Le temps libre : un choix de société !

Jean-Christophe Giuliani

Bande annonce : Time out de Andrew Niccol, sorti en 2011.

La régulation des tensions et des conflits inhérents à la vie sociale et aux activités humaines sont à l’origine de lois, de règles, de valeurs et de croyances qui ont contribué à la construction de systèmes de significations de l’existence idéologiques qui peuvent être religieux, économiques ou politiques. Ces systèmes régulent, organisent, médiatisent et donnent un sens à la vie, à la pratique d’activités particulières et aux relations que les individus tissent les uns avec les autres. Qu’elles soient guerrières, politiques, religieuses, économiques, etc…, les pratiques sociales valorisées et reconnues par ces systèmes contribuent à structurer et à légitimer l’identité, le rôle et le statut social d’un individu. L’espace immatériel qui unit les systèmes idéologiques et les pratiques sociales aux individus est le temps. Le temps étant omniprésent, que ce soit sur le plan individuel ou collectif, en modifiant le rapport au temps, il est possible de provoquer des changements de mode de vie individuel et une transformation sociale.

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Comment favoriser la démocratie participative ?

Jean-Christophe Giuliani

La participation des citoyens à la vie politique est l’une des conditions de la transformation sociale. Du Grec dèmos, « ensemble des citoyens » et kratos, « pouvoir », la démocratie désigne le régime politique dans lequel le pouvoir est détenu et exercé par l’ensemble des citoyens. Comme ils détiennent la légitimité du pouvoir politique, les citoyens participent aux délibérations et aux prises des décisions qui concernent le vote des lois, du budget, des impôts et de l’organisation du « vivre ensemble ». Tandis que dans une démocratie directe, les citoyens exercent directement leur souveraineté, dans une démocratie représentative, ils l’exercent par l’intermédiaire de représentants élus (président, députés, maires, etc…). Dans un régime démocratique, la constitution et les lois permettent de garantir l’égalité des droits, la liberté d’expression, d’association et de culte et de disposer d’une presse libre. Avant de proposer des solutions pour favoriser la démocratie, il m’est apparu nécessaire de questionner la compatibilité de la démocratie avec la semaine de 5 jours.

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Le phénomène des emplois bidons ou des bullshit Jobs

Article de David Graeber initialement publié en anglais sur Strike Magazine.

Dans une société où les poètes se métamorphosent en avocats d’affaires pour assurer les besoins matériels de leur famille et où l’inutilité de la plupart des emplois est criante au point d’être admise par ceux qui les occupent. L’anthropologue David Graeber revient sur les contradictions de la vision actuelle du travail.

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Brown-out : quand le travail ne donne plus de sens à la vie

Jean-Christophe Giuliani

– Source : Réinventer son travail, Brownout-travail-vide-de-sens[1].

Après le « burn-out », qui correspond à un épuisement professionnel lié à une surcharge de travail, le « bore-out », qui correspond à un épuisement lié à l’ennui sur le lieu de travail, le « brown-out » apparaît comme le nouveau mal du siècle qui ronge les cadres[2]. Le brown-out, qui concerne principalement les cadres, est une sorte de baisse de tension liée à l’absurdité, à l’inutilité et l’absence de sens du monde du travail.

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Liberté du commerce des grains et néolibéralisme

Jean-Christophe Giuliani

N’en déplaise aux néolibéraux, le contrôle et la régulation des prix des subsistances sont plus anciens que la liberté du commerce. Ayant une origine biblique, la régulation des prix des grains est inscrite dans la loi depuis l’apparition de notre civilisation. Dans son ouvrage « La vie chère et le mouvement social sous la terreur », l’historien Albert Mathiez faisait remarquer que

« Nos ancêtres ont vécu pendant des siècles dans la crainte obsédante de la disette. Assurer la subsistance du peuple était alors le premier devoir des gouvernants. »[1]

Le premier devoir d’un Roi ou d’un gouvernant était donc de garantir la subsistance du peuple. Le Roi était lié au peuple par un contrat implicite : le peuple obéit tant que le Roi assure les subsistances. S’il ne remplit plus son devoir, le peuple n’est plus tenu de lui obéir. Étant indispensables aux subsistances, les grains n’étaient pas une marchandise comme les autres.

