sociales collectives. La peur du chômage empêche les mouvements sociaux de se mobiliser pour lutter contre la dégradation des conditions de travail : la stagnation des salaires, la hausse de la flexibilité, la réforme du Code du travail, la casse du système social, etc. Ce comportement de soumission provoque un état de stress qui a des répercussions sur la santé physique et psychique des salariés et la performance économique des entreprises. L’Union européenne estime que le coût du stress au travail à 20 milliards €. Les coûts liés à l’absentéisme et au stress représentent 10 % du PIB du Royaume-Uni. Aux États-Unis, l’absentéisme lié au stress[17] est responsable de plus de la moitié des 550 millions d’heures de travail perdues dans le secteur privé. De plus en plus de salariés sont sujets à des états anormaux d’agitation et d’angoisse, accompagnés d’une diminution de la lucidité et d’un rétrécissement de la pensée.

Ces symptômes sont révélateurs d’un malaise social profond qui concerne toutes les catégories sociales professionnelles (cadres, employés et ouvriers). En France, de 1985 à 1993, les files d’attente en psychiatrie adulte ont augmenté de 13 %. En 2000, les statistiques de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) faisaient apparaître que plus de 3 millions de Français souffraient de troubles psychiques, soit 6 % de la population. Les principaux troubles sont la schizophrénie, la maladie d’Alzheimer, l’alcoolisme, la toxicomanie et l’addiction (consommation, jeux, sexe, travail, etc.). L’augmentation de la consommation d’antidépresseurs et de maladies psychosomatiques liées à la souffrance au travail permet à l’industrie pharmaceutique et de la santé de générer d’énormes profits. En 2004, l’organisation internationale du travail (OIT) signale que les coûts liés aux problèmes de santé mentale au travail représentaient 3 % du PIB. Ce processus contribue à approfondir le déficit de la caisse d’assurance maladie. Au lieu d’attribuer son déficit à la mauvaise gestion de l’État, il apparaît plus pertinent d’en attribuer la responsabilité à la hausse des troubles physiques et psychiques liés au chômage et à la peur du chômage. Le meilleur moyen de réduire le déficit de cette caisse n’est donc pas de lutter contre la hausse des arrêts maladies, de baisser le taux de remboursement des médicaments et des honoraires des médecins, mais de procurer un emploi sécurisé et stable aux 7 millions d’actifs sans emploi.

  • Quelles sont les conséquences du chômage sur le budget de l’État ?

Le chômage de masse n’a pas que des conséquences politiques et sociales, il a également des répercussions sur le budget de l’État. Afin d’en calculer le coût, il est nécessaire de prendre en compte les coûts directs et indirects du chômage.

Les coûts directs :  Les coûts directs comprennent la hausse des dépenses des Assedic, la baisse des cotisations à l’Urssaf et aux caisses de retraite, ainsi que les pertes de recettes fiscales de l’État et des collectivités locales. À ce chiffre, il faut ajouter le manque à gagner de 15 milliards € dus aux minima sociaux et aux allégements de charges patronales pour l’embauche de chômeurs de longues durées et d’allocataires du RMI. En France, les coûts directs du chômage sont estimés à 6 % du PIB. En 2013, le total des recettes nettes du budget général de la France était de 312 milliards €[18] et le PIB était de 2 113 milliards €[19]. Si le coût direct du chômage représentait 6 % du PIB, il correspondrait à 126 milliards €, soit 40,6 % des recettes fiscales de l’État.

Les coûts indirects : Les coûts directs ne prennent pas en compte les coûts indirects liés aux conséquences sociales du chômage. En effet, l’augmentation des maladies liées au chômage, ainsi qu’au stress et à la peur de perdre son emploi provoque une explosion des dépenses de santé qui creuse le déficit de la caisse d’assurance maladie. L’augmentation de la petite délinquance due au chômage provoque la hausse des dépenses liées à la sécurité et à la justice. En engorgeant les tribunaux, l’accroissement des infractions et des petits délits contribue à augmenter les coûts de fonctionnement de l’appareil judiciaire. Le surpeuplement des prisons pour petits délits oblige le gouvernement à en construire de nouvelles. Selon une étude canadienne[20], si le taux de chômage atteignait 10,4 % de la population, son coût indirect évoluerait entre 5 % et 12 % du PIB. S’il atteint 12 %, ce coût représenterait 253 milliards €, soit 81 % des recettes de l’État.

Étant donné qu’elle provoque la baisse des recettes fiscales et la hausse des dépenses publiques, la hausse du chômage contribue directement et indirectement à l’augmentation de la dette publique de l’État. En 1998, Jacques Nikonoff[21] évaluait le cumul des coûts directs et indirects du chômage à 13 % du PIB. Ces chiffres ont été contestés par les pouvoirs publics, car en 2013, ces coûts auraient représenté 274 milliards €, soit 88 % des recettes fiscales de l’État. En effet, pour réparer les dégâts provoqués par la hausse du chômage, le gouvernement doit augmenter le budget du ministère du Travail et de l’Emploi, des affaires sociales, de la santé, de la justice et de l’intérieur. En alourdissant le budget de ses différents ministères, la hausse du chômage contribue à creuser la dette publique sans apporter de bien-être supplémentaire. L’augmentation de la dette publique n’est donc pas due à la mauvaise gestion de l’État, mais à la hausse des dépenses consécutives à la hausse du chômage.

Au lieu de proposer des solutions capables d’en finir avec le chômage, la principale préoccupation des gouvernements français et européens (Italie, Espagne, Grèce, etc.), de la commission européenne, du FMI, des agences de notation (Modys, Standar & Poor, etc.), etc., est de réduire la dette publique des États. Pour la réduire, les mesures préconisées par la commission européenne et le FMI comprennent entre autres : l’augmentation de l’âge du départ à la retraite, la baisse du montant des retraites, la suppression d’emplois publics, la baisse du salaire minimum, la stagnation ou la baisse du salaire des fonctionnaires, la réduction du budget de la sécurité sociale et la privatisation des services publics (santé, transport, éducation, poste, eau, énergie, etc.). Le cas de la Grèce met en évidence l’incohérence de cette stratégie. Le plan d’austérité provoque une récession économique dont les conséquences sont une hausse du chômage et une baisse des entrées fiscales, qui se traduisent par une augmentation de la dette publique.

Par conséquent, ce n’est pas les restrictions budgétaires, mais la suppression du chômage qui est la stratégie la plus efficace pour réduire la dette publique. Avant de proposer des solutions pour enrayer la hausse du chômage, il apparaît pertinent d’en comprendre les causes.

Quelles sont les causes du chômage ?

Avant de proposer des solutions pour en finir avec les 7 millions d’actifs sans emploi, il apparaît nécessaire de poser un diagnostic objectif qui ne relèverait pas d’une idéologie. Pour les politiques, le MEDEF et les ultralibéraux, les principales causes du chômage sont la faiblesse de la croissance du PIB, le coût et la rigidité du Code du travail, l’inadéquation entre l’offre et la demande et la réduction du temps de travail. Ces explications évoquent rarement le rôle des gains de productivité et de la répartition des bénéfices générés par ces gains.

  • Quelles sont les croyances idéologiques qui expliquent la hausse du chômage ?

Les politiques et les médias affirment en permanence que la hausse du chômage est due à la faiblesse du taux de croissance du PIB. Pour leurs parts, le MEDEF et les ultralibéraux affirment que c’est le coût et la rigidité du Code du travail, l’inadéquation entre l’offre et la demande et la réduction du temps de travail qui seraient un frein à la compétitivité des entreprises et donc, à la création d’emploi. Afin de poser un diagnostic objectif, je commencerai par comparer le coût et le Code du travail de la France avec ceux de pays européens. Je poursuivrai en comparant l’évolution de la durée moyenne et légale du temps de travail avec le taux de chômage. Pour terminer, je comparerai l’évolution du taux de croissance du PIB avec le montant de la richesse produite en valeur.

La faiblesse de la croissance du PIB serait-elle la cause du chômage ? La faiblesse de la croissance du PIB est souvent présentée par les politiques comme la principale cause de la hausse du chômage. La relance de la croissance serait donc la seule solution envisageable pour inverser sa courbe. Afin de valider ou d’infirmer cette affirmation, il apparaît pertinent de comparer l’évolution du PIB en valeur avec celle du taux de croissance sur la période de 1950 à 2013.

PIB en valeur et taux de croissance du PIB de 1950 à 2013

croissance-pib-et-taux-croissance

–  Source : Insee, 1.115 Produit intérieur brut et revenu national brut par habitant, comptes nationaux, base 2010.

L’analyse de ce graphique fait apparaître que le PIB n’a pas cessé d’augmenter malgré la baisse de son taux croissance. En effet, de 1950 à 2013, tandis que le PIB progressait de 15,5 à 2 113 milliards €[22], son taux de croissance diminuait de 17,3 % à 1,1 %. Même si le taux de croissance réalisé entre 2012 à 2013 était seulement de 1,1 %, la valeur générée en 2013 était très largement supérieure à celle de 1950 qui avait pourtant connu un taux de croissance de 17,3 % entre 1949 à 1950. En effet, tandis que la valeur créée entre 1949 à 1950 était de 2,2 milliards €, celle créée entre 2012 à 2013 était de 22,6 milliards €. À taux de croissance équivalente, tandis que 1 % de croissance générait 132 millions € en 1950, il en générait 20,9 milliards € en 2013, soit 157 fois plus de valeur.

Les 24 années qui s’étendent de 1949 à 1973 sont souvent présentées comme une période de forte croissance et d’abondance économiques. Pourtant, le cumul de la valeur générée durant cette période était seulement de 1 645 milliards €. Ce montant correspond à peine au PIB de 2013 qui s’élevait à 2 113 milliards €. En s’élevant à 28 920 milliards €, le cumul de la valeur créée entre 1989 et 2013 était 23,6 fois plus élevé. Malgré la crise économique que subit la France depuis 1973, le PIB est passé de 180 à 2 113 milliards €, soit une progression de 1 073 %. Si la faiblesse du PIB expliquait la hausse du chômage, le taux de chômage de 1973 devrait être plus important que celui de 2013. Or, ce n’est toujours pas le cas. En effet, tandis que le taux de chômage de décembre 1973 était de 2,7 %, celui de 2013 était de 9,8 %. Ce n’est donc pas la faiblesse de la richesse générée par le PIB, mais celle du taux de croissance qui serait responsable de la hausse du chômage.

Le coût trop élevé du travail serait-il la cause du chômage ? Pour le MEDEF et les ultralibéraux, la première cause du chômage est le coût du travail (rémunération + charges sociales). En effet, le SMIC et le coût trop élevé du travail apparaissent comme un frein à la compétitivité des entreprises et donc, à la création d’emplois. Pour eux, le marché de l’emploi idéal serait celui où le coût horaire du travail serait fixé librement entre les acteurs en fonction de la loi dite de « l’offre et de la demande ». Si l’offre d’emploi est plus importante que la demande, le coût horaire augmente pour inciter les salariés à travailler. Par contre, si l’offre est plus faible que la demande, le coût horaire baisse, ou plutôt, s’ajuste en fonction de l’offre. Étant donné qu’en 2013 le taux de chômage officiel de la France est de 9,8 %, la demande d’emploi est plus importante que l’offre. Pour rétablir l’équilibre sur le marché de l’emploi et donc, créer les conditions du plein emploi, il suffirait de supprimer le salaire minimum (SMIC de 9,43 € en 2013) qui apparaît comme un frein à la création d’emploi. Si le coût du travail était la principale cause de la hausse du chômage, les pays qui ont le coût horaire de l’heure de travail le plus élevé devraient avoir un taux de chômage plus élevé que ceux qui ont le plus bas. Or, ce n’est pas le cas. Le graphique ci-dessous présente le taux de chômage de pays de la zone euro en fonction du coût horaire de l’heure de travail.

Taux de chômage en fonction du coût horaire du travail en 2012

chomage-et-taux-horaire

–  Sources : Enquêtes quadriennales du coût de la main-d’œuvre (ECMO) enquête 2012 prolongée par les indices trimestriels du coût de la main-d’œuvre d’Eurostat.
–  Source : Eurostat, Chômage record de la zone euro, Taux de chômage des pays de la zone euro en novembre 2012, en % de la population active.

Ce graphique fait apparaître qu’en 2012, les pays européens qui avaient le coût horaire moyen de l’heure de travail le plus élevé (Belgique 40,14 €, Allemagne 31,93 € et Pays-Bas 32,17 €) avaient le taux de chômage le plus bas (7,4 %, 5,4 % et 5,6 %). À l’inverse, ceux qui avaient le coût horaire le plus bas (Grèce 18,85 €, Espagne 20,92 € et Portugal 12,91 €) avaient le taux de chômage le plus élevé (26 %, 26,6 % et 16,3 %). Étant donné que ce n’est pas le coût horaire moyen du travail qui expliquerait la hausse du chômage, est-ce que ce serait la rigidité du Code du travail ?

La rigidité du Code du travail serait-elle la cause du chômage ? La seconde cause de la hausse du chômage serait la rigidité du Code du travail. Pour le MEDEF et les ultralibéraux, le marché de l’emploi idéal est celui où un employeur serait totalement libre d’embaucher ou de licencier un salarié en fonction du rythme de son activité. Les procédures de licenciement de la France étant relativement contraignantes et coûteuses, la réglementation du travail apparaît comme un frein à la compétitivité des entreprises et donc, à la création d’emplois. Si la procédure de licenciement était plus simple, plus rapide et moins onéreuse, les entreprises préféraient embaucher des salariés en CDI plutôt qu’en CDD et en intérim. Comme les règles, qui encadrent les procédures de licenciement, sont les principales responsables de la hausse du chômage, les pays qui ont un haut niveau de protection du travail devraient avoir un taux de chômage élevé. Or, une fois de plus, ce n’est pas le cas. En effet, malgré le fait que les Pays-Bas, la Belgique et la Suède disposent d’une réglementation du travail qui protège les salariés, le taux de chômage de ces pays est plus faible que celui de la France. Étant donné que ce n’est pas la rigidité du Code du travail qui expliquerait la hausse du chômage, est-ce que ce serait l’inadéquation entre l’offre et la demande d’emploi ?

L’inadéquation entre l’offre et la demande serait-elle la cause du chômage ? La troisième cause du chômage serait l’inadéquation entre l’offre et la demande d’emploi. Le MEDEF annonce régulièrement que 200 000 offres d’emplois seraient non pourvues. Les secteurs d’activités qui auraient des difficultés à trouver du personnel sont ceux de la restauration, de l’hôtellerie, des services aux entreprises et des services aux particuliers. Les emplois difficiles à pourvoir seraient ceux d’agents d’entretiens, d’aides à domicile, d’employés de maison, d’aides-soignants, de serveurs, de plongeurs et d’aides-cuisiniers, etc. Ces emplois sont souvent payés au SMIC, ont des horaires à temps partiel subis, n’exigent pas de qualification et n’offrent pas de perspective d’avenir. Si les employeurs de ces secteurs d’activité ont réellement du mal à trouver du personnel, au non de la loi dite de « l’offre et de la demande », ils n’ont qu’à rendre ces emplois plus attractifs en proposant des rémunérations et des conditions de travail plus élevé que dans les autres secteurs d’activités. Au lieu de revaloriser ces emplois, le MEDEF dénonce les conditions d’indemnisation des demandeurs d’emploi qui rendraient le chômage plus attractif que le travail. L’allocation d’aide au retour à l’emploi étant trop généreuse, il serait responsable d’un déséquilibre sur le marché de l’emploi et donc, de la hausse du chômage. Étant donné que ce n’est pas l’inadéquation entre l’offre et la demande, est-ce que ce serait la réduction du temps de travail ?