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Les enjeux de l’intégration sociale et du sens de la vie

La norme de la semaine de travail étant actuellement de 5 jours, le mode de socialisation, le rapport à soi et aux autres, les moyens de nourrir l’estime de soi et le sens de la vie sont structurés et organisés par l’activité professionnelle. Pour que les 4 jours de temps libre soient désirables, ils doivent procurer une nouvelle forme d’intégration sociale et donner un nouveau sens à la vie.

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Une révolution silencieuse du rapport au temps

Jean-Christophe Giuliani

En mai 2018, la France va commémorer les événements de mai 68. En abordant les processus économiques et sociaux qui ont conduit à mai 68 et à la crise que la France subit depuis 1973 à partir de la « dynamique des temps sociaux », il est possible de comprendre le présent et de tenter d’appréhender l’avenir. À partir de cette dynamique, je vais tenter de donner une explication inédite à cette « crise » et d’entrevoir les facteurs d’une transformation sociale qui est déjà en cours. En effet, la journée de 8 heures conquise en 1919, le second jour de repos hebdomadaire et les 2 semaines de congés payés conquis en 1936, ainsi que le partage plus équitable de la valeur ajourée conquis après la Seconde Guerre mondiale, ont permis l’accès à la quatrième phase de la dynamique des temps sociaux. En permettant la constitution de bloc de temps sociaux homogènes, ces conquêtes économiques et sociales ont favorisé l’émergence de nouvelles valeurs, de nouveaux modes de production et de nouvelles catégories sociales dominantes. Ces blocs de temps sociaux ont favorisé une révolution silencieuse du rapport au temps qui a conduit aux révoltes de mai 68. Pour faire face à cette « crise » du rapport au temps, les élites économiques et politiques avaient le choix entre deux solutions : réduire le temps de travail ou provoquer une « crise ».

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Le déclin de l’ordre religieux au profit de l’ordre économique

Le temps est un instrument de contrôle et de transformation sociale. Étant donné qu’il permet de réguler et d’organiser le rythme des pratiques collectives et des relations entre les individus, le temps apparaît comme des instruments de contrôle et de domination sociale. Comme toutes les sociétés se caractérisent par un certain agencement du temps, sa modification apparaît comme le signe d’une transformation sociale et donc, d’un changement de société. Cette mutation sociale intervient lorsqu’un temps social dominant est remplacé par un temps social émergeant qui, à son tour, devient dominant. L’étude des temps sociaux apparaît donc comme une grille de lecture pertinente de la dynamique des changements sociaux.

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Croissance du PIB et effondrement

Jean-Christophe Giuliani

Depuis le milieu des années 70, la croissance du PIB est présentée par les décideurs économiques et politiques comme la seule solution envisageable pour inverser la courbe du chômage. En proposant toujours de relancer la croissance pour créer des emplois, ces décideurs menacent notre qualité de vie, notre processus démocratique et la survie des générations présentes et à venir. En 1972, les sages du Club de Rome ont publié un ouvrage intitulé « les limites de la croissance ». En prenant en compte les variables de l’évolution technologique, de la population, de l’alimentation, des ressources naturelles et de l’environnement, ils sont arrivés à la conclusion qu’une croissance illimitée du PIB n’était pas compatible avec les ressources limitées de la planète. D’après cette étude, si les tendances actuelles se poursuivaient, le système mondial s’emballerait et s’effondrerait au début du 21e siècle.

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Les enjeux du rapport au temps

Jean-Christophe Giuliani

Le progrès technique et l’organisation du travail ont favorisé le développement économique de la France et des pays industrialisés. Ce modèle de développement a permis à la population de ces pays d’accéder à un niveau de confort matériel sans précédent dans l’histoire de l’humanité. Malgré le bien-être matériel que lui procure ce mode de vie, elle continue à produire et à consommer toujours plus de biens et de services marchands. Les motivations plus ou moins conscientes de la surproduction et de la surconsommation sont à la fois d’ordre économique, psychologique et social : relancer la croissance du PIB pour générer toujours plus de profits et inverser la courbe du chômage, se socialiser, s’affirmer, se distinguer et nourrir l’estime de soi, combler des manques et un vide intérieur, compenser une vie gâchée à travailler, avoir le sentiment d’exister, donner un sens à sa vie en se conformant à un modèle culturel ou idéologique, etc…

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