La réduction du temps de travail serait-elle la cause du chômage ? Le MEDEF et les ultralibéraux affirment que c’est la réduction du temps de travail et notamment, les 35 heures qui seraient responsables de la hausse du chômage. La France étant inscrite dans la mondialisation, la réduction du temps de travail apparaît comme un frein à la compétitivité de ses entreprises et donc, à la création d’emploi. Pour créer des emplois, il est donc indispensable d’abroger les 35 heures et d’augmenter le temps de travail. Afin de valider ou d’infirmer ces affirmations, je propose de comparer l’évolution du taux de chômage de l’Insee avec celle de la durée moyenne et légale du temps de travail hebdomadaire. Pour calculer la durée moyenne du temps de travail hebdomadaire, j’utiliserai l’équation suivante :

-Soit, VHTb est le volume total d’heures travaillées par branche : 40271480379 heures[23].
-« , PAe est la population active qui occupe un emploi équivalent temps plein : 25589586 hab[24].
-« , S est le nombre de semaines annuelles : 52 semaines.
-« , Cp est le nombre de semaines de congés payés : 5 semaines.
-« , DMh est la durée moyenne du temps de travail hebdomadaire :

duree-moyenne-temps-travail

En 2013, les 40,2 milliards d’heures de travail étant répartis entre les 25,5 millions d’actifs à temps plein, la durée moyenne du temps de travail annuel était de 1 574 heures. Les 1574 heures étant réparties sur 47 semaines, la DMh était de 34 heures.

Le graphique ci-dessous compare la courbe de l’évolution du taux de chômage de l’Insee avec celle de la durée moyenne et légale du temps de travail hebdomadaire de 1950 à 2013.

Évolution du taux de chômage en fonction de l’écart entre
la durée moyenne et légale du temps de travail hebdomadaire

chomage-et-duree-legale-temps-travail

-Sources : Insee, 6.209 Emploi intérieur total par branche en nombre d’équivalents temps plein, comptes nationaux, base 2010
-Sources : Insee, 6.213 Volume total d’heures travaillées par branche, comptes nationaux, base 2010.
-Source : Insee, Taux de chômage depuis 1975, enquêtes Emploi 1975-2013, séries longues.(donnée de 2005 à 2013)
-Source : Insee, T306, chômage et taux de chômage au sens du Bureau International du Travail (BIT) selon l’ancienne définition, par sexe et âge regroupé, en fin de trimestre, données cvs, Série archive, estimation mensuelle du chômage BIT (donnée de 1968 à 2004)

L’analyse de ce graphique fait apparaît que plus l’écart entre la durée moyenne et légale du temps de travail diminue, plus le chômage augmente. Il augmente d’autant plus lorsque la durée moyenne est inférieure à la durée légale. En 1968, tandis que la durée moyenne était 45 heures, la durée légale était de 40 heures. L’écart étant de 5 heures en faveur de la durée moyenne, le taux de chômage était de 2,5 %. En 1975, l’écart étant de 1 heure, le taux de chômage était de 4,4 %. En 1994, étant donné que l’écart était de 3 heures en faveur de la durée légale, le taux de chômage était de 11,7 %. Il faudra attendre la loi sur les 35 heures de 1998 pour que la durée moyenne soit à nouveau supérieure de 1 heure à la durée légale pendant 3 ans. Grâce aux 35 heures, de 1997 à 2001 le taux de chômage est passé de 11,8 % à 8,9 %. Maintenir un écart de 7 heures en faveur de la durée moyenne apparaît donc comme une solution envisageable pour enrayer la hausse du chômage. À partir de cette analyse, il est possible d’affirmer que pour en finir avec la hausse du chômage, les 35 heures auraient dû être mises en place en 1973, les 32 heures en 1981 et les 24 heures en 1998. À l’inverse de ce qu’affirment le MEDEF et les ultralibéraux, ce n’est pas la réduction du temps de travail, mais le fait de ne pas avoir réduit sa durée légale, qui est la cause du chômage. La question qu’il est donc pertinent de poser est celle-ci : quel est le lien qui unit la réduction de la durée moyenne du temps de travail avec la hausse du chômage ?

Étant donné que ce n’est pas la faiblesse du PIB, le coût horaire moyen et la rigidité du Code du travail, l’inadéquation entre l’offre et la demande et la réduction du temps de travail qui sont la cause du chômage, est-ce que ce pourrait être les gains de productivité ?

Les gains de productivité seraient-ils la cause du chômage ?

Comme l’expliquait déjà John Maynard Keynes en 1933, « Nous sommes atteints d’un nouveau mal, dont certains lecteurs ne connaissent peut-être pas encore le nom – le chômage technologique. Il désigne le chômage causé par la découverte de procédés nouveaux qui économisent la main-d’œuvre alors que la découverte de nouveaux débouchés pour celle-ci s’avère un peu plus lente. »[25] Afin de mieux appréhender les liens qui unissent la réduction de la durée moyenne du temps de travail, la croissance du PIB et le chômage, j’aborderai les causes, les modes de calcul et les conséquences de la productivité horaire, ainsi que les enjeux de la redistribution des bénéfices générés par ces gains.

  • Quelles sont les causes des gains de productivité ?

Les gains de productivité sont générés par le progrès technique et l’organisation du travail. Ces innovations provoquent une transformation des moyens et des méthodes de production, de l’organisation du travail, des produits, des marchés et des structures de l’économie.

Le premier secteur d’activité qui a bénéficié des gains de productivité est celui de l’agriculture. Le progrès des outils de production agricole (tracteurs, charrues, moissonneuses batteuses, etc.) a permis de réduire la durée moyenne du temps de travail et le nombre d’ouvriers agricoles. De 1950 à 2013, tandis que la productivité horaire du travail de l’agriculture progressait de 3 024 %[26], ses effectifs diminuaient de 86 %. Les gains de productivité générée dans l’agriculture ont permis de libérer la main-d’œuvre indispensable à l’essor de l’industrie et des services marchands.

Permettant de produire plus avec moins de temps et de main-d’œuvre, le progrès des outils de production industrielle (usines numériques, robots, etc.) a permis de générer d’importants gains de productivité. Ayant été remplacés par des robots, les ouvriers qui travaillent dans les usines modernes ne sont plus chargés de la production, mais de la maintenance et de l’entretien. De 1950 à 2013, tandis que la productivité horaire du travail de l’industrie progressait de 1 482 %, ses effectifs diminuaient de 38 %[27]. Dans les usines modernes, les ouvriers ayant été remplacés par des robots, ceux qui y travaillent encore ne sont plus chargés de la production, mais de la maintenance et de l’entretien. Dans cette usine BMW, il n’y a quasiment plus de salariés.

L’évolution des technologies de l’information et de la communication (TIC) : les ordinateurs, les téléphones mobiles, la visioconférence, les logiciels de traitement de l’information (ERP, CAO, FAO, CGDT, etc.) et les réseaux de circulations de l’information (semi-conducteurs, puces RFID, Internet, etc.) ont permis d’accélérer la circulation, la collecte et le traitement de l’information. Le progrès des moyens de transport (voiture, train, avion, cargo, tanker, etc.) et des infrastructures (autoroute, port, aéroport, ligne à grande vitesse, gazoduc, etc.) ont permis d’accélérer la circulation des voyageurs, des salariés, des matières premières et des marchandises au niveau local, national et mondial. En réduisant la durée et le coût des transports, les moyens de transport modernes facilitent les échanges internationaux. La réduction des coûts de transports, les TIC et la suppression des droits de douane ont rendu plus rentables les délocalisations en Chine, en Turquie, au Bangladesh, en Inde, etc.

Les gains de productivités sont également dus aux multiples méthodes d’organisation du travail (Taylorisme, Fordisme, Toyotisme, Lean Six Sigma[28], KAIZEN, méthode projet, etc.). Ces méthodes d’organisation donnent aux consultants en organisation les moyens de restructurer la production et les services. Le Toyotisme, qui consiste à produire à flux tendu et à limiter les stocks à zéro, nécessite l’intégration et la synchronisation des outils de production, des systèmes de suivis et de traitement de l’information et de la logistique. En se combinant, le progrès technique et les restructurations permettent de réduire le gaspillage d’énergie, de matière première et de temps de travail et donc, d’augmenter les gains de productivité.

  • Comment calculer les gains de productivité ?

La productivité mesure le rapport entre une production et la quantité de facteurs (capital, effectifs et heures de travail) mis en œuvre pour la réaliser. Elle peut mesurer la productivité physique du travail, la productivité du capital, la productivité du travail et la productivité horaire du travail.

– La productivité physique du travail mesure la quantité de production réalisée par une unité du facteur.

Productivité physique du travail

Par exemple, il est possible de calculer le rendement d’un salarié (nombre de pièces réalisées par un salarié pendant une heure de travail) ou d’une machine (nombre de pièces réalisées par une machine pendant une heure). Si 100 salariés produisent 10 000 pièces, la productivité du travail sera de 10 000/100 = 100 pièces par salarié. Chaque salarié produit en moyenne 100 pièces.

– La productivité du facteur capital mesure la valeur ajoutée générée par un euro de capital investi.

Productivité du capital

Par exemple, si un capital 10 000 € génère une valeur ajoutée de 100 000 €, la productivité du capital sera de 100 000/10 000 = 10 € par euro investi. Chaque euro investi génère en moyenne 10 € de valeur ajoutée.

– La productivité du travail mesure la valeur ajoutée produite par un salarié.

Productivité du travail

Par exemple, si 100 salariés génèrent 100 000 € de valeur ajoutée, la productivité du travail sera de 100 000/100 = 1 000 € par salarié. Chaque salarié génère en moyenne 1 000 € de valeur ajoutée.

– La productivité horaire du travail mesure la valeur ajoutée générée par le nombre d’heures de travail.

Productivité horaire du travail 1 ou

Productivité horaire 1

Par exemple, si 5 000 heures de travail génèrent 100 000 €, la productivité horaire du travail sera de 100 000/5 000 = 20 € par heure de travail. Chaque heure de travail génère en moyenne 20 € de valeur ajoutée.

Pour calculer la productivité horaire du travail, l’INSEE prend en compte le nombre d’heures de travail qui est égal à la durée individuelle moyenne du travail multiplié par les effectifs.

Productivité horaire du travail 2

Par exemple, si 100 salariés, qui travaillent en moyenne 50 heures, génèrent une valeur ajoutée de 100 000 €, la productivité horaire du travail sera de 100 000/(100 x 50) = 20 € par heure de travail. Chaque heure de travail d’un salarié génère en moyenne 20 € de valeur ajoutée.

Étant donné qu’elle permet de mesurer le dynamisme économique d’un salarié, d’un atelier, d’une entreprise ou d’un pays, la productivité horaire du travail ou la valeur ajoutée générée par 1 heure de travail est un indicateur important de l’économie. Le graphique ci-dessous présente l’évolution de la productivité horaire du travail (valeur ajoutée moyenne générée par 1 heure de travail) et du taux de productivité horaire du travail de la France de 1950 à 2013.

Évolution de la productivité horaire du travail de la France de 1950 à 2013

productivite-et-taux-croissance

-Source : Insee, moyennes heures de travail par branche, Comptes nationaux, Base 2010. (d).
-Source : Insee, 6.209 Emploi intérieur total par branche en nombre d’équivalents temps plein, comptes nationaux, base 2010 (e).
-Source : Insee, 6.202 Valeur ajoutée brute par branche en volume aux prix de l’année précédente chaînés, Comptes nationaux, Base 2010 (VA).
-Source : Insee, 6.215 Productivité horaire du travail par branche, Comptes nationaux, Base 2010.

L’analyse de ce graphique fait apparaître que la valeur ajoutée générée par 1 heure de travail a toujours été relativement soutenue. De 1950 à 2013, tandis que la productivité horaire ne cessait de croître, son taux de croissance décroissait. En effet, en passant de 5,9 € à 46,1 € de l’heure de travail[29], la productivité horaire a progressé de 681 %. En 2013, 1 heure de travail produisait 7,8 fois plus de valeur ajoutée qu’en 1950. Pourtant, sur la même période, son taux de croissance passait de 9,1 % à 0,5 %. Même si le taux de croissance de la productivité horaire d’une heure de travail de 2012 à 2013 était inférieur à celui de 1949 à 1950, la valeur ajoutée générée par ce taux était supérieure. En effet, tandis que de 1949 à 1950, la valeur ajoutée créée par un taux de productivité horaire de 9,1 % était de 0,5 € de l’heure, de 2012 à 2013, la valeur générée par un taux de 0,5 % était de 0,2 €. À taux de croissance équivalente, tandis qu’en 1951, 1 % de croissance générait 0,06 € de l’heure, en 2013, il génère 0,5 €, soit 8,3 fois plus de valeur ajoutée. Étant donné qu’en 2013 un salarié génère en moyen 7,8 fois plus de valeur qu’en 1950, ces surplus de valeur ajoutée ont un impact sur les effectifs des entreprises, les salaires, les prix, le développement économique, le chômage et la création d’emploi.

Après avoir présenté les causes, les modes de calcul et l’évolution de la productivité horaire du travail et de son taux de croissance, il apparaît pertinent d’étudier ces liens avec l’emploi.

  • Existe-t-il un lien entre les gains de productivité horaire et l’emploi ?

Grâce aux gains de productivité, il faut moins de temps de travail et donc de salarié pour produire autant voire plus. Il existe donc un lien étroit entre le taux de croissance du PIB en volume et celui de la productivité horaire du travail avec la création ou la destruction d’emplois.

croissance-ph-et-pib-avec-chomage

Le graphique ci-dessous présente le lien entre le taux de croissance du PIB en volume et celui de la productivité horaire du travail avec l’évolution des effectifs des entreprises de 1950 à 2013.

Taux croissance du PIB, productivité horaire et évolution effectifs de 1950 à 2013

Corrélation PIB productivité chômage

–  Source : Insee, 6.215 Productivités horaires du travail par branche, comptes nationaux, base 2010.
–  Source : Insee, 6.209 Emploi intérieur total par branche en nombre d’équivalents temps plein, comptes nationaux, base 2010.
–  Source : Insee, 1.102 Le produit intérieur brut et ses composantes en volume aux prix de l’année précédente chaînés, comptes nationaux, base 2010.

Ce graphique illustre parfaitement la corrélation entre le taux de croissance du PIB en volume et celui de la productivité horaire avec les effectifs des entreprises. Lorsque le taux de croissance du PIB en volume est supérieur à celui de la productivité horaire, les effectifs des entreprises augmentent, ce qui se traduit par des créations d’emplois et donc, une baisse du chômage. De 1963 à 1966, tandis que l’écart entre le taux de croissance du PIB et celui de la productivité horaire était de 2,5 points, les effectifs des entreprises ont augmenté de 368 mille personne. De 1986 à 1991, tandis que l’écart était de 5,8 points, les effectifs ont augmenté de 1,1 million, soit une baisse du taux de chômage de 0,2 point. De 1994 à 2002, l’écart étant de 1,9 point, les effectifs ont augmenté de 2,4 millions, soit une baisse du taux de chômage de 2,7 points. L’écart étant relativement faible sur 8 ans, la hausse des effectifs est en grande partie due à la loi sur les 35 heures. Ce n’est donc pas la croissance du PIB, mais la réduction de la durée légale du temps de travail qui a permis les créations d’emplois et donc, la baisse du chômage. De 2004 à 2008, l’écart étant de 3,2 points, les effectifs ont augmenté de 908 mille salariés, soit une baisse du taux de chômage de 1,3 point. De 1949 à 1968, tandis que la croissance du PIB en volume progressait de 164 %, celle de la productivité horaire du travail progressait de 165 %. L’écart étant de 1 point, la durée moyenne du temps de travail hebdomadaire est seulement passée de 47 à 45 heures. Les heures de travail supplémentaires générées par la croissance du PIB ont permis de compenser la réduction des heures provoquée par les gains de productivité. L’écart étant de 5 heures en faveur de la durée moyenne, le taux de chômage de 1968 était seulement de 2,5 %.

À l’inverse, lorsque le taux de croissance du PIB est inférieur à celui de la productivité horaire, le surplus d’activité ne parvient pas à compenser les destructions d’emplois provoquées par les gains de productivité. Le surplus d’activité étant insuffisant, les effectifs des entreprises diminuent, ce qui se traduit par une hausse du taux de chômage. De 1957 à 1959, tandis que l’écart entre le taux de croissance du PIB et celui de la productivité horaire était de -1,5 %, les effectifs des entreprises ont diminué de 156 mille salariés. De 1982 à 1985, tandis que l’écart était de -4,7 %, les effectifs ont diminué de 198 mille salariés, soit une hausse du taux de chômage de 1,9 point. De 1991 à 1993, l’écart étant de -2,9 %, les effectifs ont diminué de 395 milles personne, soit une hausse du taux de chômage de 1,8 point. La dernière plus forte baisse d’effectifs est consécutive à la crise de 2008. De 2008 à 2009, l’écart étant de -3,3 %, les effectifs ont diminué de 309 milles personne, soit une hausse du taux de chômage de 1,6 point. À chaque fois, la baisse des effectifs a provoqué une forte hausse du chômage. De 1969 à 2013, tandis que la croissance du PIB progressait de 176 %, celle de la productivité progressait de 195 %. L’écart étant de 19 points, la durée moyenne du temps de travail est passée de 45 à 34 heures. La croissance du PIB étant insuffisante pour compenser la réduction des heures de travail et donc, des effectifs provoquée par les gains de productivité, le chômage a augmenté. De 1969 à 1997, tandis que la durée moyenne passait de 45 à 36 heures, la durée légale passait de 40 à 39 heures. L’écart étant de 3 heures en faveur de la durée légale, le taux de chômage de 1997 était de 11,8 %. En permettant d’augmenter les effectifs sans générer d’activité supplémentaire, les 35 heures ont ramené le taux de chômage de 2013 à 9,9 %.

Étant donné que les effectifs des entreprises diminuent lorsque le taux de croissance de la productivité horaire est supérieur à celui du PIB, cette analyse désigne les gains de productivité comme le principal responsable de la hausse du chômage.

  • Comment absorber les destructions d’emplois générées par les gains de productivité ?

Les gains de productivité étant désignés comme la principale cause de la hausse du chômage, pour créer des emplois, il est nécessaire d’absorber les destructions générées par ces gains. Pour les absorber, le surplus d’activité et donc, le taux de croissance du PIB doit être supérieurs à celui des gains de productivité. Il apparaît donc légitime de se poser ces questions : comment absorber ces destructions d’emploi ? Comment obtenir et financer ces surplus d’activité ?

L’exemple de l’usine de production Alpha permet de réfléchir aux moyens d’absorber les destructions d’emploi et de financer ces surplus d’activité à court, moyen et long terme. En 1950, l’usine Alpha produisait 10 voitures (5 A et 5 B) avec 40 salariés et 100 heures de travail.

Gain prod uzine A 2007

En 2013, les dirigeants de l’usine Alpha ont décidé d’investir dans l’outil de production (robots et machines numériques) et de faire appel à des consultants en organisation pour restructurer l’entreprise. Suite aux investissements et à la restructuration, l’usine Alpha produisait 100 voitures (50 A et 50 B) avec 20 salariés et 50 heures de travail.

Gain productivité uzine A

Le progrès technique et l’organisation du travail ont permis de produire 10 fois plus de voitures avec 2 fois moins de temps et de salariés.

Ayant besoin de moins de temps de travail pour produire plus, à court terme l’usine Alpha baisse ses coûts de production et se retrouve avec un surplus d’heures de travail. Étant donné qu’un salarié vend son temps en échange d’une rémunération, avoir un surplus d’heures de travail équivaut à avoir un surplus de salariés et donc, un surplus de charges salariales. Même si l’entreprise a besoin de moins d’heures de travail et donc, de salariés, elle doit quand même rémunérer ce surplus d’heures. Afin de diminuer ses charges salariales, à court terme, les dirigeants de l’usine Alpha ont le choix entre deux solutions : réduire les effectifs ou réduire le temps de travail. Le schéma ci-dessous présente les enjeux du partage des surplus d’heures de travail générés par la hausse des gains de productivité.

Le partage des surplus d’heures de travail générés par les gains de productivité

Conséquences gains de productivité GT

Les dirigeants de l’usine Alpha choisissent de réduire le temps de travail. Pour que la réduction du temps de travail absorbe les destructions d’emploi, elle doit permettre de partager ou de répartir les surplus d’heures de travail et de charges salariales entre tous les salariés. En répartissant les charges, l’usine Alpha augmente ses bénéfices bruts d’exploitation sans licencier. Comme les salariés travaillent moins, à taux horaire constant, ils gagnent moins. Afin de compenser la perte de revenu consécutive à la réduction du temps de travail, les dirigeants de l’usine Alpha peuvent décider d’augmenter le taux horaire des rémunérations en partageant une partie des bénéfices générés par les gains de productivité. En conservant ses effectifs, elle ne contribue pas à la hausse du chômage. Ne nécessitant pas un surplus d’activité, ce choix évite d’augmenter les rejets de CO2 ainsi que le gaspillage des matières premières, des ressources énergétiques et des ressources naturelles.

Les dirigeants de l’usine Alpha choisissent de réduire les effectifs et donc, de licencier le surplus de salariés. Étant donné qu’ils contribuent à réduire les surplus d’heures, les licenciements apparaissent comme une forme déguisée de réduction du temps de travail. À court terme, même s’ils provoquent la hausse du chômage, les licenciements contribuent à la baisse des charges salariales. La baisse des charges provoque une diminution des coûts de production qui contribue à l’augmentation des bénéfices bruts d’exploitation ou de l’excédent brut d’exploitation (EBE). C’est à ce moment qu’intervient l’enjeu de la redistribution de ces bénéfices.

  • Quels sont les enjeux de la redistribution des bénéfices ?

La redistribution des bénéfices bruts d’exploitation générés par les gains de productivité et les licenciements apparaît comme un enjeu économique, politique et social majeur à moyen et long terme. En effet, ces bénéfices peuvent être redistribués sous la forme d’une baisse des prix, d’une hausse des impôts, de la hausse des salaires ou des dividendes, de la hausse des investissements ou des placements sur les marchés financiers. En fonction du mode de redistribution, ces bénéfices provoqueront la hausse du chômage ou permettront un surplus d’activité qui stimulera la croissance du PIB et donc, la création d’emplois.

Les bénéfices peuvent être redistribués aux ménages sous la forme d’une baisse des prix. En baissant ses prix, l’entreprise obtient un double avantage. En augmentant le pouvoir d’achat des ménages, elle provoque une hausse de la consommation. En obtenant un avantage compétitif sur ses concurrents, elle augmente ses parts de marchés et ses exportations. À moyen terme, comme elle provoque un surplus d’activité, la baisse des prix provoque la hausse de la production et donc, la création d’emplois.

Les bénéfices peuvent être redistribués à l’État sous la forme d’impôts. En 2013, les dépenses des administrations publiques représentaient 24,1 % du PIB[30]. En payant ses impôts, l’entreprise finance l’éducation, la santé, la construction d’infrastructures (route, ligne TGV, etc.), l’armement, etc. À moyen terme, les dépenses et les investissements publics de l’État contribuent à provoquer un surplus d’activité. En stimulant la croissance du PIB, ces surplus d’activité créent des emplois. Il est important de préciser, que les impôts qui contribuent à rembourser les intérêts de la dette publique ne génèrent pas de surplus d’activité et donc, la création d’emplois.

Les bénéfices peuvent être redistribués en faveur des salariés ou des actionnaires. Il est important de préciser que la finalité d’une entreprise n’est pas de créer des emplois et d’améliorer les conditions de vie des salariés, mais de pérenniser son activité et de générer des profits pour ses dirigeants ou ses actionnaires. Les bénéfices peuvent être redistribués aux actionnaires (fonds de pension, banques et investisseurs privés) sous la forme de dividendes ou aux salariés sous la forme d’une hausse de salaires ou des avantages sociaux (retraite, assurance maladie et allocation familiale, congés payés, etc.). Le graphique ci-dessous présente le partage de la valeur ajoutée des sociétés non financières de 1950 à 2013.

Le partage de la valeur ajoutée des sociétés non financières de 1950 à 2013

Partage valeure ajouté

–  Source : Insee, 7.101 Compte des sociétés non financières (S11), comptes nationaux, base 2010.

De 1949 à 1982, en passant de 68,1 % à 73,3 %, la part de la valeur ajoutée versée aux salariés (salaires bruts + cotisations sociales patronales) a augmenté de 5,2 points. Sur la même période, en passant de 1,3 % à 4,9 %, la part versée aux actionnaires a augmenté de 3,6 points. À partir du milieu des années 80, les actionnaires ont exigé un taux de rentabilité de 15 %. Cette exigence a eu des répercussions importantes sur le partage des bénéfices. De 1983 à 2013, tandis que la part de la valeur ajoutée versée aux salariés diminuait de 6,7 points, celle versée aux actionnaires augmentait de 13,2 points. En 2007, avant la crise des SUBPRIMES, tandis que la part versée aux actionnaires était de 27 %, celle versée aux salariés était de 63,1 %.

Étant donné qu’une grande partie des dividendes versés aux actionnaires sont à nouveau placés sur les marchés financiers, ils ne contribuent pas à relancer la consommation, à générer un surplus d’activité, à stimuler la croissance du PIB et donc, à créer des emplois. Les produits dérivés (CDO, titrisation, etc.) étant de plus en plus spéculatifs et virtuels, les placements croissants des sociétés non financières sur les marchés financiers constituent une menace pour la stabilité de l’économie réelle et de la société. Lorsqu’un krach boursier se produit (1987, 2001, 2008, etc.), les bénéfices générés par les gains de productivité, les restructurations, les licenciements et les baisses de charges salariales sont absorbés par l’effondrement du cours des actions et des titres. Le krach boursier de 2008 a fait disparaître une partie de la valeur ajoutée générée par l’activité économique réelle.

De 1950 à 1982, la redistribution des bénéfices en faveur des salariés a permis de soutenir un taux de croissance élevé de la consommation et du PIB. Le surplus d’activité étant plus important que les gains de productivité, le taux de chômage était relativement faible. À partir de 1983, la redistribution au profit des actionnaires a provoqué une baisse du taux de croissance de la consommation et du PIB. La baisse de la consommation des ménages a provoqué un ralentissement de l’activité économique et donc, la hausse du chômage. Si les bénéfices avaient été redistribués aux salariés, l’augmentation des salaires aurait provoqué la hausse de la consommation qui aurait généré un surplus d’activité et donc, la création d’emplois.

Les bénéfices peuvent être investis ou placés sur les marchés financiers. Les bénéfices peuvent être investis dans la recherche et le développement (R&D), l’outil de production ou placé sur les marchés financiers. Le graphique ci-dessous présente la part des investissements et des profits financiers des sociétés non financières, c’est-à-dire toutes les entreprises dont l’activité principale n’est pas la finance, de 1949 à 2013.

Part des investissements et des profits financiers des sociétés non financières.

Investissement et profits financier

–  Source : Insee, 7.101 Compte des sociétés non financières (S11), comptes nationaux, base 2010.
–  Source : Insee, 4.101 Principaux ratios des comptes des sociétés non financières (S11) et des entreprises individuelles non financières (S14AA), comptes nationaux, base 2010.

L’analyse de ces courbes montre que les sociétés non financières placent de plus en plus leurs bénéfices et leurs surplus de trésoreries sur les marchés financiers au détriment de l’investissement dans la R&D et l’outil de production. De 1949 à 2013, tandis que la part des revenus financiers (D4 revenus de la propriété) est passée de 1,3 % à 18,4 %, celle des investissements est passée de 28,9 % à 22,5 %. Étant donné que la part de la valeur ajoutée générée par les profits financiers a augmenté de 17,1 points, les placements financiers sont devenus une activité importante des sociétés non financières. De 1980 à 2007, juste avant la crise des SUBPRIMES, cette part est passée de 4,4 % à 27 % soit une hausse de 22,6 points. Concernant les investissements, la part de la valeur ajoutée qui leur était consacrée a diminué de 6,4 points. En 1995, elle est même descendue jusqu’à 19,7 %. La baisse des investissements au profit des placements financiers à des répercussions sur la création d’emploi à moyen et long terme.

La question qu’il apparaît légitime de se poser est celle-ci : pourquoi les entreprises favoriseraient-elles les placements financiers au détriment de l’investissement ? Dans un système de marché concurrentiel, pour pérenniser son activité, une entreprise doit être toujours plus compétitive et innovante que ses concurrentes. Le rôle de la R&D est de générer des innovations et des brevets dont la finalité est de créer de nouveaux produits ou d’introduire de nouvelles méthodes de production. En commercialisant un nouveau produit, l’entreprise s’octroie un monopole temporaire et un avantage compétitif qui lui permettent de conquérir des parts de marché en augmentant ses prix, sa marge bénéficiaire et donc, ses bénéfices. En prenant le risque de développer et de commercialiser l’iPhone, Appel a bénéficié d’un avantage compétitif qui lui a permis de vendre ses téléphones avec une marge relativement élevée. Les profits générés par l’iPhone lui ont permis d’investir dans la R&D et de distribuer des dividendes à ses actionnaires.

L’offre de biens et de services marchands étant saturée, le choix d’un investissement est une prise de décision de plus en plus risquée qui engage l’avenir d’une entreprise. Une innovation génère des bénéfices si elle se vend et permet de créer un nouveau marché. Si elle ne se vend pas, l’investissement représente un coût et donc, une perte pour l’entreprise. Chaque année, 90 % des 20 000 nouveaux produits proposés aux consommateurs européens sont des échecs commerciaux[31]. Étant donné que seuls 2 000 produits permettront, de faire des bénéfices, malgré le coût élevé d’un investissement, le retour sur investissement n’est jamais garanti. Le succès de l’iPhone masque l’échec de milliers de nouveaux produits, tel que Google Glass, dont la conception et la commercialisation ont nécessité un investissement très important.

Le taux d’échec des innovations étant relativement élevé, les investissements apparaissent donc plus risqués que les placements financiers. Étant donné que depuis le milieu des années 80, les actionnaires exigent un taux de rentabilité de 15 %, les profits générés par les placements financiers peuvent être plus élevés que ceux de l’activité réelle de l’entreprise. Si un placement de 100 € rapporte 15 € et qu’un investissement de 100 € rapporte 5 €, d’un point de vue purement financier, il apparaît plus rentable et « moins risqué » d’investir sur les marchés financiers. Lorsqu’un krach boursier se produit, les bénéfices générés par les gains de productivité, les restructurations, les licenciements et la baisse des charges salariales sont absorbés par l’effondrement des marchés financiers. Le krach boursier de 2008 a englouti la trésorerie d’entreprises qui aurait pu être investie dans la recherche et l’outil de production. N’ayant plus de trésorerie pour investir, les entreprises n’innovent plus, ne développent pas de nouveaux produits et donc, ne sont plus compétitives. N’étant plus compétitives, elles perdent des parts de marchés, ce qui se traduit par une baisse de l’activité et des bénéfices. Pour compenser ses pertes et rétablir sa trésorerie, l’entreprise est obligée de licencier du personnel et de fermer des sites de production. Ce qui se traduit par une hausse du chômage. Étant donné que l’investissement est l’une des conditions de la création d’emplois à moyen et long terme, les entreprises qui placent leurs bénéfices sur les marchés financiers contribuent à la hausse du chômage. En favorisant l’investissement, les entreprises peuvent contribuer à l’émergence de nouvelles branches ou secteurs d’activités et donc, à la création de nouveaux gisements d’emploi.

Cette analyse fait apparaître que la hausse du chômage n’est pas due au fait que le taux de croissance du PIB soit inférieur à celui de la productivité horaire. Même si les gains de productivité apparaissent comme les principaux responsables, il ne faut pas oublier que ce sont les dirigeants des entreprises ou les assemblées générales des actionnaires qui prennent la décision de réduire les effectifs ou le temps de travail. S’ils choisissent l’option de licencier le surplus de salariés, le choix de la redistribution des bénéfices générés par les gains de productivité et la baisse des charges salariales a également un impact sur la création d’emploi. En effet, s’ils décident de les redistribuer sous la forme d’une baisse des prix ou d’une hausse des impôts, des salaires ou des investissements, ils contribueront à générer un surplus d’activité qui permettra de créer des emplois. Par contre, s’ils décident d’augmenter les dividendes ou les placements sur les marchés financiers, ils risquent de provoquer une stagnation de l’activité et donc, de favoriser la hausse du chômage.

Favoriser l’émergence de nouvelles branches d’activités. Le progrès technique, l’organisation du travail et les délocalisations ont provoqué la baisse des effectifs de certaines branches au profit d’autres. Les graphiques ci-dessous présentent le taux de croissance de la productivité horaire du travail par branche et le taux de croissance des effectifs par branches de 1950 à 2012.

 Taux de croissance de la productivité                   Taux de croissance des effectifs

croissance-prod-et-effectif

-Source : Insee, 6.209 Emploi intérieur total par branche en nombre d’équivalents temps plein, Comptes nationaux, Base 2010.
-Source : Insee, 6.213 Volume total d’heures travaillées par branche, Comptes nationaux, Base 2010.
-Source : Insee, 6.202 Valeur ajoutée brute par branche en volume aux prix de l’année précédente chaînés, Comptes nationaux, Base 2010.

Ces graphiques font apparaître une corrélation entre le taux de croissances de la productivité horaire d’une branche d’activité avec l’évolution de ses effectifs. Plus le taux de croissance est élevé, plus les effectifs diminuent. En effet, de 1950 à 2012, tandis que la productivité horaire de l’agriculture passait de 0,6 à 19,3 € de l’heure et celle de l’industrie de 3,5 à 54,3 €, les effectifs de ces secteurs ont respectivement diminué de 5 487 à 760 milles et de 4 780 à 3 068 milles personnes. Alors que le taux de croissance de la productivité de l’agriculture et de l’industrie progressait de 3 131 % et de 1 469 %, les effectifs diminuaient de 86 % et de 35,8 %. Si les destructions d’emploi de l’agriculture sont dues aux gains de productivité, celles de l’industrie sont, pour une part, dues aux délocalisations des activités à faible valeur ajoutée (textile, équipement électrique, etc.) dans des pays où le taux horaire et la protection sociale de la main-d’œuvre peu qualifiée sont moins élevés qu’en France, tels que la Chine, la Turquie, le Bangladesh, etc. Ces délocalisations sont favorisées par les TIC, la suppression des taxes douanières, la réduction de la durée des trajets et la baisse des coûts de transport.

À l’inverse, plus le taux de croissance de la productivité est faible, plus la branche crée d’emplois. En effet, sur la même période, tandis que la productivité horaire de la construction passait de 10,5 à 33,5 € de l’heure, celle des services marchands de 9,6 à 51,8 € et celle des services non marchands de 17 à 38,6 €, les effectifs augmentaient respectivement de 1 068 à 1 851 milles, de 5 126 à 13 511 milles et de 3 087 à 7 900 milles personnes. Alors que le taux de croissance de la productivité de la construction, des services marchands et des services non marchands progressait respectivement de 212 %, 471 % et 133 %, les effectifs augmentaient de 80,6 %, 163,9 % et 161,6 %. Ce processus explique la tertiarisation progressive de l’activité économique.

Les emplois à faible valeur ajoutée détruits dans l’agriculture et l’industrie ont été déversés dans les secteurs d’activités marchands et non marchands à plus forte valeur ajoutée (commerce, réparation automobile, hôtellerie et restauration, logistique, santé, éducation, informatique, juridique, etc.). Le graphique ci-dessous présente le déversement de la main-d’œuvre des secteurs primaires et secondaires vers le secteur tertiaire[32] sur les périodes de 1950 et de 2010.

Le processus de déversement de la main-d’œuvre de 1950 et 2010

deversement-gains-de-productivite-2013

–  Source : Insee, 6.209 Emploi intérieur total par branche en nombre d’équivalents temps plein, comptes nationaux, base 2010.

De 1950 à 2010, les effectifs du secteur primaire sont passés de 28 % à 3 %, ceux du secteur secondaire de 29 % à 19 % et ceux du secteur tertiaire de 42 % à 78 %. En 2010, le secteur tertiaire était le premier secteur d’activité de la France. Étant donné que les emplois d’infirmières, d’aides-soignantes, d’aides ménagères, de serveurs, de cuisiniers, de plongeurs, de mécaniciens, d’éboueurs, d’agents de sécurité, etc., ne sont pas délocalisables, se sont les nouvelles méthodes de management (Lean Six Sigma) qui permettront d’optimiser la productivité horaire de ces secteurs et donc, à terme, d’en réduire les effectifs. En permettant la vente à distance, l’automatisation des tâches et le payement en ligne, le e-commerce supprimera à terme des emplois de vendeurs, d’employés libre-service et de caissières qui seront remplacés par des préparateurs de commandes. La création et la gestion d’un site commercial pouvant se faire à l’étranger, le développement du e-commerce risque également de provoquer la délocalisation des emplois d’informaticiens et de développeurs dans des pays où le coût de la main-d’œuvre qualifiée est moins cher qu’en France, tel que l’Inde.

Le progrès technique, Internet, les nouvelles méthodes d’organisation du travail et les restructurations d’entreprises ne cessent de générer toujours plus de gains de productivité, de transformer les métiers et de favoriser la délocalisation d’emplois qualifiés. Par exemple, l’informatisation des services de comptabilité a permis de remplacer les secrétaires comptables par un comptable qui fournit plus de travail en moins de temps. Ces emplois peu qualifiés et à faible valeur ajoutée ont été, en partie, remplacés par des emplois très qualifiés et à haute valeur ajoutée d’ingénieur en informatique qui développent des logiciels de comptabilité.

Les progrès dans le domaine de l’automatisation, qui comprend les robots, l’intelligence artificielle et les algorithmes, permettront à terme d’automatiser 50 % des métiers qualifiés et très qualifiés à faible et à haute valeur ajoutée. Les métiers qui nécessitent un niveau moyen de qualification (employés de banque, comptables, conducteurs de trains, chauffeur de camion, etc.) ne seront pas les seuls à être menacés. En effet, à moyen terme, des métiers très qualifiés (experts comptables, traders, journalistes, médecins, avocats, etc.) seront également concernés par l’automatisation. Aujourd’hui, des traders sont progressivement remplacés par des algorithmes qui prennent des décisions à la nanoseconde. En réduisant le nombre d’heures de travail nécessaire pour effectuer une mission, l’automatisation va détruire des millions d’emplois qualifiés d’avocats. Là où il fallait mobiliser une trentaine d’avocats et de nombreuses heures de travail pour analyser un dossier, rechercher de la documentation et les jurisprudences, avec l’aide de bandes de données et d’algorithmes, il n’en faudra plus que trois. Comme il faudra toujours plaider, le métier d’avocat ne disparaîtra pas, mais il en faudra moins. Étant donné que, pour le moment, les ordinateurs et les robots ne sont pas capables d’imaginations et d’émotions et donc, de créativité, seuls les métiers innovants et créatifs de chercheurs, de concepteurs d’algorithmes, d’artistes, d’acteurs de théâtre, de maître artisan, de sportifs de haut niveau, etc., ne disparaîtront pas.

Étant donné que les entreprises auront besoin de moins de temps de travail et donc, de salariés pour produire autant, voir plus de biens et de services, les gains de productivité apparaissent à la fois comme une menace pour l’emploi et l’opportunité d’un changement de mode de vie et de société. Afin d’éviter qu’une part croissante de la population se retrouve sans emploi, sans raison d’être et sans utilité sociale, il apparaît nécessaire de favoriser l’émergence d’une nouvelle branche d’activités dont la finalité serait le développement et l’émancipation de chaque individu. En absorbant les destructions d’emplois du secteur tertiaire, cette nouvelle branche permettrait d’éviter la hausse du chômage générer par le progrès technique, l’organisation du travail et les délocalisations.

Pour en finir définitivement avec le chômage, le gouvernement dispose de deux solutions : relancer la croissance du PIB ou réduire la durée légale du temps de travail. Le choix entre l’une ou l’autre de ces solutions n’est pas un choix économique, mais un choix de société.

Jean-Christophe Giuliani

Pour accéder aux pages suivantes :

– La croissance du PIB peut-elle supprimer le chômage ?

– La réduction du temps de travail peut-elle supprimer le chômage ?

– Combien d’heures devrions-nous travailler pour supprimer le chômage ?

– La réduction du temps de travail : un choix de société !

 

[1] Insee, la mesure du chômage par l’INSEE, n°4, septembre 2012

[2] Insee, enquêtes Emploi 1975-2013, séries longues, Population au chômage (en milliers) et Taux de chômage (en %)

[3] DARES, Pôle emploi, calculs des cvs-cjo, Pôle emploi, Demandeurs d’emploi inscrits et offres collectées par pôle emploi en décembre 2013, janvier 2014, n°006

[4] Capul Jean-Yves et Garnier Olivier, Dictionnaire d’économie et de sciences sociales, Paris, Hatier, 1999, page 321

[5] Insee, 1.115 Produit intérieur brut et revenu national brut par habitant, comptes nationaux, base 2010

[6] Insee, estimations de population : Population par sexe et groupes d’âges quinquennaux au 1er janvier 2015, France,

[7] Depp, Effectifs d’élèves et d’étudiants dans l’enseignement public et privé à la rentrée 2013, France (hors Mayotte avant 2011).

[8] Insee, 6.209 Emploi intérieur total par branche en nombre d’équivalents temps plein, comptes nationaux, base 2010. Equivalent temps plein : Nombre total d’heures travaillées divisé par la moyenne annuelle des heures travaillées dans des emplois à plein temps sur le territoire économique.

[9] Insee, Population moyenne : en appliquant à la population des départements et des régions, le taux de variation de l’ensemble de la population de la France entière (France métropolitaine+Dom) qui est connu. La population moyenne est la moyenne arithmétique des effectifs de la population au 1er janvier de l’année en cours et de celle du 1er janvier de l’année suivante. Comme l’INSEE calcul le PIB et le PIB par habitant de la France à partir de la population moyenne, par souci d’homogénéité, nous utiliserons les mêmes données pour calculer le taux de chômage.

[10] Insee, Population par sexe et groupes d’âges quinquennaux au 1er janvier de l’année, estimations de population, France hors Mayotte jusqu’en 2014 et y compris Mayotte à partir de 2014.

[11] Paugam Serge, Famille et vie conjugale, Précarité et risque d’exclusion en France, Document du CERC, Paris, La Documentation française, 1993, n° 109, d’après l’enquête Situations défavorisées 1986-1987 (INSEE).

[12] Chauvel Louis, « L’uniformité du taux de suicide masculin selon l’age : effet de génération ou recomposition du cycle de vie ? », Revue française de sociologie, n°38, 1997.

[13] Jin R. L, C. P. Shah et T. J. Svoboda, « The health impact of unemployment : a review of the evidence », Social Science & Medicine, Volume 56, 1995, Pages 973-985.

[14] Lagrave Michel, Les difficultés d’évaluation du coût du chômage, Paris, Economica, 1982

[15] Lagrave Michel : Op.Cit.

[16] Dejours Christophe, Souffrance en France : banalisation de l’injustice sociale, Paris, Ed du Seuil, 1998.

[17] Professeur Cary L. Cooper, Paula Liukkanen et Dr Susan Cartrwight, stress prevention in the workplace : Assessing the costs and benefits to organizations, 1996, Dublin, Fondation européenne pour l’amélioration des conditions de vie et de travail.

[18] Ministère de l’économie et des finances, (consulté le 14 mars 2015), les chiffres clés, 2013 projet de loi de finance, projet de loi de programmation des finances publique 2017, [En ligne]. Adresse URL : http://www.economie.gouv.fr/files/projet-loi-finances-2013-plf-chiffres-cles.pdf

[19] Insee, 1.115 Produit intérieur brut et revenu national brut par habitant, Comptes nationaux – Base 2010

[20] Bédard Marcel, « Les coûts économiques et sociaux du chômage », Bulletin de la recherche appliquée, été-automne 1996.

[21] Nikonoff Jacques, « Des chiffres sur le coût du chômage qui font peur », L’Humanité, mardi 3 mars 1998, pages 53.

[22] Insee, 1.115 Produit intérieur brut et revenu national brut par habitant, comptes nationaux, base 2010

[23] Insee, 6.213 Volume total d’heures travaillées par branche, comptes nationaux, base 2010.

[24] Insee, 6.209 Emploi intérieur total par branche en nombre d’équivalents temps plein, comptes nationaux, base 2010.

[25] Keynes John Maynard, Essais de persuasion, Paris, Gallimard, 1933

[26] Insee, 6.209 Emploi intérieur total par branche en nombre d’équivalents temps plein,  6.202 Valeur ajoutée brute par branche en volume aux prix de l’année précédente chaînés, Comptes nationaux, Base 2010. (Valeur Ajoutée / Volume d’heures travaillées)

[27] Ibid

[28] Le Lean Six Sigma est une méthodologie de management qui s’applique aux processus. Son but est d’améliorer la satisfaction des clients et la performance financière de l’entreprise pour répondre aux objectifs stratégiques définis par la Direction Générale. Le Lean Six Sigma est la fusion de deux méthodes : le Lean et le Six Sigma. Le Lean vise à l’élimination des pertes et des tâches sans valeur ajoutée, ainsi qu’à la simplification des processus en vue d’augmenter la fluidité, la flexibilité et l’agilité de l’entreprise. Son objectif est d’accroître la valeur client et d’améliorer la performance de l’entreprise. Le Six Sigma vise à normaliser et à standardiser les processus afin de les rendre plus fiables, stables et prévisibles et de s’assurer de la reproductibilité « parfaite » du processus pour tendre vers le zéro défaut et la satisfaction des clients.

[29] Insee, 6.208 Emploi intérieur total par branche en nombre de personnes, 6.202 Valeur ajoutée brute par branche en volume aux prix de l’année précédente chaînés, Comptes nationaux, Base 2010

[30] Insee, 1.101 Le produit intérieur brut et ses composantes à prix courants, comptes nationaux, base 2010.

[31] Lipovetsky Gilles, le bonheur paradoxal, Paris, Gallimard, 2006, page 95.

[32] Le secteur primaire correspond aux activités liées à l’extraction des ressources naturelles (agriculture, pêche, exploitation forestière et exploitation minière.) Le secteur secondaire correspond aux activités liées à la transformation des matières premières, qui sont issues du secteur primaire (l’industrie du bois, du textile, aéronautique, automobile, pharmaceutique, électronique, le raffinage du pétrole, la construction, etc.) Le secteur tertiaire regroupe pour l’essentiel des services (conseil, banque, assurance, grande distribution, communication, informatique, médias, tourisme, immobiliers, services aux particuliers, santé, éducation, servies sociaux, etc.)

7 réflexions au sujet de « Quelles sont les causes et conséquences du chômage ? »

  1. Je voulais vous remercier pour cet extraodinaire travail de rédaction, qui m’a d’abord ouvert les yeux sur la dure réalité du chômage en France et dont je fais partie, mais en plus très bien informé. Je me lance dans un concours où toutes ces informations, à mon echelle bien sur, me serviront.
    Mes salutations distinguées.

  2. Bonjour, nous aimerions savoir quelle profession exercez vous et si vos sources sources sont fiables. En effet nous préparons un sujet de TPE qui est une épreuve du bac et avons besoin se connaitre nos sources, merci.

  3. Bonjour,

    Concernant les données économiques, la plus part de mes sources proviennent de l’Insee.

    Elles sont donc officielles

    Les autres sources sont inscris dans la table des matières qui se trouve à la fin de l’article.

    Si tu as des questions, n’hésite pas à les poser.

  4. Bonjour,

    Article très intéressant sur les mecanismes du chomage, j ai appris pas mal de chose.

    Néanmoins, le mecanisme des dividentes et du placement sur les marchés financiers géneratrice de chomage, ne s applique qu aux grandes entreprises.

    Ces mêmes grandes entreprises représente 30% des emplois en France, le reste est assuré majoritairement par les tpe et pme + la fonction publique.

  5. En effet, le mécanisme des dividendes et des placements sur les marchés financiers ne s’appliquent qu’aux multinationales et aux PMI.

    Même si les artisans, les TPE et les PME ne sont pas concernés par ces mécanismes, indirectement, ils en sont les victimes. La stagnation des salaires et la diminution de la part de la valeur ajoutée investis provoquent une baisse de la demande.

    Étant donné que ces entreprises n’ont pas les moyens de conquérir des parts de marchés à l’étranger, la baisse de la demande locale provoque un ralentissement de leur activité.

  6. merci pour cet article car j’ai appris pas mal de choses.et cela m’a beaucoup aider pour la compréhension et la réalité du chômage dans nos pays! merci beaucoup

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